Tagué: maison ancienne traditionnelle japonaise

Poser le parquet

Sur le plancher refait nous posons un nouveau parquet, avec de belles planches de pin. Les planches font 3 cm d’épaisseur (1 sun), et quatre mètres de long.

On commence par transporter les planches.

Au début j’observe bien comment mon ami S. s’y prend. Il me dit que des parquets il en a posé des centaines de fois.

Et au bout de quelques heures je l’imite (pour les parties faciles). C’est pas mal; ça avance assez rapidement. On fait une bonne équipe. Il faut comprendre les étapes, les gestes, et le pourquoi du comment, et se lancer, en prenant le rythme. Tout commence par l’observation.

Après c’est comme les petits pingouins qui pour la première fois se lancent de la banquise.

On dirait que les colomnes de la maison ont vrillé, car leur côtés ne sont pas parallèles aux planches du parquet.


Parfois il faut tapper bien fort, sur le côté, pour forcer les planches dans la planche précédente, elles s’emboitent mais pour qu’elles s’emboitent l’une dans l’autre sans interstice, il faut tapper. Parfois même on les force avec un pied de biche.

Ça prend tout de suite de l’allure, et on a envie de s’asseoir sur ce nouveau plancher.

Cette colonne aussi, elle a vrillé… impressionnant !
Vue de dessous du plancher (la partie que nous avons refaite)

Voilà c est fini. Difficile avec mon appareil photo de capturer l’ensemble…

Refaire le plancher (3) et deux autres découvertes

Finalement la nouvelle ère c’était pas genshô mais reiwa…

Dans l’article précédant nous avons refait les bases du plancher des deux pièces au fond.

Les deux autres pièces, du côté de l’entrée, le plancher a été refait il y a quelques années par l’ancienne proprio donc pas besoin de tout refaire. La aussi on retire et jette les tatamis, car le nouveau parquet d’étendra sur les quatre pièces. On retire aussi les cloisons coulissantes. Cela fait un grand espace:

Les deux pièces au fond où on a tout refait et puis les deux pièces où l’on garde le plancher plus récent et en bon état.


Le plancher qui a été refait à un moment, on distingue deux surfaces, une où les planches sont du cryptomère et sont neuves, une autre où de vielles planches de marronnier ont été utilisées.

A un endroit je remarque une masse, un gros truc sous le plancher … kézako c’est quoi. Encore un foyer, un irori 囲炉裏?

Il y a un interstice entre les planches, j’y glisse mon iPod et prends une photo … c’est en fait un ancien kotatsu.

Intéressant. En gros, une caisse de bois, sous le plancher, dans un cadre de bois et de torchis.

Au dessus il y avait une table basse. On s’asseyait par terre sur les tatamis et l’on glissait les pieds, sous la table, dans le kotatsu. Au fond il y avait un petit braséro pour une poignée de charbon de bois … avec une grille pour pas se brûler. Voilà comment passer l’hiver. Les pieds au chaud!

Les deux planchers (le neuf et l’ancien) ne sont pas à la même hauteur.

C’est parce que l’ancien plancher était ajusté pour des tatamis, qui font deux sun 寸(soit 6 cm) d’épaisseur. Or les planches de pin que nous allons poser font un sun d’épaisseur; il font donc élever l’ancien plancher d’un sun, d’un neuvième de sun pour être exact.

Pour celà on pose des tarukis ou chevrons d’un neuvième de pouce sur le plancher.

Ici aussi, simple sur le papier mais il faut s’assurer que les planches de pin du parquet arriveront directement sous les montants des fenêtres et il y a des différences de quelques millimètres. A certains endroits on rehausse les chevrons d’un chouya, en posant dessous une petite pièce de bois.


Les chevrons posés, les planchers sont alignés à la même hauteur et l’on est prêt pour la prochaine étape: la pose du parquet. Avec de belles planches de pin de quatre mètres.

Une autre decouverte interessante, dans un placard, cet … impermeable … un version hybride des nattes de paille que l on portait autrefois pour se proteger de la pluie … on en voit sur les estampes anciennes, doublée d’une feuille de tissu synthetique … meme S. n’a jamais vu de truc pareil !

On voit la découpe autour du cou qui permet de bien protéger les épaules
et, tout chiffonné, ce qui autrefois formait une capuche

Refaire le plancher (2)

Tout le long de cette (grosse) opération j’observe S.

