Tagué: hache

Réparer une hache

Il y avait une petite tête de hache, toute rouillée et bien misérable, dans un débarras de la maison de madame M.

IMG_1320

Je doute qu’elle s’en soit servi, mais ce doit être un préjugé de macho, car comment savoir en vérité.

Si ONO おの 斧 signifie la hache en général, il semble qu’ici au moins on nomme YOKI よき les haches de petite taille.

La tête de la hache est vraiment rouillée.

IMG_1322

Mais on distingue les marques typiques du mayoké (pour faire chasser les esprits); des trois et des quatre traits gravés de chaque côté de la lame.

C’est donc une hache à utiliser en forêt dans la montagne (ça n’est pas truc que l’on utilise simplement à la maison).

On distingue aussi deux caractères; Kawanishi. 川西 Ce devait être le nom du forgeron du coin. Je vais essayer de vérifier auprès des anciens du village. A ma connaissance il n’y avait pas de forgeron dans la vallée, ce Kawanishi devait être dans la ville voisine ? Mystère et bouledegomme.

L’idée me vient de restaurer et remettre en état cet outil.

Le métal reprend de son éclat, après un long passage au papier de verre.

IMG_1323.JPG

La lame est bien endommagée j’essaye de la reprendre en la travaillant sur une pierre à affûter. Voila un travail bien agréable pour une fin de journée.

IMG_1326

Ca commence quand même à prendre forme.

Ensuite ajouter un manche, pour cela j’utilise le manche d’un vieil outil de madame M encore … et le tour est joué!

IMG_1334

IMG_1329IMG_1333

Publicités

Les locataires des tas de bois

Y a plein de petits geckos qui se planquent tranquille dans notre tas de bois. Sans doute un bon endroit pour passer l’hiver.

Il faut faire attention, lorsque l’on prend du bois pour aller alimenter Calcifer le poêle à bois, à ne pas enfourner ces sympathiques bestioles.

Il y a beaucoup de punaises aussi qui se planquent dans nos bûches mais dans ce cas j’ai beaucoup moins de précautions et je les fais brûler avec le bois. Comme quoi nous sommes très sélectifs. A quoi tiennent ces différents critères, bestiole sympathique que l’on veut épargner, bestiole désagréable que l’on zigouille sans regret. Toutes sont le fruit de la création pourtant.

Cet après midi je fendais une énorme bûche et d’une petite fente dans le bois est sorti ce petit gecko. Il a eu chaud, j’aurais pu le réduire en bouillie avec ma hache.

gecko IMG_0201

gecko IMG_0202

gecko IMG_0203

gecko IMG_0203x

 

 

Petit à petit

Petit à petit l’oiseau fait son nid ….. petit à petit la montagne prend forme à force de nettoyer et de ranger les troncs d’arbres effondrés.

nettoyage de la montagne

Le mieux c’est d’y aller à la hache. On travaille ainsi son swing.

arbre courbe coupe hache

Maintenant que le tout est plus facile d’accès, on peut mieux apprécier la vue sur le village …

vue du village de la montagne

Le marronnier de la voisine

Donc, on a coupé le marronnier de la voisine lors du nettoyage collectif de la rivière car il encombrait trop et gênait le débit de l’eau (de la rivière).

Un beau marronnier centenaire.

La voisine était triste et aurait préféré le garder et ne pas le couper. Je sentais qu’elle n’était pas tout à fait d’accord avec la décision du chef du village (par contre son mari était d’accord).

Une fois coupé on a transporté les buches jusqu’à la maison.

Le bois était très frais et ma hache suédoise l’a fendu avec beaucoup de facilité. Une vraie entente entre le bois et l’acier. On sentait vraiment qu’il était encore vivant, le marronnier. Il était frais comme un légume que l’on vient de retirer de la terre du jardin. Maintenant le marronnier est saucissonné et rangé dans mon abri bois. Où il va pouvoir sécher tranquillement.

