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La grange et son message

Suite à l’achat de la maison de notre ancienne voisine visitons le petit bâtiment de deux niveaux qui lui est attenant. Comment le nommer en français, j’hésite entre le hangar et la grange … Pourquoi pas la grange.

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Le rez de chaussée, le sol est en béton. Et il y a tous les outils de jardinage de madame M. Deux magnifiques brouettes complèteront ma collection. Il y a un motoculteur que je vais donner à un voisin. Sinon beaucoup d’ustensiles que je pourrai réutiliser dans mon petit jardin.

 

Tout ça on laisse; on fera le tri petit à petit. Car, Petit à petit, l’oiseau fait son nid.

 

 

Je pense que tous les outils et affaires que Madame utilisait pour ses nombreuses activités de jardinage et récolte de pêches, yuzu, châtaignes étaient assemblées dans cette grange.

Le long de la maison il y a un autre débarras avec des outils beaucoup plus anciens, comme une araire et autres choses. (pour un article futur).

Il y a aussi, alignées sur des étagères, des choses anciennes, des pots, et des caisses en bois datées et signées qui doivent contenir de la vaisselle. Nous nous y attarderons plus tard.

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L’escalier qui mène au premier étage est si raide qu’on le confondrait presque avec une échelle.

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En haut, une grande pièce avec tatamis. C’est un vrai capharnaüm. Le sol est recouvert d’affaires, on hésite où poser le pied. Globalement les choses ici sont plus récentes et d’intérêt moindre.

Je fais le tri dans les affaires et mets dans un coin ce que nous allons garder. Seuls quelques trucs retiennent mon attention, des machines à coudre, un ou deux meubles, un échiquier, des cendriers … il y a tellement de cendriers! A croire que pour chaque événement dans le village on distribuait des cendriers.

 

Il y a aussi un vieux magnétophone Sony. Ce modèle date de 1963.

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Avec la fille de madame M nous nous sommes arrangés pour qu’elle bazarde tout ce dont nous ne voulons pas. C’est rapide, les gars balancent direct dans leur camion benne, du premier étage ! oh yeah c’est rock and roll !

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Voici quelques photos de la pièce du haut après rangement. Le plancher est un peu souple, il faudra le refaire peut être. On voit, la pièce fait huit tatamis donc c’est assez grand …

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Le pavillon d’or de Kyoto.

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de vieilles valises.

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La vue de la fenêtre.

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Pendant le rangement j’ai remarqué cette boite de biscuits métallique. Avec ce message, à méditer.

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NB Un Lecteur sur Facebook m’informe que c’est du Paul Valéry. C’est un vers du poème le cimetière marin.

Le vent se lève… ! Il faut tenter de vivre !
L’air immense ouvre et referme mon livre,
La vague en poudre ose jaillir des rocs !
Envolez-vous, pages tout éblouies !
Rompez, vagues ! Rompez d’eaux réjouies
Ce toit tranquille où picoraient des focs !

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Dans la maison de Madame M

Voici quelques photos de la maison de la voisine que nous avons achetée cette semaine.

Mais vous savez, on est par ce que l’on fait.

On n’est pas par ce que l’on a.

Au fruit on connaît l’arbre. Matthieu 12-33

Voila un truc qui nous imprègne depuis notre installation à la campagne. En ville, je pensais plutôt être par ce que j’avais.

Avoir une maison en plus n’est pas donc vraiment significatif. C’est ce que nous allons en faire qui est important (à la rigueur).

Ceci dit; cette maison étant ancienne porte un message, et nous informe sur la vie dans le village d’il y a cinquante ou soixante ans. Voilà une chose qui nous intéresse.

 

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La maison, et devant, le hangar à deux niveaux.

On pourrait s’asseoir sur le muret de pierres, siroter un ouiski en se trempant les pieds dans la rivière.

