Catégorie: lectures

Un peu de lecture !

Cette année je change un peu ma façon de bouquiner: j’ai sélectionné un grosse dizaine de livres que j’ai envie de lire et je les ai posés sur une table dans mon bureau. Ils sont bien visibles. Et puis, je picore. Je prends un book, si je sens un embalement je m’y plonge mais si ça ne prend pas, je le remets sur la table et je passe à autre chose.

C’est un peu du butinage…

J’avais pris la pléiade de St Exupéry, pour m’attaquer à son dernier écrit, ‘Citadelle’ et bien la citadelle m’est tout à fait restée fermée, j’ai eu beau frapper, sa porte ne s’est pas ouverte !

Et par hasard je me suis replié sur « pilote de guerre », où j’ai été emporté par cette écriture et cette intelligence ! le 20è siècle a produit de belles choses, en France !

Il n’est rien à décider. Ca regarde Dieu exclusivement

Notre monde est fait de rouages qui ne s’ajustent pas les uns aux autres. Ce ne sont point les matériaux qui sont en cause, mais l’horloger. L’horloger manque.

Tiens ça me fait penser au conarovirus ça:

Une administration n’est pas conçue pour résoudre des problèmes neufs.

La division blindée doit agir comme l’eau. Elle doit peser légèrement contre la paroi de l’adversaire et progresser là seulement où elle ne rencontre point de résistance. (…) Les tanks ont joué un rôle d’agents chimiques qui détruiraient, non l’organisme, mais les nerfs et les ganglions.

Nous n’avons pas le loisir de méditer sur le passé. Nous assistons au présent. Le présent est tel.

Une civilisation est un héritage de croyances lentement acquises au cours des siècles, difficiles parfois à justifier par la logique, mais qui se justifient d’elles mêmes; comme des chemins, s’ils conduisent quelque part, puisqu’elles ouvrent à l’homme son étendue intérieure.

Une mauvaise littérature nous a parlé du besoin d’évasion. Bien sûr, on s’enfuit en voyage à la recherche de l’étendue. Mais l’étendue ne se trouve pas. Elle se fonde. Et l’évasion n’a jamais conduit nulle part.

Sur la défaite de la France, inévitable:

Nous ne pouvons pas changer notre terre à blé en terre à charbon.

L’Esprit, chez nous, a dominé l’intelligence.

Désormais chaque explosion me paraît, non nous menacer, mais nous durcir.

Le métier de témoin m’a toujours fait horreur. Que suis je si je ne participa pas ? J’ai besoin, pour être, de participer.(…) Qu’est ce qu’un homme s’il manque de substance ? S’il n’est qu’un regard et non un être?

Je comprends le sens de l’humilité. Elle n’est pas dénigrement de soi. Elle est le principe même de l’action. Si, dans l’intention de m’absoudre, j’excuse mes malheurs par la fatalité, je me soumets à la fatalité. Si je les excuse par la trahison, je me soumets à la trahison. Mais si je prends la faute en charge, je revendique mon pouvoir d’homme. Je puis agir sur ce dont je suis. (….) Il est donc quelqu’un en mois que je combats pour me grandir.

Ma Bibliothèque de Voyage

Donc cette idée formidable … la bibliothèque de voyage… pour ranger ma belle collection de livres pléiade …

On prend des planches de cryptomères. Je les achète dans la ville voisine. Le bois vient de la région. Je les coupe dans la longueur.

Et pi je creuse un petit bitonio, où les petites étagères iront se fixer toutes seules.

On obtient un grand cadre. Les petites étagères se fichent dans les bitonios à la perfection.

