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Ce que je fais tous les jours

Version Japonaise ici, Anglaise ici.

Cette semaine, c’est la Golden Week au Japon : un petit cluster de jours fériés qui forme un beau moment dans l’année, à la meilleure saison pour profiter de quelques vacances. Avant, dès février, j’attendais son arrivée pour souffler un peu.

C’était pourtant la période où, au travail, nous devions boucler les budgets annuels — l’année fiscale de la boîte commençant le premier juillet.

En réalité, toute ma vie finissait par suivre le rythme financier de l’entreprise : budgets, prévisions trimestrielles, début de la nouvelle année fiscale… Et même pendant la Golden Week — mes collègues aux États‑Unis n’en avaient rien à fiche, de la GW ! — je devais souvent travailler un peu. Ce rythme financier, je l’aimais et je le détestais à la fois : parce que ça ne s’arrête jamais, parce que ça continuera pareil dans cinquante ans, et aussi parce que, comme c’était mon job, cela me donnait une certaine justification et une sécurité d’emploi.


Mais pour moi, c’est fini. J’ai quitté mon job en octobre, et désormais chaque jour ressemble à des vacances — dans le sens où 90 % de ce que je fais, ce sont des choses que j’ai envie de faire. Avant, c’était plutôt 10 %. Je n’ai plus qu’une seule réunion par semaine — au lieu d’une cinquantaine — celle du lundi matin avec mon ami Saki‑chan et son chien, dans son atelier, de 7 à 8 heures… et plus si affinités.
J’ai aussi une présentation mensuelle à préparer pour notre talk‑show avec monsieur Iwata sur la littérature classique japonaise, consacré aux Heures oisives de Yoshida Kenkō. D’ailleurs, demain aura lieu notre neuvième édition, avec deux chapitres qui traitent justement du pognon : les chapitres 140 et 217.

Cela dit, je suis très occupé. Je suis presque plus occupé maintenant que lorsque je travaillais à Microsoft. Incroyable.

Mon emploi du temps dépend de la météo et des saisons. J’essaie de donner la priorité au jardin : ce qu’il faut planter, arranger, récolter, cuisiner, manger. Le jardin et les légumes n’attendent pas ; ils vivent à leur rythme, et c’est à moi de les suivre.

Semis de KROTs and TOMTs … départ tardif mais prometteur

Autre priorité : le bois. Pour stocker un énorme arrivage de bois de chauffe, j’ai dû construire un nouvel abri, puis couper, fendre et ranger le bois. Voilà une activité qui ne peut pas attendre non plus : il n’est pas souhaitable de laisser le bois longtemps sous la pluie-en Juin viendra la saison des pluies-, et en plus ça prend toute la place.

C’est quand que tu vas ranger tout ça ? – dis Minou le chat

En m’occupant de tout cela ces deux dernières semaines, je me suis demandé comment j’arrivais à faire tout ça tout en travaillant à Microsoft, en y consacrant tant d’heures et d’énergie. Certes, je pouvais faire un petit tour de dix minutes au potager ou aller fendre du bois entre deux réunions. Combien de fois, d’ailleurs, chargé de stress, me suis‑je défoulé avec la hache en imaginant voir, dans les bûches à fendre, les têtes de quelques collègues antipathiques…

Nouvel abris bois, presque plein

Mais au‑delà du jardin et du bois, j’ai désormais tout le temps pour travailler sur mes projets — notamment de dessin. J’essaie de commencer tôt, vers 6 heures du matin. Les meilleurs jours à six heures je me tourne vers mon cahier ou je prends des notes, je fais le point sur mes projets et ce que j’ai en tête, C’est peut être la meilleure façon de commencer la journée. Une meilleure solution sans doute serait de prendre ces notes le soir avant de se coucher. J’essaierai ce soir !