En le fendant j’ai pu observer tous les différents insectes qui y vivaient. C’était impressionnant.

Dans une branche pourrie j’ai vu quelques termites. Cette branche je vais l’apporter au tondo, le grand bûcher annuel du village. Pas besoin de garder ça à côté de la maison trop longtemps.

J’ai trouvé aussi une colonie de fourmis. Les fourmis étaient assez grosses, un centimètre. Et d’une magnifique couleur caramel.

Dans d’autres branches il y avait une autre colonie de fourmis qui elles étaient minuscules, de l’ordre du millimètre.

Dans le bois de marronnier ici on trouve invariablement les galeries creusées par un kamikirimushi. (capricorne). On pourrait y enfoncer le petit doigt. On trouve aussi des larves de capricorne. Je sais que certains ici au Japon les passent à la poêle avec un peu de beurre, ça un goût de noisette dit-on !

Ce beau marronnier était un écosystème à lui tout seul.

La voisine disait que ce marronnier avait été planté par le grand père; elle était vraiment attachée à cet arbre. Malgré son âge avancé elle continuait à descendre dans la rivière pour y récolter ses marrons, malgré la descente acrobatique et hasardeuse le long du mur de pierres, et les gros galets glissants.

En fendant a la hache une partie du tronc j’ai gardé une petite planche. Je l’ai passée au rabot et à la ponceuse. Je vais la donner à la voisine comme souvenir de ce bel arbre.

 

marronnier 2cdf09bf0e9_k

marronnier DSC_1885 marronnier DSC_1887 marronnier DSC_1890 marronnier DSC_1892 marronnier DSC_1896 marronnier DSC_1897

Autre nature morte à la tronçonneuse

J’aime bien cette nature morte à la tronçonneuse. C’était avant que je ne répare la vieille hache.

C’est toujours un moment important lorsque l’on prépare les outils avant d’aller travailler sur un projet.

On savoure d’avance le plaisir et la fatigue que le travail procurera.

D’où l’envie d’immortaliser ces moments au petit matin.

tronconneuse image_22289643850_o

 

Fendre du bois si on s’ennuie

Réparer une vieille hache

Après la serpe … la hache …

Cette hache trouvée pour 500 yens dans une brocante (soit 5 euros) a besoin d’être réparée pour pouvoir servir.

Nous avons envie de l’utiliser lorsque nous irons travailler dans la montagne.

la vieille hache

la vieille hache

Il faut en remplacer le manche, le manche actuel se défait et en plus il est trop long.

Il faut aussi retirer la rouille pour faire réapparaître la beauté du métal.

Et affûter la lame avec la pierre.

la vieille hache après réparation

la vieille hache après réparation

Je crois que l’on appelle ce type de hache Yoki.

Vocabulaire.

Ono 斧 Hache

Yoki ヨキ Hache plus petite, que l’on utilise d’une main. Je crois ce nom est une onomatopée.

A propos, une autre hache du même type, mais plus grande; somnole dans l’atelier. Achetée également pour 500 yens.

Le jour viendra où nous lui referons une petite beauté:

un autre vieille hache

un autre vieille hache

Si vous ne connaissez pas je vous recommande l’article où nous parlions des signes magiques inscrits sur les lames des haches japonaises.

La dynamique des bûches

La dynamique des bûches. Se chauffer au bois, c’est beaucoup de travail physique, mais c’est un travail gratifiant. Le résultat est concret lorsque l’on voit le tas de bois grossir et être bien rangé. Le contact avec le bois est toujours agréable. Et chaque bûche est unique; y en pas deux qui se ressemblent.

Cet hiver quand on sortira les bûches je me souviendrai encore de quelques unes que j’aurai préparées.

Il y a donc beaucoup de satisfaction dans tout cela. Un bon coup de hache; lorsque la lame de la hache fait s’ouvrir la bûche comme la palourde sur le feu, c’est toujours très chouette. C’est une façon de communier avec le bois et de lui rendre hommage. Comme manger du sushis pour le poisson … Vous me suivez toujours ???

