La maison


Qu’est ce que c’est de vivre dans une ancienne maison Japonaise, au 21ème siècle ?
Nous avons trouvé la maison par un coup de chance. Nous vivions à Tokyo et avions 5 jours de congé.
Nous voulions aller vivre à la campagne, commencer une nouvelle vie et aussi prendre de la distance avec toute la région Est du Japon qui a été fortement contaminée par les radioéléments crachés par les réacteurs explosés de la centrale nucléaire de Fukushima.
Nous avons donc opté pour la région de Himeji, 600 kilomètres à l’ouest de Tokyo, dont la partie nord, dans les montagnes, est rurale.
Nous avions repéré une ferme en vente sur le net, située à proximité d’une école et à 40 kilomètres d’une gare de Shinkansen; elle était en pleine nature; et était dotée de trois champs et une rivière coule à ses pieds.  Pour un prix dérisoire, à faire rire.
Nous y avons emménagé quelques mois plus tard.
C’était notre première expérience de vivre dans une maison japonaise traditionnelle. Ça n’était pas sans appréhension.
La maison est belle. Elle est simple. Elle est authentique. Des fermiers et leurs animaux y vont vécu. Elle provient d’un âge ancien mais pas si éloigné où l’on vivait avec sa vache. Tout celà n’est pas sans romantisme.
Qu’est ce que c’est de vivre dans une vieille maison Japonaise, au 21ème siècle ?
C’est différent
La grande différence pour moi c’est l’absence du murs. Mon image d’une maison solide où l’on se sent bien, c’est une maison avec des murs de pierre, épais, et qui résiste aux siècles. Je ne suis pas fan des maisons en parpaings. Ca fait trop LEGO. Par contre la maison japonaise traditionnelle, c’est une autre approche. Elle est toute de bois. Il n’y a pas murs, mais des piliers qui s’emboitent les uns dans les autres. Entre les piliers on ferme éventuellement l’espace pour former des cloisons, avec un torchis accolle sur un treillis de bambou. Quelle économie de moyens.
Et pourtant, c’est magique, les maisons elles aussi tiennent debout et vieillissent bien.
C’est pratique
La maison est adaptée à la vie à la campagne. C’est normal, c’est une ferme.
L’entrée, le doma, est une pièce carrée, qui donne accès à la cuisine et au bureau. Vaste; on peut y stocker un peu de bois, des légumes, les chaussures, les bottes etc. Comme le sol est en terre battue il y fait frais, même en été.
Ça permet de recevoir les livreurs et le facteur; mais sans faire rentrer réellement le gens dans la maison, pratique pour préserver sa vie privée des regards indiscrets.
Pratique aussi; de vivre dans une maison de plein pied.
Pratique encore, les engawas qui permettent de sortir dehors directement de la chambre à coucher ou du bureau. Ca permet de sortir les futons pour les faire sécher au soleil, et également de sortir de la maison à toute vitesse en cas de séisme important.
C’est vivant
La maison vit. Elle est faite de bois et de terre. Il n’y a pas de plastique.Très peu de minéral. Quelques clous à peine. Si bien que la maison vit. Elle respire. Par grands vents on la sent bouger. C’est très étonnant.
L’absence de murs porteurs nous fait considérer avec beaucoup de respect; et parfois un peu d’inquiétude les troncs d’arbres centenaires qui la constituent et supportent la toiture et l’ensemble.
Elle est ancienne; et témoigne d’un mode de vie finalement sans âge, fondamental. Les maisons japonaises d’aujourd’hui, tout comme les maisons modernes françaises, faites de parpaings et de plastique en France; et d’aggloméré et de plastique au Japon ne portent aucun sens; ne véhiculent aucun message. Comme si elles sortaient d’usines.
Elle est également ouverte a tous vents malgre nos efforts et donc on peut trouver souvent des insectes ou des geckos.
Il y a finalement assez de peu de difference entre le dehors et le dedans.
C’est un autre confort
Une de mes appréhensions c’était que la maison soit vraiment inconfortable et qu’il soit difficile d’y vivre. En fait c’est faux.
C’est vrai par contre que les insectes ne manquent pas. La maison est ouverte vers l’extérieur et fait partie du paysage. Les insectes font comme ils veulent et peuvent entrer par n’importe quelle ouverture, interstice. La maison est poreuse; elle n’est pas hermétique. Mais gràce à cela, nous y respirons bien. On n’est pas renfermés. Il faut accepter cette proximité avec les insectes, et faire avec. (Désormais je me sens étouffer lorsque je dors dans un hôtel en ville.)
Vivre avec les petites bébêtes.
L’été, la maison est vraiment fraiche. Dans une maison moderne il ferait une chaleur d’enfer et il faudrait enclencher la clim de juillet à septembre, nuit et jour. Les engawas permettent d’ouvrir grand les fenêtres et de faire circuler un peu d’air. Dans la maison nous n’avons pas fait installer la clim et nous n’en avons pas besoin.
L’hiver, c’est plus étonnant. L’isolation est quasiment zéro. Bien sur … il n’y a pas de murs! Pour tout chauffage; un poêle à bois, qu’on a appelé Calcifer. Bien chaud et nourri de bon bois, par exemple un mixe de cryptomère et châtaignier, il chauffe très bien la cuisine-séjour ainsi que les deux pièces attenantes (dont le bureau). Malgré la rudesse des hivers, les maisons ici n’ont pas de chauffage central. Encore moins les maisons de cent ans … Les gens ont recours à des radiateurs électriques qui ne chauffent rien, ou encore à des poêles à kérozènes dont l’odeur est très incommodante.
Ceci dit, l’espace des engawas forme une sorte d’isolation avec le reste de la maison. Le vitrage des fenêtres du engawa, et les cloisons de papier du bureau font que le froid de dehors ne permettre pas entièrement dans la maison.
Il faut se couvrir. Pulls; chaussettes doubles, collants sous les pantalons et bouillottes pour les pieds sous le bureau.
Ça n’est pas désagréable. Le plus dur c’est le matin quand on se lève et que tout est froid. Mais c’est excellent pour se réveiller.
C’est une autre lumière.
Les fenêtres des engawa offrent un panorama total sur l’extérieur. Mais l’auvent formé par le toit; et la largeur de l’engawa qui met un mètre entre les pièces d’habitation et les fenêtres font que les rayons du soleil pénètrent rarement jusque dans la maison. La lumière reste dehors.
L’intérieur de la maison est donc plutôt sombre.
Tanizaki a écrit un essai sur le sujet. L’éloge de l’ombre. L’esthétique de la maison japonaise.
Quand on aime …