Je fais pas grand chose, je passe le balais; ramasse les débris, visse avec mon impact driver makita, mais plus que tout je regarde.

Je regarde comment S. qui doit avoir 65 ans et qui a commencé charpentier à 14 ans , en apprentis, je regarde comment il bouge, comment il manie le marteau. Son marteau il l’utilise selon cent manières différentes, des fois il caresse le bois avec son marteau, dès fois il le frappe comme s’il était un forgeron, je crois que n’importe quelle pièce de bois, elle lui obéit à son marteau, dès qu’elle en voit l’ombre, ou sent l’air qu’il chasse, la pièce de bois abandonne toute velléité, elle va là où le marteau lui dit d’aller.sous son mouvement; la pièce de bois, elle a pas le choix.

C’est tellement beau à regarder. Et puis il y a aussi le ciseau à bois.

Je luis dit à S., que l’observer comme ça comment il travaille à poser un nouveau plancher, c’est quelque chose de formidable, c’est le Bolchoï, le défilé du 14 juillet.

Il me dit si on fait ça pendant 50 ans, ça prend forme … 50年やったら、形になるで

Voilà. Tout est dit. On est à une époque où tout va très vite, où les choses semblent servies sur un plateau, mais S dans sa sagesse modeste remet tout à sa place, en une phrase courte et ajustée qui fait mouche, comme ses coups de marteau.

Après avoir tout dégagé nous posons les poutres horizontales qui supporteront le nouveau plancher. Elles proviennent de cryptomères que S. a coupé en montagne et qu’il a confiés ensuite à une scierie pour en tirer des poutres bien droites.

sur la droite on voit qu’une moitié du plancher a été refait par l’ancienne propriétaire. Il y a des pieds métalliques et des blocs de béton. Nous n’y touchons pas.

Tout ça c’est du solide.

Dès ce moment il faut bien calculer, la hauteur où doivent arriver ces poutres. Sur celles-ci on posera les tarukis (chevrons), et ensuite les planches du plancher. Il faut que les planches du plancher s’emboitent exactement dans le montant en aluminium des fenêtres. C’est au millimètre prêt. Une autre contrainte, c’est de faire un plancher droit et pas de traviole, alors que la maison, si on regarde bien, elle est un peu de traviole!

Les nouvelles poutres …. on met les pieds métalliques en dernier. Au fond de la photo on voit le mur en torchis, derrière les colonnes autour du tokonoma.

Je peux donner un petit coup de main en taillant des encoches dans les anciennes poutres où les tarukis viendront s’appuyer.

Cette poutre malgré les apparences a bien tenu. Pas besoin de la remplacer.
A regarder les détails, les marques d’outils, on devine que cet ancien tronc d’arbre a été ajusté à la hachette (ヨキ)

Ensuite on pose les tarukis


Et ensuite les pieds métalliques, que l’on fixe aux blocs de béton avec une colle spéciale.

On règle la hauteur des pieds métalliques. Donc voila un moment délicat, avec un fil on doit regarder dans toutes les directions comme sur un damier et on règle la hauteur des pieds pour que tout soit droit, et à la bonne hauteur. A certains endroit on entend bien que l’on force sur les poutres ….

Refaire le plancher (1)

On a donc décidé de refaire le plancher de la petite maison que nous avons achetée l’année dernière.

Au début je pensais faire beaucoup des travaux, avec l’aide de mon ami S, charpentier de son état, mais en réalité c’est un projet beaucoup plus complexe que je ne l’avais imaginé.

Une raison pour celà c’est qu’une maison japonaise ancienne comme celle-ci a tendance à s’affaisser. En effet il n’y a pas de fondation. Les poutres sont simplement posées sur des pierres, elles mêmes reposant sur le sol. Pendant 60 ou 80 ans les choses bougent, à pas de fourmis certes. Donc les éléments finissent par ne pas être alignés parfaitement.

Une grosse partie du travail donc c’est de s’assurer que le nouveau plancher s’aligne correctement avec le bas des fenêtres etc. Voilà une tâche délicate; si je m’étais lancé tout seul dans l’aventure, j’aurais échoué misérablement !

