Ancien Bain Public et choses étranges chez les chats

Il y a souvent des choses étranges qui se passent avec les chats. Nous en avons trois, des chats: Minou, Scotch, Ashram.
Le mois dernier, le jour même où mon fils nous a quittés pour repartir en Allemagne ou il étudie, notre chatte Minou a disparu.

Elle est partie quelque part, et n’est pas revenue pendant une semaine. C’était la première fois qu’elle s’absentait aussi longtemps. Nous étions vraiment inquiets. Que lui était‑il arrivé ?

Les chats entrent et sortent librement dans la maison …

Une semaine plus tard, elle est réapparue, complètement amaigrie, avec une énorme bosse sur la tête. Qu’est‑ce qui s’était passé ? Elle était partie sans que nous sachions si elle reviendrait. Nous étions tous les deux, ma femme et moi, dans un état second. Impossible de savoir où elle avait pu aller, et si elle était partie pour toujours. C’est la contrepartie de la liberté que nous accordons aux chats nous disions nous un peu pour nous consoler.

Chaque soir, nous faisions le tour du village, en parlant et en faisant entendre nos voix, espérant qu’elle se manifeste.

C’est seulement la deuxième fois, en treize ans, que Minou disparaît aussi longtemps. J’en avais d’ailleurs écrit un article.

Ce qui est étrange, c’est que lorsque mon fils est parti en Allemagne pour ses études, il y a trois ans, pour la première fois, le jour de son départ, un chaton est apparu devant notre maison. C’était Ashram.

C’est un peu comme si, dans le monde des chats, on pouvait percevoir le départ de notre fils … Et à chaque fois, il se passe quelque chose.
Le monde des chats est mystérieux; on sent qu’il s’y joue des choses que nous ne comprendrons jamais.

Avant le retour de Minou nous nous demandions si elle reviendrait. Ou, avait elle senti que ses derniers moments étaient arrivés ?

Depuis, Minou a repris un peu de poids. Sa bosse a éclaté. Elle fait d’énormes siestes à la maison. Elle reprend des forces.

Il y a quelques mois, j’avais parlé de mon projet d’illustrations de la ville de Tatsuno. Dans ce projet, j’ai réalisé dix dessins représentant des maisons anciennes, avec un brin de fantaisie. Depuis, nous avons organisé plusieurs expositions dans différents lieux de la ville.

Et pour le mois de septembre, nous exposons dans un petit restaurant installé dans un ancien bain public. L’endroit est charmant, et les currys qu’ils servent sont absolument délicieux.

L’installation des illustrations a été très amusante : avec le propriétaire, nous avons accroché les dessins dans l’ancienne salle où les femmes de la ville venaient se baigner. Nous sommes donc juste à côté d’une baignoire, dans laquelle on voit encore l’espace aménagé pour les enfants, moins profond.

Avec cette exposition, nous arrivons un peu à la fin de ce projet d’illustration. C’est un projet qui m’a tellement aidé, qui m’a fait vivre tant d’expériences, rencontrer tant de personnes. C’était absolument formidable. Bien sûr, je suis un peu triste de savoir que nous arrivons au bout. Mais toutes les bonnes choses ont une fin.

Sachant que nombreuses familles viennent y manger, avec leurs enfants j’ai préparer des dessins à colorier !

Remises à zéro de la tête et du corps.

J’ai fait des remises à zéro de la tête et du corps.

En août, je suis parti deux semaines, en France et en Allemagne. Je suis d’abord allé en Allemagne, où j’ai retrouvé mon fils, qui étudie à l’université de Leipzig.

Ce court séjour a vraiment remis mes idées en place. Je me suis dit : ah, l’Europe, c’est sympa en fait ! Cela faisait vraiment longtemps… Leipzig, ville agréable, où les gens semblent heureux. Voir tous ces gens, le matin, traverser la ville à vélo, très décontractés, chacun à son rythme… Des femmes presque à moitié nues sur leur vélo. Magnifique.

Ce qui m’a le plus marqué pendant ce séjour, c’était bien entendu de revoir mon fils. Qui est vraiment un adulte.
Il est d’ailleurs plus adulte que moi.
Moi, je suis encore un bébé. Un gros bébé.