Au préalable, pour déterminer la hauteur et la largeur du meuble j’ai fait quelques calculs. Mesurant mon linéaire actuel de pléiades, et ajoutant une petite marge; histoire que Gallimard sorte des auteurs que j’aime beaucoup beaucoup, comme Samuel Beckett par exemple mais ça risque pas trop d’arriver à cause des droits des editions de minuit mais on peut toujours rêver …. Ou alors Gérard de Villiers avec les meilleurs SAS ce serait génial !!! Mais bon garder un peu de marge …

Un autre truc que j’ai essayé de voir c’est de garder le ratio largeur hauteur d’un book de la pléiade … 17,5 cm de hauteur et 11 cm de largeur soit 1,59 … proche du nombre d’or de 1,618 mais j’abandonne cette idée au final.

Au final donc c’est deux grandes boites identiques qui se referment comme un grand livre géant ou comme une bibliothèque de voyage d’autrefois (bien qu’elles étaient beaucoup plus petites car portables)…

Etant donnée l’humidité d’ailleurs ici l’été refermer tout peut être pas mal pour protéger ces petits trésors.

J’ajoute un fond, contreplaqué de 5mm pour réduire le poids. Ca ressemble à une caisse…

Heureusement que Minou est la pour me conseiller pendant toutes ces opérations …. Les points blancs sur le mur derrière ce sont des oeufs de gecko qui ont éclos

Une ‘demie caisse’ est faite … répéter pour la deuxième …

Voilà le produit fini. J’ajoute des roulettes. Les deux demies caisses tiennent avec des gonds solides; style industriel.

Sur monotaro.jp où l’on trouve de tout, j’achète des poignées industrielles ainsi que des bitonios pour fermer le truc, comme une caisse … bibliothèque de voyage…

Le truc terminé, je suis très ému et satisfait du résultat. Faut pas hésiter à faire des choses un peu folles et à s’amuser.

Et tout se referme très bien. Le tout monté sur des roues; je peux trimballer tout ça dans la maison.

Lire c’est voyager. On peut lire et voyager sans quitter sa maison. C’est très économique. C’est pratique aussi, en ces temps de coronavirus de lock down et caetera.

On voyage dans l’espace, et dans le temps aussi, hein car dans la pléiade on peut fréquenter Hérodote; Thucydide mais aussi aller serrer la pogne à Montaigne avant d’aller boire une verre avec Cendrars.

Alors pour pas perdre son chemin; j’ajoute une boussole, et une ancienne montre, pour accompagner ces voyages dans l’espace et dans le temps.

Faire une Bibliothèque de voyage ?

Je travaille à la maison et ce depuis notre installation à la campagne en 2012. 8 ans déjà. L’âge de ce blog.

Pendant ces huit ans j’ai installé mon bureau dans différents endroits de la maison.

Au début c’était dans la cuisine. Ensuite dans le hanaré que nous avons fait construire. Plus tard dans un petit espace que j’ai aménagé derrière l’atelier et, finalement, dans la maison de la voisine que nous avons achetée il y a deux ans.

‘Le plus petit bureau de monde’ La oficina mas pequena del mundo

Travailler à la maison, télétravail; il est très important de faire une claire séparation entre le travail et le non travail dans l’espace et le temps. Dans l’espace, il s’agit de pouvoir s’installer et travailler dans un espace dédié au travail, et séparé du non travail.

Depuis quelques mois je travaille donc dans l’ancienne maison de la voisine que j’ai un peu réaménagée mais quelque chose manque.

Nouveau bureau ! Le plus grand bureau du village

J’ai une belle collection de livres la pléiade. Cette collection je l’ai commencée il y a plus de vingt ans.

Des livres, beaucoup achetés d’occasion, dénichés chez tous les bouquinistes possibles de Paris, Tokyo, Osaka. Ca a donc accompagné mes cheminements et promenades; que du temps agréable à se balader et chercher des bouquins. C’est encore plus précieux n’est ce pas lorsque l’on vit si loin de la France.

Une large collection ici à la maison me permet de puiser mes lectures sans avoir à me limiter. Ah? je veux lire Montaigne ? bien sûr c’est la. les œuvres complètes. Montesquieu ? Of course! Et pourquoi pas un peu d’Albert Cohen. Et une goutte de Saint John Perse.

