Tagué: azumaya
Vendredi dans le jardin
C’est vendredi, un peu après midi. Il est 12h30. Je suis dans le jardin, sous notre petit pavillon. Il fait un beau soleil, il fait chaud, mais pas encore humide. C’est une belle journée d’été.

J’ai amené mon PC dans le jardin et je lui dicte ce texte en buvant une petite tisane rafraîchissante. Nous sommes au mois de juillet 2026. Six mois sont déjà passés : nous sommes à mi‑chemin de l’année.
J’essaie de noter chaque jour dans un carnet toutes les choses que je fais, en particulier l’heure à laquelle je me lève et sur quelle page de ma nouvelle bande dessinée je travaille. Cela me permet de mesurer à peu près la vitesse de mon progrès et de voir combien de temps il me faut pour faire une page de dessin.
Aujourd’hui, j’en suis à la page 43. Et je bute : je bloque sur le scénario des deux prochaines pages, et je bloque aussi sur la manière d’améliorer le dessin de deux personnages dans un chapitre précédent. Donc, en ce moment, je suis un peu coincé.
Dans ce cas-là, j’attends. C’est d’ailleurs pour ça que j’ai décidé de passer la journée dehors, dans le jardin. La passer au bureau, devant mon PC, ne me donnerait aucune nouvelle idée. En général, les idées me viennent lorsque je suis dehors : en train de jardiner, de marcher, ou même lorsque je suis dans mon bain.
Aujourd’hui aussi, préparations pour la session du talk‑show que nous aurons demain sur Les Heures oisives de Yoshida Kenko. Nous faisons cela avec monsieur Kenzaburo Iwata, dans un café à Himeji. Demain, nous parlerons de deux chapitres : le chapitre 7, où l’auteur y va avec un obusier — puis le chapitre 21, qui lui n’est que délicatesse.
Demain, je pense faire un rapprochement entre le chapitre 7, où l’auteur parle de la manière dont on peut finir par gâcher sa vie en en passant à côté, et l’essai de Sénèque sur la brièveté de la vie.
J’aime beaucoup l’idée que, sur des continents différents, à des siècles de distance, des cultures différentes aient évoqué les mêmes sujets. Nous sommes tous des humains, et depuis 2000 ans, finalement, peu de choses ont changé.
C’est cela qui est beau. Et j’aimerais, dans un monde idéal, voir tout le monde s’intéresser à ce genre de sujet plutôt que de se laisser distraire par les faits divers et les petites choses minuscules qui accaparent les esprits. C’est le noise …
Finalement, le sujet du chapitre 7 que nous aborderons demain est vraiment d’actualité pour moi et pour nous tous. Le temps que nous avons est limité et il est aisé de se le laisser aspirer par plein de choses annexes auxquelles on ne tient pas vraiment. Il faut une certaine vigilance et une dose de discipline …

Sur tous les fronts
Un week end bien occupé, avec des activités variées. Les activités ne manquent pas. A la campagne il y a toujours plein de choses à faire.
Vers 8 heures je vais voir S à l’autre bout du village, il est dans son atelier, se réchauffe devant un petit feu. J’apporte des cafés. Il me passe une cigarette. On se parle de la semaine qui vient de passer, et de celle qui va suivre.
Ensuite à la maison je déplace du bois dans le jardin, du point A au point B, pour pouvoir, plus tard, le couper, le fendre et le mettre à sécher. Ce sera pour nous chauffer, dans deux ans. (le bois pour l’hiver prochain est déjà prêt, préparé il y a deux ou trois ans). C’est du bon bois. C’est Mr K. qui m’avait fait signe en décembre, pour aller chercher tout ce bois, au sud du village, sur le futur chantier d’une usine. Une partie aussi (les troncs de cryptomères en premier plan) je les ai descendus un par un de notre montagne.

Ça donne chaud de transbahuter tout ce bois et le chêne et le kaki sont particulièrement lourd. Toujours veiller à ne pas se blesser.
Pour faire une pause je déguste la première page du neveu de Rameau. C’est tout à fait formidable.

Ensuite je pars à 30 minutes du village pour aller chercher du crottin de cheval dans un club hippique. Notre fils y faisait du dada il y a quatre ans … Revoir les chevaux me fait un choc, quelle beauté, quelle puissance, quelle douceur. On se sent tout petit.

Ça me fait vraiment du bien. Une Horse therapy express en dix minutes. Après, je charge le camion de crottin!

Pour plus tard l’étaler dans notre potager. Le crottin de cheval fait toujours un effet boeuf sur la terre. ça sent bon tout ça.