Oui, un moment d’émotion très forte : voir mon fils devenu adulte. Je me suis dit : Il n’a plus besoin de moi… je ne sers plus à rien? Puis-je trouver une nouvelle façon d’être utile?

Un autre grand moment d’émotion a été ma visite à l’église Saint‑Thomas, où Jean‑Sébastien Bach a travaillé si longtemps, et où il repose. Il ne se passe pas une semaine sans que je n’écoute sa musique, en particulier sa musique d’orgue. Ce sont des morceaux que j’adore, et dont je ne me lasse pas.

Tous les jours, je suis allé dans cette église. Je me suis assis sur un banc. J’ai regardé, j’ai écouté.
Un jour en particulier, il y avait un étudiant qui jouait à l’orgue. Ecouter cet étudiant, qui reprenait des passages, s’arrêtait… C’était si frais, si spontané. Cela m’a vraiment touché.

En buvant de bonnes bières en Allemagne, je me suis dit : OK, en fait, c’est vrai, l’Allemagne, c’est viable, c’est vivable. Ça m’a fait un reset dans ma tête. Je me suis même dit : je pourrais très bien arrêter tout ce que je fais, et ne faire que deux choses : boire de la bière et écouter de la musique.
Cette pensée m’a un peu perturbé. Peut-être que je me mets trop la pression, avec mes projets.
Il faut aussi veiller à ne pas se laisser engloutir dans la routine …

En Allemagne j’ai fait aussi un flash back …
Il y a vingt‑six ans, en 2000, j’ai vécu une année en Allemagne. Je travaillais pour une société américaine dans les télécoms. J’avais travaillé pour cette même société au Japon, et à un moment je m’étais dit : je n’en peux plus à Tokyo, je vais rentrer en Europe. J’avais alors eu l’opportunité de travailler pour la filiale allemande, à Francfort — Francfort qui n’est pas, je dirais, la ville la plus attrayante…

Mais je n’ai pas vraiment cherché à profiter de ce séjour en Allemagne. C’est très étrange. Plutôt que de réétudier l’allemand, aller voir des concerts de musique, plutôt que m’acheter un vélo, j’ai passé tout mon temps libre à jouer à des jeux vidéo.

Peut‑être voulais‑je simplement retourner au Japon, que je venais juste de quitter !

Après avec mon fils, nous sommes allés passer quelques jours en France, et retrouver la famille.

Cela faisait plusieurs années que nous ne nous étions pas tous retrouvés et c’étaient la aussi des moments pleins d’émotions.

Mais aussi c’est là que s’est développé un énorme rhume, que j’avais attrapé dans l’avion. Avec une journée de grosse fièvre, ça a été une véritable remise à zéro de mon corps…

Ensuite, retour au village au Japon, avec mon fils. Il a passé deux semaines avec nous.

Il m’a vraiment fallu du temps — deux, trois semaines? — pour me réhabituer au Japon et récupérer de cette énorme ruhme.

Retrouver mon élément. Me réhabituer à mon aquarium…

Ces remises à zéro étaient certainement nécessaires!

10 000 Heures

English Japonais

J’ai entendu quelque part que, pour être très bon à quelque chose, il faut y consacrer au moins 10 000 heures.

À vue de nez, ce chiffre a l’air raisonnable.

Par exemple, mon ami Saki‑chan, ancien charpentier, a appris le métier en étant apprenti pendant cinq ans. Cinq ans, ça nous amène à 8 000 ou 12 000 heures — 12 000 s’il travaillait six jours par semaine. Je ne sais pas s’il avait des congés…

J’ai alors fait le compte de toutes les pages de bande dessinée que j’ai réalisées : Tout Ira Bien, 92 pages ; Retour sur Terre, 68 pages ; Continuer, 72 pages ; mon nouveau livre en cours, 88 pages ; et d’autres projets d’illustration. J’arrive à 4 000 heures, grosso modo.

Intéressant, me dis‑je. Je calcule qu’il me faudrait encore 1 000 jours de travail, à raison d’une moyenne de six heures par jour, pour atteindre ce seuil des 10 000 heures. Soit trois ans.