Pour le plan. C’est quasi identique à celui de notre maison. C’est plus petit, la cuisine est rikiki; et il n’y a plus d’engawa mais la structure logique est en tous points identique.

plan d une ferme japonaise traditionnelle

plan d une ferme japonaise traditionnelle

 

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L’entrée, ou doma. Le plancher de la maison est surélevé. Par sur la photo, mais le doma est à hauteur du sol et ici recouvert de carrelage. Originellement ça devait être de la terre battue.

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Dans l’entrée; des autocollants rappelant de contacter la police en cas de visite d’arnaqueurs. Il y a beaucoup de petits filous qui essaient de profiter de la crédulité de personnes seules et âgées. Moi quand j’en vois de ces filous, je leur montre ma tronçonneuse.

 

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De l’entrée; sur la gauche. Au fond, le tokonoma avec la calligraphie. A la droite de celui-ci il y avait le butsudan ou autel aux ancêtres.

Notez la porte sur la gauche, elle ne donne sur rien mais indique l’existence autrefois du engawa.

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On voit les quatre pièces de tatami adjacentes les unes aux autres; formant le caractère de la rizière, 田

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Faisons marche arrière et allons voir la cuisine. Qui est face au doma. Difficile de faire plus simple pour la cuisine mais dans la version originale de la maison, la cuisine était sans doute en terre battue, avec un petit foyer que l’on nomme okudo san.

vue de la cuisine

La cuisine donne sur deux pièces de tatami.

 

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A côté de la cuisine ce signe rappelle de faire attention au feu. J’ai vu ce même signe dans une autre maison dans le village, lors de travaux. Il a donc dû être distribué à tout le monde, à une époque.

 

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Les colonnes sont en marronnier. Celle-ci est plus conséquente que les autres. Située au centre de la maison on la nomme la kokubashira ou colonne noire.

 

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La classe. Les murs sont en torchis et recouverts d’enduit. (shikkui).

Faut être un bon charpentier, pour utiliser des poutres courbées comme celle-ci. D’un point de vue esthétique je trouve que celà apporte une dynamique inattendue; dans une pièce où tout est droit.

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Les cloisons coulissantes sont décorées, mais ça c’est plutôt standard.

 

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Vue du tokonoma. Nous avons demandé à laisser quelques affaires, comme machine à coudre, instrument de musique, de thé, et calligraphie.

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Si on se retourne on voit une autre pièce, et l’entrée du début.

 

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Il faudra refaire l’électricité.

La maison de Madame M

Madame M est décédée il y a deux ans. Cette dame à la volonté et prestance exceptionnelles, qui a vécu des productions de son jardin, en quasi autarcie, jusqu’à un âge très avancé.

Une anecdote à son sujet, peu après notre arrivée dans le village; il y a six ans, je me suis mis a déplacer des rochers  dans la rivière, pour essayer de la dégager et éviter les débordements lors de déluges; eh bien malgré ses quatre vingt dix ans elle est descendue dans la rivière venir m’aider ….

Depuis son décès, sa maison est restée vide. Sa maison est ancienne, centenaire. C’était, autrefois, le logement des instituteurs du village. Elle est adjacente à notre terrain.

L’idée d’acheter cette maison n’a cessé de trotter dans ma tête, et finalement nous nous sommes lancés.

Nous avons finalisé l’achat de cette maison hier. Maintenant que tout est fait, il nous reste à trouver un ou des projets pour cette maison (location court terme pour voyageurs égarés, bar pour les nuits de pleine lune, qui sait …).

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Cette maison qui a tant de désavantages, c’en est presque charmant: pas de parking, petit terrain. Un peu sombre. (Lire l’éloge de l’ombre de Tanizaki).

Son schéma est identique à celui de notre maison, et probablement à toutes les anciennes maisons de la vallée. Également identique au plan de la maison de mille ans… sauf qu’il n’y avait pas de place pour y mettre une vache.

Une grande entrée, qui donne sur la cuisine. A gauche quatre petites pièces en tatami arrangées en quatre carrés adjacents comme l’idéogramme de la rizière 田. La pièce, au fond et du côté de l’entrée, abrite un tokonoma et l’autel aux ancêtres, ou butsudan. (celui-ci a été évacué).

Comme chez nous; la salle de bains a été ajoutée plus tard, pendant les seventies ?

