Catégorie: japon

La voiture du dentiste

Faut parler de la voiture du dentiste … A la sortie de notre vallée, une bourgade avec station essence, écoles, superette et … un dentiste.


Dentiste: une activité sûre (tant que les gens auront des dents…). Et le dentiste a une jolie Audi.
Il aurait pu opter pour quelque chose de neutre, comme une prius, mais la Audi, ça jette.

Regardons la plaque d’immatriculation.


Au Japon on peut choisir le numéro de sa plaque: c’est une option lorsque l’on fait enregistrer son véhicule.

Et parfois, donc, on choisit le numéro pour la prononciation des chiffres et leurs significations… et comme les chiffres peuvent avoir plusieurs prononciations, que celles ci peuvent être abrégées, il y a de nombreuses possibilités.

Et donc le dentiste a choisi 4 6 1 8.

4 peut se lire shi
6 peut s’abréger ro
1 peut s’abréger i
8 peut s’abréger ha

ce qui donne shi ro i ha: les dents blanches. Ce dentiste a, en plus d’une belle voiture, un excellent sens de l’humour.

D’autres numéros étaient également disponibles:

ku ro i ha: 9 6 1 8 les dents noires

mu shi ba: 6 4 8 les caries

ha na shi: 8 7 4 sans dents

Les boules de feu

Comme tous les lundis matins on commence la semaine avec un café que je prends avec mon ami S.

Je fais un bon espresso; avec cette cafetière à pression italienne, et je l’apporte à l’atelier de S. où en général il se trouve, devant un petit feu et avec son chien.

Café Chien Feu, la bonne combinaison pour commencer la semaine de bon pied bon oeil.

Ah il était en train de retapper une vieille serpe.

Toute rouillée

Ces conversations; il faudrait les filmer. Les histoires qu’il raconte. Et puis aussi la beauté du dialecte local, le banshuuben. Le Japonais standard que l’on parle à Tokyo est devenu si ennuyeux à mes oreilles… Le banshuuben avec ses abréviations, ses intonations est si beau …

Pas la peine de dire que il y a 8 ans, quand nous quittions notre vie confortable et vide de Tokyo, pour nous installer dans le village; je comprenais très difficilement nos voisins. Mais alors lorsque plus tard j’ai fait la connaissance de S., qui parle une version plus prononcée du dialecte, je ne bitais rien du tout et je devais demander à mon épouse de tout traduire … Depuis j’ai fait de bons progrès et comprends 95 pour cents de ce qu’il dit (il faut toujours laisser une place pour l’inconnu, d’où les 5 pour cents)….

noter la transformation, qui selon S., lui a pris deux matinées.

Il y a deux jeunes qui se joignent à nous ce matin, c’est un jeune couple de photographes.

On parle.

S. raconte comment on brûlait les morts autrefois. On les mettait dans la position du foetus, et les plaçait dans une grande barrique en bois. On transportait le tout là bas, au bord de la rivière et y on mettait le feu. Il montre du doigt un endroit à 500 mètres, vers le sud.

Avant d’allumer le bûcher on distribuait des petits gâteaux aux enfants.

Parfois une fois le bûcher bien démarré, le corps se dressait tout droit dans les flammes; explique-t-il, cela faisait un peu peur…

Parfois aussi on voyait voler une boule de feu, ce qui correspond au départ de l’âme…

Voilà ces quelqus notes que j’ai prises mais il faudrait vraiment enregistrer tout cela … D’ailleurs pourquoi ce jour sommes nous tombés sur ce sujet, allez savoir .. peut être la présence inédite des deux photographes ?

Je retourne à la maison pour raconter ces histoires extraordinaires à ma femme, qui n’est pas surprise du tout et répond. Ben oui.

Toujours le champ libre (nougyoubu)

Ca fait du bien d’écrire … récemment j’expérimentais avec la vidéo …

Depuis le précédent article nous avons bien progressé dans notre projet de jardinage à (pour nous) grande échelle. En Mai nous avions fini de planter gingembre, patates douces, potirons, Yamato imo (une variété d’igname très recherchée), ko imo (dialecte local je crois, sinon c’est le satoimo ou: taro) et cacahouètes. C’est sur quoi nous nous sommes concentrés et ce que nous avons planté ‘à grande échelle’ (disons un rang complet pour chaque).

de gauche à droite; gingembre, légumes divers, cacahouètes, au fond Yamato imo et patate douce

En plus nous avons planté quelques pieds de tomate, concombre, piment, aubergine, pour le fun…

En fait les 800 mètres carrés du champ sont presque trop, et nous avons décidé de laisser une grande partie de cette surface presque intouchée, nous contentant d’y semer citrouilles et tournesols, à la volée.

