Catégorie: japon

Le paradis sur terre

Dimanche (avant‑hier), il y avait un marché organisé par le temple d’un village à 10 km d’ici. J’y ai déployé mon stand et proposé mes productions aux visiteurs : bandes dessinées, serviettes tenugui, et Le cahier de la vie comme un dessert.

J’avais participé au même marché l’année dernière, en mars, mais il pleuvait alors et nous n’avions pas encore l’explosion de couleurs et de lumières du printemps.

Le temple n’est pas particulièrement grand. Il est situé au centre d’un petit hameau resserré sur lui‑même, où serpentent des ruelles étroites… Les voitures ne peuvent pas s’y croiser, ce qui témoigne d’une époque où il n’y avait pas de bagnoles, mais des mules… non, plutôt des vaches.

Le tout se trouve au milieu d’une plaine assez large, dont les rizières ont pu assurer, ces derniers siècles, une prospérité sans doute inconnue à mon village : ici, la vallée est étroite, les montagnes plus présentes, et l’espace pour les cultures bien plus limité.

À peine 10 km nous séparent, mais la géographie de ce hameau est très différente de la nôtre.

À côté de l’entrée du temple, une petite mare où grenouilles et autres petits êtres doivent vivre en toute sécurité. C’est peut‑être une réserve d’eau en cas d’incendie.

Près de la porte principale, une porte secondaire donne accès à une petite bâtisse ouverte tous les jours aux enfants du village. Je vois d’ailleurs quatre vélos arrêtés devant ; à l’intérieur, des enfants sont assis confortablement, sans doute en train de faire leurs devoirs ou des révisions.

Depuis cette bâtisse, on rejoint le temple proprement dit en se laissant guider par un petit chemin de pierres. Il faut dire que tout est fleuri : fleurs, arbustes, arbres… et leur emplacement n’est pas fortuit. Ensemble, ils participent à cette atmosphère de paix et de sérénité qui imprègne tout l’endroit.

L’espace s’ouvre et se dégage devant le temple. Au milieu, un ancien puits. Si l’on y prête l’oreille, on peut entendre une grenouille. Ce puis est superbe et un cerisier lui tient compagnie.

J’installe mon stand juste sous la statue de Shinran, fondateur au XIIIᵉ siècle de l’école bouddhique japonaise Jōdo‑Shinshū.

La journée commence, avec plusieurs centaines de visiteurs. Et tout le monde a l’air si heureux.

C’est incroyable. Il y a des groupes de musiciens. Des enfants font le tour des stands à l’infini.
Nous devons être une vingtaine d’exposants. Plusieurs vendent des livres d’occasion ; il y a un stand de thé taïwanais, un stand de desserts vietnamiens, un stand de café, d’onigiris, de barbe à papa… Un stand d’arrangements floraux, un autre avec de jolis pots de fleurs faits maison.

Un ami que je n’avais pas vu depuis plusieurs années me suit sur Instagram et est venu me rendre visite avec son jeune fils. Ça m’a fait très plaisir. On a pu bien discuter… Qu’est‑ce que c’est sympathique. Au même moment, trois jeunes femmes arrivent et posent des questions sur mes BD. Je leur présente Retour sur Terre, et justement cet ami leur dit : « Vous voyez là, le dessin de ce monsieur qui fait pipi debout dans une baignoire dans la forêt ? C’EST MON PAPA ! »

Et oui, c’est vrai ! Qu’est‑ce que j’ai ri ! « Et regardez ici aussi, ce monsieur qui apporte un chaton à Wakame Tamago… c’est mon frangin ! » Et oui, c’est vrai aussi !

Pour moi, c’est aussi l’occasion de “tester” mon offre, assez variée : les serviettes tenugui, mes BD, mon dernier cahier La vie comme un dessert.

