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Dernière brouettée de béton

Continuation de la barrière contre les chevreuils. Dernière brouettée de béton pour faire le dernier socle.

J’utilise toujours mon pneu découpé, quelle trouvaille, c’est formidable je suis tellement fier de moi. Voila un truc qui a marché du tonnerre. C’est un excellent moule pour le béton: flexible il s’adapte au terrain.

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J’ai un peu suivi les élections présidentielles en France, Macron je ne sais pas trop quoi en penser. Ce qui est certain par contre c’est que dans le jardin l’amandier va donner au moins trois amandes cette année. Le noisetier fait un bon départ faut voir s’il va prendre ici dans cette région, ce serait formidable. Celui planté dans la montagne en face aussi fait un bon départ. Et le noyer a une croissance tout simplement phénoménale. Tout espoir est donc permis. Et puis dans le petit potager les salades poussent bien et notre récolte journalière de pois agrémente les repas.

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Macron pour y revenir je ne sais trop quoi en penser et de toute façon tout cela est en dehors de ma zone d’influence. Il faut se focaliser sur ce que l’on peut influencer directement sinon on finit comme les hippopotames qui agitent leurs petites queues dans l’eau pour disperser leur caca. Moi ma zone d’influence c’est la maison et le jardin autour, et notre petit bout de montagne.

Pour marquer le coup, quand même, ce moment historique avec un nouveau président, et si jeune, je mets dans le béton trois petites pierres trouvées à mes pieds dans la rivière, une pierre bleue une pierre blanche une pierre rouge, ça fait bleu blanc rouge, comme le drapeau.

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Pour la barrière

Je continue à préparer du bois pour la barrière qui doit fermer le côté de notre jardin qui fait face à la rivière. C’est de la rivière que provient le flux nocturne constant de migrants de la Méditerranée chevreuils qui viennent dévaliser notre jardin et mangent nos paquerettes.

Cette fois-ci je découpe à la tronçonneuse un tronc d’arbre de 4 mètres, dans sa longueur.

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Le tronc d’arbre est joli, avec sa séparation en Y, en deux branches. Cela donne un certain style.

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L’extérieur du bois est commun. Avec un couteau j’ai épluché l’écorce pour virer les insectes et éviter des cailloux et la terre qui abîmeraient la chaîne de la tronçonneuse.

Quand on découpe le bois dans sa longueur on découvre toute sa beauté. C’est une beauté intérieure, comme pour les gens. Ou un livre qui s’ouvre.

Surtout les deux premiers jours, lorsque le bois est encore humide, il a de belles couleurs, les belles couleurs rouges au cœur qui sont typiques du cryptomère.

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On dirait que c’est de la viande, une viande rouge ou bien un beau jambon d’Espagne, la où les cochons se nourrissent de glands sous l’ombre des chênes.

 

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Le rabot révèle toute la beauté de la noble matière.

 

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Transformer la matière

Oui, ici à la campagne au Japon, nous sommes un peu loin du monde, presque loin de tout. Nous produisons nos propres distractions. Grâce à l’absence d’interférences nous pouvons rester concentrés sur nos projets et creuser nos petits sillons.

Une des choses passionnantes avec le bois c’est comment on peut le transformer. Tant que l’on reste dans le sens de la fibre… le bois se laisse transformer à l’image de nos idées.

J’ai commencé à scier dans la longueur le premier demi tronc d’arbre descendu de la montagne.

J’aime bien ces projets longs qui s’étalent sur des mois. On avance pas à pas, mètre à mètre. On sait jamais quand on aura fini…

Les cinq planchettes obtenues serviront à construire la barrière …..

En fait le résultat n’est pas super top, il faut que je trouve une meilleure façon de faire … pour la prochaine fois …

 

Les outils tradis pour faire les mesures … la règle sashigané 差し金 le vieux sumitsubo et le sumisashi 墨差しen bambou 

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墨壺 すみつぼ sumitsubo pour tracer les lignes … (version moderne)

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A la scie circulaire…. 

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Finis à la scie tout court … ma scie circulaire étant trop petite … 

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Et voila. Faudra un petit coup de rabot. C’est pas vraiment top le résultat… Faut que je trouve un moyen à mieux faire … 

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Je suis quand même content .. C’est intéressant de voir comment on peut transformer la matière avec de simples outils … 

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Moitié moitié

Pour la barrière je coupe dans sa longueur un tronc de 2.3 mètres. A la tronçonneuse. J’en ferai ensuite des petites planches. Je le fends en deux car sinon il serait trop lourd pour le porter et le descendre de la montagne; jusqu’à la maison.