J’ai bien fait d’arrêter mon job à 54 ans. Dans 1 000 jours de travail, j’aurai 58 ans… Faire tout cela après la soixantaine serait sans doute trop tard.

À propos, dans le chapitre 151 des Heures oisives, Yoshida Kenkō écrit ceci :

151 —

Somebody has remarked that if you have not become adept at an art by the time you are fifty, you should give up.

Certes mais l’espérance de vie a augmenté depuis le 14è siècle ….

You do not have the time left to make further efforts worthwhile. People should not laugh at the old. It is painful and off-putting to see old men mixing with society. As a rule, those over fifty are most seemly when they withdraw from all activities and retire to a leisured life, and this is what they ought to do. A man is a fool if he spends his entire life involved with worldly affairs. If there is something you wish to know, by all means ask instruction of others, but once you have grasped the facts well enough to feel clear about the question, pursue it no further. The ideal is not to desire to know in the first place.

Empathie pour le vivant

English

Japonais

Hier, j’ai fini de récolter le maïs. Belle récolte. Et maintenant, il faut manger tout cela. Au menu : du maïs pour les trois prochains jours. Jardiner et avoir un potager, c’est se forcer à suivre les saisons.

Apparemment, il y a beaucoup d’incendies en France en ce moment.

Mes pensées vont aux arbres, aux plantes, aux petits animaux, aux insectes qui disparaissent. Aux personnes qui y perdent leurs biens, leur maison, leurs champs… Aux pompiers qui travaillent avec courage, certainement avec trop peu de moyens et des équipements vétustes. Un pays comme la France, idéalement, aurait tant de Canadairs… qu’on ne saurait plus où les mettre… Mais, les priorités sont différentes.


Cela me rappelle une conversation lunaire avec une collègue australienne, il y a quelques années. L’Australie était alors ravagée par d’immenses incendies. Et elle, à Melbourne, se plaignait de l’odeur. Je m’étais demandé : ma grosse -elle faisait 220 kilos je crois-, tu n’as pas une pensée pour tous ces êtres vivants qui y perdent la vie ? Cela m’avait vraiment choqué.

Elle n’était pas la seule : j’avais remarqué cette absence d’empathie pour le vivant chez certains collègues américains qui vivaient au nord-ouest, dans des régions touchées par les incendies. Ils parlaient simplement de la fumée.

Parfois, j’aimerais que l’on retourne à des périodes ancestrales où l’animal était sacré, où l’on dansait et chantait pour lui. Désormais, tout n’est plus qu’un objet.

Sujet similaire cette semaine : il y avait un entretien de M. Iwata avec un chasseur. C’est la série qui a lieu deux fois par mois dans un café dans un village voisin ou monsieur Iwata s’entretient avec quelqu’un.
Cet entretien portait spécifiquement sur le roadkill, c’est-à-dire les animaux tués sur la route par des véhicules. Dans la région où habite ce chasseur, il existe une procédure : les autorités le contactent, il ramasse les animaux morts et les amène sur un terrain spécifique où ils sont ensuite enterrés. Il peut gagner, selon l’animal, entre 3 000 et 10 000 yens pour chaque dépouille.
Je me suis dit : voila qui est un peu sec, dépourvu de sentiments. Ce serait bien si l’on pouvait ajouter une petite prière, une petite danse pour l’animal retrouvé. Et pourquoi pas même une amende pour l’automobiliste ou le chauffeur de camion — la personne malheureuse qui a heurté l’animal — afin de financer une petite cérémonie. Ce serait économiquement inutile, mais tellement plus joli. Ou même un petit cimetière pour les animaux. Ce serait très beau.

C’est grave, docteur ? J’ai toujours été comme ça. Et c’est avec cet esprit que j’écris ce blog et que je fais mes BD, où il y a toujours des animaux comme personnages.

Il faudrait que je remette un seau et une pelle à l’arrière de mon camion, je faisais cela à un moment pour ramasser les petits animaux tués sur les routes et les enterrer dans ma montagne.

En ce moment, je travaille à deux projets : la traduction en japonais de ma première bande dessinée Tout ira bien, et ma nouvelle BD sur les Heures oisives de Yoshida Kenkō -Tsureduregusa-. Bon progrès pour les deux.