Et pour agrémenter mon nouvel espace de travail, j’ai envie d’installer ma collec’ de pléaides dans mon nouveau bureau. C’est toujours rassurant d’être en bonne compagnie et de pougner entouré de tous ces poètes illustres.

Donc; faire des étagères ? nan, j’ai envie de quelque chose de plus amusant …

Vient alors l’idée de faire comme une grande malle, où je pourrais ranger mes pléiades. Un peu comme à l’image des anciennes bibliothèques de voyage. C’est bien plus marrant qu’une bête étagère. regardez comme c’est beau:

A noter comment le monde change. Si autrefois Louis Vuitton faisait de belles malles pour les bibliothèques de voyage, maintenant ils font des malles pour des collections de basket.

Malle Sneakers Toile Monogram Éclipse – Voyage de luxe | Homme | LOUIS VUITTON

Soit les gens riches (les rois du pétrole?) ont troqué leur books pour des kindle; soit leur niveau culturel a terriblement baissé!

Admirez cette merveille de malle de voyage à paire de baskets, de cent soixante cinq mille euros, soit le prix de quatre maisons dans le village!

Voilà pour l’idée. Bien entendu mon budget pour cette bibliothèque de voyage est bien plus limité, je dépenserai moins de 10,000 yens (70 euros) pour la faire ! Pas 165 000 ….

La Fête des Ombres

Si vous suivez ce blog il y a une bonne chance que vous soyez branché(e) sur le Japon, et que vous soyez familier(e) avec Atelier Sentô. Si vous ne connaissez pas encore Atelier Sentô; c’est le moment de vous rattraper 🙂

Atelier Sentô c’est un duo, Cécile et Olivier, créateur de bande dessinées.

J’ai commencé à les suivre il y a quelques années, c’est alors au moment de la parution de leur première BD, ONIBI. Je l’ai lue fin 2016. Onibi est une histoire, le voyage initiatique de deux français dans un Japon rural et mystérieux …. dans la région de Niigata.

Le monde de Facebook est vraiment petit, je commence à les suivre. Peut être que c’est à ce moment que Cécile et Olivier commencent à suivre ce blog. Ils nous font l’honneur de likes et de commentaires!

Un peu plus tard je leur commande une petite lithographie en vente sur leur site. C’est la litho d’un jizo, petite statue bouddhiste. Depuis, la litho m’accompagne tous les jours au travail, que ce soit dans mon petit bureau ‘le plus petit bureau du monde‘ ou bien dans la maison de Madame M.

Le jizô fait par Atelier Sentô trône dans notre tokonoma. (La belle céramique n’est pas Japonaise, elle date de cent ans et vient de mon village des Charentes, non loin de Surgères)

La Fête des Ombres vient de sortir: c’est le premier tome de la dernière BD d’atelier sentô.

En voilà une couverture qu’elle est belle ! (photographié devant une petite maison faite par S.)

C’est un véritable régal. L’histoire se laisse développer, on découvre les éléments narratifs un à un: C’est très bien construit. Il y a du suspense ! Du mystère ! De la poésie!

Les couleurs sont formidables. Il y a beaucoup de douceur dans les dessins.

Le tome 1 se passe en automne et en hiver; dans la campagne japonaise.Chaque case est un festin pour le neuneuil.

Il y a des clins d’oeil tout à fait irrésistibles.

Comment ils ont pu saisir et restituer les sensations de la vie à la campagne au Japon, c’est assez incroyable.

L’année dernière, en septembre, Atelier Sentô m’a contacté: ‘comment dessiner l’intérieur d’un keitora?’ (petit camion que l’on voit partout dans la campagne au Japon) … Je suis devenu technical advisor , dis je à alors mon épouse, en bombant le torse … j’ai envoyé alors quelques photos de mon keitora …. que vous pourrez retrouver, dessinées dans La Fête des Ombres …. ha ha

Quelle joie d’avoir pû apporter un grain de sable à cet édifice … et d’être mentionné dans les remerciements à la fin du book…. !