Je suis assez satisfait du résultat.

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Encoches à la hache le long du mètre

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A la tronçonneuse suivre les pointillés.

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Puis continuer, sur toute la profondeur.

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Une barrière contre les chevreuils (1)

Nous sommes las des chevreuils qui chaque nuit viennent brouter dans notre jardin. Il n’ont qu’à traverser la route et la rivière lorsqu’ils descendent de la montagne pour venir faire ripaille dans notre jardin, et tout y passe même les fleurs.

L’été dernier j’avais posé des filets mais j’ai bien vu comment les chevreuils les traversent en forçant un peu, et déchirent tout.

Il faut donc un truc de solide, un truc prêt a stopper ces envahisseurs, une ligne Maginot.

J’utilise les arbres coupés l’année dernière dans notre montagne. Depuis plusieurs mois j’ai préparé les futurs piliers de la barrière.

Pour que le bois dure le plus longtemps possible je le pose hors sol. J’enfile chaque pilier sur une barre de fer fixée sur un socle de ciment. Nouvelle technique pour ce projet; c’est toujours bien d’essayer des choses nouvelles.

Pour mouler le ciment j’utilise un pneu découpé.

C’est un gros projet de bourrin, avec ces piliers de 15 cm de côté, ,mais il faut que ce soit du solide et durable. Et puis je compte n’utiliser que du bois provenant de notre montagne.

 

Pneu -> moule

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Les piliers vont s’enfoncer dans la barre de métal. Je pose une rondelle de metal entre le socle de béton et le pilier (pas sur la photo), pour éviter que le pilier, en bois, ne soit en contact avec l’eau.

 

 

Piliers descendus de la montagne

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finition au rabot électrique. Je perce un trou, 25cm de profondeur.

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Pose de la première partie de la barrière

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Pour les planches utilise des planches tirées des arbres de notre montagne. Je coupe dans la longueur. Et les passe au rabot à main.

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Un dimanche comme je les aime

  • Lever à sept heures – petit déj en famille
  • Glandouille devant Calcifer le poêle à bois, lis quelques pages du journal de guerre de Ernst Jünger. Le fils à mes côtés sur le canapé lit une manga de Ishinomori sur Sherlock Holmes. Les chats se réveillent.
  • Neuf heures, vais dans notre montagne. En descends quatre troncs d’arbres. Les porte sur l’épaule. C’est lourd. Je transpire. Le bonnet de laine de huit euros est tout trempé. Le bois c’est pour une future barrière.

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  • Un voisin passe, monsieur K. On discute.
  • Remonte dans la montagne. Réarrange le grillage autour de quatre arbres momijis plantés l’année dernière. Les chevreuils ont abimé le grillage et grignoté un peu de ces petits arbres.
  • S. passe en camion en bas. Il m’appelle et dit qu’il est train de couper des arbres, que je pourrai prendre les chutes. Je descends et le suis en camion.
  • Nous arrivons au pied de la montagne de Kaz. Un bel endroit. Trois grands cyprès coupés bloquent le petit chemin de montagne. S., Kaz., et un inconnu X. s’affairent avec leurs tronçonneuses. Les pros utilisent des tronçonneuses allemandes de la marque Stihl.

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  • En fait monsieur X. veut faire des tabourets en bois pour une équipe de foot. Un beau visage. Un sourire très calme. Très rare ici; une boucle d’oreille. Dès le début je le trouve très sympathique.  De tout façon si c’est un ami de Kaz ce ne peut être qu’une personne sympathique.

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  • Tous les morceaux de moins de 30cm de diamètre je les ramasse et les charge dans mon camion. Ca finira par faire trois camionnées. Not bad at all. C’est Calcifer le poêle à bois qui va être content!

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  • On fait la pause de midi et allons tous les quatre déjeuner dans un petit resto. Quelle fine équipe.
  • C’est vraiment sympathique de travailler ensemble tous les quatre. On charge les plus gros morceaux qui feront les tabourets dans le camion de X. C’est bien lourd et l’on apprécie l’occasion de pouvoir utiliser sa force.

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  • Je monte le chemin de montagne pour m’éloigner et faire pipi. Qu’il est agréable de faire pipi en montagne. J’admire le paysage et la beauté du coin tout en mouillant mes bottes. D’énormes arbres, poussés par la neige tombée en abondance cette année se sont effondrés d’une falaise.