J’ai vraiment bien fait de quitter mon travail l’année dernière. Il y a un an, le travail — et tout ce qu’il fallait faire autour — occupait mon esprit à 40 %. Et en même temps, l’idée de quitter mon travail en occupait 50 %. Il ne restait plus grand-chose.
Je ne pensais qu’à ça, quitter mon job …

Voila une règle à s’appliquer, si l’on pense plus à quitter son travail qu’au travail lui-même, alors, il faut y aller, et quitter son travail !

Vive l’été

English.

La saison des pluies est passée. Elle semble avoir duré une dizaine de jours de plus que d’habitude, ce qui, du point de vue de la chaleur, nous a donné un peu de répit. Mais désormais, il fait chaud et humide : nous pouvons déguster de vraies journées d’été.

J’ai toujours trouvé l’été japonais à la fois difficile et énergisant. On peut y dépenser toute son énergie, mais la chaleur doublée de l’humidité nous demande aussi beaucoup d’efforts. Vers la fin de l’été, on sent vraiment une fatigue particulière. Il y a d’ailleurs un mot pour cela : natsu-bate. Je me souviens que, ces dernières années, vers la fin août, je décidais souvent : « Allez, on va bouffer de la bidoche », et je vais acheter des steaks.

L’été japonais, c’est une explosion d’énergie. Dans le jardin, tout pousse très vite. Il fait toujours très chaud. Souvent, de gros orages passent. Les insectes sont partout. C’est une véritable explosion de vie. Mais c’est aussi une saison exigeante. Elle nous rappelle qu’il faut nous préserver et nous protéger. C’est une saison qui nous dit de prendre soin de nous : faire des siestes, éviter le travail continu sous le soleil, se rafraîchir en mangeant des pastèques.

Ca commence juste à pousser ….

Cette saison nous invite à être forts, à bouger beaucoup, à profiter du dehors. Et en même temps, elle nous rappelle notre fragilité. Je parle ici du point de vue de la vie à la campagne, sachant qu’en ville on est plutôt dans un four à micro-ondes : l’asphalte et le béton chauffés à blanc n’ont pas, la nuit, le temps de libérer leur chaleur.

On pense aussi à la thermodynamique et à la préservation de l’énergie. Toute cette chaleur qui vient du soleil reste ici ; finalement, tout finit par être chauffé à blanc. Et si on utilise la clim, on rajoute encore de l’énergie pour simplement déplacer cette chaleur. J’écris d’ailleurs cet article dans mon bureau, où la propriétaire précédente avait installé une clim. Merci à elle.

Lorsque j’écrivais mon dernier article, vendredi 3 juillet, dans le jardin, je disais être bloqué sur mon projet de BD, à la page 43. Depuis, j’ai bien avancé : j’ai pu résoudre plusieurs problèmes et j’en suis maintenant vers la page 60. Tout cela est un travail de longue haleine, non sans moments de doute où je me dis que, plutôt que de bosser devant mon PC, je pourrais aller faire la sieste avec les chats, ou aller me balader à la recherche de villages abandonnés, aller voir la mer …

Oui, je pourrais faire plein d’autres choses. Mais je crois que je veux vraiment explorer et développer mes capacités de création. Les mettre sur papier, donner forme à mes idées. C’est, somme toute, pour cela que j’ai quitté mon job l’année dernière.

Pour revenir à l’été japonais : c’est une saison très généreuse, mais également très dure. Elle nous met à l’épreuve. Elle nous rappelle notre petitesse et notre fragilité. Elle nous dit aussi qu’il ne sert à rien de s’agiter contre les éléments : il faut les accepter tels qu’ils sont et tenter de s’adapter, en toute humilité.

Collector ! ces sacs de chips avec l emballage noir et blanc suite à des pénuries -ou à la hausse des prix- de l’encre, causées par le blocage d Ormuz

Vendredi dans le jardin

C’est vendredi, un peu après midi. Il est 12h30. Je suis dans le jardin, sous notre petit pavillon. Il fait un beau soleil, il fait chaud, mais pas encore humide. C’est une belle journée d’été.

J’ai amené mon PC dans le jardin et je lui dicte ce texte en buvant une petite tisane rafraîchissante. Nous sommes au mois de juillet 2026. Six mois sont déjà passés : nous sommes à mi‑chemin de l’année.