Décidement gràce à ce blog nous faisons de belles rencontres.

Allez y! Faites chauffer les cartes bleues ! Il y en aura pas pour tout le monde !

J’ai montré la Fête des Ombres à mon ami S.: quelle est sa réaction? Est ce que la vie à la campagne au Japon est bien représentée ? Que pense t il des dessins ?

S. a tout de suite réagi à l’authenticité des dessins. La justesse des dessins des maisons. Tous les détails.

En page 24 il s’exclame c’est exactement comme ça que l’on épluche les kakis ici!!! En effet on ne découpe pas les fruits de la même façon d’un pays l’autre …

Il souligne l’exactitude du détail des tenons dessinés sur l’escalier en bois, en page 36.

En page 53 il tilte encore en disant qu’autrefois la salles de bains chez lui était exactement comme dans le dessin… à part que chez lui le couvercle de la baignoire était carré ….

C’est dingue comme soudainement tout est si proche … Atelier Sentô c’est des artistes…

Je suis allé montrer la fête des ombres à mon ami S. Il admire tous les détails et la beauté des dessins et des couleurs.
Ah! Ils ont dessiné les tenons de l’escalier !! C’est fou !! dit il.
Ah … Que ce camion parait confortable ….

J’ai montré le livre aussi à monsieur K qui lui aussi a immédiatement réagi sur cette magnifique salle de bains. C’était comme ça chez mon grand père dit il.

Le livre est très bien fait … c’est de la belle ouvrage… regardez ce clin d’oeil, avec les kakis; épluchés et mis à sécher sous le code barre …. C’est pas beau ça ???

Lu et approuvé par Wakame Tamago !!!! Dans son camion !!!

Les (petits) bonheurs quotidiens

Août … Ce mois a été bien chaud. Aujourd’hui c’était la première fois ce mois que la température est allée en dessous des trente degrés. Je reprends la plume!

Qu’est ce qu’on a fait ? Entre le travail et une visite hebdomadaire au jardin, on n’a pas fait grand chose… C’était pas mal d’ailleurs… l’été Japonais n’est pas fait pour travailler… ça devrait être interdit de bosser par un temps pareil ! Chaleur et humidité 24 h sur 24.

Dans mon petit bureau, de trois mètres carrés, il faisait jusqu’à 38 degrés en fin de matinée et 80 pour cents d’humidité … Heureusement que je commence tôt… vers 4 heures du mat’…. J’ai pas la clim dans mon petit bureau, j’en veux pas d’ailleurs … Y a juste un ventilateur …

Les samedis on s’est occupés aussi du champ. Attention où on met les pieds car on y a vu deux vipères.

Les cacahouètes poussent bien.

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Mon fils est en première année de lycée. Avec le covid ses vacances d’été ont été écourtées et réduites à une petite semaine, histoire de rattraper le retard pris lors du lockdown qui a duré d avril à mai. On peut se demander si c’est aussi important que celà. Mais on admire aussi le sérieux et le sens de responsabilités des enseignants. Je me rappelle aussi que malade j’avais raté la leçon sur les équations différentielles en quatrième quand moi même j’étais au lycée et que ça avait été vraiment difficile de rattrapper ce cours ….

Et vous, qu’avez vous fait cet été ?

Avez vous voyagé malgré le virus ? Avez vous pu prendre des vacances ?

Je change de sujet …. En juillet j’ai commandé le dernier book de Lloyd Kahn … Connaissez vous Lloyd Kahn ? C’est un éditeur américain, un personnage assez atypique; très libre. Il vit en Californie. On peut faire sa connaissance dans cette vidéo.

Ce personnage c’est une source d’inspiration. Son dernier livre décrit avec plusieurs centaines de photos sa maison, en fait une sorte de ferme, où il vit depuis plus de quarante ans. On voit bien que tout son quotidien y regorge de petits bonheurs.