En cette saison, le soleil se hisse de derrière les montagnes vers 10 heures ; à ce moment‑là, je sors voir ce qui se passe. Mais en gros, de 6 heures à midi, je suis sur mes dessins.

Cela ne veut pas dire que je dessine tout ce temps. Il y a beaucoup de réflexion, de flottements : trouver des idées qui me plaisent, des idées un peu farfelues, étonnantes mais avec des sens multiples, chercher la composition, la posture des personnages, l’angle de vue, comment structurer une image. Le temps passé à réellement dessiner est en réalité une petite fraction. J’essaie aussi souvent de nouvelles techniques, et des fonctionnalités du logiciel de dessin clip studio paint … donc beaucoup de temps de recherche et d’apprentissage.


Je travaille sur trois projets :

— La préparation de nos talk‑shows mensuels : deux chapitres chaque mois des Heures oisives de Kenkō. Sélection, lecture, interprétation, puis dessin humoristique pour illustrer le propos.

— Une nouvelle bande dessinée — en réalité plutôt un livre pour enfants — qui présente les Heures oisives sous un nouvel angle. J’y sélectionne des chapitres abordés lors du talk‑show et je réalise de nouveaux dessins. C’est mon gros projet, celui qui me prend le plus de temps.

Et quelques commandes d’illustration : les dessins de la ville de Tatsuno, un dessin retraçant l’histoire d’une famille des Ardennes au début du XXᵉ siècle, un poster pour un concert de biwa, un pamphlet pour une société d’élagage, etc.

C’est très variable, mais j’essaie de bouger l’après‑midi. Si le temps est trop mauvais, je monte sur mon rameur.

On n’a pas fini tous les poireaux l’hiver

En fin d’après‑midi, je retourne au bureau et je continue. Parfois, lorsque je bute sur une idée, c’est vraiment difficile. Dans ce cas, je passe à autre chose pour laisser mijoter un peu, que les synapses se délient et fassent de la place à de nouvelles connexions.

Je ne m’étends pas dessus ici, mais les moments avec mon épouse — l’apéro avec les chats dans le jardin, les dîners — sont bien sûr si précieux …

C’est franchement une vie de rêve, ma vie de rêve. J’en apprécie chaque minute. Je m’en remercie !!

Civet de chevreuil et reconnexions

L autre soir, je faisais remarquer à ma femme que je suis très solitaire… dans le sens où je passe de longs moments sans voir personne quand je suis sur mon PC à faire des dessins.
C’est comme lorsque je travaillais : j’étais tout le temps seul dans mon home office, sauf que j’étais au téléphone en réunions ou en discussions cinq heures par jour. Ça, c’est fini.

Mais les petits événements d’aujourd’hui démentent complètement cette idée de solitude.

Voulant faire mijoter un civet de chevreuil dans un dutch oven, je vais voir ce matin Saki-chan dans son atelier pour lui demander s’il lui reste du charbon de bois.
Il en a un stock énorme et me donne une grosse caisse métallique pleine de charbon.


Il était justement en train de faire un petit feu ; je me joins à lui et nous passons une heure très agréable à parler de choses diverses et variées.

On commence par la météo, l’adoucissement annoncé et les pluies prévues cette semaine… On en a eu très peu de pluie, et certaines régions du Japon sont même à sec.

Ensuite, on aborde un sujet qui nous touche tous les deux : comment, à partir de la génération de Saki-chan — disons celle de mes parents — tout un tas de connaissances et de savoir-faire autrefois transmis de génération en génération se sont soudainement perdus avec la modernisation et l’exode rural.

De mon côté, je fais la liste des choses que mon grand-père maîtrisait : la chasse, la pêche, l’apiculture, l’élevage de petits animaux… des domaines que j’ignore totalement.
Et mon grand-oncle, charpentier : il aurait pu m’en apprendre des choses, quand enfant je passais mes vacances d’été chez lui. Sans parler de son vin… Mais j’étais petit et je préférais lire Picsou Magazine.
Et mon arrière-grand-père, qui faisait la gnôle…
Bref, tout ce savoir-faire qui a fait vivre nos ancêtres pendant des siècles s’est perdu.