Tout cela m’aide à mieux comprendre comment ces maisons ont été construites. Construites d’ailleurs avec une grande économie de moyens, une poignée de grosses pierres, du bois, de la terre et le tout est solide et durable. Des maisons écologiques !

La durabilité d’une maison comme celle-ci surpasse celle d’une maison japonaise moderne, assemblée avec des vis, du bois aggloméré… du plastique …

Ici première étape, il faut dégager l’ancien plancher. On retire les tatamis. Et tout ce qui il y a dessous. Faire place nette!

Vraiment en très mauvais état, mais ça quand même tenu 60 ou 80 ans sans se casser la gueule.

Toutes les vieilles planches etc finissent dans notre jardin.

Un muret de pierres et de torchis supporte cette poutre transversale, qui soutenait le plancher et connectait ensemble deux colonnes.

On laisse la poutre, elle est en bon état, c’est du marronnier.

Par contre on vire les pierres.

Ici on trouve l’ancien foyer qui servait à réchauffer la pièce, à l’époque où l’on élevait des vers à soie.

Ce foyer est fait de terre, avec une grosse soupière au sommet. Finalement on le vire aussi, il s’effrite et tombe en morceaux tout seul.

Ensuite on positionne des blocs de béton. Les poutres (oo-biki 大引き) du nouveau plancher s’appuieront dessus.

Le bois des vieilles planches n’est pas perdu. C’est du cryptomère, pas du pin, et calcifer notre poêle à bois

saura le digérer sans problème.

Voilà, fin de la première journée!

Une maison que j’aime beaucoup

Faisant écho à cet autre article.

J’aime beaucoup cette maison la. Située au fond de notre vallée. Je vais le faire! Un jour je le ferai! le tour du village avec mon appareil photo et un trépied pour photographier et recenser toutes les maisons du village. Les anciennes et les nouvelles. Toutes. Ce serait un bon projet.

40738507021_ca05911d0b_o.jpg

J’aime beaucoup cette maison parce que différents styles d’y retrouvent. On voit la partie la plus ancienne; avec ce toit imposant et très pentu (à l’origine; toit en chaume, qui nécessite une plus grande inclinaison) et puis, à une époque, ce toit a été raccourci et on y a ajouté une autre construction, avec un premier étage; période de prospérité.

La maison du civet

Notre vallée survolée par un drone

Un voisin avec son drone a survolé notre vallée et a fait ce film.

On voit bien l’importance de la géographie, la vallée qui danse comme un serpent au bout d’un bâton, et les maisons saupoudrées tout le long.

Au sujet des maisons du village, on peut discerner trois types:

Les maisons à toit de chaume. Elles ont un toit fortement incliné (entre 39 et 45 degrés, 8寸勾配, 10寸勾配). Ce sont les maisons les plus anciennes, les plus petites aussi. Anciennes fermes. Remplasser la chaume est tres onéreux ici au Japon et en général on a recouvert les toits avec de la tôle, peinte en noir, rouge ou argent. Ces maisons la ont au moins cent ans.

Plus récentes mais toujours anciennes, les maisons avec un toit moins incliné (16 degrés 3寸勾配) et recouvert de tuiles. La plupart de celles ci auront moins de cent ans et datent d’après guerre. Attention au Japon une maison de plus de quarante ans est considérée comme ancienne…. Notre maison fait partie de cette catégorie et le lecteur attentif saura peut être d’ailleurs la repérer!

Et puis le reste, les constructions plus récentes, post seventies, à mes yeux sans grand intérêt et sur lesquelles je ne vais pas m’étaler.

Il serait intéressant de compter chaque type de maison pour chaque catégorie.

On voit bien aussi que notre vallée est de plus en plus étroite à mesure que l’on pogresse, c’est un cul de sac. Il y a donc peu de circulation et nous sommes plutôt en retrait de la modernité et de ses dépotoirs.

 

 

 

 

Une allée dans le jardin avec France Culture

Nous avons décidé de faire des petites allées dans le jardin; entre la maison et la route, pour briser la monotonie et aussi relier la maison à la route et au hanaré. Projet assez facile et qui n’a pris que quelques jours. Le travail était un peu fastidieux, répétitif mais permettait d’écouter la radio en même temps.

