Tagué: yoshida kenko
Ce que je fais tous les jours
Version Japonaise ici, Anglaise ici.
Cette semaine, c’est la Golden Week au Japon : un petit cluster de jours fériés qui forme un beau moment dans l’année, à la meilleure saison pour profiter de quelques vacances. Avant, dès février, j’attendais son arrivée pour souffler un peu.
C’était pourtant la période où, au travail, nous devions boucler les budgets annuels — l’année fiscale de la boîte commençant le premier juillet.
En réalité, toute ma vie finissait par suivre le rythme financier de l’entreprise : budgets, prévisions trimestrielles, début de la nouvelle année fiscale… Et même pendant la Golden Week — mes collègues aux États‑Unis n’en avaient rien à fiche, de la GW ! — je devais souvent travailler un peu. Ce rythme financier, je l’aimais et je le détestais à la fois : parce que ça ne s’arrête jamais, parce que ça continuera pareil dans cinquante ans, et aussi parce que, comme c’était mon job, cela me donnait une certaine justification et une sécurité d’emploi.
Mais pour moi, c’est fini. J’ai quitté mon job en octobre, et désormais chaque jour ressemble à des vacances — dans le sens où 90 % de ce que je fais, ce sont des choses que j’ai envie de faire. Avant, c’était plutôt 10 %. Je n’ai plus qu’une seule réunion par semaine — au lieu d’une cinquantaine — celle du lundi matin avec mon ami Saki‑chan et son chien, dans son atelier, de 7 à 8 heures… et plus si affinités.
J’ai aussi une présentation mensuelle à préparer pour notre talk‑show avec monsieur Iwata sur la littérature classique japonaise, consacré aux Heures oisives de Yoshida Kenkō. D’ailleurs, demain aura lieu notre neuvième édition, avec deux chapitres qui traitent justement du pognon : les chapitres 140 et 217.
Cela dit, je suis très occupé. Je suis presque plus occupé maintenant que lorsque je travaillais à Microsoft. Incroyable.
Mon emploi du temps dépend de la météo et des saisons. J’essaie de donner la priorité au jardin : ce qu’il faut planter, arranger, récolter, cuisiner, manger. Le jardin et les légumes n’attendent pas ; ils vivent à leur rythme, et c’est à moi de les suivre.
Autre priorité : le bois. Pour stocker un énorme arrivage de bois de chauffe, j’ai dû construire un nouvel abri, puis couper, fendre et ranger le bois. Voilà une activité qui ne peut pas attendre non plus : il n’est pas souhaitable de laisser le bois longtemps sous la pluie-en Juin viendra la saison des pluies-, et en plus ça prend toute la place.
En m’occupant de tout cela ces deux dernières semaines, je me suis demandé comment j’arrivais à faire tout ça tout en travaillant à Microsoft, en y consacrant tant d’heures et d’énergie. Certes, je pouvais faire un petit tour de dix minutes au potager ou aller fendre du bois entre deux réunions. Combien de fois, d’ailleurs, chargé de stress, me suis‑je défoulé avec la hache en imaginant voir, dans les bûches à fendre, les têtes de quelques collègues antipathiques…
Mais au‑delà du jardin et du bois, j’ai désormais tout le temps pour travailler sur mes projets — notamment de dessin. J’essaie de commencer tôt, vers 6 heures du matin. Les meilleurs jours à six heures je me tourne vers mon cahier ou je prends des notes, je fais le point sur mes projets et ce que j’ai en tête, C’est peut être la meilleure façon de commencer la journée. Une meilleure solution sans doute serait de prendre ces notes le soir avant de se coucher. J’essaierai ce soir !
En cette saison, le soleil se hisse de derrière les montagnes vers 10 heures ; à ce moment‑là, je sors voir ce qui se passe. Mais en gros, de 6 heures à midi, je suis sur mes dessins.
Cela ne veut pas dire que je dessine tout ce temps. Il y a beaucoup de réflexion, de flottements : trouver des idées qui me plaisent, des idées un peu farfelues, étonnantes mais avec des sens multiples, chercher la composition, la posture des personnages, l’angle de vue, comment structurer une image. Le temps passé à réellement dessiner est en réalité une petite fraction. J’essaie aussi souvent de nouvelles techniques, et des fonctionnalités du logiciel de dessin clip studio paint … donc beaucoup de temps de recherche et d’apprentissage.
Je travaille sur trois projets :
— La préparation de nos talk‑shows mensuels : deux chapitres chaque mois des Heures oisives de Kenkō. Sélection, lecture, interprétation, puis dessin humoristique pour illustrer le propos.
— Une nouvelle bande dessinée — en réalité plutôt un livre pour enfants — qui présente les Heures oisives sous un nouvel angle. J’y sélectionne des chapitres abordés lors du talk‑show et je réalise de nouveaux dessins. C’est mon gros projet, celui qui me prend le plus de temps.
— Et quelques commandes d’illustration : les dessins de la ville de Tatsuno, un dessin retraçant l’histoire d’une famille des Ardennes au début du XXᵉ siècle, un poster pour un concert de biwa, un pamphlet pour une société d’élagage, etc.
C’est très variable, mais j’essaie de bouger l’après‑midi. Si le temps est trop mauvais, je monte sur mon rameur.
En fin d’après‑midi, je retourne au bureau et je continue. Parfois, lorsque je bute sur une idée, c’est vraiment difficile. Dans ce cas, je passe à autre chose pour laisser mijoter un peu, que les synapses se délient et fassent de la place à de nouvelles connexions.
Je ne m’étends pas dessus ici, mais les moments avec mon épouse — l’apéro avec les chats dans le jardin, les dîners — sont bien sûr si précieux …
C’est franchement une vie de rêve, ma vie de rêve. J’en apprécie chaque minute. Je m’en remercie !!