Saki-chan reprend le sujet en parlant de son métier : savoir construire des maisons selon les méthodes traditionnelles. Aujourd’hui, peut-être 5 % des charpentiers ici en sont encore capables. Pour les autres, c’est le pistolet à clous et vas-y que je te cloue les planches de contreplaqué…
Qui sait encore manier la scie, le ciseau à bois, le rabot ?
Un autre exemple : autrefois, au village, dit-il, il y avait une grand-mère qui savait faire du doburoku, un alcool de riz très fort. Recette perdue. Pareil pour l’amazaké…

Bref, nous parlons de tout ça, passionnés. Puis nous partons à la station-service : je dois faire le plein de mon camion et Saki-chan doit faire réparer un pneu crevé. Là-bas, tout le monde nous salue et on tape un peu la discute.

Finalement, ce que je racontais hier à ma femme — que je suis très solitaire — c’est vraiment relatif.

Plus tard, je commence à faire un feu pour le civet.
J’utilise l’irori sur roulettes dans le jardin. Le temps est doux et il y a un beau soleil.

Allumer un feu dehors… j’ai l’impression de me reconnecter avec mon ADN.

Je passe ainsi l’après-midi : je dépose du charbon ici, j’en rajoute là, je souffle pour activer la combustion. J’écoute les oiseaux. J’écoute le chevreuil qui commence à mijoter.


Il y a tellement de choses à faire, mais des choses simples, qui ne demandent pas de réfléchir.

Au contraire je peux me concentrer sur la sensation et l observation. C’est très reposant.

Le civet sera pour le lendemain. Alors on fait un peu de place et on déplace quelques morceaux de charbon pour griller des brochettes improvisées — des morceaux de poulet — pour un déjeuner-dîner vers quatre heures de l’après-midi.

Ce qui fait rappliquer Minou, le chat.
Et donc nous dînons à trois.

Classement des coins de sieste

Classement des coins de sieste autour du poêle à bois …

Je fais des petites BD courtes, comme la dernière fois avec le reportage sur les ours.

C’est une double expérimentation.

  • Poster des choses courtes régulièrement sur instagram …. ça a un effet ?…. à voir ….
  • J’en profite aussi pour essayer d’améliorer mon dessin ici je suis plutôt satisfait du résultat …

Au sujet de noël, sur vous cherchez à faire des cadeaux pensez à offrir mes bandes dessinées… ce serait un cadeau double … pour la personne à qui vous offrez la BD et … à moi !!!

Le noyer et le chat

Il y a dix ans j’avais planté un noyer dans le jardin. Placé à quelques mètres de la rivière il avait très bien poussé. Seulement une fois cependant, il avait donné des noix, j’en avais fait un article.

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Mais à la fin de l’été dernier il a tout d’un coup perdu toutes ses feuilles, et ce printemps on a eu beau attendre en espérant: rien. pas de bourgeon, pas de feuille…. rien du tout.

Je l’ai coupé.

J’ai remarqué après l’avoir découpé un petit trou dans le tronc; très certainement l’œuvre d’un capricorne… Voila la raison de la mort soudaine du noyer.

D’ailleurs il y a un coquin qui se balade la ….

Le donner à manger à notre poêle à bois calcifier ça aurait été un peu trop triste, alors pour garder un contact avec le noyer j’en fait une paire de baguettes (des grandes baguettes, pour cuisiner) et une spatule.

Je passe ainsi trois bonnes heures silencieuses avec le noyer, dont le bois continuera à nous tenir compagnie….


La saison des pluies est officiellement terminée et il a commencé à faire chaud. Notre chatte Minou n’est pas rentrée à la maison pendant trois jours et nous nous sommes inquiétés.