Je suis conscient des limites de mon business model : le cycle de production de mes BD est très lent. Même si j’ai quitté mon job et que je dessine désormais tous les jours, il me faudra au moins un an pour produire un nouveau livre (contre trois à cinq ans auparavant). À cela s’ajoute qu’avec les BD, on ne peut pas avoir de repeater : une fois qu’une personne a acheté et lu une BD, elle ne va pas racheter la même. Grosse différence avec, par exemple, les desserts vietnamiens… si bons qu’on pourrait vouloir s’en offrir un tous les jours.

Cela dit, je ne fais pas tout cela pour l’argent. Idéalement, la vente de mes produits permettrait simplement de générer assez de cash pour réinvestir : produire un nouveau design de serviette tenugui, par exemple. En même temps, je veux éviter de crouler sous les stocks d’invendus.

Aller dans ces marchés, c’est surtout l’occasion de rencontrer des gens et de faire connaissance. Et vraiment, tout le monde est si gentil, aimable, curieux, amusant… C’est un vrai plaisir.

À un moment, un oiseau est venu voler juste à côté de moi et je me suis dit : ce temple, c’est un vrai paradis.

Pouvoir créer un tel lieu où les gens se rassemblent et passent des moments agréables, le cœur léger, sans tomber dans la moindre vulgarité… voilà un summum de la civilisation.

Tara No Me (pousses d’angélique du Japon) et autres choses

Lundi matin, comme presque toutes les semaines depuis plus de dix ans, je suis allé retrouver Saki‑chan dans son atelier pour prendre un café et faire le point.
On fait notre meeting de 7 à 8 heures du matin.

Quelle excellente habitude.

Les montagnes déploient devant nous leurs palettes de couleurs. Il reste encore quelques cerisiers en fleur, mais déjà on admire des explosions de vert : les jeunes feuillages commencent à se montrer, avec leur vert très frais.

Cette saison du printemps nous offre une multitude de cadeaux, et pas seulement visuels, mais aussi gustatifs.
Justement, Saki‑chan me propose d’aller chercher des tara no me タラの芽 ou des pousses d’angélique du Japon.
J’acquiesce immédiatement.

Saki‑chan remarque : « Oh, tu es vraiment libre maintenant. »
C’est sûr que lorsque je travaillais encore, je devais d’abord vérifier que je n’avais pas de réunion ou quelque chose d’urgent à faire… mais maintenant je suis libre.

La récolte prend une heure et demie.
Nous montons en montagne : il y a un endroit dégagé où poussent une dizaine de tara. Les arbres étendent leurs branches jusqu’à quatre ou cinq mètres ; on utilise des perches télescopiques équipées d’un sécateur au bout.

Au retour, je découvre dans ma botte une énorme sangsue qui se régale de mon sang. Sucer le sang d’un étranger ne semble pas l’incommoder. Je veux éviter de l’arracher, car elle pourrait laisser des crocs dans la plaie… En général, je mets du sel sur les sangsues : elles se détachent tout de suite. Mais il n’y en a pas dans l’atelier où nous sommes de retour.
J’essaie de la brûler avec un briquet. Je me rappelle avoir lu quelque part que les soldats au Vietnam fumaient sans cesse pour se débarrasser des sangsues…

Saki‑chan apporte du mokusaku‑eki (acide pyroligneux, produit de sa fabrication de charbon de bois), et cela fait enfin lâcher la sangsue.

Tout en essayant de la faire partir, on discute des nouvelles, notamment des événements en Iran : encore une chose dont on se serait bien passé. Je n’explique pas à Saki‑chan que l’ayatollah Khomeini fut en exil en France et qu’il gagna l’Iran dans un avion Air France — merci à la France d’avoir protégé cette énorme sangsue… Il aurait été plus avisé de la dégager.

De retour à la maison, je finis de travailler sur un nouvel abri pour le bois.

En général ici on prépare les tara no me en tempura.
De mon côté j’aime bien les passer à la poêle, avec du beurre.
Ce soir j’en fais une tortilla avec trois champignons shiitakés récoltés dans le jardin.