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The Half-Acre Homestead: 46 Years of Building & Gardening

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Et le lien sur Amazon Canada pour Pierre: (si ça t’intéresse!)

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Dans le book il présente les différents bâtiments qu’il a construits sur son terrain. Il y a beaucoup de photos; le texte, c’est plutôt des notes assez brèves. Mais l’on peut visiter sa cuisine, son poullaillier, son atelier, son bureau, son jardin etc … C’est vraiment très bien. Il y a des photos des pains que sa femme fait etc … Ses poules …. les animaux qu’il trouve écrasés sur la route … Ca me fait penser à wakame tamago … j’aimerais arriver à ce niveau, c’est sûr.


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Ca fait aussi penser que tout simplement le bonheur est à portée de la main il suffit de savoir lui prêter attention. Et pas besoin de choses compliquées ni de pognon. C’est le message de ce book là, et c’est d’ailleurs aussi le message de ce blog!

Conversation au bord de la route, et Gide

Je me promène: mon chemin préféré qui monte jusqu’au barrage.

Tiens, voila la voiture de monsieur K.

Monsieur K. quel phénomène, il se promène toujours avec ses deux chiens; ils sont la à l’arrière de sa voiture, ce sont des chiens de chasse et monsieur K. est l’un des derniers dans notre vallée qui chasse, avec un fusil. Les derniers chasseurs du village le font avec des pièges.

K. est venu s’installer dans le village il y a quelques années.

Il s’arrète. Sa voiture est toute bricolée, il a ajouté des crochets pour y fixer des outils; on voit, cet homme est un homme libre et il sait mener sa barque. Et le sourire constament sur son visage et ses petits yeux qui brillent tout le temps. Il a tant d’énergie !

K: Tu aimes la tortue ? il entame la conversation

Wakamé Tamago: J’en ai déjà mangé, il y a bien longtemps … mais non je n’en mange pas vraiment… Tu as pris une tortue ?

K: Oui ! j’ai pris deux suppon ! je les ai péchées. La plus grosse je vais la préparer et la cuisiner demain. L’autre, plus petite; je l’ai relâchée. J’essaierai de la repêcher une fois qu’elle sera plus grosse.

suppons, par Hokusai

WT: Ah! tu es un sacré cuisinier nous avons tellement aimé le chevreuil que tu avais préparé mais je vais passer pour la tortue … merci … A propos ça fait longtemps qu’on s’est pas vus ? pas de problème ?

K: Ah ! ma mère est décédée … j’ai été très occupé … des affaires à régler …

WT: Ah … tous mes regrets … quel âge avait-elle ?

K: Elle avait 101 ans!

WT: Quel âge ! C’est fou ! Mais, toi, quel âge as-tu ?

K: Oh ! moi je suis jeune ! je n’ai que 74 ans !

La longévité, être jeune dans sa tête.

On vit souvent de si bons moments, ici, dans le village.

Ajoutons ici deux beaux passages trouvés dans les faux monnayeurs, de Gide, dont je viens d’achever la lecture et que je voudrais partager avec vous.

On ne peut échapper qu’en hauteur: exact !

Cette même idée; que le diable mène le monde actuel, à voir les Trumpes, les Maquerons, les Chichipène et autres aux commandes, of course

La meilleure façon de chasser les oiseaux

La meilleure façon de chasser les oiseaux? C’est avec un appareil photo !

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Je ne me souviens plus du nom de ce monsieur; on se croise souvent sur les chemins dans les forêts.

A chaque fois on discute, à voix basse, pour ne pas faire fuir les oiseaux qu’il vient photographier.

Il y a cette espèce rare dit-il, et quand ils sont dans la vallée, ils sont seulement entre cet arbre là et cet arbre là dit il en montrant un espace qui fait à peine 50 mètres de largeur.

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Le paragraphe d’Aristote; lu hier soir entre le chat Scotch et le poêle à bois Calcifer résonne, comme quoi souvent les événements s’offrent de façon synchrone.