Elle est rentrée; très frêle, très fragile. Elle a dû se déshydrater, perdant un quart de son poids !

Où a-t-elle passé ces trois jours. Était-elle bloquée quelque part, pas exemple dans la grange d’un voisin, on ne le saura jamais car elle nous ne le dira pas !

Mais quel soulagement de la savoir de retour…


Minou elle est très sauvage mais on voit qu’elle comprend et anticipe nos pensées … et moi aussi je comprends ce qu’elle veut … peut-être est-elle la réincarnation d’une princesse, une aristocrate… Notre autre chatte Scotch elle est très différente, c’est plutôt comme si elle était une extra-terrestre, et venait directement de l’espace.

Vivement le printemps

Vivement que le printemps arrive et s’installe… Les nuits ici sont encore froides.

Je suis en avance sur mon schedule car tout le bois a été fendu et est déjà rangé. Nous sommes prêts pour les hivers prochains.

Hier j’ai reçu un coup de fil d’un ami du village pour m’informer que trois cryptomères, coupés, sont disponibles à aller chercher au bord d’un chemin, j’irai les chercher cette semaine. Il doit y en avoir pour quatre camionnées. Du bois il n’y en a jamais de trop.

Vivement l’arrivée du printemps que l’on puisse écouter les oiseaux, observer les insectes dans le jardin et que, comme un gros chat, on puisse se réchauffer dehors au soleil.

Ca va être formidable !


Des nuits la température est descendue vers moins huit, flinguant des brocolis innocents qui œuvraient patiemment à leur croissance. Je les avais pourtant recouverts d’un tissu. Peut-être qu’ils vont reprendre ? Il faut observer.


Beaucoup de personnes m’aident et m’apportent leur soutien dans mes projets de bandes dessinées. En les achetant en ligne, ou en les mettant en vente dans leur commerce.

Mercredi une employée du bureau de la poste du village est venue chez nous à la maison pour accompagner un client qui voulait acheter ma nouvelle BD ! Quelle gentillesse !

En fait ces projets de bande dessinées ça n’est pas pour les sous, mais pour ces connexions avec les lecteurs et ces rencontres, qu’elles soient à distance ou en personne, c’est une façon de communiquer, et cela enrichit la vie, c’est incroyable.

Voila … Mes BDs je les fais pour le bonheur de les faire et le bonheur des rencontres qu’elles rendent possibles. Et ce bonheur n’est pas taxable; il n’est pas soumis à la TVA …. Attention il faut que je m’arrête ici car je ne voudrais pas donner l’idée à des politichiens qui liraient cette page de penser à taxer le bonheur !


Au sujet de monsieur Iwata: mercredi dernier dans un restaurant de la région il a fait son entretien bi mensuel cette fois avec un artisan de tambours japonais (wa daiko 和太鼓). Entretien passionnant! L’artisan continue une tradition familiale de fabrication de tambour et il en est la 18è génération. Les sujets évoqués sont vastes; traitent les aspects personnels économiques et sociaux et me permettent d’entrevoir un monde que personnellement j’ignore complètement.

Cet entretien qui a lieu toutes les deux semaine, c’est une véritable bouffée d’oxygène! Le prochain entretien sera avec un agriculteur de la région.

Dormir avec les chats

La semaine dernière nous avons eu quelques nuits où la température est descendue jusqu’à moins 8. Certaines régions du Japon ont eu des records de neige.

Jeudi j’ai pris froid, je me suis enrhumé… il caillait tellement dans le bureau!

et j’ai alors passé les trois journées suivantes au lit, ayant déplacé le futon juste devant le poêle à bois à la maison, et j’ai ainsi dormi autant que les chats, en leur compagnie, pendant trois jours. Les chats qui ont pu aussi tester le futon.

Mon épouse s’est aussi bien occupée de moi que des chats: que du bonheur. Etre seul dans de telles conditions doit être bien différent. Ce repos forcé était bénéfique.