Il y a eu quelques autres travaux, comme par exemple l’effacement des engawas (ces couloirs qui font une transition entre le dehors et le dedans) pour agrandir les pièces (les panneaux coulissants en papier rendus obsolètes avec l’introduction des rideaux), et l’entrée où un carrelage est venu remplacer la terre battue (chez nous c’est du béton).

L’esprit original de la maison est, malgré ces ajustements qui ont suivi les nouveaux modes de vie, préservé: la structure en bois avec les poutres et les piliers est toujours visible; les tatamis aussi sont encore là.

Cette modeste maison a du potentiel aussi: elle est petite et n’est pas gigantesque. Elle est en excellent état et il n’y a presque pas de travaux a faire. Elle donne directement sur la rivière, ce qui est sympa.

Il y a aussi une annexe, sur deux niveaux, qui servait de hangar pour les outils. Intéressant de noter que la surface construite pour l’habitation occupe la même superficie que pour stocker les outils et les choses du jardin ou des champs.

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A ma demande, l’annexe a été laissée telle quelle, elle est donc encore pleine des outils plus ou moins anciens que Madame M et sa famille ont utilisés dans leurs potagers, montagnes et rizières.

La première tâche sera donc de dégager tout cela et de faire un peu de tri, il y aura sans doute des choses intéressantes, des objets d’autrefois; j’en dresserai la liste ici dans des articles futurs.

 

 

 

 

 

Dissection des tatamis

Comme expliqué plus tôt nous avons décidé de raser le hanaré qui penchait et était trop proche de la maison principale.

Mais rien, à part les souvenirs, n’est perdu. Nous récupérons les tuiles. Elles couvriront une nouvelle construction à la place. Le bois nous chauffera l’hiver prochain. Et les tatamis vont retourner à la terre, dans le jardin.
Ce sont de vieux tatamis. Une étiquette indique un num de tél à trois chiffres. 50 ans ? Ce qui nous arrange car ils sont faits entièrement de paille et de ficelles naturelles. Pas de plastique ou de nylon. Je les découpe avec un gros couteau mais j’utilise la tronçonneuse ensuite, car, à la main; le labeur est trop prenant.
C’est l’occasion de voir comment c’est fait un tatami. On découpe la natte de paille qui cache la face, et l’on voit la paille de riz nouée en faisceaux. C’est beau. Bien aligné. Géométrique. Un travail d’artisan. Et tout est naturel et entièrement recyclable.
Une fois le travail fini je prends la paille et la place dans le jardin, sous les pastèques et les citrouilles, au pied des tomates et un peu partout ailleurs où l’on veut freiner les ardeurs des herbes folles.

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Les vieux tatamis récupérés du hanaré.

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On obtient de jolis tas de paille.

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Sous le tatami, une poignée en corde pour le transporter aisément. On voit le beau travail, avec la paille liée en faisceaux réguliers. L’art de vivre d’autrefois. Je me répète mais …  pas de plastique. Le plastique nous tue.

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La pluie aidant, la vie reprend contrôle. On la voit, avec ces traces blanches. Tout retournera dans le jardin. Pas de perte. Tout se transforme…

La maison de 1000 ans

[Note de septembre 2014: j’ai plus depuis rencontre l’ancien proprietaire de la maison de 1000 ans]

La maison de 1000 ans. 1000, vraiment ?  千年の家

Multi centenaire c’est certain. Elle était habitée jusqu’il y a quelques années, puis elle a été restaurée et est devenue un musée. A 30 minutes à pied de chez nous. Dans un hameau du même village.