Sur la vidéo youtube ci-dessous un essai de stop motion, de deux heures de travail dimanche, trois litres de sueur, à fendre du bois (il s’agit du cerisier éléphant) et à le ranger …

Oui la musique est pourrie … faite sur garageband … faites nous signe si vous avez quelque chose de mieux …

Anyway, nous somme parés pour faire face à l’hiver prochain.

Une Pause et Echanges

Je prends une pause au travail, 30 petites minutes pour suer un peu et fendre de grosses bûches. En sortant de la maison j’aperçois le voisin affairé au fond de son jardin. Il est assez loin, je pousse la voix pour lui souhaiter une excellente année 2015. Ca donne la pêche de donner la voix. Faut pas se gêner et c’est pour la bonne cause des relations de voisinage.

Je commence à fendre des bûches de chêne, le même voisin arrive avec deux magnifiques yamaimo.

Vocabulaire やまいも 山芋

Dioscorea japonica (non, pas diahrrea japonica). Une sorte d’igname ?

yamaimo

yamaimo

Cette plante est courante au Japon, Corée, Chine et dans une partie de l’Inde.

On discute bien, on parle outils. Hache, tronçonneuse. Nous n’avions pas conversé ainsi depuis longtemps. Je parle de mes petits projets dans la montagne; qu’il connait très bien pour y avoir joué lorsqu’il était enfant.

C’est une personne sensible et intelligente.

Le voisin part; mais revient avec son camion quelques instants plus tard. Il m’offre une hache et un tobi. Ces deux outils ont appartenu à son père qui travaillait dans les bois. Quelle touchante intention. Je ne sais comment le remercier, vraiment, et la seule chose qui me vient à l’esprit est de lui donner un beau morceau de fromage de Hollande.

La hache est superbe. Lourde et longue elle conviendra à fendre les bûches. Elle porte bien les marques de mayoké sur la tête de la hache.

Vocabulaire mayoke まよけ 魔除け

amulette ou protection contre les esprits. Sur la tête de la hache la marque caractéristique demande la protection des dieux de la forêt et l’autorisation de couper des arbres et d’en prendre le bois.

Le tobi ressemble à un pic. Je n’ai jamais utilisé cet outil.

Tobi est l’abréviation de Tobiguchi, 鳶口 qui signifie le bec du milan noir. Cet outil ressemble en effet au bec du rapace. On le plante dans un tronc d’arbre pour le tirer et le descendre de la montagne.

Peut-être même l’outil lui-même a-t-il été conçu en observant et imitant le bec du rapace.

Vocabulaire tobi ou tobi guchi とびぐち 鳶口

hache et tobi

hache et tobi

Le chauffage au bois en sept points

Se chauffer exclusivement au bois comme nous a des implications nombreuses et évidentes. Tentons de les décrire ici, en sept points.

1) Il faut un poêle à bois ou une cheminée. 🙂 Les cheminées en tant que telles sont des constructions illégales au Japon. (séisme) Au Japon faire installer un poêle a bois est onéreux. C’est donc un investissement conséquent. C’est un engagement financier, et aussi un engagement en temps et en travail.

2) Le chauffage au bois c’est opter pour un modèle économique alternatif.

3) Se chauffer au bois implique d’apprendre à allumer un feu. On peut toujours s’amuser avec cela. « Essayer d’allumer un feu avec une seule allumette ». Se chauffer au bois c’est en effet l’occasion d’apprendre beaucoup de choses differentes et de maitriser plusieurs skills.

4) Il faut également se procurer du bois. Et avoir un plan, pour stocker idéalement assez de bois pour deux années de chauffage.