Conclusion il faut que je regarde au chauffage de mon bureau, et je vais commencer par en remplacer les fenêtres qui sont en très mauvais état et laissent tout passer.

J’hésite à faire installer un poêle à bois dans le bureau, car je ne vois pas vraiment où l’installer, il n’y a pas de mûrs, mais que des fenêtres ! Ce sera la deuxième étape, je pense.


Côté bande dessinée

  • je prends des notes sur un futur projet; surtout une liste d’idées. Cette phase de réflexion – mijotage – macération – infusion – trempage peut prendre beaucoup de temps ! Mais pourquoi s’arrêter; il vaut mieux continuer.
  • J’ai reçu un nouveau lot de 200 copies de Continuer la semaine dernière.
  • Mi mai il y aura un petit marché dans un temple bouddhiste et j’y tiendrai un stand pour présenter mes BD…

Mon grand projet final qui sera l’apogée de notre installation à la campagne il y a 12 ans (penser en cycles de 12 ans), de notre libération partielle des envies de la ville, sera ma libération du travail au bureau.

J’ai commencé à travailler en 95, (j’aurai 54 ans cette année) ça fait 30 ans non stop. Mon job actuel: que j’ai pu emporter avec moi au village, je l’ai depuis 2007, soit bientôt 20 ans! Je n’aurais jamais pensé rester si longtemps au départ.

Ce travail nous lui avons donné beaucoup et il nous a donné énormément en retour. Mais les meilleures choses ont une fin et je vais me préparer à y mettre fin pour commencer une nouvelle étape dont les éléments :

  • vie simple à la campagne et auto production. – Activité Physique et alimentation
  • Création de livres – bandes dessinées. – Activité intellectuelle
  • Et quelque chose d’autre à définir, ouverte sur le monde, qui permettra de rencontrer des gens. -Activité sociale
    • monter ma boite d’édition pour distribuer mes livres au Japon ? c’est une question. Un gros avantage serait que ça m’amènerait à voyager partout au Japon et rencontrer plein de gens intéressants. on peut essayer … il y a plus de risques à ne pas essayer je dirais.
    • peut être simplement ma galerie d’exposition; à doubler en café.

Tous les éléments sont là…

Qu’en pensez-vous les amis.


Fin des vacances

Article en Japonais https://wakametamago.wordpress.com/2024/07/30/%e5%85%88%e9%80%b1%e3%81%af%e4%bb%95%e4%ba%8b%e3%82%92%e4%bc%91%e3%81%bf%e3%81%be%e3%81%97%e3%81%9f/

Fin d’une semaine de vacances et demain c’est retour au taff. Bon comme le taff c’est à la maison et que je n’ai pas besoin de voir mes chers collègues que j’adore en vrai, le retour au taff devrait se faire tranquillement.

C’est que j’ai encore besoin de mon salaire pour rester cash flow neutral. Les rendements de nos petits investissements ne permettent pas encore de couvrir toutes nos dépenses courantes, et d’être cash flow neutral. Donc je dois continuer à travailler.

Les vacances nous sommes restés à la maison et c’était formidable. A part une journée où nous sommes allés sur la côte nord, sur une belle plage de la mer du Japon et c’était vraiment cool de nager. L’aller retour se fait facilement dans la journée. Sur le retour nous sommes passés par la ville de Izushi, où l’on a découvert un beau fabricant de saké.

Sinon pendant les vacances j’ai passé beaucoup de temps à jardiner, à ranger du bois; cuisiner; alternant ratatouilles et burger (en testant les divers mélanges; viande et tofu ou viande et tofu et aubergine), à dessiner, et puis finalement faire l’éditing vidéo, pour la vidéo d’entretien avec monsieur Iwata. Bref, tous les trucs que j’aime.

