Road kill (3)

Encore un road kill. Ce matin vers six heures. C’est un anaguma. Quel bel animal. Je l’ai vu du camion, là étalé sur la route. Des corbeaux le picorent.

Je fais demi tour, pour prendre à la maison un seau et une pelle.

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Et je vais déposer la dépouille dans notre montagne, là elle sera mieux que sur l’asphalte à se faire ratatiner par les voitures qui passent.

Retour sur terre. Retour dans la terre.

Il fait humide, il a plu, c’est un temps propice aux sangsues, surtout dans la montagne ! justement j’en vois deux énormes (4 cm), apparement elles m’ont repéré, elles bougent assez rapidement, acrrochées à une souche.

La montagne; je ne m’y attarde pas. Je laisse la dépouille de l’anaguma… Désolé pas vraiment le temps de faire un trou avec les sangsues … mais même là il est beaucoup mieux que sur la route.

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Flash back (2)

Les travaux de la maison il y a sept ans c’était un peu spécial:

Nous vivions toujours à Tokyo et n’étions pas sur place pour pouvoir superviser.

Et comme nous n’étions pas du coin, nous ne connaissions personne sur place.

Et quand à moi je n’y connaissais rien; je n’avais aucune idée, de comment c’est fait une maison japonaise ancienne.

Etant donnés toutes ces difficultés le résultat était pas mal.

Depuis, j’ai fait la connaissance de S, charpentier du village et nous sommes devenus amis. Depuis aussi, j’ai pu observer plusieurs chantiers et j’ai pu apprendre beaucoup de choses sur le sujet.

Les travaux nous les avons faits avec un budget minimum. Tout ce qui pouvait être réutilisé a été réutilisé.

je me demande d’où tout ce bois a pu sortir
côté ancienne cuisine plus salle de bains
A voir ces photos sept ans plus tard je me demande si les gars ont vraiment fait un bon boulot… si je compare au plancher que nous avons refait cette année ….

Mais bon à la fin le plus important c’est d’apprendre…

L’espace à gauche c’était autrefois là où on gardait la vache.
Ensuite transformé en débarras plus chiottes donnant sur l’extérieur; désormais changé en salle de bains plus chiottes.
Ca c’est le plafond du doma ou entrée traditionnelle. on voit bien l’ancien passage qui permettait de monter sous le toit.
Témoins de la vie d’autrefois toutes les vieilles poutres sont noircies…

Flash back (1)

Celà fait sept ans que nous nous sommes installés au village. Comme dans beaucoup de choses la continuité paie. Le changement perpétuel, si il a des vertus, a un coût.

Je me replonge dans les photos prises les premiers jours lorsque nous étions venus visiter le village et la maison. Nous étions tombés par hasard sur l’annonce sur le net de cette maison en vente pour une bouchée de pain et avions fait dare dare les 600 km de Tokyo (deux heures en shinkansen) pour aller la voir.

A droite le hanaré que nous avons détruit et remplacé par la suite
A l’intérieur l’ancienne salle de bains
Le truc avec la cheminée c’était pour chauffer l’eau du bain au bois
mur en torchis (土壁)derrière la maison
Une belle installation électrique
A droite, l’ancienne entrée pour la vache

De la belle ouvrage
Un cryptomère pousse dans la goutière
Ceci dit, la toiture de la maison était en excellent état.
Qui aurait dit qu’un jour j’installerais mon bureau au fond de cette construction toute rouillée.

Encore au jardin

Il a plu cette semaine et celà a apporté un boost remarquable aux plantes du jardin.

C’est comme si les plantes qui avaient très soif, car il n’avait pas plu assez longtemps, avaient patiement attendu, plusieurs jours immobiles sur leurs starting blocks.

Denis; fidèle lecteur du blog, résume la situation du jardinier avec la sagesse qui le caractérise:

Un jardin, lorsque l’on dispose suffisamment de place et de temps de libre pour s’en occuper, est un espace de ressourcement, de quiétude et de bien-être, et qui, de plus, nous permet de disposer de vrais bons légumes, au fil des saisons, et tout au long de l’année.
Il n’y pas besoin de se prendre la tête pour cela, car, on peut commencer « petit », pour débuter, puis augmenter, au fur et à mesure de ses capacités, et de son propre apprentissage et découvertes, et ainsi avoir en retour un réel ressenti en réconfort et petite fierté personnelle, bien légitime.

Ceux là se régalent des feuilles de citrouilles

Avec la pluie cette semaine, les carottes et les tournesols et autres ont reçu un bon boost.
Oh la première framboise !

La chasseuse … combien d’yeux a-t-elle?

Futurs raisins ?
Il en a presque trop de la roquette ….
Des figues il y en aura

Sur une feuille du framboisier
La margose est une grimpeuse, j’installe deux grilles métalliques auxquelles elle s’agrippera sous peu.
Oh les groseilles

Photos du jardin

L’épisode précédent où on faisait un tour de notre petit potager c’était fin avril.