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  • S. coupe un autre arbre, un cyprès énorme. facilement 60 ans. Le cyprès est bloqué à un moment. S. l’attache à son camion et le tire pour le débloquer. On passe ainsi trois bonnes heures. Une pause café. On est tous détendus et sérieux. Mais pas de déconnade. Faut jamais déconner en présence de tronçoneuses.

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  • Le travail fini tout le monde se sépare.
  • Je décharge le camion, retourne dans ma montagne et finis de poser un filet autour de deux autres arbres. Toujours contre les chevreuils affamés.
  • Retourne à la maison et fais une petite recherche sur les prix de vente de bois de chauffe. S. qui sait vraiment tout faire, mais vraiment tout, ne s’emmerde pas avec internet et quand il veut chercher une info il me demande de le faire pour lui. Je m’exécute avec grand plaisir. J’imprime le fichier excel avec une liste de prix et les différents ratios en Yens par volume, et vais le retrouver chez lui.
  • Il est dehors, fume une cigarette en se réchauffant devant un petit braséro. Il regarde le soleil couchant. On discute des prix du bois de chauffe. Un voisin agriculteur arrive. Il s’allume une cigarette et approche ses mains du braséro. Il fait frisquet.
  • Rentre à la maison, et repars avec le fils; diner au kaiten sushi de la ville voisine. Comme dessert le fils commande un parfait à la fraise. On discute avec le chef sushi qui nous informe qu’avec le prix des fraises qui est à la hausse ils vont bientôt retirer du menu les parfaits à la fraise. Et oui c’est comme en France: tout part en couille, .
  • Je lui demande s’il va remplacer le parfait à la fraise avec du parfait à la sardine.

Au pied de l’arbre sacré

Cette fois-ci pour la branche de l’arbre sacré, j’y vais à la tronçonneuse. Beaucoup trop gros pour scier à la main.

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Il neige légèrement, le sol est mouillé et glissant. Je travaille le plus lentement possible et veille à enclencher le frein de la tronçonneuse entre chaque découpe, pour éviter tout accident.

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Lorsque je tronçonne les parties les plus épaisses, le bois, coupé, apparait dans toute sa splendeur endormie.

Dans une vie antérieure, cet arbre a certainement été un cachalot. C’est vraiment ça ….  ces couleurs, et cette sensation de puissance passive, de force silencieuse: un cachalot!

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Cet arbre est majestueux. On voit bien la branche arrachée par la neige.

 

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La petite construction derrière c’est le sanctuaire qui habite les jizous.

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A ses pieds, on se sent tout petit….

 

Avec le bois obtenu je fais trois aller et retours avec le camion.

 

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Le sanctuaire de l’arbre sacré

Ce matin il neige encore et toujours. Vais voir l’arbre sacré, sa branche arrachée et tombée dans la rivière. Repérage pour quand je pourrai revenir avec ma tronçonneuse pour dépecer le bois en des morceaux transportables.

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Au pied de l’arbre sacré donc il y a un sanctuaire. C’est une petite construction. Qui a été entièrement refaite il y a deux ans je crois.

A l’intérieur il y a des jizos de pierre. Je fais coulisser la porte et jette un coup d’oeil.

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Un banc de chaque côté et un petit autel; avec cinq jizos, tous de taille différente. Deux bouquets de fleurs. Des offrandes (des mandarines). Et tous les ustensiles utiles pour la prière.

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Au dessus des jizos, une planche de bois avec ces caractères えんめいじぞうそん 延命地蔵尊 Jizo de longévité.

La même ambience et tranquillité reposante que dans une chapelle à la campagne.

Dans cette petite pièce il y a persistante une odeur d’encens. Il y a donc quelqu’un qui vient prier ici régulièrement me dis-je.

Juste à cet instant arrive monsieur U. Il a toujours un beau sourire d’enfant. On se connait bien.

Il explique qu’il vient prier ici chaque matin.

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Monsieur U explique qu’avec l’argent collecté dans le tronc, une somme importante, il a fait tout refaire par un charpentier de la ville voisine. C’est de la très belle ouvrage.

Chevilles. Poutres en cryptomère. Colonnes en cyprès. On regarde chaque détail de la construction et c’est super chouette me dis-je que monsieur U ait pris la peine et la responsabilité d’organiser tous ces travaux.