On peut la visiter les week ends. C’est ce que nous avons fait.
L’entrée donne sur l’écurie et la cuisine. La cuisine consiste en un évier et un kamado à trois foyers.
Intéressant, le kamado est construit dans un creux dans le sol. pour mieux amasser les cendres ? Il n’y a pas de cheminée, ce qui fait que toutes les poutres sont noircies par les fumées. L’arrète du toit a deux ouvertures, qui permettent à la fumée de s’échapper, par le haut. La fumée qui s’échappe et se disperse librement dans la maison a le mérite de faire fuir les insectes.
La cuisine et l’écurie ont un sol en terre battue. C’est comme chez nous autrefois.
La deuxième moitié de la maison a un plancher surélevé. Il est constitué de bambous et de nattes de pailles. Ancètres simplissimes des tatamis ?, sur une partie, et sur une autre, d’un plancher superbe, on voit les marques de découpes du bois à l’herminette.
 On a dressé un petit autel shintô dans cette pièce.
La toiture est constituée de paille, comme dans les maisons ultra célèbres et inscrites au patrimoine de l’UNESCO de Hida Takayama.
On voit, l’intérieur est sombre. Et cela rappelle l’essai esthétique de Tanizaki, l’éloge de l’ombre.
Dans la pièce attenante à la cuisine, il y a un irori, un petit foyer, carré; inscruté dans le sol. Normalement il y a toujours des braises et le foyer ne s’éteint jamais, pendant des générations et des générations. Avec le kamado c’est le coeur de la maison.
Sur l’irori, la tradition est d’accrocher une théière ou une soupière crochetée au jizaikagi (自在鉤). Le jizaikagi est un est tube en bambou ou une chaine; pendante du plafond, relié à un levier, souvent en forme de poisson et qui permet de régler la distance entre la théière et le foyer. Pourquoi cette présence incongrue de poisson ? Le poisson évoque l’eau et donc la sécurité par rapport au risque d’incendie, m’a-t-on expliqué un jour.
Dans cette petite maison dite de 1000 ans, tout est simple est réduit au minimum. Il y a aussi des toilettes et un endroit pour se laver, cependant inaccessibles au visiteur.
Donc le minimum, est là. Dans un sens on ne devrait pas avoir besoin de plus… on se verrait assez bien vivre dans cette maison … avec un cheval comme ami et une connexion internet.
la maison de 1000 ans
la maison de 1000 ans
La maison de 1000 ans a-t-elle vraiment 1000 ans ?
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L’écurie occupe la moitié de la cuisine-entrée.
kamado
Le kamado à trois foyers. Le foyer à droite, pour faire cuire le riz. Au centre, bouillir de l’eau. A gauche pour la soupe !
Plus loin à côté de la fenêtre, un évier rudimentaire.
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L’irori à côté de la cuisine. On distingue le morceau de bois qui évoque la forme d’un poisson.
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De jolis objets d’autrefois. Pas de plastique.
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Très beau parquet. Au fond de la pièce, un autel shintô.
Pour les curieux qui souhaitent visiter cette maison, voici l’adresse et les instructions (en JP).
住所 〒671-2415
姫路市安富町皆河(問い合わせは姫路市教育委員会文化課)
TEL 079-221-2786
定休日 千年家の公開は、土曜、日曜、祭日(年末年始は除く)のみ ※平日は団体のみ、要事前予約
アクセス 中国自動車道「山崎IC」から車で約10分

Travaux et fin du hanaré

Finalement nous décidons de ne pas retapper le hanaré, mais de le détruire et de faire construire à la place. Le hanaré, construit après guerre avait beaucoup de charme, avec ses deux engawas, mais, construit avec du bois de qualité médiocre, il penchait un peu. De plus; il a été construit trop près de la maison principale, si bien que son mur côté nord était à à peine deux centimètres du toit de la maison principale… Imaginez le hanaré s’écrouler sur la maison pendant un typhon …

C’est donc un sentiment mélé de soulagement et de regrets qui accompagne la destruction du fragile édifice.

Nous faisons appel aux services de Sakichan, charpentier qui vit dans le village. Quel poete et quel personnage. La soixantaine, il est de petite taille, ses mains on dirait les mains d’un animal; tellement elles sont noires et puissantes. Il a toujours le sourire, on dirait un enfant. Clope au bec il court dans tous les sens et est increvable. Il sait tout faire. Il coupe les arbres dans les montagnes, les prépare, et construit d’énormes chalets un peu partout dans la vallée.