Deuxième talk show aujourd‘hui …
Aujourd‘hui, cet après-midi, nous faisons notre deuxième talk show avec monsieur Iwata Kenzaburo, sur le thème des Heures Oisives de Yoshida Kenko (ou Urabe Kenko).
Nous allons couvrir au max quatre textes,
- 82 laisser une place d’inachevé、
- 68 les gros radis、
- 55 comment bien construire sa maison、
- 74 les fourmis
en fonction du temps que nous passerons sur chacun.
Cela demande beaucoup de préparation, d‘abord pour la sélection des passages, leur compréhension, l‘idée pour un dessin les accompagnant et puis les questions, les thèmes que l‘on veut développer dessus au moment du talk show.
Bien évidement chaque étape me permet d‘apprendre énormément de choses, dans tous ces domaines différents, la compréhension de la langue et de la culture japonaises, la connaissance de l‘histoire, comment «décortiquer» un texte, et en extraire ce qui est aujourd‘hui des pépites et en faire des dessins …
En background les soirs de semaine je me prépare pour les talk shows futurs en lisant d‘autres ouvrages que je voudrais pouvoir aborder même superficiellement, comme le dit des heiké (12è siècle, gros pavé difficile d‘accès), l‘essai d‘esthétique de Tanizaki sur l‘éloge de l‘ombre (cependant ça n‘est pas vraiment de la litérature classique, ça date de l‘avant guerre) par exemple …
Les quatre passages sélectionnés aujourd‘hui: tous ouvrent la porte sur des concepts fascinants
- 82 laisser une place d’inachevé、–> éviter la perfection
- 68 les gros radis、–> ne pas sous-estimer l‘importance, la puissance de la foi
- 55 comment bien construire sa maison、–> garder une pièce vide sans usage prédéterminé
- 74 les fourmis –> on s‘active tel les fourmis, courant d‘un point A à un point B, mais à la fin c‘est la mort qui nous attend au bout de la route
Mmmm peut-être que, si je continue à travailler pour ces talk shows j‘arriverai à être un peu moins con … ce serait cool !
Ici, la page préparée pour l‘histoire des gros radis … J‘aime beaucoup ce dessin, j‘en suis très content …
L‘histoire raconte comment deux radis viennent défendre un préfet attaqué par des brigands … ce préfet qui depuis des années a religieusement mangé des radis pour son petit déjeuner … ici j‘ai dessiné donc un radis japonais (daikon) vétu d‘une armure, mais une armure européenne, car, pourquoi pas !!!
Premier Talk Show réussi
Le projet du 6 septembre avec Kenzaburo Iwata s’est très bien passé. Nous avons fait salle comble, le café où nous avons tenu le KOTENPAN -talk show sur la litérature japonaise classique- était plein !
Le public était varié, de 7 à 95 ans…

Du livre des heures oisives nous nous sommes entretenus sur le chapitre 69 et le chapitre 109

J’avais préparé ces deux pages qui présentent chaque chapitre, avec un lien QR Code vers la traduction en Japonais moderne, le texte original, et un dessin.
Le dessin à droite traite du chapitre 69 qui met en scène Shounin, le fondateur le Engyoji, et oui, le formidable ensemble de temples situés au top d’une montagne juste au nord de Himeji. C’est un des endroits les plus formidables du Japon et étonnamment préservé du tourisme sauvage
Dans l’histoire, Shounin est dans une auberge et il entend les plaintes de haricots mis à bouillir, et de leurs cosses qui elles brûlent et se consument pour faire cuire les premiers.
Voila une histoire bien étonnante !!
Le dessin à gauche reprend le chapitre 109, beaucoup plus terre-à-terre mais non moins plein de sagesse avec l’anecdote du grimpeur d’arbre accompagné de son maître.
Le maître ne dit rien, il fume tranquillement une cigarette et boit son café lorsque le grimpeur est tout en haut dans l’arbre, mais lorsqu’il redescend et n’est plus qu’à deux mètres du sol, le maître s’active et l’interpelle, pour faire bien attention à ne pas tomber …
J’ai lu cette histoire à mon ami Saki chan qui monte souvent haut dans les arbres pour les élaguer, et il confirme:
quand on est tout en haut on sent le danger et naturellement on fait très attention.
Mais lorsque l’on descend et que l’on est plus prêt du sol, alors on peut relacher son attention et par excès de confiance faire une mauvaise chute !
Yoshida Kenko l’auteur des heures oisives, au 14è siècle, a vu juste!
Voir tant de monde m’a donné confiance dans mes prochaines aventures où j’abandonnerai mon travail salarié pour me consacrer pleinement à ce genre de projet.
Passés les premiers moments d’euphorie on pense à plusieurs points à améliorer pour la prochaine fois; à savoir notamment communiquer à l’avance les chapitres sélectionnés, pour permettre aux spectateurs de se préparer et de les lire à l’avance. Se mettre tout d’un coup dans un texte classique même court n’est pas forcement évident.
Nous espérons ainsi avoir plus de questions et une audience plus engagée pendant la présentation.
Et donc pour la prochaine fois nous aurons:
Les chapitres -dans le désordre-
- 82 laisser une place d’inachevé、
- 68 les gros radis、
- 55 comment bien construire sa maison、
- 74 les fourmis
Le prochain Talk Show sera le 4 octobre à 14 heures, dans le même café, Kokuraya.
https://www.instagram.com/kokuraya.himeji/
Sinon l’automne est définitivement arrivé, et les nuits sont fraiches, on a besoin d’une petite couverture …
L’été paradoxalement n’a pas été horriblement chaud comme l’année dernière.






Vous devez être connecté pour poster un commentaire.