Côté jardinage les tomates commencent juste à donner. Certains légumes vont peut être se rattraper en aout. Saki chan m’a informé par contre qu’un animal mystérieux a mangé toutes les feuilles de nos patates douces. Il m’a dit ça en rigolant; et je l’ai écouté … en rigolant !! On ne prend pas cela trop au sérieux.

Les nuits sont chaudes mais les matinées offrent une trêve … on doit être à 28 degrés … faudra que je vérifie. L’été au Japon se lever très tôt à quatre heures permettra de passer trois heures agréablement, dehors, dans une fraicheur relative. On peut aussi profiter de beaux levers de soleil.

Au sujet de mon prochain projet de livre j’ai quasiment fini la première phase, c’est à dire tous les dessins.

Je me dis que le plus dur a été fait. Je suis super fier de ça. Je commence donc la deuxième phase avec la vérification des textes (la BD sera bilingue Français Japonais) et des petits ajouts et des corrections.

Par exemple sur une page où j’évoque que l’on se construit à la manière d’un forgeron qui s’assemble lui-même avec ses expériences, j’ai ajouté le portrait de Pierre N qui suit le blog depuis très longtemps et qui; forgeron de son métier m’a donné beaucoup d’indications techniques pour dessiner une forge japonaise traditionnelle.

Cette deuxième phase pourrait durer indéfiniment, c’est comme affûter la lame d’un outil… mais permettra d’apporter une cohérence au tout, et de garder un bon équilibre entre le drôle, le léger, et le sérieux.

Au sujet encore de M Iwata, je l’ai retrouvé la semaine dernière, il interviewait dans un restaurant à 10 km d’ici un ornithologue émérite qui fait des photos incroyables. Il se consacre aux échasses blanches. セイタカシギ

Entretemps je suis passé à la bibliothèque du village et ai « réservé » six livres de M Iwata, qui étaient dans d’autres bibliothèques de la ville de Himeji. Les livres sont arrivés le lendemain à la bibliothèque du village et je suis donc allé les chercher. C’est toujours formidable de voir comment ces services fonctionnent parfaitement au Japon. J’arrive à la bibliothèque et deux charmantes dames m’appellent ha monsieur wakamé tamago nous avons vos livres !! Les livres que j’ai empruntés sont magnifiques et donnent un bon aperçu de la quantité d’œuvres, et de dessins que monsieur Iwata a réalisés !!! C’est vraiment impressionnant. Cela m’aide pour mes commentaires sur la vidéo.

Ces vacances nous avons apprécié un quotidien répétitif dans le calme avec une constance dans les ingrédients: un chat, une casserole pour faire mijoter des trucs dehors, et pourquoi pas une petite bière bien fraiche. C’est tous ces petits bonheurs que l’on peut ramasser avec un filet à papillon ….

Quelques heures à Kobé

Hier j’ai passé quelques heures à Kobé.

J’étais curieux de voir ce qui se passe en ville et au Japon en général. J’allais aussi rencontrer plus tard le soir mes acolytes; ilotiers de la région de Hyogo, nous sommes cinq compères qui au cas d’une catastrophe dans la région pourraient avoir a relayer des infos de l’ambassade aux français vivant dans la région.

En sortant du train je découvre un peu le quartier de Kitano, un quartier très touristique et élégant, avec des belles villas de l’époque de Meiji. Il y a de nombreux touristes et ils ont l’air d’apprécier l’endroit.

Même les touristes Chinois sourient et font la queue devant des magasin de pâtisserie mais c’est certainement la liberté qu’ils goûtent le plus. En profitent-ils pour penser librement ? visiblement ceux-là non car sinon on les verrait dans les bibliothèques, et pas devant les pâtisseries. Ceux qui sauraient en profiter pour penser librement sont sans doute déjà exilés, ou bien encore en prison.