France CUL diffusait ce jour une conférence de 1953 sur la géographie politique de l’Amérique du Sud, par André Siegfried.

https://www.franceculture.fr/player/export-reecouter?content=f0d67765-9a61-4dcf-b18e-6d62782163a9

C’était formidable de faire mes trous et de poser les briques tout en écoutant cette voix un peu chevrotante d’autrefois, et un si beau texte lu avec tant d’intelligence.

Les villageois de passage étaient surpris à me voir travailler ainsi dehors avec la radio en français, qui leur sonnait comme de l’araméen, et à tue tête.

Choisir l’agencement des briques au départ était finalement la partie la plus délicate. Pour donner de l’équilibre, de la stabilité à ce projet il fallait une symbolique.

J’ai commencé par faire trois cercles alignés, chaque cercle représentant chacun de nous (ma femme, notre fils et moi-même).  Le cercle au milieu est constitué par l’ancienne pierre d’un mortier (石臼), et représente notre fils.

Le fils est au centre des préoccupations; trois chemins convergent vers lui et se connectent à lui chacun avec un bloc de trois briques. Trois, répété trois fois.

A la fin du projet j’ai ajouté une croix dans le sol. Pour ne pas oublier le message du Christ et que, dans ce petit village perdu au milieu du Japon, je suis encerclé par les Bouddhistes 🙂

DCIM101MEDIADJI_0030.JPG

DCIM101MEDIADJI_0030.JPG

Promenade à Kamigori

J’amène mon fils à un match de baseball, dans la ville de Kamigori (上郡).

Petite bourgade à 30 km de Himeji, à l’ouest. Il y a une gare avec des trains qui passent deux fois l’heure. On sent que l’endroit, à un moment, a voulu devenir une ville mais quelque chose a cloché. Entre deux matchs de baseball, je vais faire un tour.

image_30306807554_o

image_30306873384_o-2

image_30306874364_o

Pas mal les plaques d’acier qui chevauchent le caniveau. Non sans dérision.

image_30760139740_o

La, j’aime bien les couleurs des inscriptions et des briques

image_30760160380_o

On appelle ca gomi yashiki ゴミ屋敷(maison à ordures). J’ai aperçu le fou à l’œuvre à l’intérieur, en train de dessouder des composants d’une ancienne carte électronique …. Fou ou génie … qui sait ! les deux peut-être …

image_30984568562_o

Heureux l’homme qui, parmi ce bazar urbain sans âme, sait garder un contact avec la terre.

image_31013583081_o

Enfin un peu de beauté dans ce monde de brutes.

image_31091265756_o

Les jeunesses populaires, un peu rebelles, que l’on appelle ici les yankii, aiment bien ce genre de vieilles cylindrées. Je lis la aussi un certain sens d’humour et de dérision. (ces voitures, anciens symbole de la bourgeoisie il y a 20 30 ans ?)…[aujourd’hui les bourgeois roulent en Prius].

image_31091267566_o

De nos jours la plupart des pachinko en service sont au moins deux ou trois fois plus grands que celui-ci.

Celui-ci fait donc de la résistance… sauvons les petits artisans du pachinko !!!

image_31091267676_o image_31091273126_o

et soudain, au milieu de la ville vide qui n’est plus que le souvenir de ce qu’elle fut, une maison-cube.

image_31091302336_o

La c’est purement magnifique.

image_31127815145_o

Ce camion hiace Toyota est très fréquemment utilisé par les menuisiers. Il se fond à merveille dans le paysage urbain historique.

image_31127818015_o

Sais pas pourquoi mais la soudainement j’ai pensé à la Meurthe et Moselle.

image_31127856175_o

image_31127872115_o

Ça aussi c’est magnifique … J’adore ces vieux trucs … ils deviennent presque organiques.

Le village photographié par un drone

Un voisin a un drone et il a pris des photos. Nous qui avons toujours les pieds sur terre, cela change notre perspective…

A droite, un morceau de notre (petite) montagne.

Notre maison est la maison au toit noir, avec les murs blancs, presque au centre de la photo. On voit juste a cote les toits des abris pour le bois, du hanare, et la construction que nous avons faite cet ete (technology transfer).

Par contre j’ai beau chercher, je ne trouve pas Minou !!!

DCIM100MEDIADJI_0015.JPG

DCIM100MEDIADJI_0015.JPG