Ce geste, de semer à la volée: voilà un geste magique qui a dû réveiller en moi des gènes enfouis bien profond. C’est une sensation de liberté et de puissance qui jaillit lorsque l’on fait ce geste !

Tous mes espoirs sont dans les cacahouètes qui ont fait un beau départ

Ce champ est une ancienne rizière et je me rends compte qu’il y a là un sacré avantage: il suffit d’ouvrir une trappe et l’eau de la rivière amenée par un canal d’irrigation en vingt minutes vient inonder notre champ. Plutôt pratique pour arroser.

Sachant la superficie, et le peu de temps que nous consacrons à ce projet (peut être une ou deux demi journées par semaine) les habitants du village qui ne manquent pas de bien observer commencent à se marrer…. en disant de façon ironique être impatients de voir comment les mauvaises herbes vont bientôt tout recouvrir ! Surtout, que, un peu têtu que je suis, je ne veux pas poser ces feuilles plastiques noires pour empêcher les mauvaises herbes …

Le Yamato imo est très lent à démarrer.

C’est que nous tenons à respecter quelques principes, et rester fidèles à nos idées; ne pas utiliser d’engrain chimique ni aucun produit insecticide ou quoique ce soit de toxique. Nous sommes des idéalistes…. On fait du bio !

Bon, je fais une concession, en mettant une feuille de plastique noir sur le rang du gingembre, en attendant que ça sorte …

Avec mon copain S. on a appellé ironiquement notre projet le nougyoubu ou club d’agriculture. 農業部, nougyoubu sonne très sérieux, a une connotation officielle alors que nous sommes simplement deux amateurs qui optent pour la non intervention ou l’intervention minimale….. nous y avons ajouté le préfixe ‘nonbiri’ (のんびり)qui signifie insouciant.

Le club d’agriculture nonchalant, insouciant. のんびり農業部 nonbiri nougyoubu.

Lui le charpentier et moi l’employé de bureau (à distance) nous formons une belle équipe de jardiners en herbe… Mais tout ça on fond c’est juste une excuse pour faire un projet ensemble ….

On verra bien ce que ça va donner. Peut on planter et récolter sur 800 mètres carrés en y passant seulement quelques heures par semaine… sans utiliser de produits chimiques … d’insecticides …

Pour enfoncer le clou j’en fais même un T shirt. J’ai hâte de le porter et de voir la réaction des voisins!

https://society6.com/product/club-dagriculture-insouciant_t-shirt

Le triangle vert reprend la forme du champ; triangle écorné. Les couleurs jaune et vert résonnent avec mon pseudonyme (wakamé algue et tamago œuf)… les quatre étoiles évoquent les quatre hameaux de notre vallée perdue….

Un triton dans l’eau

Un animal que nous apercevons malheureusement souvent écrasé sur les routes du village c’est le imori ou triton (à ventre de feu).

J’avais fait un article jeu avec des tritons cachés dans une flaque d’eau… c’est ici.

Dans un coin du jardin mon épouse a assemblé une dizaine de bassines où elle élève des petits poissons médakas. C’est un plaisir d’aller s’y asseoir (j’ai posé une grosse pierre pour s’y poser le popotin) et observer les poissons.

Y a pas que les médakas, les grenouilles raffolent des ces bassines pleines d’eau (bouffent elles les médakes c’est très possible) , et donc on observe les grenouilles aussi.

Plus rare, la présence des tritons à ventre de feu. Ils arrivent à grimper dans les bassines …

J’essaie d’en filmer un, dans l’eau … voici le résultat.

Faire du thé bancha en vidéo!

Comme les années précédentes nous avons récolté du thé dans les montagnes et l’avons préparé.

C’est un événement important, qui nous connecte avec la saison. Nous en avons parlé déjà dans plusieurs articles

Préparer du thé

Faire son thé en 2017

Faire son thé

Cette année rebelote nous avons récolté les feuilles de thé et tout préparé mais cette fois ci je filme l’opération.