J’essaie de noter chaque jour dans un carnet toutes les choses que je fais, en particulier l’heure à laquelle je me lève et sur quelle page de ma nouvelle bande dessinée je travaille. Cela me permet de mesurer à peu près la vitesse de mon progrès et de voir combien de temps il me faut pour faire une page de dessin.

Aujourd’hui, j’en suis à la page 43. Et je bute : je bloque sur le scénario des deux prochaines pages, et je bloque aussi sur la manière d’améliorer le dessin de deux personnages dans un chapitre précédent. Donc, en ce moment, je suis un peu coincé.

Dans ce cas-là, j’attends. C’est d’ailleurs pour ça que j’ai décidé de passer la journée dehors, dans le jardin. La passer au bureau, devant mon PC, ne me donnerait aucune nouvelle idée. En général, les idées me viennent lorsque je suis dehors : en train de jardiner, de marcher, ou même lorsque je suis dans mon bain.

Aujourd’hui aussi, préparations pour la session du talk‑show que nous aurons demain sur Les Heures oisives de Yoshida Kenko. Nous faisons cela avec monsieur Kenzaburo Iwata, dans un café à Himeji. Demain, nous parlerons de deux chapitres : le chapitre 7, où l’auteur y va avec un obusier — puis le chapitre 21, qui lui n’est que délicatesse.

Demain, je pense faire un rapprochement entre le chapitre 7, où l’auteur parle de la manière dont on peut finir par gâcher sa vie en en passant à côté, et l’essai de Sénèque sur la brièveté de la vie.

J’aime beaucoup l’idée que, sur des continents différents, à des siècles de distance, des cultures différentes aient évoqué les mêmes sujets. Nous sommes tous des humains, et depuis 2000 ans, finalement, peu de choses ont changé.

C’est cela qui est beau. Et j’aimerais, dans un monde idéal, voir tout le monde s’intéresser à ce genre de sujet plutôt que de se laisser distraire par les faits divers et les petites choses minuscules qui accaparent les esprits. C’est le noise …

Finalement, le sujet du chapitre 7 que nous aborderons demain est vraiment d’actualité pour moi et pour nous tous. Le temps que nous avons est limité et il est aisé de se le laisser aspirer par plein de choses annexes auxquelles on ne tient pas vraiment. Il faut une certaine vigilance et une dose de discipline …

Découvrez Monsieur Munetsugu, un personnage exceptionnel

Les magies des algorithmes de youtube … nous ont fait recouvrir à mon épouse et moi-même ce personnage incroyable qu’est Tokuji Munetsugu. Depuis deux semaines j’ai du regarder une dizaine de ses interviews et je me suis promis de lire un de ses books. (ISBN 978-4296126057)

Si vous avez été au Japon vous reconnaitrez sans doute les enseignes de la chaine de restaurants de curry CoCo Ichiban Ya; dont ce Munetsugu est le fondateur.

Une Jeunesse Forgée dans l’Adversité et la Pauvreté Extrême

Tokuji Munetsugu est né en 1948 ……… placé dans un orphelinat peu après sa naissance, il est adopté à l’âge de trois ans par la famille Munetsugu. Son enfance est marquée par une pauvreté absolue causée par l’addiction de son père adoptif au jeu (les courses de vélos).

Vivant dans des chambres exiguës et sombres sans électricité ni eau courante, il s’éclairait à la bougie et utilisait des caisses de pommes vides en guise de meubles. Pour satisfaire les besoins de son père, il parcourait la ville pour ramasser des mégots de cigarettes. Parfois, la faim était telle qu’il devait se nourrir de mauvaises herbes. Ce n’est qu’à l’âge de 15 ans, lors de son inscription au lycée, qu’il a découvert sa véritable identité et son statut d’enfant adopté en consultant son registre familial.