Un peu à l’écart je trouve l’église catholique de Kobé. Un très beau bâtiment où je vais essayer de me recueillir. D’abord avant d’y entrer on passe par une cour circulaire, bien arrangée. J’y vois des grosses marmites -pour faire cuire le riz- encore sur des tables, j’imagine que l’on y a arrangé un repas, pour nourrir les nécessiteux sans doute.

Il y a toujours la coexistence de la richesse et de la misère.

A l’entrée de l’église il y a comme dans toutes les églises un panneau avec des affiches, des publications chrétiennes et des messages par les associations et les volontaires. Ce suis très touché de voir ces efforts pour venir à l’aide à l’autre.

Une grande boite en bois est mise à disposition pour y recueillir des dons pour la région de Noto touchée par le grand tremblement de terre.

J’y glisse un billet de 1000 yens et oui je suis un peu con pourquoi ne pas y avoir mis 10 000 à la place ?

Puis j’entre dans l’église proprement dite. Architecturalement c’est une véritable réussite. Je m’assieds et j’essaie de me calmer l’esprit. Les années de catéchisme sont très lointaines, j’ai oublié la moitié du Notre Père.

Cette longue pause me permet de ré-assembler les pièces de mon puzzle et je repars visiter la ville.

Les rues en pente guident les pas vers la gare de Sannomiya et des rues très animées, des rues avec des bars et restos, des rues avec des magasins de fashion, il y en a pour tous. Partout une foule jeune, assez fluide et très joyeuse.

Les gens font la queue devant de nombreux cafés et magasins c’est assez impressionnant. Le tout dans une ambiance joviale. Finalement faire la queue avec ses copains ou copines ça fait partie de la fête, on discute dans le froid mais on sait qu’à un moment un peu plus tard il y aura une table des fauteuils et du chauffage….

Il y a des ruelles étroites où se cachent des boutiques étonnantes arrangées avec goût et la aussi des gens font la queue … incroyable !!

Gelato Pique une marque de pyjamas avec une stratégie marketing géniale, qui permet au final de transformer du pétrole en or …

Parfois la foule heureuse doit s’arrêter pour laisser passer une énorme Mercedes ou alors une LEXUS magnifique ….

Cette pancarte explique que manger des gyozas et boire de la bière ça fait partie de la culture. Entièrement d’accord. Lu et approuvé.

J’admire tout cela mais je me dis que cela manque un peu d’authenticité …

Au fond ce luxe et cette joie forment une fine couche de quelque chose qui finira par sécher, craqueler et sera remplacée par quelque chose d’autre.

Un peu plus tard je découvre un ancien marché, une vieillie galerie marchande couverte, très étroite … Cela date directement de l’époque de Showa. On imagine qu’à l’époque il y avait du monde, c’était bruyant, il y avait des enfants et des chats.

De nombreuses boutiques sont fermées mais il y a encore deux poissonniers, un marchand de thé qui travaillent la depuis 50 ou 60 ans peut-être, comme si rien n’avait changé. Tout cela c’est certain sera bulldozé dans quelques années.

Et puis dans quelques années les rues animées que j’ai admirées plus tôt auront elles aussi changé.

Ce renouvellement permanent très visible ici au Japon car on construit et détruit facilement donne à la ville cet aspect organique qui est si envoutant.

S’y mélangent tristesse et beauté.

Finalement je trouve un petit café tranquille où poser ma besace et m’y vient cette réflexion;

le village où nous vivons représente le Japon d’il y a 50 ou 60 ans, avec les traditions d’autrefois qui y subsistent.

mais le village où nous vivons représente aussi le futur du Japon, où il n’y aura plus que des vieux et où il n’y aura plus d’enfants.

Voila pour terminer sur une note assez sombre …. merci

La sagesse des villageois se transforme en pépites d’or

Article connexe en Japonais ici

Je me suis fait tant de nouveaux amis et de nouvelles connaissances depuis notre installation au village.