Encore une journée formidable… avec tellement de choses à faire dehors que je n’ai pas pu dessiner.
Mon nouveau projet de BD qui traite de Tsureduregusa -Les Heures Oisives, par Urabe Kenko- pourtant avance pas mal avec de gros progrès depuis Janvier….

Civet de chevreuil et reconnexions

L autre soir, je faisais remarquer à ma femme que je suis très solitaire… dans le sens où je passe de longs moments sans voir personne quand je suis sur mon PC à faire des dessins.
C’est comme lorsque je travaillais : j’étais tout le temps seul dans mon home office, sauf que j’étais au téléphone en réunions ou en discussions cinq heures par jour. Ça, c’est fini.

Mais les petits événements d’aujourd’hui démentent complètement cette idée de solitude.

Voulant faire mijoter un civet de chevreuil dans un dutch oven, je vais voir ce matin Saki-chan dans son atelier pour lui demander s’il lui reste du charbon de bois.
Il en a un stock énorme et me donne une grosse caisse métallique pleine de charbon.


Il était justement en train de faire un petit feu ; je me joins à lui et nous passons une heure très agréable à parler de choses diverses et variées.

On commence par la météo, l’adoucissement annoncé et les pluies prévues cette semaine… On en a eu très peu de pluie, et certaines régions du Japon sont même à sec.

Ensuite, on aborde un sujet qui nous touche tous les deux : comment, à partir de la génération de Saki-chan — disons celle de mes parents — tout un tas de connaissances et de savoir-faire autrefois transmis de génération en génération se sont soudainement perdus avec la modernisation et l’exode rural.

De mon côté, je fais la liste des choses que mon grand-père maîtrisait : la chasse, la pêche, l’apiculture, l’élevage de petits animaux… des domaines que j’ignore totalement.
Et mon grand-oncle, charpentier : il aurait pu m’en apprendre des choses, quand enfant je passais mes vacances d’été chez lui. Sans parler de son vin… Mais j’étais petit et je préférais lire Picsou Magazine.
Et mon arrière-grand-père, qui faisait la gnôle…
Bref, tout ce savoir-faire qui a fait vivre nos ancêtres pendant des siècles s’est perdu.

Saki-chan reprend le sujet en parlant de son métier : savoir construire des maisons selon les méthodes traditionnelles. Aujourd’hui, peut-être 5 % des charpentiers ici en sont encore capables. Pour les autres, c’est le pistolet à clous et vas-y que je te cloue les planches de contreplaqué…
Qui sait encore manier la scie, le ciseau à bois, le rabot ?
Un autre exemple : autrefois, au village, dit-il, il y avait une grand-mère qui savait faire du doburoku, un alcool de riz très fort. Recette perdue. Pareil pour l’amazaké…

Bref, nous parlons de tout ça, passionnés. Puis nous partons à la station-service : je dois faire le plein de mon camion et Saki-chan doit faire réparer un pneu crevé. Là-bas, tout le monde nous salue et on tape un peu la discute.

Finalement, ce que je racontais hier à ma femme — que je suis très solitaire — c’est vraiment relatif.

Plus tard, je commence à faire un feu pour le civet.
J’utilise l’irori sur roulettes dans le jardin. Le temps est doux et il y a un beau soleil.

Allumer un feu dehors… j’ai l’impression de me reconnecter avec mon ADN.

Je passe ainsi l’après-midi : je dépose du charbon ici, j’en rajoute là, je souffle pour activer la combustion. J’écoute les oiseaux. J’écoute le chevreuil qui commence à mijoter.


Il y a tellement de choses à faire, mais des choses simples, qui ne demandent pas de réfléchir.

Au contraire je peux me concentrer sur la sensation et l observation. C’est très reposant.