Dès le lycée fini il travaille dans une agence immobilière où il rencontre celle qui sera sa femme. Avec celle-ci ils commencent par ouvrir un café Puis ils ouvrent un restaurant de curry, ce qui deviendra une chaine de restaurants avec plus 1000 restaurants …

La chaine de restaurants est côtée en bourse et Munetsugu est devenu milliardaire .. en Dollars

Une Philosophie de Vie et d’Entrepreneur Unique

L’approche des affaires de Munetsugu est indissociable de son éthique personnelle. Pour lui, « le nettoyage est une forme de gestion ». Il considère qu’une boutique sale est le signe d’un manque d’attention aux détails, ce qui conduit inévitablement à un mauvais service client. Sa devise, « Niko-niko, Kibi-kibi, Haki-haki » (souriant, agile, rafraîchissant), est devenue le standard de service de toutes ses enseignes.

En tant qu’entrepreneur, il a révolutionné le modèle de franchise avec le « Bloom System ». Contrairement aux modèles classiques, ce système permet uniquement aux employés formés sur le terrain de devenir propriétaires de leur restaurant, et ce, sans payer de redevances (royalties) au siège social. Sa vision de la richesse est tout aussi frappante : il considère sa fortune comme un « dépôt temporaire » confié par la société, qu’il a le devoir de redistribuer intégralement.

Une Discipline Quotidienne de Fer

L’organisation de ses journées témoigne d’un stoïcisme légendaire :

  • Le « Super Réveil Précoce » : Il se lève chaque jour à 3h55 du matin (le « Sa-go-go »).
  • Le Nettoyage Rituel : Dès 4h00, il consacre environ deux heures à nettoyer les rues de Nagoya ou les alentours de sa salle de concert, plantant et entretenant également des milliers de fleurs à ses propres frais.
  • L’Écoute des Clients : Pendant ses années d’activité, il arrivait au bureau vers 4h45 pour lire personnellement plus de 1 000 cartes de commentaires de clients par jour, qu’il traitait comme des « lettres de fans » pour améliorer ses services.

Ses Activités Actuelles : Philanthropie et Musique Classique

Depuis son retrait volontaire de la direction de CoCo Ichibanya en 2002 à l’âge de 53 ans, Munetsugu se consacre à sa passion pour la musique classique et à la bienfaisance :

  • Munetsugu Hall : Il a fondé à Nagoya une salle de concert de renommée mondiale qui organise environ 400 concerts par an, avec des tarifs accessibles pour populariser la musique classique.
  • Yellow Angel : Via cette organisation NPO, il finance des bourses d’études pour des centaines d’étudiants et **prête des instruments de musique à de jeunes talents internationaux.
  • Don de soi : Il continue ses activités de nettoyage quotidiennes et participe activement à des soupes populaires pour les sans-abris.

Voici une bonne interview de lui, sur youtube. J’ai vérifié que les sous-titres en Français sont disponibles -même si pas parfaits.

【毎日3時起き】ココイチ創業者の1日に朝から晩まで密着してきた | COCO壱番屋 宗次徳二さん – YouTube

Au début de cet interview on le voit le matin en train de planter des fleurs le long d’une avenue de Nagoya.

Je me dits qu’en France les pots de fleurs seraient sans doute volés; et les parterres de fleurs saccagés…

Quel personnage exceptionnel que ce Munetsugu, l’écouter me fait sourire et me donne de l’espoir.

Pour nous rapprocher un peu de lui nous sommes allés dîner dans un de ses restaurants; à Himeji. Tout était très propre. Le staff excellent. Le restau très bien organisé; rien n’a été laissé au hasard. Le curry excellent. Nous y retournerons.


Des nouvelles depuis mai

Article en Anglais ICI

Voilà donc un peu plus d’un mois que je n’ai pas écrit d’article.

Ces dernières semaines, je me suis vraiment plongé dans mon projet de livre sur les Heures Oisives (徒然草), et j’ai enfin commencé à voir clairement quel type de dessin je veux faire, quelles couleurs utiliser, dans quel style, et quels éléments intégrer au livre. Avec l’ajout d’un nouveau personnage, l’ensemble commence vraiment à prendre sens.

J’avais commencé à écrire dessiner ce livre — qui est quelque part entre la bande dessinée et le livre pour enfants — en janvier ou février. Au début je faisais surtout des esquisses, j’assemblais des idées, des gags. Mais comment tout cela allait-il s’assembler ? Est-ce que l’ensemble tiendrait debout ?