Ethique à Eudème, p. 268 Ed. Pléiade

Ainsi donc; Anaxagore aurait; dit-on, répondu à quelqu’un qui agitait des questions de ce genre et ne cessait de lui demandait dans quel dessein l’on aurait pu choisir de venir au monde, plutôt que non:

C’est afin, aurait-il dit, de contempler le ciel et l’ordre qui règne dans l’univers entier.

Ainsi donc, lui croyait que si c’est pour gagner quelque science, le choix de vivre vaut d’être fait.

Mais comment s’appelle bien ce monsieur … Peut être Anaxagore ?

Relire l’Archipel

Je relis l’Archipel du Goulag. Quel livre prenant.

Et cette page magnifique. Qui à mes oneilles sonne comme du Saint François d’Assise.

 

Et possédez le moins de choses possible; de façon à ne pas avoir à trembler pour elles!

N’ayez pas de bottes neuves, pas de chaussures à la mode et pas non plus de costume pure laine; de toute façon, ils seront volés, confisqués, escamotés, échangés, que ce soit dans un wagon de prisonniers, dans un fourgon cellulaire ou lors de l’admission dans une prison de transit. Si vous donnez tout sans combattre, l’humiliation empoisonnera votre cœur. Et si vous résistez, vous vous retrouverez dépouillé et la bouche ensanglantée.

Ne possédez pas! N’ayez rien! nous ont enseigné Bouddha, le Christ, les stoïciens, les cyniques. Pourquoi n’entendons nous pas, nous les avides, ce si simple sermon ? Ne comprendrons nous jamais que c’est en possédant que nous perdons notre âme ?

A la rigueur, laissez un hareng -salé- tiédir dans votre poche en attendant la prison de transit, pour ne pas être obligé à mendier à boire ici. Mais le pain et le sucre que l’on vous a donnés pour deux jours, mangez les en une seule fois. Ainsi personne ne vous les volera. Et vous n’aurez pas de soucis.

Soyez comme les oiseaux du ciel !

En revanche ayez ce qu’il est toujours possible de transporter avec soi: la connaissance des langues, des pays, des hommes. Que votre mémoire soit votre unique sac de voyage.

Retenez tout! Enregistrez tout! Seules ces graines amères auront peut être la chance, un jour ou l’autre,  de lever.

 

Un beau passage

Lecture: Le peuple de l’abîme (Jack London)

Je crois en l’importance des rencontres que l’on peut faire avec les livres, en particulier lorsque l’on voyage à l’étranger ou que l’on y vit:

En Pologne en 1994 j’avais découvert un exemplaire de l’histoire de l’art par Claude Roy, chez un antiquaire pour 500 zlotys. Une lecture passionnante !

Plus tard au Japon j’ai fait moults découvertes en particulier dans le quartier de jimbocho à Tokyo. Un manuel français de chirurgie légale avec illustrations était posé dans la rue, sur un transformateur électrique. Sans doute la trouvaille la plus spectaculaire.

Plus tard en 2008 j’avais trouvé parmi des livres perdus dans une station de métro à Tokyo, station ou je m’étais arrêté par hasard pour prendre un coup de fil, six Maigret de Simenon.

Plus récemment encore alors depuis plusieurs mois que je voulais me renseigner sur Saint François d’Assise, j’ai trouvé un exemplaire de ses fiorettis dans une petite librairie de Kichijoji, à Tokyo, toujours en version française.

Il y a deux semaines j’étais aux US pour un petit business trip et j’ai déniché chez un libraire un livre de Jack London; le peuple de l’abîme. Jack London dont j’ignore presque tout me fait penser plutôt aux lectures d’aventures de jeunesse. J’ai entendu parler de son engagement politique. Je décide de me séparer des quatre dollars quatre vingt dix neuf cents pour faire l’acquisition de ce vieil exemplaire, imprimé en 1975.

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Ce livre est en réalité un documentaire, une enquête. Jack London, quitte sa Californie et part à Londres. Le récit a été publié pour la première fois en 1904.

