Tagué: charpenterie japonaise

Reconstruction du sanctuaire détruit

Il y a quelques mois déjà, un énorme cryptomère a détruit dans sa chute un sanctuaire shinto dans le village. La photo est assez impressionnante.

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Depuis, tout a été dégagé; et les travaux de (re)construction ont bien avancé.

Je suis allé y faire un tour et le charpentier et un maçon y était affairés. Très sympa le charpentier, on a pu faire connaissance; et il m’a fait visiter le chantier.

 

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Intéressant de noter que la nouvelle construction est différente. On ne fait pas à l’identique. D’ailleurs plus ouvragé et recherché qu’avant.

 

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Cet élément entre les deux poutres, s’appelle; m’explique le charpentier, kaérumata ou les cuisses de la grenouille. 蟇股

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Non seulement le charpentier est très sympathique mais il a aussi un beau camion.

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Pour la construction il a choisi du cyprès hinoki ヒノキ 檜. Le plafond est fait avec du sugi cryptomère すぎ 杉.

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Le charpentier est également bien organisé avec ce système pour réchauffer les canettes de café. Quand j’étais étudiant en Pologne j’utilisais un truc similaire pour chauffer des boites d’épinard.

Je suis vraiment content de savoir que ce sanctuaire est reconstruit, et ce dans les règles de l’art.

Mais ce qui me réjouit aussi, c’est qu’autour du sanctuaire; là où se dressaient les cryptomères qui se sont écroulés; ils ont planté des arbres. Des érables du Japon.

 

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Technology Transfer: c’est parti pour la construction

Le point culminant de ce gros projet. Les fondations (six pierres) sont prêtes.

Et nous allons construire l’azumaya (kiosque, charréterie, pergola). Dernieres préparations on écourte les colonnes en fonction de la hauteur relative de chaque pierre.

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Et on finit aussi les chevilles.

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S. est là et est aux commandes. Les pièces de bois sont très lourdes, et il faut bien sa pelleteuse pour les lever et les positionner.

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J’ai bien merdé: je voulais poser une caméra et nous filmer toute la journée, mais dans le feu de l’action j’ai complètement oublié. Je dois dire que j’étais assez tendu, car je craignais que les pièces de bois que j’ai travaillées ne s’emboitent pas comme il faut. Finalement il n’y a eu aucun problème.

Le processus pour la construction est le même que si nous construisions une maison. Il y a simplement moins de pièces et en particulier pas de plancher. Mais le principe et la séquence d’action sont identiques.

Voici l’algorithme:

On assemble un côté (enfonce deux colonnes dans une poutre keta). On le lève et le pose sur les pierres.

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On assemble le côté opposé, (enfonce deux colonnes dans une poutre kéta). On le lève et le pose sur les pierres.

On positionne la colonne du milieu (pour le côté où il y a trois colonnes). Puis on pose le 3e kéta (3e poutre). lequel vient se ficher dans deux poutres avec l’assemblage des ari (fourmi) ou queue d’aronde.

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Ici intervient S. qui se transforme en chat tant il grimpe sur les échelles et marche sur les poutres avec agilité et souplesse malgré ses 62 balais. Avec de gros maillets nous frappons la poutre qui petit a petit s’emboite dans ses deux frangines.

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C’est très impressionnant.

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On recommence pour le quatrième côté.

Ensuite on pose la poutre centrale, hari, qui va elle aussi se fixer dans les deux kétas avec des queues d’aronde. Cette poutre centrale est très lourde, elle a la forme d’une baleine. Dans notre montagne, cet arbre était sur le flanc de la montagne et sa souche etait courbe.

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On remet a niveau, quelques ajustements et ensuite on place les chevilles.

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Il faut continuer ensuite en posant les tsuka et les moya qui forment l’ossature du toit.

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On est en septembre mais il fait encore très chaud. Mais tout prend forme et c’est un vrai bonheur de voir comment les choses se mettent en place. Nous avons passé trois mois à éplucher, découper et tailler ces pièces de bois et tout se joue à la fois, en une journée.

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Puis on pose les hi-uchi, pièces en diagonale qui vont solidifier l’ensemble.

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Voila c’est presque fini, une journée bien remplie. Reste à finir le toit mais le plus dur a été fait.

 

Travail sur les poutres avec les fourmis

La petite construction dans notre jardin aura quatre poutres placées en carré. Une paire de poutres s’appuira directement sur les colonnes.

 

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Une seconde paire de poutres s’emboitera dans les premières. On appelle ari 蟻, soit fourmi, cet assemblage qui fixera les poutres ensemble et qui se nommerait en français queue d’aronde borgne (?).

J’aimerais bien comprendre pourquoi on appelle cet assemblage « fourmi » en Japonais. Quelqu’un a une idée ???