Si les mots et quelques photos font vivre l’imagination et ont une dimension poétique, la vidéo est plus brut de pomme, et transmet la réalité telle quelle…

Avoir le champ libre!

Cette année avec mon ami S nous nous lançons dans un grand projet de jardinage. En fait, l’année dernière je lui parlais souvent de mon envie de disposer de plus d’espace pour planter des légumes en plus grandes quantités. Notre potager dans le jardin est très petit. On y est un peu limité.

S a à côté de son atelier une ancienne rizière, inutilisée, et il m’a proposé d’y faire pousser des trucs ensemble. La rizière fait 240 tsubos soit 800 mètres carrés.

On a le champ libre!

L’idée c’est de faire pousser ce qui demande très peu d’attention et d’entretien. Nous avons sélectionné le gingembre et la patate douce. Le gingembre, on en utilise régulièrement. La patate douce, on la découpe et la faisons cuire dans Calcifer notre poêle à bois, l’hiver.

Il y a aussi une initiative pour la re-dynamisation du village: produire du yamatoimo. C’est une variété d’igname. On l’écrase et le mange par exemple crû avec du riz. On l’utilise aussi pour faire du okonomi yaki. C’est un tubercule très recherché.

En février nous avons commencé à préparer le terrain. Allé chercher deux camionnées de crottin de cheval. L’éleveur de bovins du village a apporté trois tonnes de compost. On a laissé reposer tout cela deux mois.

Puis nous avons passé le motoculteur dans le champ.

La chèvre nous a donné un bon coup de main

Réhaussé les rangs avec le joren 鋤簾(じょれん), voilà un travail exténuant qui brise bien le dos.

Il faut rehausser les rangs, faire un uné 畝 うね pour éviter que la terre reste trempée d’eau. Surtout pour les patates douces. C’est important me dit-on.

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Cette semaine nous avons fini de tout planter. Le gingembre. Les patates douces. Le yamato imo. Le gingembre on plante directement le tubercule. La patate douce, on en plante les tiges (les lianes?).

C’est vraiment un chouette projet. Et puis avec S. on travaille très bien ensemble. C’est beaucoup plus facile à deux. Je découvre un don naturel pour charger la brouette de crottin et la pousser à travers le champ.

Yamato imo: la poule aux œufs d’or ?
On découpe le tubercule en petits morceaux comme une pomme avant de les planter; la peau vers le bas
Le rang du gingembre; planté.
Le Yamato imo planté dans le rang à gauche. Les lianes iront grimper sur le mur en pierres, exposé plein sud
Le rang au milieu pour les patates douces

Des mésanges dans le jardin

L’année dernière j’avais fait un nichoir, que j’ai naïvement installé dans le noyer du jardin. En plein dans le territoire des chats Minou et Scotch.

Un couple de mésanges s’est installé dans le nichoir… en fait lundi dernier je me dis, bon je vais déplacer le nichoir et le réinstaller dans notre montagne, loin de ces peux petits félins… je prends une échelle, défait le nichoir pour le déplacer … et merdre!!! il y a sept oisillons dedans. Je n’avais rien remarqué. Je remets tout en place.

Et vois un peu plus tard les mésanges, une à une, filer vers le nichoir, une grosse larve au bec.

Voilà qui est très touchant. Essayons de filmer tout ceci.

J’installe la GoPro sur une échelle, face au nichoir.

Voilà ce que ça donne

En effet donc les mésanges n’hésitent pas à s’installer près des habitations mais aussi près des chats …

Mésange en Japonais c’est shijuukara しじゅうから 四十雀, et oui ça s’écrit ‘quarante moineaux’.

Car Minou et Scotch, ne cessent de rôder autour du noyer. Parfois ils s’élancent et montent dans l’arbre … ce sont de sacrés chasseurs.

Pour éviter que les chats n’attrapent un des parents dans leur va-et-vient infini pour nourrir les petits zoizeaux je pose un filet pour protéger l’accès aux branches de l’arbre.

Il leur faut vraiment bosser dur pour élever ces petits, combien de larves ils doivent s’en aller chasser. Ca me rappelle quand je travaillais encore à Tokyo; tous les jours je prenais le train, changement à Shinjuku, ensuite machin, dans cette foule résignée le matin, joviale le soir, pour pougner dans un bureau dont on ne peut ouvrir les fenêtres. Et le soir; je rentrais à la maison, mon sac plein de larves que ma femme s’empressait de bouillir ou frire, d’assaisonner au goût du jour.