Le civet sera pour le lendemain. Alors on fait un peu de place et on déplace quelques morceaux de charbon pour griller des brochettes improvisées — des morceaux de poulet — pour un déjeuner-dîner vers quatre heures de l’après-midi.

Ce qui fait rappliquer Minou, le chat.
Et donc nous dînons à trois.

Fin du projet Promenade à Tatsuno

Fin du projet Promenade à Tatsuno

La semaine dernière j’ai bouclé le projet Promenade à Tatsuno.
Le projet consistait à dessiner dix maisons anciennes de la ville dans le but de mieux faire connaitre la ville -Tatsuno- aux visiteurs étrangers.

Mon conseil aux voyageurs

A tout voyageur désirant découvrir le Japon d’autrefois et visitant notre région -ouest de Osaka et Kyoto-, je conseillerais ce bundle:
– une journée à Himeji pour le matin faire la découverte du sanctuaireEngyo ji puis visiter le château et la ville.
– une nuit à l’hôtel après s’être réhydraté auprès des nombreux bistrots et izakaya -izakaya signifie littéralement là ou est l’alcool
– et puis le lendemain matin, prendre le train (ligne Kishin) pour 10 ou 15 minutes jusqu’à la gare Hon Tatsuno….

Le Japon comme autrefois

… De là, gagner la ville ancienne pour se perdre dans les petites allées, les ruelles qui longent les cours d’eau, crapahuter jusqu’au château…

Et profiter des nombreux points de vue qui permettent d’imaginer une ville au Japon il y a 50 100 ou 200 ans…. et tout ça, sans touristes !
La ville n’a pas été détruite pendant la guerre…. et c’est si triste à dire, c’est une exception.
Pour tout personne intéressée par l’architecture il y a des centaines de petites découvertes à faire ….

De belles maisons de 400 ans, on n’en fait plus de nos jours … Beauté fragile… et précieuse.

Les dessins

Sur cette page j’ai mis des copies des dessins.

L’idée c’était avec des maisons sélectionnées mais éparses dans la ville de créer comme une rue virtuelle où l’on peut se promener.
Donc, les maisons sont toutes dessinées de face, sans perspective, et elles sont plus ou moins à la même échelle. Elles sont positionnées à la même hauteur et on peut imaginer en collant les dessins bout à bout suivre une rue imaginaire ….

L’ancienne épicerie Kikuya

C’est ce que nous essaierons de créer en faisant une exposition des dessins sans doute en Avril …

J’ai d’ailleurs fait une petite animation avec certains dessins …

Quel projet merveilleux

En tout cas ce projet était merveilleux pour moi, l’occasion de connaitre et de collaborer avec des gens formidables, de redécouvrir la ville de Tatsuno, et puis du point de vue du dessin et de la conduite d’un projet de création, apprendre beaucoup de nouvelles choses.

avec Mme Mika, du café Galleria

Projet « Promenade à Tatsuno » – Premier dessin

Chaque semaine jusqu’à fin janvier je vais poster sur instagram le dessin d’une maison de la ville de Tatsuno.

Tatsuno est une ville qui a prospéré depuis la période féodale grâce à la production de sauce de soja. C’est ce qui aussi l’a préservée des bombardements américains pendant la guerre -car, je suppose, n’ayant pas d’autre industrie à l’époque.
Et donc son quartier historique est excellement bien préservé et gagne à être connu des voyageurs ….

Le but du projet « Promenade à Tatsuno »est de mieux faire connaitre cette ville auprès des voyageurs étrangers.

Ce premier dessin représente Galleria, un café situé entre la gare JR de HonTatsuno et le quartier historique de la ville. Le bâtiment doit dater de l’époque de Taisho et au début, c’était une banque.
L’intérieur d’ailleurs est presque inchangé. On y trouve le comptoir d’origine, et le coffre fort est toujours la. Imaginez y faire la queue et entendre le cliquettement des bouliers soroban.