Jusque là je me suis fourni en bois de multiples façons:

4.1) Récupération du bois de deux anciennes maisons détruites. La première fois la maison qu’un voisin du village a faite raser, la deuxième l’ancien hanare qui était dans notre jardin et qu’on a fait détruire. Dans ce cas le bois est très sec. Par contre il est plein de clous et d’autres objets métalliques. Il faut séparer les clous des cendres si l’on veut réutiliser les cendres dans le jardin. Et puis, il faut tronçonner et fendre le bois soi même. Un seul clou et hop, la chaine de la tronçonneuse est niquée, il faut donc être vigilant!

4.2) Quand on a sa propre foret on peut aller se servir tout seul, récupérer du bois mort ou encore couper des arbres. C’est ce que je ferai avec ma montagne. Mais c’est un effort physique considérable, que de descendre du bois de la montagne,  sans utiliser d’engins mécaniques.

4.3) Acheter le bois. Au Japon le bois de chauffage est assez onéreux. Il faut avoir des connexions et des amis auprès desquels on peut acheter du bois à bon prix.

4.4) Il faut aussi être constamment à la recherche d’opportunités. Madame machin, 92 ans, veut se débarrasser de son marronnier dans son jardin ? Alors allons l’aider et coupons-le.

Cette activité de recherche du bois a une conséquence sociale et économique. On apporte du business aux amis, plutôt qu’a Kansai Electric Co. Voila un cercle vertueux. Je préfère donner mes sous à mon voisin qui a du bois plutôt qu’au EDF local.

Par contre on n’économise par forcement des sous. Le Japon n’est pas le Canada.

5) Tout cela, c’est BEAUCOUP de travail. Beaucoup de Travail = Beaucoup de temps.

Un travail physique, dont le résultat est visible et immédiat. Voir le tas de bois grossir et emplir l’abri bois, c’est gratifiant. Fendre les buches, d’un beau coup de hache qui fait mouche, c’est beau aussi. C’est un art. Cela implique la maitrise de la hache, et de certains gestes.

Dans tous les cas c’est un travail qui donne chaud, le bois nous réchauffe donc à plusieurs reprises. Lors de son transport, de sa préparation et de son stockage. Et finalement à la maison l’hiver le soir, devant le poêle à bois. Thoreau a déjà décrit celà.

6) Il faut pouvoir stocker le bois et le garder dans de bonnes conditions de séchage et d’aération. J’ai construit deux abris bois. Et suis sur le point de considérer la construction d’un troisième.

Abri bois principal

 

abri bois

abri bois

Deuxième abri bois. construit devant la maison de la voisine.

abri bois 2

Pour les bricolos néophytes comme moi construire des abris bois est une excellente expérience. Fort de cette expérience, je pourrai, plus tard, construire des cabanes, sans grand problème je pense. Les principes sont les mêmes.

 

J’ai récemment mis la main sur ce nouveau stock de bois, maintenant sous un abri provisoire. les deux autres abris sont pleins à l’heure actuelle.

 

abri bois 3

abri bois 3

7) En dehors de ces considérations pratiques, il y a une dimension  spirituelle qu’on ne peut oublier et qui dépasse même toutes les précédentes.

7.1) D’abord, ce contact permanent avec le bois. Cette matière qui est belle aussi bien morte que vivante. Le contact avec le bois est en toute occasion agréable et procure satisfaction.

7.2) Ensuite le travail physique qui est nécessaire. Ce travail, fondamental, primordial, me rattache a l’humanité, qui pendant des millénaires a effectué les mêmes gestes, et ce, jusqu’à l’apparition du chauffage au gaz ou au fioul. C’est enracinant, en quelque sorte. Le soucis d’avoir assez de bois pour chauffer la maison nous rappelle aussi à un autre mode de vie, où tout n’est pas disponible au bout d’une prise de courant ou d’un interrupteur.

7.3) Il y a finalement le feu. Le foyer. Allumé, le poêle à bois s’anime et devient comme une nouvelle présence a la maison. Comme un dieu protecteur et destructeur. On est moins seul.