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L’année prochaine j’installerai le nichoir dans notre montagne. Mais là, je pose des trucs qui piquent pour empêcher de grimper à l’arbre, et un filet fixé aux branches pour empêcher les chats de s’approcher du nichoir.

On va observer tout ça de prêt en espérant que ça marche.

Ce samedi

Hier samedi je commence par faire un tour dans notre montagne. Je fais un peu de rangement. Les mûriers plantés la semaine précédente sont biens.

A faire une pause sur un tronc de cryptomère je remarque la crotte laissée par un petit animal. Et c’est marrant car très souvent après avoir coupé des arbres ou fait un truc dans la montagne, je remarque ces petites crottes.

Salut l’ami !

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De retour au jardin il faut s’atteler à fendre le bois de camphrier. Pour les hivers prochains. C’est un bois qui vrille et donc par endroits il est excessivement difficile à fendre.

Transpiration garantie.

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Après je vais voir notre tas de compost pour y prélever deux sceaux pour faire des semis. Dans le compost je trouve une bonne vingtaine de ces énormes larves. Ce sont je crois des larves de kabutomushi. Je les remets délicatement là où elles étaient, tout en prenant note que si les vivres venaient à manquer cela pourrait faire une belle poêlée, avec un peu de beurre et du sel, en supposant qu’à ce moment nous ayons encore du beurre et du sel… Comme on est au Japon on pourrait sans doute opter pour le sashimi, sauce de soja et wasabi.

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Dans des petits pots je fais quelques semis. Laitue. J’essaie aubergine sans être trop sûr que ce soit le bon moment, c’est peut être encore tôt. Je m’y retrouve pas dans tout ça. En m’occupant ainsi tranquillement une graine de laitue me dit que le coronavirus avec les périodes d’isolement et de lock down va gravement endommager les différentes économies européennes, et que l’Allemagne fera tout son possible pour ne pas renflouer ses voisins imprévoyants, les US auront assez de problèmes à régler de leur côté, la grande bretagne qui a quitté l’union européenne au bon moment restera bien tranquille, et c’est qui qui va pointer le bout de son nez … c’est la Chine, qui tentera d’acheter les infrastructures des différents pays à genou. (comme elle l’a déjà fait avec le port du Pirée en Grèce). Echec et Mat. Voilà la vision d’horreur que me susurre la graine de laitue que je m’empresse de faire taire en l’enfonçant dare dare dans un pot, je saisis l’arrosoir et la noie. Elle agite ses petits bras au début mais résiste moins d’une minute.

Ah les joies du jardinage.

Quelqu’un sonne à la porte. C’est notre voisine, que nous avons rebaptisée Elizabeth, elle a fait un magnifique gâteau à la fraise qu’elle vient nous apporter, pour féciliter notre fils de quinze ans qui fait sa rentrée au lycée. Quelle gentillesse !! Je ne saurai jamais être à la hauteur avec tous ces voisins si attentionnés et généreux.

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Je vais faire un tour et passe devant une vieille maison. Il y a une pelleteuse, ça s’active, oh elle va être démolie. Je discute avec le propriétaire, il me la fait visiter, toujours intéressant de regarder. La maison date de Meiji. L’intérieur de la maison ressemble en tous points à la nôtre.

Je lui dis; pour le prix de la démolition; tu pourrais changer le parquet et goudronner les tôles du toit, mais bon c’est trop tard.

On oublierait que les cerisiers sont en fleur. Avec le coronavirus, le hanami du village a été annulé.

Pour planter des mûriers

Il y a quelques pépites de belles nouvelles quand même, avec cette crise du virus on voit de beaux comportements, les gens qui jouent de la musique ou chantent de leur balcon; le club de foot romain qui apporte de la bouffe à ses fans âgés. Lefigaro parlait aussi quelque part de l’entraide qui se développait entre voisins. J’ai un collègue aux US qui a eu le virus et il est resté en quarantaine chez lui, il me décrit comment ses voisins déposaient de la bouffe au pied de sa porte.

Fondamentalement l’homme a envie d’être sympa mais le mode de vie, la mise en condition, parfois l’en dévient. (c’est le connarovirus).

