Madame M

Je veux écrire sur Madame M.

Je suis à Tokyo depuis deux semaines; loin de notre village dans les montagnes du Kansai, et le sourire de Madame M. me manque.

Sa maison est juste à côté de la notre. Elle doit avoir 80, 85 ans ?
Elle vit seule depuis j’imagine plusieurs années.
Son corps est très fin. Son visage bien sûr très ridé. Elle est courbée. Elle doit être toute légère. Comme un moineau. On la dirait faite en papier.
Pour se déplacer elle s’aide d’une canne. Pour les distances plus longues elle s’appuie sur un petit caddie qu’elle pousse.
Elle vit quasiment en autarcie. Sa fille habite dans une grande ville éloignée de 80 kilomètres. Elle lui envoie du riz régulièrement. Madame M. ne conduit pas, on la voit parfois 800 mètres en aval jusqu’à une superette, ou elle achète des petites choses. Pour tout le reste elle se nourrit de la production de son jardin.
Chaque jours elle traverse le village pour travailler sur ses deux jardins; un potager et un verger parsemé de chataigners. Le potager a une surface impressionante et je crois qu’il aurait facilement raison de mon dos et de ma patience.
Mais elle travaille dur, et ne laisse aucun espace inexploité, le potager est recouvert de plants de haricots, de patates douces et là ou il n’y a pas de légumes des fleurs draguent les abeilles.
Je la vois le soir l’été à son retour des jardins, elle rentre chez elle; pliée en deux au dessus de son caddie, et son tshirt est trempé de sueur.
Son jardin est situé en hauteur par rapport à la rivière qui irrigue le village. Si bien qu’elle doit transporter l’eau dans des seaux l’été lorsqu’il fait chaud.
Je la vois aussi sur le chemin du jardin transporter un débroussailleur à essence. L’engin est lourd, elle le pose à moitié sur le caddie qu’elle pousse, et je me demande bien comment elle peut parvenir à s’en servir dans le jardin.
Vous voyez, toute la détermination et la force qu’elle deploie dans son quotidien. J’avoue, moi qui ai la moitié de son âge, ne pas avoir cette même énergie.
Ma boite de vitesse est toujours en première, elle, est en cinquième.
Mais comme toujours et partout les efforts payent. Madame M. arbore un sourire qui éblouit. Son sourire, c’est comme un rayon de soleil, le champ d’un oiseau ou le rire d’un enfant.
Et l’on voit dans ses propos; sa personne et sa manière d’être, une douceur et une gentillesse sans limite.
Notre installation dans le village est très récente, mais Madame M. par tout celà fait déjà partie de notre vie. J’espère qu’avec ma femme et mon fils nous lui serons un voisinage agréable, et que nous aurons la joie de l’aider auttant que possible dans les travaux de son jardin. Si, en échange, elle pouvait nous enseigner les secrets de son sourire …
Voilà bien quelque chose que l’on ne trouve pas dans le Wall Street Journal.
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7 Commentaires

  1. moute

    Mme M, Mystere, Mystere…On a envie d en savoir encore davantage.Elle doit etre vegetarienne,elle doit travailler au rythme du soleil, et selon les quartiers de lune…A t elle un chat? Elle doit se soigner avec les tisanes des plantes de son jardin et concocter de bonnes boissons maison vitaminees…
    Elle donnera certainement des conseils avises aux nouveaux arrivants!

  2. Pingback: Les vieux « à la campagne au japon
  3. vkalinkaneo

    Quel courage… Dommage que vous ne nous l’ayez pas photographié, ce sourire symbolique d’un art de vivre!

  4. Pingback: Mister F. | à la campagne au japon
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