Et puis, il y a un peu plus d’un mois, j’ai commencé à y voir plus clair. Ou plutôt, j’ai enfin obtenu quelque chose qui me satisfait vraiment. À partir de là, j’ai travaillé à fond, complétant environ 80 % d’une trentaine de pages. J’ai maintenant l’impression d’être à mi‑chemin. Il reste beaucoup à faire mais je sens que je suis sur des rails, plutot qu’au milieu d’un sentier mal tracé.

Au jardin, les tomates poussent bien, mais les concombres se font zigouiller par des petites bêtes. Les plants d’aubergines, eux, ont littéralement fondu — sous la pluie — et j’ai dû les refaire, ainsi que les piments. Comme d’habitude, rien ne se passe jamais exactement comme on voudrait.

J’ai suivi également les actualités : les émeutes, les destructions et les attaques un peu partout en France après la victoire du PSG. Je me demande comment tout cela va finir, sachant que chaque fois, tout semble aller crescendo, les émeutes étant plus violentes et ayant lieu à travers des territoires plus étendus. Un peu comme des métastases.

Je me dis que ces événements ne doivent pas être vus comme des incidents isolés, mais comme une tendance, un mouvement profond qui tourne sur des cycles de vingt à vingt‑cinq ans.

Un nouveau projet: les illustrations que j’avais réalisées pour la ville de Tatsuno continuent de tourner et depuis la semaine dernière, elles sont exposées dans une pâtisserie de Tatsuno.

Il y a peu, j’avais dessiné un dessert, un parfait, en comparant chacune de ses couches de glace aux différentes phases de la vie. « La vie comme un dessert »

J’en ai fait un cahier que je vends en ligne.

La pâtisserie a proposé d’en faire un vrai dessert — absolument délicieux. Pendant l’exposition, nous organiserons deux journées avec un talk‑show où je parlerai du dessin, de la vie comme d’un dessert, et à la fin, tout le monde pourra en déguster la version réelle.

J’ai aussi donné une présentation de deux heures la semaine dernière pour une association culturelle à Himeji. J’y ai parlé de ma vie, et de la manière dont, à plusieurs reprises, tout en travaillant ou en étudiant, je me suis lancé en autodidacte dans l’étude de nouvelles disciplines : le japonais, le business et les finances, ou encore les systèmes d’exploitation Linux — sans parler des trois bandes dessinées que j’ai réalisées en parallèle de mon travail. Chaque fois, cela m’a permis de changer de direction: venir vivre au Japon, trouver un excellent poste chez Microsoft, devenir CEO d’une entreprise locale, et finalement transformer ma vie et devenir Wakame Tamago.

Soixante personnes sont venues voir la présentation — beaucoup plus que ce que j’imaginais — et j’ai eu d’excellents retours. J’étais un peu tendu au début, mais tout s’est très bien passé.

Je me disais cependant, que puis-je partager avec cet auditoire vénérable, qu’il ne sait pas déjà ? Grosse question !

Ah! les gens sont vraiment généreux ! Je les en remercie.

J’aimerais en effet pouvoir faire des présentations, raconter des histoires, cela pourrait très bien compléter mon travail de création graphique avec Wakame Tamago.

Bref, les mois de mai et juin ont été bien remplis.

Beaucoup de travail, mais aussi énormément de très bons moments, grâce aux amis, mon épouse, aux chats, aux lecteurs ! On n’est jamais seul.

Récolter du thé

{English} {Japonais}

Très belle journée, et j’en ai profité pour aller dans ma petite montagne pour récolter un peu de thé. La montagne ici… en effet, on dit yama (montagne) plutôt que mori (forêt).

La montagne donc, étant couverte de grands cryptomères, la lumière y est limitée. Les nouvelles feuilles des théiers, en fonction de leur emplacement plus ou moins exposé au soleil, variaient beaucoup.

J’avais aussi planté des mûriers

Pour y accéder, je traverse la route juste en face de la maison et je monte un chemin qui serpente pour arriver à, je dirais, trente mètres de hauteur. Il ne faut pas aller loin pour, tout d’un coup, arriver dans un autre monde : on ne voit plus les maisons du village et on n’entend plus rien des hommes. Tout d’un coup, tout est très calme, et on n’entend plus que les oiseaux et le vent qui chatouille les branches des arbres.