J’écris tout celà de façon trop légère car avant tout il y a les médecins les infirmiers et tous les personnels qui se dévouent à soigner les malades tout en s’exposant et prenant des risques.

On voit le manque d’anticipation des politiques en Europe, c’est comme si tout le monde y était pris au dépourvu, ha y a pas assez de masques ha y faut faire des milliers de respirateurs alors que tout celà avait déjà commencé en Chine il y a plus de trois mois. Et l’Union Européenne. Je me dis que, pour l’Europe, le virus sera un coup plus dur encore que le Brexit .

Pendant ce temps, Poutine fait un coup de comm’ parfait en déployant des médecins militaires en Italie, et leur matériel, le tout air lifté avec neuf magnifiques IL 76. Démonstration de force.

News du village.

Il y a une vieille maison au toit de chaume qui est en cours de démolition, je me demande si c’est pas pour y construire une nouvelle maison. Il y aurait de nouveaux habitants qui viendraient s’installer ?

Pendant Fukushima en 2011n lorsque les réacteurs nucléaires explosaient nous étions à Tokyo, en plein milieu de la ville et un truc qui me foutait vraiment la pétoche c’était de ne pas être en mesure d’évacuer avec ma petite famille… nous n’avions pas de voiture, les trains sont tout le temps bondés de toute façon et faudrait imaginer tous ces milions de gens qui devraient évacuer en même temps. Ce serait impossible. Et puis, évacuer, vers où?

C’est l’un des trucs que je redoutais le plus. De nous retrouver bloqués.

Nous avons changé de vie depuis, en nous installant à la campagne maintenant ça fait 8 ans, et en effet nous sommes moins vulnérables, moins exposés aux aléas. Nous pouvons nous réchauffer avec notre bois, la rivière à côté apporte quantité d’eau et dans le jardin la nuit on entend les légumes pousser. Par contre en cas de typhon une partie de la montagne pourrait s’écrouler pour nous ensevelir en quelques secondes, faut pas l’oublier.

Nous avions coupé quelques cryptomères dans la montagne. Depuis je les ai un peu arrangés. Pour faire des enclos, pour protéger les nouvelles plantations de ces gros coquins de sangliers. L’année dernière les sangliers ont détruit plusieurs des arbres que j’avais plantés, et pour éviter ça je fais des barricades avec de beaux troncs d’arbres, posés les uns sur les autres, cela devrait constituer une défense efficace pour les mûriers que je souhaite y planter. J’utilise des kasugai 鎹 pièces métalliques en forme de U, comment dit on en français, pour fixer les troncs les uns aux autres.

Je fais deux enclos de un mètre quarante de côté. Je plante un mûrier dans chaque. Les troncs de cryptomère ensemble doivent faire une demie tonne, ça devrait marcher contre les sangliers, et puis bien sûr les filets, contre les chevreuils.

Pourquoi planter des mûriers ? Autrefois il y en avait partout dans la vallée, leur feuilles nourrissaient les vers à soie dont tout le monde faisait l’élevage.

Pourquoi en planter en montagne ? Ca a l’air très compliqué et il n’y a peut être pas assez de lumière. C’est vrai, c’est très compliqué mais bon ! je veux essayer.

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Et puis un autre enclos de quatre mètres sur quatre, pour y mettre deux mûriers et aussi des Yamato imo, un genre d’igname. C’est une expérience, apparement ça pousse très bien en montagne, donc on verra.

Pour ce grand enclos les troncs d’arbre de quatre mètres sont trop lourds à porter, donc je les fends en deux avec une masse et un coin.

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Quel boulot ! Et pour quoi ? Pour le fun ! Je vous dis c’est exténuant de faire tout ça mais travailler comme ça en forêt c’est un vrai bonheur, il y fait bon, marcher sur la terre, entendre quelques oiseaux, transbahuter des trucs ….

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Comment ça se passe ici

On suit avec attention ce qui se passe à travers le monde, on se tient informé de ce qui se passe avec le virus. En Italie, en France, aux US. En Chine plus difficile de savoir ce qu’il s’y passe en vrai avec la censure et la propagande.

Paradoxalement je ne vois pas vraiment ce qu’il se passe au Japon. Il n’y a pas eu de confinement ou lock down et pourtant, malgré la proximité avec la Chine, source de la pandémie, il y a beaucoup moins de cas qu’en Europe. Est ce parce qu’au Japon l’on fait peu de tests ?