A Londres, Jack London part vivre dans le East London. Quartier populaire … à la lecture du livre on voit qu’il s’agit en réalité d’un bidon ville, d’une favela londonienne, s’y entassent 800 000 pauvres âmes dans une misère incroyable, tous et toutes sans aucun espoir, et glissant plus ou moins vite sur la même pente qui les conduit toutes et tous, sans, exception, à l’abîme.

Les bidonvilles et cette misère décrits par Jack London ont depuis été déplacés, et ont suivi les usines, en Chine, au Bangladesh et ailleurs, avec la mondialisation. Le propos est donc toujours d’actualité. http://www.waronwant.org/sweatshops-bangladesh

L’écriture est claire. C’est un travail journalistique, et une lecture que je vous recommande. Le livre apparemment est toujours disponible, le titre français a été modifié.

https://www.amazon.fr/dp/2859405992

En voici quelques extraits.

page 221

La suprématie d’une certaine classe ne peut exister que grâce a la dégradation des autres classes sociales.
Quand on parque les travailleurs dans le Ghetto, ils n’échappent pas à la déchéance. Une nouvelle race, maladive et mal lotie, prend la place de l’autre: c’est le peuple du pavé qui est abruti et sans force. Les hommes ne sont plus que des caricatures d’eux-mêmes, leurs femmes et leurs enfants sont pales et anémiés, leurs yeux sont cercles de noir, ils ont le dos voûté et traînent la savate, et deviennent très vite rachitiques, sans grâce et sans beauté.

Et pour corser le tout, les hommes du Ghetto sont ceux dont personne ne veut — c’est une souche déracinée qu’on abandonne jusqu’a la plus complète pourriture. Pendant plus de cent cinquante ans, on a tiré d’eux le meilleur d’eux-mêmes. Les esprits forts et courageux, pleins d’initiative et d’ambition, sont partis à la découverte de pays plus accueillants,_ où la liberté n’était pas un vain mot. Ceux qui n’avaient plus rien dans la tête, ni dans le cœur, ni dans les mains, tous les bons-à-rien et les désespérés, sont restés là pour conserver la race. Au fil des années, on leur a retiré le meilleur de ce qu’ils avaient.

Dès qu’un homme solide et bien bâti devient adulte, on l’oblige à s’engager dans l’ armée. Un soldat, comme l’a écrit Bernard Shaw, est soit-disant un défenseur héroïque et patriotique de son pays. En réalité, c’est un malheureux, conduit par la misère à offrir son corps aux obus, contre une nourriture et des vêtements.

 

page 223

A mon avis ce serait suffisant pour condamner la société moderne à peine en avance sur les temps de l’esclavage et du servage, si la condition permanente de l’industrie devait rester telle qu’elle s’étale sous nos yeux actuellement. Quatre vingt dix pour cent des véritables producteurs de biens de consommation courante n’ont pas de toit assuré plus loin que la semaine en cours, n’ont aucune parcelle de terre et n’ont même pas de chambre qui leur appartienne, ne possèdent rien, sauf quelques vieux débris de meubles qui tiendraient dans une charrette, vivent sur des salaires hebdomadaires insuffisants, qui ne leur garantissent même pas la santé, sont loges dans des taudis tout juste bons pour des chevaux, et sont si près de la misère qu’un simple mois sans travailler une simple maladie ou une perte imprévisible les feraient basculer sans espoir de retour vers la famine et la pauvreté. Au dessous de cet état normal de l’ouvrier moyen dans la ville et dans les campagnes il  y a la troupe des laisses pour compte de la société qui sont sans ressources – cette troupe qui suit l’armée industrielle et qui compte au moins un dixième de la population prolétarienne, et croupit dans la misère et la maladie. Si c’est la ce que doit être cette société moderne, dont on nous rebat les oreilles, c’est la civilisation même qui est coupable d’avoir apporte la misère a la plus grande partie de l’espèce humaine.