Ensuite notre ami S passe nous avoir avec son chien. On se retrouve tous sous les rayons du soleil, c’est une belle journée printanière, mon épouse rapplique, on sort les bières.
On parle de la vie: c’est notre sujet favori.
Les canettes de bière vides on va jeter un coup d’oeil à la petite maison, S. me donnera un (gros) coup de main pour refaire le plancher des deux pièces du fond. Au préalable j’ai retiré les tatamis.
Intéressant de voir que sous les tatamis il y a une étiquette qui indique leur emplacement dans la pièce (les anciennes maisons ne suivent pas un standard particulier, et donc les tatamis n’y ont pas tous forcément la même taille).
Sous ce tatami par exemple on voit ‘Ouest’.


Voila ce que ça donne sans les tatamis. Certaines parties on vraiment été bricolées et on peut se demander comment tout tient debout. Il faut vraiment refaire cette partie du plancher.
Mais aussi il faut saluer cette grande économie de moyens! Il y a pas de gâchis. Et le tout avec des matériaux naturels.

A noter, les espaces le long des engawas, renforcés de pierres et de torchis. Avec des ouvertures pour laisser le tout bien aéré. Ce qui est fondamental dans ce pays aux été très humides.
Technology Transfer : le projet est terminé
Technology Transfer: c’est parti pour la construction
Le point culminant de ce gros projet. Les fondations (six pierres) sont prêtes.
Et nous allons construire l’azumaya (kiosque, charréterie, pergola). Dernieres préparations on écourte les colonnes en fonction de la hauteur relative de chaque pierre.
Et on finit aussi les chevilles.
S. est là et est aux commandes. Les pièces de bois sont très lourdes, et il faut bien sa pelleteuse pour les lever et les positionner.
J’ai bien merdé: je voulais poser une caméra et nous filmer toute la journée, mais dans le feu de l’action j’ai complètement oublié. Je dois dire que j’étais assez tendu, car je craignais que les pièces de bois que j’ai travaillées ne s’emboitent pas comme il faut. Finalement il n’y a eu aucun problème.
Le processus pour la construction est le même que si nous construisions une maison. Il y a simplement moins de pièces et en particulier pas de plancher. Mais le principe et la séquence d’action sont identiques.
Voici l’algorithme:
On assemble un côté (enfonce deux colonnes dans une poutre keta). On le lève et le pose sur les pierres.
On assemble le côté opposé, (enfonce deux colonnes dans une poutre kéta). On le lève et le pose sur les pierres.
On positionne la colonne du milieu (pour le côté où il y a trois colonnes). Puis on pose le 3e kéta (3e poutre). lequel vient se ficher dans deux poutres avec l’assemblage des ari (fourmi) ou queue d’aronde.
Ici intervient S. qui se transforme en chat tant il grimpe sur les échelles et marche sur les poutres avec agilité et souplesse malgré ses 62 balais. Avec de gros maillets nous frappons la poutre qui petit a petit s’emboite dans ses deux frangines.
C’est très impressionnant.

On recommence pour le quatrième côté.
Ensuite on pose la poutre centrale, hari, qui va elle aussi se fixer dans les deux kétas avec des queues d’aronde. Cette poutre centrale est très lourde, elle a la forme d’une baleine. Dans notre montagne, cet arbre était sur le flanc de la montagne et sa souche etait courbe.
On remet a niveau, quelques ajustements et ensuite on place les chevilles.
Il faut continuer ensuite en posant les tsuka et les moya qui forment l’ossature du toit.
On est en septembre mais il fait encore très chaud. Mais tout prend forme et c’est un vrai bonheur de voir comment les choses se mettent en place. Nous avons passé trois mois à éplucher, découper et tailler ces pièces de bois et tout se joue à la fois, en une journée.
Puis on pose les hi-uchi, pièces en diagonale qui vont solidifier l’ensemble.
Voila c’est presque fini, une journée bien remplie. Reste à finir le toit mais le plus dur a été fait.
De belles pierres pour les fondations.
Je ne sais comment nommer en Français la petite structure que nous allons construire dans notre jardin. (pergola ? pavillon ?) En Japonais on dit Azumaya. Etrangement, ce mot s’écrit de deux façons en Japonais: 東屋 ou 四阿.
C’est un petit édifice carré, sans murs pleins. avec un toit….
Enfin … bon … je vais utiliser le mot Japonais.
Nous avons travaillé sur ce projet de technology transfer depuis mai et toutes les pièces de bois sont prêtes.
Il nous faut aller chercher de grosses pierres qui serviront de fondation.
On positionne ensuite les pierres. Les colonnes en bois se ficheront directement dans la petite barre de fer fixée dans les pierres.
On ajoute également une pièce métallique qui ira se viser contre la colonne sur le côté. Faudrait pas que le tout s’envole avec le premier typhon …
Les pierres alignées et à niveau. On mesure les différences de hauteur respectives entre les pierres, car il faudra ajuster la longueur des colonnes.

























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