Ca ne peut pas être parce qu’ici on ne se fait pas la bise, ou qu’on ne se serre pas la pince …

Du bois pour les hivers prochains, à noter d’énormes branches de camphrier, ramassé dans un chantier. Au fond l’amandier est en fleurs

On voit se développer sous nos yeux trois catastrophes: la première avec les très nombreuses victimes de la maladie, la deuxième la fragilisation des systèmes de santé avec les nombreux médecins et personnels soignants victimes eux aussi du virus (or, il faut dix ans pour faire un médecin), et finalement les retombées économiques et sociales du confinement et de l’arrêt des activités décidés pour freiner les deux premières.

ici du cerisier (ramassé au bord d’un chemin) et des branches de marronnier

Je sais ce que se murmurent entre eux les arbres les insectes et les oiseaux, à savoir que ce coronavirus pourrait les débarrasser des humains qui détruisent leur habitats! On peut les comprendre …

Sous le filet, dans le potager, les brocos attendent de passer à la casserole.

Quand le gouvernement Japonais a décidé la fermeture des écoles, je me suis dis, bon, soyons cohérent avec cette mesure, et réduisons nos déplacements. Contribuons à l’effort. Si bien que je ne quitte notre vallée qu’une fois par semaine au plus, pour faire quelques courses indispensables.

Ce confinement symbolique que je m’impose n’est guère contraignant car nous avons le jardin, notre montagne, sans parler de tous les chemins abandonnés dans la vallée où personne ne passe. On n’est pas à l’étroit.

Dans le jardin, Cette Coccinelle s’est noyée dans un sceau
(photo laissée floue pour épargner les âmes sensibles)

Rien que l’idée de rester au village et d’en limiter mes sorties me procure un grand calme, comme une sérénité. Se laisser un peu moins distraire. Il y a quelque chose bénéfique à ne pas sortir, à ne pas prendre la voiture et à rester dans son jardin, à, comme un chat, se limiter à un territoire bien défini et constant. Et puis, ouvrir un livre ou une bouteille et le territoire s’élargit soudain par magie.

Donc pour limiter les sorties j’ai puisé dans mes souvenirs … mon grand père Jean m’expliquait qu’à travers les âges nous avons pu survivre les crises et les guerres grâce au cochon: dans les campagnes chaque famille avait un ou deux porcs pour la viande de l’année.

Les feuilles de rucola pour faire des salades ou accompagner des spaghettis

Au Japon c’est différent, dans notre village aucune famille n’a jamais eu de cochon (je me suis bien renseigné là dessus) mais, me fiant aux paroles de mon grand père, dès les premiers jours de la crise, il y a un bon mois maintenant, j’ai acheté un jambon italien entier… un gros morceau de bidoche qui en effet nous aide à réduire nos sorties pour faire les courses. On en est arrivés à la moitié. Parce que sinon en effet j’irais à la superette acheter trois petites saucisses par ci, deux petits bouts de gras par là…. et il faudrait y retourner trois jours plus tard…

Pareil pour la bibine; Plusieurs caisses de bière sont venues tenir compagnie au prosciutto dans le frigo…

Dîner ce crise avec nouilles instantanées et une salade du jardin

Mais ces choses matérielles mises à part, comment agir en temps de crise. Tout le monde dans sa vie vit ces moments plus ou moins longs, plus ou moins intenses, de crise, où tout peut basculer vers le néant. Je pense particulièrement à mes amis Syriens dont le pays a été précipité dans une guerre civile terrible (avec l’aide de nos gouvernements) … vous imaginez ce que ces gens ont vécu depuis des années maintenant… Mes grands parents en France tout comme mes voisins les plus âgés ici au village ont connu la guerre. Avant la deuxième c’était la première. Et il y en a eu beaucoup d’autres depuis.

Pour moi le premier moment qui nous a donné un avant goût de la fin du monde et tout remis en question, c’était la catastrophe nucléaire de Fukushima.

Dans ces moments, comment réagir, comment se protéger et protéger ses proches. D’abord il faut je crois s’informer pour pouvoir saisir la situation et bien comprendre les risques. Comprendre aussi comment nos actes peuvent impacter notre entourage. Aussi ne pas céder à la panique tout en acceptant nos propres faiblesses et nos propres craintes, car on est pas des super héros…