Sur le terrain penchait une ancienne batisse autrefois dediee a l’elevage des vers a soie. Nous avons du la faire raser mais y avons fait construire une petite maison de 20 metres carres. Et nous nous l’avons faire faire a l’ancienne, a un charpentier du village. Et la construction bois + murs en terre est similaire a la maison ancienne. Comme quoi, on ne peut plus s’arrêter ….

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14 Commentaires

  1. Eugénie ROSSI

    Je viens de découvrir ce blog grace a un francais rencontré au hasard à Tokyo. Enfin des articles concernant la vie a la campagne au Japon, ca me fait beaucoup rêver. Je vais continuer de suivre tout ca, et merci de partager cette experience et tous ces moments de vie avec nous !

    http://cocoyuyu.blogspot.com

  2. Lilia .Lilia

    Je n’ai pas fini d’explorer votre blog mais il est fascinant. Je suis une fan inconditionnelle du Japon : culture japonaise, tradition, philosophie, art de vire…Enfin bref, tout ce qui se rapporte au Japon. Je faisais une recherche sur des plans de maisons japonaises lorsque je suis tombée sur votre blog. Je suis fascinée par votre courage et votre engagement dans cette aventure. Je vous remercie de partager votre expérience !

  3. giselefayet

    Je viens de découvrir votre blog tous les articles sont excellents , bravo ! Je n’ai pas encore fini de me promener dans votre univers c’est pourquoi je vais de suite m’abonner . J’admire votre talent tant pour le dessin que pour la connaissance que vous insufflez dans votre bande dessinée.
    Amitiés

  4. trembly

    Bonjour, je suis Belge, je vais rejoindre ma petite femme « japonaise » a Hiroshima en janvier 2015 … je viens du 4 au 22 novembre a Hiroshima (pour les paperasses), votre blog est une bonne source pour moi 😉 merci du partage de vos expériences.
    Erick

  5. trembly

    Ville ^^ au centre d’Hiroshima a Minamimachi, mon beau frère et ma belle sœur sont installés là, mes beaux parents sont plus sur l’extérieur de hiroshima

  6. Seba Boo

    Alors moi je reste pour l’instant sur le sol Français et je souhaite dans un avenir proche trouver un logement « secondaire » sur le sol japonais.
    Votre blog renforce mon idée exode, mais m’éclaire sur les points qui pourraient m’échapper et me paraître négatif à long terme.
    Est-il possible de rentrer en contact direct avec vous par quelque moyen que ce soit.
    D’avance merci et bonne continuation dans vos projets et accomplissements.

    SeBa

  7. wakametamago

    Merci pour le message. Je suis sur Facebook, mon nom c’est « Wakame Tamago » tu peux m’y envoyer un message prive.

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