 

Préparation de l’ari mâle.

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Préparation de l’ari femelle. Pré marquage à l’encre de Chine rouge.

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Démonstration par le maître.

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Le cosplay du charpentier

Depuis presque trois mois je passe mes week end dans l’atelier de S. S. est charpentier et il m’enseigne ses techniques.

Ce petit apprentissage c’est un peu une immersion. Il faut observer, ecouter. Il faut imitier les gestes et copier.

Il faut utiliser les memes outils. Pour marquer les poutres etc je utilise un sumitsubo et un sumisashi au lieu d’un crayon de papier. Un premier pas pour moi etait d’apprendre a utiliser les unites de mesure traditionnelles. Il faut aussi parler la meme langue et adopter un nouveau vocabulaire.

Depuis peu je vais un peu plus loin dans le mimetisme: je range mes outils dans une ancienne caisse a outils de charpentier, et je porte desormais des chaussures de charpentier.

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Ca fait certes un peu cosplay (costume play), cosplay du charpentier …. mais cela fait partie du jeu.

Les chaussures quand a elles sont epatantes. Legeres. Offrent un bon contact avec le sol et une bonne securite avec une coquille d’acier.

yeah !

Les six colonnes sont faites

L’abri que nous allons construire dans le jardin (technology transfer) aura six colonnes (hashira 柱).

J’ai fini les colonnes hier.

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Je travaille dans l’atelier de S. Il me prête ses grosses machines. Il m’a fallu dompter cette machine infernale assez impressionnante au départ, qui avec quatre scies circulaires découpe des tenons en deux coups. Il faut rester concentré. Les Saoudiens pourraient utiliser cette même machine pour couper les mains des voleurs de poule, comme il est d’usage chez eux.

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Le tenon découpé, il faut percer le trou pour la cheville.

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Cheville  komisen 込栓

Pour celà on utilise une perceuse spéciale qui fait des trous carrés, de la taille de la future cheville. (la cheville fait 5 buns de côté soit la moitié d’un sun, et cela correspond  à la largeur de la sashigané … comme par hasard ….) ….

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Ensuite on fait une petite entaille à 45 degrés sur le côté supérieur du trou carré avec le ciseau à bois. Cela permettra à la cheville de pénétrer plus facilement. (photo ci dessous avant de faire l’entaille).

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Ensuite il y aura des hiuchi, ou arbalétrier c’est ça ? qui vont connecter la colonne aux poutres à 45 degrés. On prévoit des entailles dans les colonnes pour y accueillir (et soutenir) les hiuchi.

Pour ce faire on utilise ici aussi le ciseau à bois, j’en utilise un qui fait 1 sun et 4 buns de largeur. Très bien aiguisé il découpe le bois comme si c’était du beurre.

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S. revient d’une partie de pêche et me montre au début comment se positionner par rapport au bois et aux outils etc … ici démonstration clope-au-bec avec un tsukinomi, ciseau à bois à manche long, que l’on utilise sans marteau.

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Pour préparer ces six colonnes il y a donc toute une série d’opérations et de gestes à faire, une séquence précise à suivre. Et voyez vous tout celà est comme une danse, à la manière de bouger, de se positionner, et d’utiliser les divers outils. Il y a grand plaisir à faire tout cela.

 

Les plans du projet et vocabulaire de base

On va construire un petit abri dans le jardin, pour pouvoir faire des petites fêtes dehors même quand il pleut. Avec le bois de notre montagne que nous avons épluché et ensuite découpé en poutres. C’est le projet de technology transfer avec l’ami S., charpentier. Car il m’apprend les (grosses) ficelles de son métier.

L’abri sera carré et fera quatre mètres de côté.

Il y a deux mois maintenant, j’ai commencé par faire un plan à l’ordinateur. J’en ai fait plusieurs versions allant à chaque fois vers un truc plus simple.

J’imprime et hop je vais voir S. dans son atelier.

S. me montre comment lui il dresse le plan des maisons qu’il construit.

La vue verticale; il la dessine sur une planche de bois. Un plan sur une planche de bois c’est bien pratique. C’est difficile à perdre, et ça ne craint pas l’eau. On appelle le plan de la construction; dessiné sur une planche de bois: 図板 ずいた (libéralement plan – planche).

C’est un quadrillage avec les lignes référencées par des chiffres  一、二、三 (1 2 3) et les colonnes représentées par des syllabes イ、ロ、ハ (i ro ha, équivalent de l’ancien A B C).

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On tracera les colonnes de la construction aux intersections qui correspondent. Le quadrillage permet ainsi de référencer les colonnes et les poutres. (A 1 ou い一).

Ensuite, à partir du plan, on prend une longue planche de bois sur laquelle on marque l’emplacement des colonnes. On fait ça à l’échelle 1. On appelle cette planche de bois; yokoken.