La géante qui surgit de la maison c’est Madame Mika, la gérante de Galleria. Elle est passionnée d’art et de culture.

Il y a donc toujours des expositions, des concerts ou des conférences, Galleria est beaucoup plus qu’un simple café.

En imaginant des voyageurs venus découvrir Tatsuno je les ai imaginés arrivant par le train. Galleria serait donc une première étape, avant de traverser la rivière et de s’aventurer dans la vieille ville, y prendre un café, une part de tarte ou de gateau et discuter avec Mme Mika …. dont la fille vit à Paris …

Trois pour cents, les sept règles, Bach et un cactus.

Il y a deux semaines je crois la boite a fait un dégraissage en virant manu militari 3 pour cents de ses employés.

C’est pas avec 3 pour cents que l’on fait des économies et que l’on dégraisse en vrai. Pour alléger une organisation il faudrait couper 7 ou 8 pour cents, en revoyant les vraies priorités et coupant des équipes entières.

Dans un gouvernement ou la fonction publique ce serait facile 15 pour cents. Plus une organisation est grande moins elle est efficace. On voit d’ailleurs que les ‘petits pays’ comme la Suisse ou Singapour sont efficaces en comparaison avec les plus grands.

Par contre déjà avec 3 pour cents on arrive à gâcher l’ambiance de somnolente fraternité qui régnait …

Il faut savoir ce qu’on veut.

Personnellement ça fait maintenant 30 ans que je travaille et je sens une grande lassitude s’installer. Ou, l’ennui …. D’autant que de l’autre côté de la barrière, avec mon projet Wakame Tamago, qu’est-ce-que je m’amuse !

Oui je sais l’herbe de l’autre côté de la barrière semble toujours plus verte et plus nourrissante.

Bref à un moment je caressais fébrilement l’espoir d’être dans le panier des 3 pour cents… Facile à dire …

Ce qui n’est pas facile c’est d’arrêter quelque chose de soi-même, Poutine et Gel en ski en sont l’exemple il faut les regarder … ils ne peuvent plus s’arrêter …

C’est facile si les autres décident à notre place.


Il y a deux semaines aussi, j’ai fini de lire l’autobiographie de Shigeru Mizuki.

Excellent book. Après l’avoir lu je me suis commandé des albums de Gégégé no Kitaro, et j’ai lu un volume. Certaines idées m’ont vraiment étonné et fait exploser de rire. Très bien.

Dans son autobiographie il parle de ses sept principes pour le bonheur. Les voici.

  1. Ne pas agir pour le succès, la gloire ou la victoire.
  2. Continuez à faire ce que vous ne pouvez pas vous empêcher de faire. ( WT: peut-être que ça s’applique aussi aux flatulences ?)
  3. Ne vous comparez pas aux autres et poursuivez ce qui vous contente.
  4. Croyez en la force que porte ce que l’on aime.
  5. Le revenu et le talent sont des choses différentes. Savoir que beaucoup peuvent se laisser trahir par leurs efforts.
  6. Devenez paresseux.
  7. Croyez en un monde invisible.

Il fait ensuite un chapitre pour chacun de ces principes.


Lundi je suis allé faire une promenade après le travail. J’ai mis mes belles chaussettes de Jean Sébastien Bach et, les petits écouteurs enfoncés dans les oneilles, je suis parti presque deux heures en écoutant les ouvres complètes de Bach pour orgue, par Marie-Claire Alain.

C’est tellement beau cette musique d’orgue je me dis souvent que dans ma prochaine vie si je suis un humain je ferais bien organiste.

Sur la route j’ai vu trois beaux serpents, j’en vois beaucoup cette année. Ceux qui sont au milieu de la route prennent trop de risque de se faire écraser, sachant que la moitié des conducteurs ici a plus de 70 ans et ne voit rien, l’autre moitié he bien peut-être qu’ils font exprès d’écraser les serpents sur la route (mais à réfléchir je vois rarement des couleuvres écrasées sur la route, ce sont presque toujours des vipères). Les serpents au milieu de la route je leur adresse la parole en Français et leur conseille de regagner les forêts. Il m’écoutent !