La planète irait mieux si tout le monde pouvait avoir un petit bout de terre pour, comme nous, jardiner.

Tournesol et maïs poussent. Je suis curieux de voir si ils vont bien s’entendre.

Les carottes poussent bien, mais je vois bien qu’un de mes gros problèmes c’est que je sème avec une trop grande densité, et après je peine à éclaircir. Les plantes veulent pousser mais finissent par se gêner.

Les tomates; j’ai toujours eu du mal à les ‘ranger’, et garder leur croissance sous contrôle … je préfère les laisser libres, mais après ça fait un tel fouillis ! Gros capharnaüm en effet, ici les tomates sont avec de la menthe, du myouga, des courgettes et des groseilles. C’est comme le métro le matin; plein de gens qui n’ont rien en commun et qui sont obligés de se supporter les uns les autres.

Ce sera bientôt la fin des haricots pour les petits pois mais nous en avons bien profité.

Le potager n’est pas immense mais j’y ai planté quelques arbres. Ici un sudachi, qui nous laisse espérer avoir quelques fruits cette année ??

On espère que les petits phallus des courgettes deviendront grands, comme celui de Rocco !

Le grenadier est en fleurs.

Les framboises font leur boulot.

Les blueberry aussi !

Cette rangée marche bien. Petits pois et laitues. Par contre là aussi j’ai planté les laitues en trop grande densité. Il faut que je retienne cette leçon. Pour les petits pois cette année j’ai utilisé ces grilles métalliques qui servent à couler du béton. C’est plus facile à utiliser qu’un filet je trouve et ça fait moins fouillis.

Aussi dans les allées du jardin j’ai mis du gravier. Avec des tissus en plastique dessous. Dans l’espoir de stopper les mauvaise herbes; car sinon je finis pas passer mon temps à retirer les mauvaises herbes et je n’ai plus le temps pour m’occuper des légumes.

La coriandre et la roquette marchent du tonnerre.

Cette araignée tisse sa toile dans le ki-ichigo (rubus).

Des fraises aussi nous avons bien profité avec une belle poignée tous les matins. mais je ne les prends pas en photo.

Les insectes ont passé les feuilles de komatsuna à la mitraille. Je pense à la Syrie. Berceau de la civilisation. Qu’avons nous laisser faire à ce pays?

Les concombres, n’ont presque pas bougé d’un poil, la météo n’a pas été sensationnelle, mais bon, ils devraient pouvoir se refaire ….

Il y a un prunier, qui a crevé. A ses pieds, étendu les nattes de paille des tatamis de la maison de madame M … et Minou y fait la sieste !

Et comment pourrait on ne pas parler des tomates ?

Explorer la vallée

J’ai repris le vélo! J’avais arrêté un peu, trop de boulot. Mais j’y retourne, au vélo.

Aujourd’hui il a plu. La pluie a cessé mais des nuages sont toujours accrochés dans les cheveux des montagnes. Je pars faire un tour.

Le riz a été planté

L’occasion d’explorer un coin de notre vallée où je ne m’étais jamais attardé.

C’est un petit hameau d’une vingtaine de maisons dans un endroit très encaissé, enfermé presque dans la montagne.

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A peine cinq minutes à biclou, mais c’est vraiment magnifique.

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Des bois de chevreuil pour la cuisine

Le plancher ayant été refait, le projet actuellement en cours pour la remise en état de la petite maison; c’est le rafraichissement de la cuisine.

J’ai commencé par tout nettoyer et il y a avait du boulot.

Les portes des placards de la cuisine faisaient beaucoup trop vieillot et je les ai retirées. Je les remplace par des planches de contreplaqué peintes en blanc.

J’opte pour la simplicité et l’économie de moyens.

Il faut un peu de fantaisie pour ne pas sombrer dans l’ennui, et j’essaie de voir si je peux faire les poignées des portes des placards avec des bois de chevreuil.

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J’ai un bon stock de bois de chevreuil. Chaque fois que j’en trouve un je le ramène à la maison. trouver un bois de chevreuil ne me laisse jamais indifférent, le moment est toujours particulier, j’interprète ces moments comme un message indécryptable envoyé par la forêt et les animaux.

Chacha le chien avec un bois de chevreuil

Je parle de cette idée d’utiliser des bois de chevreuil à mon pote S. qui va en chercher un planqué au fond de son atelier, mais son chien chacha est tout de suite très intéressée par l’objet et s’en empare.

Je fais plusieurs essais. Le truc c’est de pouvoir fixer dans le bois cette pièce métallique, pour les boulons. Au début j’essaie avec de la colle puis j’essaye de trouver de l’époxy c’est bien compliqué tout ça, pour finalement trouver que je peux visser la pièce métallique directement dans le bois… pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué.

Les premiers essais sont assez satisfaisants je dirais. Le bois de chevreuil c’est une belle matière, et, en plus, un cadeau de la forêt.

Un essai avec quatre pièces … oh ! mais Minou est là !

Promenade à Takasago

On est allés faire un tour à Takasago. Ville de 92 mille âmes, située entre Himéji et Kobé et faisant face à la mer intérieure.