On prépare une autre planche sur laquelle on marque les différentes hauteurs de la construction. tateken. (A l’échelle 1 également). Ces deux planches permettront de marquer sur chaque poutre l’emplacement des mortaises (hozo ほぞ) et autres.

La construction pour ce projet est très simple. Une forme carrée, six colonnes. Mais avec le vocabulaire technique de S., et malgré ses efforts visibles pour m’expliquer en des termes simples je me suis senti vite largué.

D’où l’idée de faire une petite maquette de la construction. Pour compléter le zu-ita.

Ca me permet d’apprendre plus facilement les termes techniques des différents éléments.

 

hashira 柱 colonne

hari 梁

dobuchi Liteau

taruki 垂木 Arbalétrier

keta 桁

hiuchi 火打 Contre-fiche

moya 母屋

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A un poil près !

Donc on en parle un peu dans les articles récents de cette unité de longueur ancienne; le sun 寸, qui correspond à 3,03 centimètres et que l’on utilise encore en charpenterie. Voyons les sous divisions du sun.

Le sun 寸se divise en dix bu 分. (1 bu 分: 3,03 mm)

Le bu 分 se divise en dix rin 厘(1 rin 厘: 0,303 mm)

Le rin 厘 se divise en dix mou 毛 (1 mou 毛: 0,0303 mm).

Mais attendez là !!!! Mou 毛; signifie … ‘poil’…. D’où donc l’expression … à un poil près ?

… ça mettrait l’épaisseur d’un cheveu à un mou 毛, soit 0,0303 mm ou 30 microns …  cela semble tomber juste n’est ce pas.

 

Un rien m’amuse, en effet. Cependant ceci ne devrait étonner personne; car ces unités anciennes de mesure sont inspirées de la morphologie humaine .. le sun correspondant à la largeur du pouce; et le mou donc à l’épaisseur d’un cheveu.

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L’équerre du menuisier

Nous avons descendu le bois de notre montagne et commençons un nouveau projet, pharaonique: construire un nouvel abri dans le jardin, pour y étendre le linge, pour offrir à Minou un endroit agréable pour surveiller les alentours en toute sécurité, et faire des petites party avec les zamis, même sous la pluie.

Nous utiliserons le bois de notre montagne. Je ferai ce projet avec l’aide de S., menuisier charpentier, qui va m’apprendre ses techniques de base. C’est donc un transfer de technologie… technology transfer ….

 

Durant la phase de préparation j’observe l’équerre de S. et suis tout de suite intéressé par cet outil traditionnel et aux fonctionnalités étonnantes.

Cette équerre traditionnelle, utilisée depuis le 7è siècle s’appelle sashigane. 差し金

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Celle-ci est graduée en sun et en shaku, les mesures traditionnelles, mais il y a des versions modernisées en système métrique.

sun すん 寸 (env. 3 cm)

shaku しゃく 尺 ( env. 30 cm)

L’outil à priori simplissime a quelques secrets que je voudrais vous presenter ici ….

 

 

des marques en idéogrammes chinois

Je crois comprendre qu’ils correspondent à une ancienne version du shaku; utilisée autrefois en Chine avant le 7è siècle.

Chaque signe a son sens, et indique à l’artisan les endroits propices (ou au contraire néfastes) à l’emplacement d’une porte ou d’une colonne par exemple. Je pense que ce concept est proche du Feng Shui.

財(ざい)Un excellent emplacement pour positionner une colonne ou une poutre. Garantie de bonne fortune

病(びょう) Maladie. Mauvais karma. A éviter.

離(り、りう、はなるともいう)Séparation des enfants ou des conjoints. A éviter.

義(ぎという)Bonne chance. Bon emplacement pour les coffre forts ou les choses de valeur.

管(かん)Longévité.

劫(ごう)Bad !

害(がい)Malheur, décès.

吉 (きち) Lucky Strike !!!!

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des graduations augmentées d’un facteur de 1.41

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1.41….. c’est la racine carrée de 2.

La graduation permet de calculer la longueur de l’hypoténuse d’un triangle isocèle rectangle… Ses deux côtés sont de longueur égale, disons A. Pythagore nous dit que l’hypoténuse sera égale à la racine carrée de 2 fois A au carré, soit  la racine carrée de 2,  multipliée par A.

des graduations augmentées d’un facteur de 3.14

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Mesurer avec ces graduations le diamètre d’un cercle, la mesure affiche la valeur du diamètre multipliee par PI, soit le périmètre du cercle.

un petit lapin !

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alors là on peut se poser la question … pourquoi le petit lapin … mais il doit y avoir une raison n’est-ce-pas ….

Tout cela est super intéressant, tant d’ingéniosité !