Tagué: quitter son job

10 000 Heures

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J’ai entendu quelque part que, pour être très bon à quelque chose, il faut y consacrer au moins 10 000 heures.

À vue de nez, ce chiffre a l’air raisonnable.

Par exemple, mon ami Saki‑chan, ancien charpentier, a appris le métier en étant apprenti pendant cinq ans. Cinq ans, ça nous amène à 8 000 ou 12 000 heures — 12 000 s’il travaillait six jours par semaine. Je ne sais pas s’il avait des congés…

J’ai alors fait le compte de toutes les pages de bande dessinée que j’ai réalisées : Tout Ira Bien, 92 pages ; Retour sur Terre, 68 pages ; Continuer, 72 pages ; mon nouveau livre en cours, 88 pages ; et d’autres projets d’illustration. J’arrive à 4 000 heures, grosso modo.

Intéressant, me dis‑je. Je calcule qu’il me faudrait encore 1 000 jours de travail, à raison d’une moyenne de six heures par jour, pour atteindre ce seuil des 10 000 heures. Soit trois ans.

J’ai bien fait d’arrêter mon job à 54 ans. Dans 1 000 jours de travail, j’aurai 58 ans… Faire tout cela après la soixantaine serait sans doute trop tard.

À propos, dans le chapitre 151 des Heures oisives, Yoshida Kenkō écrit ceci :

151 —

Somebody has remarked that if you have not become adept at an art by the time you are fifty, you should give up.

Certes mais l’espérance de vie a augmenté depuis le 14è siècle ….

You do not have the time left to make further efforts worthwhile. People should not laugh at the old. It is painful and off-putting to see old men mixing with society. As a rule, those over fifty are most seemly when they withdraw from all activities and retire to a leisured life, and this is what they ought to do. A man is a fool if he spends his entire life involved with worldly affairs. If there is something you wish to know, by all means ask instruction of others, but once you have grasped the facts well enough to feel clear about the question, pursue it no further. The ideal is not to desire to know in the first place.

Empathie pour le vivant

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Hier, j’ai fini de récolter le maïs. Belle récolte. Et maintenant, il faut manger tout cela. Au menu : du maïs pour les trois prochains jours. Jardiner et avoir un potager, c’est se forcer à suivre les saisons.

Apparemment, il y a beaucoup d’incendies en France en ce moment.

Mes pensées vont aux arbres, aux plantes, aux petits animaux, aux insectes qui disparaissent. Aux personnes qui y perdent leurs biens, leur maison, leurs champs… Aux pompiers qui travaillent avec courage, certainement avec trop peu de moyens et des équipements vétustes. Un pays comme la France, idéalement, aurait tant de Canadairs… qu’on ne saurait plus où les mettre… Mais, les priorités sont différentes.


Cela me rappelle une conversation lunaire avec une collègue australienne, il y a quelques années. L’Australie était alors ravagée par d’immenses incendies. Et elle, à Melbourne, se plaignait de l’odeur. Je m’étais demandé : ma grosse -elle faisait 220 kilos je crois-, tu n’as pas une pensée pour tous ces êtres vivants qui y perdent la vie ? Cela m’avait vraiment choqué.

Elle n’était pas la seule : j’avais remarqué cette absence d’empathie pour le vivant chez certains collègues américains qui vivaient au nord-ouest, dans des régions touchées par les incendies. Ils parlaient simplement de la fumée.

Parfois, j’aimerais que l’on retourne à des périodes ancestrales où l’animal était sacré, où l’on dansait et chantait pour lui. Désormais, tout n’est plus qu’un objet.

Sujet similaire cette semaine : il y avait un entretien de M. Iwata avec un chasseur. C’est la série qui a lieu deux fois par mois dans un café dans un village voisin ou monsieur Iwata s’entretient avec quelqu’un.
Cet entretien portait spécifiquement sur le roadkill, c’est-à-dire les animaux tués sur la route par des véhicules. Dans la région où habite ce chasseur, il existe une procédure : les autorités le contactent, il ramasse les animaux morts et les amène sur un terrain spécifique où ils sont ensuite enterrés. Il peut gagner, selon l’animal, entre 3 000 et 10 000 yens pour chaque dépouille.
Je me suis dit : voila qui est un peu sec, dépourvu de sentiments. Ce serait bien si l’on pouvait ajouter une petite prière, une petite danse pour l’animal retrouvé. Et pourquoi pas même une amende pour l’automobiliste ou le chauffeur de camion — la personne malheureuse qui a heurté l’animal — afin de financer une petite cérémonie. Ce serait économiquement inutile, mais tellement plus joli. Ou même un petit cimetière pour les animaux. Ce serait très beau.

C’est grave, docteur ? J’ai toujours été comme ça. Et c’est avec cet esprit que j’écris ce blog et que je fais mes BD, où il y a toujours des animaux comme personnages.

Il faudrait que je remette un seau et une pelle à l’arrière de mon camion, je faisais cela à un moment pour ramasser les petits animaux tués sur les routes et les enterrer dans ma montagne.

En ce moment, je travaille à deux projets : la traduction en japonais de ma première bande dessinée Tout ira bien, et ma nouvelle BD sur les Heures oisives de Yoshida Kenkō -Tsureduregusa-. Bon progrès pour les deux.

J’ai vraiment bien fait de quitter mon travail l’année dernière. Il y a un an, le travail — et tout ce qu’il fallait faire autour — occupait mon esprit à 40 %. Et en même temps, l’idée de quitter mon travail en occupait 50 %. Il ne restait plus grand-chose.
Je ne pensais qu’à ça, quitter mon job …

Voila une règle à s’appliquer, si l’on pense plus à quitter son travail qu’au travail lui-même, alors, il faut y aller, et quitter son travail !