Takasago signifie les hauts sables.

Je voulais aller visiter le sanctuaire Shinto de Houden à Takasago depuis pas mal de temps. Le sanctuaire est bâti autour d’un énorme bloc de roche taillé dans la montagne.

Après le sanctuaire Houden, nous allons voir un quartier de la ville qui a dû connaitre son heure de gloire il y a 40 ans, et qui depuis …. part en rouille.

Cela donne des paysages désolés. Les rues vides et à moitié à l’abandon. Le capital et l’intérêt des gens se sont déplacés, vers le quartier de la gare sans doute. Ou vers les centres commerciaux.

C’est un peu comme les coquillages et les rochers que l’on peut observer lorsque la mer s’est retirée, à marée basse.

Un beau sanctuaire shintô
Une ancienne galerie marchande. Il y reste une poignée de commerces.
Un joli temple
Dans le cimetière
Ah ! il y a encore un commerce. Chapeau.
A noter, les quatre voitures ont le même numéro de plaque; 33-33.
une suzuki jimmy

Là on respire un peu.

Changer les pneus avec les poules

Le mois dernier je suis allé faire changer les pneus, pneus neige pour pneus pas neige.

On fait toujours ces changements avec un gros mois de retard, on fait mettre les pneus neige après les premières neiges, et les pneus pas neige quand le printemps est bien avancé.

Pour ce faire on va au garage de monsieur K, qui est un copain d’enfance de mon ami S. et donc on se connait un peu.

Son garage est bien arrangé et agréable comme endroit.

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Je pourrais attendre dans la salle d’attente, il y a du café à volonté, des petits biscuits et un joli banc en cryptomère fait par le charpentier du coin, mais je préfère aller les regarder travailler et observer tous leurs outils.

La salle d’attente est bien arrangée et accueillante
ces petits poissons; on les appelle médaka メダカ

Tous les équipements qu’il faut. Les démonte pneus sont italiens.

On entend le coq chanter, car K. a un poulailler juste à côté du garage, il doit y avoir une vingtaine de volailles.

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Je lance: Dis, il est en forme ton coq !

K: Ah oui ! tu veux un ou deux poulets ? je peux te les mettre dans le coffre et tu pourras les manger ce soir !

Qu’est ce que ça m’amuse qu’il dise ça. D’ailleurs chaque fois que je viens le voir il me propose de prendre un poulet avec moi … Ça me fait rire.

Ah les gens sont formidables.

Découvrir l’arbre à caramel

Nous sommes allés faire un tour au fond de la vallée, il pleuvait par intermittence, et finalement nous n’avions rien de mieux à faire.

Mais cette petite promenade impromptue se finira par une grande découverte et des émotions puissantes.

On laisse le camion là, dans une grande clairière au bord d’une rivière. Le dernier hameau est à deux kilomètres, après ce sont des chemins de montagne.

Ils ont bien tout dégagé: cet endroit l’été dernier était encombré de pierres et de troncs d’arbres.

Cet ouvrage, qui sert à bloquer les grosses caillasses et les troncs d’arbres, était plein à ras bord l’année dernière. On voit encore les marques laissées par les pelleteuses.

Ensuite c’est ce petit chemin qui nous guide. Tout est si beau, avec la lumière de fin d’après midi. Les jeunes feuilles déploient une palette de verts illimitée.

Et le calme. On admire un martin-pêcheur, perdu dans ses pensées, sur une branche d’arbre.

Regardez ce qui se passe à droite, et vous verrez ce cours d’eau à qui la pluie des trois derniers jours a donnée beaucoup de vigueur. Et puis ces belles roches qui attendent notre départ.

Après le chemin fait un virage, et se met à monter sec. On finit par se focaliser sur ce chemin qui monte qui monte, on en oublie de prendre des photos.

Chaque nouveau virage fait découvrir un paysage magnifique. Je crois que l’on continue comme cela assez longtemps. On sait qu’à un moment il y aura moins de lumière et qu’il sera alors plus sage de rentrer, mais tout est tellement beau que nous continuons à nous laisser guider.

Il y a une pancarte: 大桂 Cercidiphyllum japonicum ou (Grand) arbre à caramel.

Je connaissais ce terme katsura, qui désigne un arbre, mais j’ignorais la traduction française. Un arbre à caramel… Voilà quelque chose qui fait rêver. Et propulse dans l’enfance.

On monte alors un escalier de pierre. On quitte la route et le lien qui restait avec la civilisation. Immersion totale.

Il fait frais. Il n’y a pas de sangsue.

Au moment où nous commençons à douter, où est le grand katsura, se dessine une silhouette imposante.

Et puis voilà on peut le voir dans toute sa splendeur, le grand katsura, l’arbre à caramel!

Le voilà, le katsura.

Il n’est pas seul; il y en a un autre, un peu plus haut. Voilà un endroit magnifique. Ces arbres mystérieux, la rivière à leur pied. et notre solitude; car il n’y a personne.

On reviendra.