L’idée me vient, à écrire ces lignes, que je ferais bien de glisser un petit billet dans le tronc du sanctuaire, puisque j’ai l’honneur de pouvoir découper cette gigantesque branche, pour Calcifer notre poêle à bois.

 

Un arbre sacré

Avec les tonnes de neige qui sont tombées dans la vallée, une grande branche d’un arbre sacré s’est cassée. Elle est tombée dans la rivière.

L’arbre sacré protège un petit sanctuaire situé au bord de la route, à l’entrée d’un hameau, un peu plus haut. A écrire ces lignes la question me tarabuste … c’est un sanctuaire shinto ou autre chose ? Il n’y a pas de portique sacré (torii). C’est ce que l’on appelle un hokora. ほこら、祠

Toujours est-il que cet arbre magnifique et sacré protège un sanctuaire, et qu’il a perdu une de ses grandes branches, laquelle est tombée dans la rivière et ça va poser problème lors de pluies violentes.

Je téléphone au chef du village pour savoir si je suis autorisé à dégager la rivière et emporter le bois tombé, pour Calcifer notre poêle à bois,  son appétit est sans limite. Il faudra sans doute trois camionnées pour tout ramener à la maison …

On me confirme que ça arrange tout le monde et j’ai le green light. Il y a trois ans j’avais fait aussi la découverte d’un cerisier géant effondré dans les montagnes, à côté d’un cimetière.

Voyez-vous, les beaux arbres comme ça il n’y en a quasiment que dans les lieux sacrées ici; les sanctuaires ou les cimetières. Les hommes, dans leur hubris, mais aussi dans l’espoir d’échapper à la pauvreté et de pouvoir embrasser la modernité, ont tout rasé pour planter des cryptomères, il y a quarante ans. Voila. Tous les beaux arbres sont partis.

Je descends dans la rivière. Encore de la neige, ça glisse. J’emporte deux scies. Pas envie d’utiliser la tronçonneuse aujourd’hui. Il fait sombre déjà. Je récite un pater noster avant de commencer le travail. Car le lieu est particulier, et il faut le respecter. C’est un power spot. Beaucoup de choses s’y passent. Pas forcement que des bonnes.

Le travail pendant deux petites heures se passe très bien. Avec un immense plaisir. C’est bien plus agréable de scier à la main. C’est, en fait, du bonheur à l’état brut. Je suis seul. Les pieds dans l’eau glacée et mes bottes et mes gants de cuir sont trempés. Je transpire. C’est formidable.

Découper un arbre c’est comme dépecer un animal. C’est pareil. A part que les organes dont on n’a pas besoin sont à l’extérieur pour l’arbre, c’est le feuillage et les petites branches. Mais que l’on dépèce un arbre ou un animal, il faut le faire avec respect et amour. Et ainsi les choses prennent leur sens.

Pour aujourd’hui j’ai retiré les branches qui étaient dans l’eau. La rivière est dégagée, ses paroles peuvent de nouveau s’écouler sans entrave. Il fait nuit. Je rentre à la maison. Mais je reviendrai. I will be back.

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Un peu d’ibérico?

Vous prendrez bien un peu de ce délicieux jambon espagnol, l’ibérico ?

Mmmmm, comme ça a l’air bon.

 

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Nous vivons tellement proches du bois. Notre maison bien sur en bois. Et les tas de bois pour le chauffage (calcifer). Et tous les meubles à la maison … bois …. bois … bois … Des fois je me dis que du bois, on en mangerait!

C’est une des plus grandes joies que nous avons dans notre vie quotidienne; ce contact permanent avec le bois.

Dans une vie future, je serai sans doute termite …

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Il pleut légèrement mais je continue à travailler dans la montagne aujourd’hui. J’écoute Harumi Hosono et son groupe Happi End .. (Hosono … un des fondateurs du yellow magic orchestra)… Leurs chansons sont si belles, on ne sent pas la pluie.

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Travailler le bois. C’est comme travailler la terre. L’arbre est un intermédiaire entre la terre et nous. Travailler le bois c’est un peu comme se reconnecter à la terre.

Aujourd’hui je termine trois piliers pour la barrière. Je fume une cigarette pendant la pause. Les allumettes sont récalcitrantes sous la pluie.

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Après Hosono et ses compères je mets une cantate de Bach. La pluie s’arrête … Le soleil tout à coup nous inonde … on est vraiment bien !