Le premier jour des travaux il nous dit de le suivre chez lui, pour aller prendre des cerises et voir ses chèvres. Il coupe des branches de ses cerisiers pour nous en offrir les fruits.

Il est secondé de sa femme et de K., 73 ans. A trois ils vont démonter le hanaré poutre par poutre. Au préalable ils seront montés sur le toit et auront récupéré toutes les tuiles; nous les réutiliserons pour la nouvelle construction.

On voit que le hanaré détruit, il ne reste aucun déchet.
A peine des clous rouillés.
Tout le bois, nous allons le donner à calcifer notre poêle à bois l’hiver prochain. Donc rien ne sera perdu de ce côté.
Pour les murs; ils sont faits de terre et de bambous. Nous pourrions donc les laisser tels quels dans le jardin.
Et les fondations, rien que des grosses pierres.
Les anciens tatamis, ils sont faits de paille. Idem, nous pourrions les laisser dehors et les observer retourner à la nature.

Voilà l’exemple parfait d’une construction écologique. Il n’y a aucune perte, puisque nous allons réutiliser jusque les tuiles du toit.

Lorsque nous avons discuté de la nouvelle petite maison à construire avec Sakichan, Sakichan nous a bien expliqué les avantages des constructions traditionnelles. A savoir les cloisons en tsuchikabe. Le tsuchikabe; fait de terre et d’un treillis de bambous est très solide et résiste au temps. Ne nécessite aucune maintenance. Et permet une meilleure isolation que les laines de verre etc qui de toute façon se comportent mal avec l’humidité de la région.

Nous allons donc faire construire selon les méthodes traditionnelles ….
Nous prenons quelques photos avant de tout raser ….

le engawa du hanaré

Le engawa du hanaré

 

les deux pièces du hanaré les deux pièces du hanaré

vue de l’intérieur, avec les belles poutres en pin, les tategus. Deux belles pièces de 8 tatamis.

 

un vieux tatami

Voilà de vieux tatamis. Tout est fait avec de la paille, au contraire des tatamis modernes qui intègrent du plastique.

 

foyer sous les tatamis

Sous les tatamis on découvre un ancien foyer. Le hanaré a été construit pour l’élevage des vers à soie.

Le hanaré

Le hanaré; nous en avons déjà un peu parlé, c’est une petite bâtisse de deux engawas entourant deux pièces de huit tatamis.
Il tient encore droit dans ses bottes. Malgré le plancher de tatamis qui s’enfonce sous les pas; et les volets, battus par des décennies de pluie.
Pour nous faire une idée des possibilités de travaux d’amélioration, j’ai dessiné le hanaré sur sketch up. En voici trois vues.
derriere travers face travers interieur

Le Doma

Ma pièce préférée de la maison, c’est le doma.

Doma s’écrit 土間:
Le premier caractère 土 signifie ‘terre’, le second 間 ‘espace’. Traditionnellement le sol du doma est en effet de terre battue; par opposition aux pièces dont le sol est en plancher ou en tatamis.

Le doma est l’entrée de la maison japonaise traditionnelle.

Chez nous le doma est carré.

Une face du carré est fixe, c’est une cloison, qui avant les travaux donnait sur un débarras. Autrefois ça donnait sur l’étable et la vache Marguerite.

Les trois autres faces du carré sont des cloisons coulissantes.

  • Une vers l’extérieur.
  • Une vers le salon cuisine
  • Une vers le bureau bibliothèque.

Ce que j’aime avec le doma; c’est la transition douce qu’il assure entre l’intérieur et l’extérieur. C’est le sas de décompression entre privé public, entre confort et nature.

Il permet aussi d’accéder directement au bureau ou à la cuisine.
Il est spacieux et l’on peut s’asseoir sur un banc et mettre ses bottes sans se presser.

J’y ai fait d’ailleurs une boite à chaussures qui fonctionne aussi comme un banc. Nous avons mis un autre banc; histoire de prendre ses aises et que tout le monde aie assez de place.