Or une surprise m’attend en chemin, sur le bord de la route, dans un caniveau pour être exact:

il y a la un cactus, comment est-il venu s’installer la, aurait-il été jeté au bord de la route …. et ce cactus fleurit ! Je vois ça comme un miracle …

Entretien entre M Iwata et un jeune agriculteur

Hier j’ai bouclé le boulot tôt, vers midi, pour aller voir un entretien entre monsieur Iwata et un jeune agriculteur, établi à Himeji.

Toutes les deux semaines il y a ainsi un entretien, les dates sont alignées au calendrier solaire traditionnel en 24 divisions, durant lequel monsieur Iwata -78 ans- développe une conversation avec un guest. J’ai eu l’honneur par deux fois d’y participer et d’être interviewé. Pour moi aller voir ces entretiens c’est devenu comme une thérapie …

Ca se déroule dans un restaurant, un endroit magnifique, installé dans une ancienne ferme de 150 ans.

Tout y est beau, et rien que d’y passer deux heures, on se sent rafraichi et inspiré.

Si vous êtes à Himeji un midi et avez une bonne demie journée de libre je vous conseille d’aller y déjeuner (il y a un arrêt de bus mais il faut un peu marcher); contactez moi si ça vous intéresse.

Hier j’avais le soleil dans l’objectif optique de mon téléphone et ici j’emprunte les photos de https://www.instagram.com/komegalleryotemae/

Hier l’entretien était avec Ohino Takuya un jeune agriculteur qui produit du riz au nord de Himeji, en suivant une méthode entièrement naturelle et en orbite autour des principes:

  • pas de labour
  • pas d’entrant ni de sortant (no input no output)
  • ne considère pas les insectes et les ‘mauvaises’ herbes comme des ennemis.

Je pense que monsieur Ohino est obligé, pour que le public le comprenne, de définir sa méthode et sa philosophie avec des phrases négatives, car, oui 95 pour cents des agriculteurs et jardiniers ici: labourent, apportent plein d’entrants avec les engrais, et pour eux, les oiseaux les insectes les mauvaises herbes sont des ennemis !

On pourrait reformuler les définitions avec des phrases positives:

  • laisser la terre tranquille pour le bien-être de ses petits habitants et des plantes
  • laisser le riz se développer avec sa propre force intérieure
  • considérer les insectes les oiseaux et les herbes comme des guests…

Tout cela va au-delà d’une méthode technique pour produire quelque chose, c’est à n’en pas douter une philosophie de la vie !!! On voit d’ailleurs le calme profond de la personnalité de monsieur Ohino …


L’entretien est en deux parties de 30 minutes; entre les deux parties, un duo de musiciens du village -箱庭- joue des morceaux qu’ils choisissent en fonction de la saison ou du profil de l’invité… Hier ils jouent une chanson sur le printemps. Vous pouvez les suivre sur spotify.


Au cours de l’entretien je note ces quelques phrases:

できたらできたぶんをとる

Récolter ce qui est disponible

無理のない稲

Un plant de riz qui ne se force pas

田んぼの子供の声が聞こえる

Une rizière où l’on entend des voix d’enfants

いい田んぼ

Une bonne rizière

一人分作る

Produire assez pour une personne

Souvent ces entretiens ne fournissent pas de « solution » directe; prête à utiliser, non, mais, toujours, ils entrouvrent de nouvelles portes, des fenêtres cachées, ou oubliées …. à chacun ensuite de faire les premiers pas et de faire son chemin.

A propos, monsieur Iwata qui conduit ces entretiens est ainsi pleinement dans son rôle et sa qualité d’artiste: il dévoile des signes, et ouvre l’horizon vers de nouvelles possibilités.

