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Empathie pour le vivant

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Hier, j’ai fini de récolter le maïs. Belle récolte. Et maintenant, il faut manger tout cela. Au menu : du maïs pour les trois prochains jours. Jardiner et avoir un potager, c’est se forcer à suivre les saisons.

Apparemment, il y a beaucoup d’incendies en France en ce moment.

Mes pensées vont aux arbres, aux plantes, aux petits animaux, aux insectes qui disparaissent. Aux personnes qui y perdent leurs biens, leur maison, leurs champs… Aux pompiers qui travaillent avec courage, certainement avec trop peu de moyens et des équipements vétustes. Un pays comme la France, idéalement, aurait tant de Canadairs… qu’on ne saurait plus où les mettre… Mais, les priorités sont différentes.


Cela me rappelle une conversation lunaire avec une collègue australienne, il y a quelques années. L’Australie était alors ravagée par d’immenses incendies. Et elle, à Melbourne, se plaignait de l’odeur. Je m’étais demandé : ma grosse -elle faisait 220 kilos je crois-, tu n’as pas une pensée pour tous ces êtres vivants qui y perdent la vie ? Cela m’avait vraiment choqué.

Elle n’était pas la seule : j’avais remarqué cette absence d’empathie pour le vivant chez certains collègues américains qui vivaient au nord-ouest, dans des régions touchées par les incendies. Ils parlaient simplement de la fumée.

Parfois, j’aimerais que l’on retourne à des périodes ancestrales où l’animal était sacré, où l’on dansait et chantait pour lui. Désormais, tout n’est plus qu’un objet.

Sujet similaire cette semaine : il y avait un entretien de M. Iwata avec un chasseur. C’est la série qui a lieu deux fois par mois dans un café dans un village voisin ou monsieur Iwata s’entretient avec quelqu’un.
Cet entretien portait spécifiquement sur le roadkill, c’est-à-dire les animaux tués sur la route par des véhicules. Dans la région où habite ce chasseur, il existe une procédure : les autorités le contactent, il ramasse les animaux morts et les amène sur un terrain spécifique où ils sont ensuite enterrés. Il peut gagner, selon l’animal, entre 3 000 et 10 000 yens pour chaque dépouille.
Je me suis dit : voila qui est un peu sec, dépourvu de sentiments. Ce serait bien si l’on pouvait ajouter une petite prière, une petite danse pour l’animal retrouvé. Et pourquoi pas même une amende pour l’automobiliste ou le chauffeur de camion — la personne malheureuse qui a heurté l’animal — afin de financer une petite cérémonie. Ce serait économiquement inutile, mais tellement plus joli. Ou même un petit cimetière pour les animaux. Ce serait très beau.

C’est grave, docteur ? J’ai toujours été comme ça. Et c’est avec cet esprit que j’écris ce blog et que je fais mes BD, où il y a toujours des animaux comme personnages.

Il faudrait que je remette un seau et une pelle à l’arrière de mon camion, je faisais cela à un moment pour ramasser les petits animaux tués sur les routes et les enterrer dans ma montagne.

En ce moment, je travaille à deux projets : la traduction en japonais de ma première bande dessinée Tout ira bien, et ma nouvelle BD sur les Heures oisives de Yoshida Kenkō -Tsureduregusa-. Bon progrès pour les deux.

J’ai vraiment bien fait de quitter mon travail l’année dernière. Il y a un an, le travail — et tout ce qu’il fallait faire autour — occupait mon esprit à 40 %. Et en même temps, l’idée de quitter mon travail en occupait 50 %. Il ne restait plus grand-chose.
Je ne pensais qu’à ça, quitter mon job …

Voila une règle à s’appliquer, si l’on pense plus à quitter son travail qu’au travail lui-même, alors, il faut y aller, et quitter son travail !

Deuxième talk show aujourd‘hui …

Aujourd‘hui, cet après-midi, nous faisons notre deuxième talk show avec monsieur Iwata Kenzaburo, sur le thème des Heures Oisives de Yoshida Kenko (ou Urabe Kenko).

Nous allons couvrir au max quatre textes,

  • 82 laisser une place d’inachevé、
  • 68 les gros radis、
  • 55 comment bien construire sa maison、
  • 74 les fourmis

en fonction du temps que nous passerons sur chacun.

Cela demande beaucoup de préparation, d‘abord pour la sélection des passages, leur compréhension, l‘idée pour un dessin les accompagnant et puis les questions, les thèmes que l‘on veut développer dessus au moment du talk show.

Bien évidement chaque étape me permet d‘apprendre énormément de choses, dans tous ces domaines différents, la compréhension de la langue et de la culture japonaises, la connaissance de l‘histoire, comment «décortiquer» un texte, et en extraire ce qui est aujourd‘hui des pépites et en faire des dessins …

En background les soirs de semaine je me prépare pour les talk shows futurs en lisant d‘autres ouvrages que je voudrais pouvoir aborder même superficiellement, comme le dit des heiké (12è siècle, gros pavé difficile d‘accès), l‘essai d‘esthétique de Tanizaki sur l‘éloge de l‘ombre (cependant ça n‘est pas vraiment de la litérature classique, ça date de l‘avant guerre) par exemple …

Les quatre passages sélectionnés aujourd‘hui: tous ouvrent la porte sur des concepts fascinants

  • 82 laisser une place d’inachevé、–> éviter la perfection
  • 68 les gros radis、–> ne pas sous-estimer l‘importance, la puissance de la foi
  • 55 comment bien construire sa maison、–> garder une pièce vide sans usage prédéterminé
  • 74 les fourmis –> on s‘active tel les fourmis, courant d‘un point A à un point B, mais à la fin c‘est la mort qui nous attend au bout de la route

Mmmm peut-être que, si je continue à travailler pour ces talk shows j‘arriverai à être un peu moins con … ce serait cool !

Ici, la page préparée pour l‘histoire des gros radis … J‘aime beaucoup ce dessin, j‘en suis très content …

L‘histoire raconte comment deux radis viennent défendre un préfet attaqué par des brigands … ce préfet qui depuis des années a religieusement mangé des radis pour son petit déjeuner … ici j‘ai dessiné donc un radis japonais (daikon) vétu d‘une armure, mais une armure européenne, car, pourquoi pas !!!