Dans les maisons japonaises contemporaines le doma est remplacé par le genkan; un espace réduit où se chausser et se déchausser est, à cause du manque d’espace, trop souvent un exercice d’équilibre.

Le doma est vraiment adapté à la vie à la campagne.
On peut y poser des légumes fraichement cueillis du jardin, venir avec ses bottes pleines de terre, sans se soucier de salir l’intérieur de la maison.
Idem, le doma se prête à poser le stock de bois de chauffe de la journée. C’est peut-être d’ailleurs un bon équivalent de la cave, car il n’y fait ni trop chaud ni trop froid.

Le doma c’est un art de vivre ancien dont nous sommes bien heureux de pouvoir profiter !

DOMA

La Maison du voisin

La pelleteuse a déjà commencé à detruire la vieille maison du voisin. Nous récupérons les meilleurs morceaux de bois, pour nous chauffer l’hiver prochain.

C’est l’occasion de prendre quelques photos en espérant que ce qui reste du toit ne nous tombe pas sur la tête.

On note que gràce à l’emploi de torchis pour les murs et les cloisons, il faut relativement peu de bois pour un telle construction. Economique, léger, souple …

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Sur la moitié droite, la maison en question. On discerne le torchis placé entre le toit et les tuiles.

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Cette pièce était la pièce principale. Au fond; le tokonoma avec le pilier vernissé. On distingue également les troncs d’arbres qui supportaient le plancher. Les tatamis et les planches ont été retirés.

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Une ouverture donne sur le toit. Vue sur la charpente.

Chez nous, il devait y avoir une ouverture similaire, mais elle a été fermée.

On devait stocker du foin j’imagine. On distingue un crochet métallique sans doute pour accrocher une échelle ou bien utiliser des cordes.

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L’ancien engawa

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Comme très souvent à l la campagne, un espace de rangement extérieur abrité est arrangé le long d’un mur. Idéal pour stocker du bois.

bricolage: getabako

Getabako 下駄箱 c’est le placard à chaussures, litéralement la boite à guetas.

On se déchausse à l’entrée de la maison, le getabako est situé dans l’entrée de la maison.

L’entrée de notre ferme est un doma traditionnel, une entrée très spacieuse, carrée.

Vocabulaire: doma 土間 signifie espace de terre. Le sol du doma était originellement constitué de terre battue. On a vu dans un poste précédant (ici) que les pièces d’habitation sont surévelées par rapport au sol. Le doma aujourd’hui a pratiquement disparu, on ne peut en trouver que dans les maisons très anciennes ou traditionnelles modernes. Le sol du notre a été recouvert de béton il y a 20 ou 30 ans, modernité oblige.

Chez nous, le doma donne directement sur deux pièces, le salon-cuisine, et une ancienne pièce d’habitation à tatami qui sert aujourd’hui un peu à tout.

D’où l’idée de faire une getabako basse et qui ait la même hauteur que le plancher de cette pièce. La getabako devient l’extension de la pièce au delà des fusumas. On peut marcher dessus ou bien s’y asseoir.  La  getabako est constituée de trois sections, et celle le plus à gauche peut être utilisée comme un escalier. Le sol de la pièce d’habitation est en effet élevé de 40 centimètres, et la getabako offre un point où poser ses pieds à mi-hauteur.

sketch de le getabako

Voilà le concept.

Pour la réalisation j’utilise les anciennes planches de sugi (cryptomère) que nous avions rétirées des anciens planchers. Ce sont elles qui pendant plusieurs décennies ont supporté les tatamis. Un coup de ponceuse leur donne une nouvelle jeunesse. Ce sont de belles planches, certaines ont été endommagées par les insectes qui se sont bien régalés mais quelques unes sont en bon état et peuvent resservir .

Une fois le tout découpé et assemblé, je peints au bengara, cette peinture traditionnelle. Le terme bengara vient du néerlandais et a été importé dans la langue japonaise vers 1700.

Le noir bengara; à mesure qu’il sèche,  devient de plus en plus profond. On utilise le bengara le plus souvent pour peindre les extérieurs en bois, et il est réputé décourager les insectes.

Voilà.