En ce qui me concerne dans le jardin, je suis à 66 pour cents de la methode: je ne laboure pas, j’apporte cependant régulièrement du fumier de poules ou de cheval, quant aux oiseaux et les herbes, je ne suis qu’un locataire dans leur domaine …. Bien sûr j’aimerais pouvoir m’améliorer car je suis un jardinier bien maladroit ….

C’était formidable (le marché)

Le marché dimanche: c’était formidable

Dimanche dans un temple à 10, 15 km d’ici avait lieu un petit marché où des bouquinistes, et des collectionneurs se sont assemblés pour vendre des livres. J’y étais aussi, pour vendre mes BDs.

Le temps n’était pas clément et il a plu toute la journée. Nous nous sommes installés abrités dans et autour du temple.

Le temple est vraiment formidable. Il est truffé de petites bibliothèques dont on peut emprunter les ouvrages. Sur un côté de l’autel il y a un piano droit ! C’est la première fois que je vois un piano dans un temple. Bibliophiles et mélomanes.

Je l’avais évoqué dans un article précédent; il y a aussi un petite maison attenante qui est ouverte aux enfants du village. Les enfants après l’école y viennent faire leurs devoirs, ou simplement passer le temps ensemble. C’est comme autrefois, m’explique plus tard ce matin mon ami Saki chan, les enfants après l’école allaient étudier ensemble au temple du village.

Sur mon compte instagram j’ai posté deux courtes vidéos de l’ambiance sereine et heureuse du marché. Il y avait aussi des musiciens, dont un duo de joueuses de shamisen.

Quelle paix et quelle sérénité ! Encore cette fois cela m’a frappé, et j’ai admiré cet art de vivre ensemble.


Des serviettes ténugui 手ぬぐい

Pour le marché, suivant les recommandations de mon épouse j’avais fait le design de serviettes ‘ténugui’, pour avoir autre chose à vendre et agrémenter ma petite table avec mes produits. Ne vendre en effet que mes trois bande dessinées, c’est hard core, il n’est pas facile de vendre un livre, encore plus hardu s’il s’agit d’une BD qui est bien différente des mangas et faite par un amateur …

Le ténugui sur le thème des algues et des oeufs (ce qui correspond à mon pseudonyme wakamé tamago).

J’en ai fait réaliser une centaine. Au pire, me disais-je, j’aurais 100 ténugui à utiliser jusqu’à ma mort !

Mais il ne m’en reste plus que 75 ….

J’ajouté un bouton paypal si les ténuguis vous intéressent !!!

ici avec mes voisines de stand, qui testent les ténuguis, et dont j’emprunte la photo d’instagram et qui font de l’arrangement floral.


Une énorme surprise

Un énorme surprise c’est lorsqu’une dame très élégante est venue, m’a dit bonjour wakamé tamago et m’a donné un sac avec du café et du chocolat, et puis elle est repartie comme elle était venue. J’ai été bien gêné, car je n’avais pas pu la reconnaitre, et étais dans l’incapacité de la remercier, jusqu’à ce que je comprenne qu’il s’agit d’une des employées du bureau de la poste du village ! (à la poste elle porte un uniforme et un masque). Quelle générosité !!

Lundi je suis allé la voir à la poste et lui ai offert un ténugui pour la remercier de son gentil geste.


Une autre surprise de taille

Une autre surprise de taille c’est que les ténugui et mes bandes dessinées se sont vendus comme des petits pains. Déjà dans les 10 premières minutes du marché j’avais vendu un ténugui et j’étais déjà content de moi (la peur de rentrer la queue entre les jambes) et puis oui; que pensent les gens en regardant mon travail ? Sont-ils intéréssés ? curieux ? C’est pas évident du tout !


et oui, on voit que le temple fait aussi ciné club avec des projections de films !

L’entrée qui mène à la maison ouverte aux enfants. On distingue les tables de ping pong.