Certes quand je me balade dans la vallée à pinces ou à vélo je salue tout le monde, et j’en profite souvent pour discuter un peu. C’est toujours l’occasion de me renseigner sur la vie au village autrefois, comment les gens jardinent etc …

Et puis aussi je suis souvent fourré dans l’atelier de mon ami Saki chan où les promeneurs eux aussi viennent faire une pause et taper la discute; que des occasions d’apprendre et de me renseigner.

Sans oublier de dire que la plupart des gens que je rencontre sont plus âgés, presque tous sont à la retraite (les jeunes eux pendant ce temps travaillent).

Et donc ainsi je peux profiter de la sagesse accumulée des « anciens », des ainés.

Pour moi leurs paroles, les histoires qu’ils me racontent, ce sont comme des pépites d’or, des petits morceaux précieux de connaissance.

Je marche sur leurs pas, et je ramasse les pépites pour les mettre dans ma besace….

Et de tout cela, j’en fais un dessin.

Tous les personnages dans le dessin sont « réels ».

1 Monsieur O, qui chasse chevreuils et sangliers avec style et compassion

2 Monsieur I, sensei de shakuhachi, la flûte traditionnelle en bambou

3 Mister F, grand connoisseur de littérature et de musique et qui partout où il va transporte un piano avec lui.

4 Un autre Mister F, un grand sage, qui a le talent d’arrondir les choses et de les rendre plus simples

5 Saki chan que vous connaissez déjà, si vous suivez le blog ou avez lu ma bande dessinée

6 Le prêtre bouddhiste du village; également amateur de rock punk

7 Monsieur K, qui a vraiment tous les talents et réussit tout ce qu’il entreprend (sport, construction, pizza, musique)

8 Madame E (elle est ausssi dans ma bande dessinée) qui est si gentille, et aime beaucoup les chats et les animaux

9 Madame T (elle est ausssi dans ma bande dessinée) dont l’humour noir me surprend toujours.

Le secret des relations qui durent: le gomen machine

Un secret pour les relations et les mariages qui durent.

C’est, pour quelque malentendu, ou après toute dispute ou moment d’incompréhension, s’excuser auprès de sa femme.

Jeter son égo, le taire, et tout simplement; s’excuser. Autant de fois que c’est nécessaire.

Sans hésitation.

L’ironie ferait dire que seuls les écrits restent, et que les paroles s’envolent…. peut-être, oui …

C’est ce que j’appelle ici le gomen machine.

Gomen en japonais c’est ‘pardon’, ‘excuse-moi’, ‘désolé’.

Les choses sont ainsi faites que très souvent il peut y avoir des incompréhensions. Des malentendus, petits, grands. Ces choses ne sont réservées uniquement aux mariages internationaux bien sûr!

Dans ces cas il faut faire tourner le gomen machine sans hésitation, sans réserve, sans limite !!

Il s’agit de replier son propre égo …. de le jeter à la poubelle, d’ailleurs à quoi sert il ?

Et alors on peut continuer à avancer ensemble …

Le dessin a deux versions.

On voit de la bouche de l’époux sortir une multitude de petits billets, tous portant un message d’excuse et de contrition.

Dans la deuxième version je dévoile le méchanisme de la gomen machine à l’intérieur de l’époux. on voit un long rouleau de papier sur lequel une imprimante sophistiquée inscrit les messages

Comme indiqué, tout est commandé par le cœur …

Le texte Japonais

夫婦関係は時々難しい  parfois les relations entre époux sont difficiles

長持ちの秘密を説明します je vous explique le secret des relations qui durent dans le temps

それはごめんマシンを起動することです Il s’agit d’activer le gomen machine

夫が奥さんにいくらでも謝ることです。ごめんマシンのおかげで夫婦関係は長く、明るく、楽しく続くことができます。 Alors l’époux s’excuse auprès de sa femme; sans limite. Grâce à la gomen machine, la relation entre les époux peut continuer dans la durée, dans la joie et la bonne humeur