Espace différent. Autre échelle du temps aussi. Dès que j’arrive dans ce petit espace de la montagne — ce petit espace qui m’appartient, sept mille mètres carrés — c’est un autre chez-moi… Liberté, silence.

Qu’est-ce qu’on se sent bien !

Les théiers sont des survivants de l’époque où les habitants du village étaient autosuffisants, soit il y a 60 ou 70 ans. Alors, presque tout le monde faisait son thé, et les théiers étaient savamment plantés le long des chemins de montagne…

En écrivant ces lignes, je pense à mon arrière-grand-père qui, lui, dans les Charentes, faisait son vin. Au Japon, tout le monde faisait son thé ; en France, c’est le vin — deux boissons qui, chacune à leur manière, rendaient l’eau potable et sûre.

Dans un sens, je répète les gestes que faisait mon arrière grand père, Gaston. Il travaillait sa vigne, moi je vais récolter les feuilles de thé … les gestes dans la forme sont différents mais au fond ils se ressemblent, Donc je me reconnecte avec mes ancêtres.

Cette petite récolte de thé aujourd’hui m’a permis de passer toute la journée dehors !

Or, rien ne vaut passer la journée dehors par un si beau temps.

Une petite réflexion en passant sur la maison traditionnelle japonaise : elle est vraiment conçue pour vivre dehors. Les gens, en l’absence d’électricité, vivaient et travaillaient dehors, et n’allaient dans la maison que lorsque la pénombre ou les intempéries les en obligeaient.

La préparation du thé se fait en trois étapes : — aller prendre des feuilles de thé en montagne ; — je coupe des petites branches entières, ça permet de contrôler la croissance de l’arbuste ; — rentré à la maison, on fait un tri et on retire les branches : c’est la phase du quality control, en faisant attention aussi à retirer les insectes, les cocons de papillons, les araignées que l’on aurait pu ramener ; ensuite, on passe tout dans une marmite sur le feu pour sécher les feuilles. On répète cette opération au moins trois fois.

ça prend tout l’après-midi… Je suis debout devant la marmite ; j’utilise un Dutch oven sur un réchaud à gaz, et même maintenant, six heures plus tard, j’ai encore le pif empli de ces arômes si agréables…

Je laisse les feuilles sécher à la maison et je répèterai cette opération de séchage sur le feu encore demain matin…

Pour la phase 2 du QC quality control ma femme est venue m’aider. Ces petits travaux manuels gagnent à être faits en famille ou avec les amis.

C’est intéressant de refaire les gestes d’autrefois ces gestes qui ont été faits des milions de fois pendant des siècles …. Il y a une reconnexion qui s’opère au niveau de l’ADN ….

Ce thé que j’ai récolté on l’appelle le bancha, une version populaire du thé ou on peut utiliser toutes les feuilles, aussi bien les jeunes feuilles que les autres.

J’aime bien quand je me prépare un bancha y ajouter quelques feuilles de menthe du jardin.

Il m’est d’ailleurs arrivé ces dernières années de faire des petit trips lorsque en buvant du bancha je fume des cigarettes ou une pipe… Etonnant … Il y a tout un parfum qui s’empare de la tête entière et on se sent super bien !!!

Fleuris, là où tu as été planté

{English} {Japonais 日本語}

Tranquillement, dans le jardin, ce matin, je prépare des planches de semis. Cacahuètes. Haricots rouges azuki. Sur les planches préparées il y a une dizaine de jours, pointent déjà les pousses de maïs, de tomates, de concombres.

Le temps est nuageux.

De plusieurs coins du hameau paisible où nous vivons montent les bruits de débroussailleuses. Les voisins s’activent dans leurs jardins et autour de leurs maisons.

Me revient à l’esprit la phrase de St François de Sales.
Fleuris, là où tu as été planté.

Je la répète aux cacahuètes et aux haricots rouges qui vont bientôt s’éveiller, et aux tomates, aux concombres, au maïs…

Pour mon livre CONTINUER, j’avais fait un dessin inspiré de cette phrase, mais finalement je ne l’ai pas retenu.

Sachant que personnellement je me suis dépoté de France et replanté au Japon …