C’est un vrai paradis !!

Vivement le printemps

Vivement que le printemps arrive et s’installe… Les nuits ici sont encore froides.

Je suis en avance sur mon schedule car tout le bois a été fendu et est déjà rangé. Nous sommes prêts pour les hivers prochains.

Hier j’ai reçu un coup de fil d’un ami du village pour m’informer que trois cryptomères, coupés, sont disponibles à aller chercher au bord d’un chemin, j’irai les chercher cette semaine. Il doit y en avoir pour quatre camionnées. Du bois il n’y en a jamais de trop.

Vivement l’arrivée du printemps que l’on puisse écouter les oiseaux, observer les insectes dans le jardin et que, comme un gros chat, on puisse se réchauffer dehors au soleil.

Ca va être formidable !


Des nuits la température est descendue vers moins huit, flinguant des brocolis innocents qui œuvraient patiemment à leur croissance. Je les avais pourtant recouverts d’un tissu. Peut-être qu’ils vont reprendre ? Il faut observer.


Beaucoup de personnes m’aident et m’apportent leur soutien dans mes projets de bandes dessinées. En les achetant en ligne, ou en les mettant en vente dans leur commerce.

Mercredi une employée du bureau de la poste du village est venue chez nous à la maison pour accompagner un client qui voulait acheter ma nouvelle BD ! Quelle gentillesse !

En fait ces projets de bande dessinées ça n’est pas pour les sous, mais pour ces connexions avec les lecteurs et ces rencontres, qu’elles soient à distance ou en personne, c’est une façon de communiquer, et cela enrichit la vie, c’est incroyable.

Voila … Mes BDs je les fais pour le bonheur de les faire et le bonheur des rencontres qu’elles rendent possibles. Et ce bonheur n’est pas taxable; il n’est pas soumis à la TVA …. Attention il faut que je m’arrête ici car je ne voudrais pas donner l’idée à des politichiens qui liraient cette page de penser à taxer le bonheur !


Au sujet de monsieur Iwata: mercredi dernier dans un restaurant de la région il a fait son entretien bi mensuel cette fois avec un artisan de tambours japonais (wa daiko 和太鼓). Entretien passionnant! L’artisan continue une tradition familiale de fabrication de tambour et il en est la 18è génération. Les sujets évoqués sont vastes; traitent les aspects personnels économiques et sociaux et me permettent d’entrevoir un monde que personnellement j’ignore complètement.

Cet entretien qui a lieu toutes les deux semaine, c’est une véritable bouffée d’oxygène! Le prochain entretien sera avec un agriculteur de la région.

Préparations pour le marché, le 16 mars

Le 16 Mars le dimanche dans un temple bouddhiste pas loin d’ici, au nord de Himeji, dans la bourgade de Hayashida, il y aura un petit marché (est-ce-que le mot marché s’applique vraiment dans ce cas) avec des libraires indépendants et des collectionneurs de livres.

https://maps.app.goo.gl/bTiAhuq5wJa5pdvd6

Je participerai à l’événement. Pour faire un petit stand -je n’aurai pas besoin d’une grande table; car j’ai seulement trois bande dessinées à mon compteur-, j’ai transformé l’engin à quatre roues de brouettes que j’avais fait il y a quelques année, pour transporter de grosses pierres.

C’est en effet l’occasion de faire un truc original et amusant.

Depuis j’y ai ajouté une sorte de grande cage en bois afin de transporter du bois (pas de photo de cette version), mais l’idée en gros c’est d’en faire un petit stand mobile, sur roues. Le dessus servira de table pour exposer mes trois bandes dessinées, et sous la table je garderai une boite en carton pour le stock de BD, une gourde de thé et un tabouret.

Voila ce que ça donne….

Au dessus de chaque BD je mets un message explicatif:

Bon … Il y a encore quelques petites choses à régler mais il ne reste que deux semaines …..