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Ecrit le 17 octobre au Japon, avant le 17 octobre en France
En prenant des notes ce matin je retrouve le texte de cet article que j’avais écrit le matin du 17 octobre, ici au Japon.
C’était avant que le 18 au matin je ne découvre avec horreur mais sans vraie surprise les nouvelles de France, le chaos dans les rues, les violences, les pillages etc.
Ce pays pourtant qui a tout pour prospérer !
Voici le texte que j’avais écrit le 17 au Japon, avant le 17 en France.
Avant-hier, je suis allé dans une librairie pour voir dans quelle catégorie de livres pourrait se ranger ma nouvelle bande dessinée, celle qui traite du classique Les Heures oisives.
Mon nouveau livre, ça n’est pas vraiment une bande dessinée, ni tout à fait un livre pour enfants. Et il s’inspire de la littérature classique.
Quand je serai prêt, et que je contacterai des éditeurs, il faudra pourtant que j’explique à quoi correspond mon projet, à quel genre il appartient …
Dans cette librairie, j’ai trouvé une étagère indiquée Zatsugaku — 雑学 — ce qui signifie « études diverses ». Je me suis dit que cela correspondait parfaitement à mon projet. D’ailleurs, sur cette étagère, il y avait déjà plusieurs livres sur la littérature japonaise classique et sur le japonais classique. Je me suis donc dit que oui, c’était une bonne catégorie dans laquelle mon projet pourrait entrer.

Le mot zatsu, …
zatsu 雑 veut dire varié, hétérogéne, mélangé … un peu à l’état brut … on le retrouve dans fukuzatsu 複雑 (complexe), mais aussi dans zasshi 雑誌, qui veut dire « magazine ».
Zatsugaku, ça veut dire des connaissances variées qui traitent de sujets très larges mais sans être spécialisé … C’est tout à fait mon truc !
Ce concept me fait d’ailleurs penser aux bandes dessinées de Gotlib, la série des Rubrique-à-brac, où Gotlib parlait de tous les sujets imaginables. J’ai grandi en lisant les Rubrique-à-brac.
Cela m’a rassuré de voir qu’une catégorie existait, et que mon livre pourrait y trouver sa place.
Je me suis aussi baladé dans la section enfants. Et j’ai été très surpris de voir, en tête de gondole, plusieurs livres sur les finances personnelles et les investissements pour les jeunes écoliers. C’est la première fois que je vois ça dans un rayon jeunesse.
Cela m’a rappelé une conversation que j’avais eue avec la directrice du collège du village cet été : elle me disait qu’une personne employée par une société financière était venue faire une présentation aux collégiens sur ce thème.


Qu’est-ce qui se passe ?
La société japonaise a compris qu’avec une population déclinante et vieillissante, le système actuel de retraite ne fonctionne plus. La solution, c’est la retraite par capitalisation. D’où les efforts faits désormais pour informer et éduquer les enfants dès leur plus jeune âge, ici jeunes écoliers, à cette nouvelle mécanique.
Cependant… avec la démographie, on est capable de faire des calculs et de projeter à court terme où on sera dans 10 ou 20 ans.
Alors pourquoi le fait-on seulement maintenant? Les gens un peu plus âgés que moi ne touchent aujourd’hui que des cacahuètes avec leur retraite…. Ce shift vers la capitalisation aurait dû être fait il y a 20 ans ! Même plus tôt! A l’époque, on pouvait déjà comprendre avec certitude la situation démographique actuelle du pays …
La nature humaine … les hommes et surtout peut-être ironiquement les hommes politiques, semblent incapables de se parer pour l’avenir, et semblent uniquement focalisés sur le présent…
À propos de cacahuètes : j’ai récolté celles du jardin. Une récolte assez modeste, mais bonne au regard des efforts (que je n’ai pas) fournis.
Côté lecture, j’ai eu envie de relire un peu en français, pour me reconnecter avec la langue.
Je cherchais des écrits de qualité. J’ai pioché dans mes Pléiades.
J’ai commencé avec quelques lignes de Saint-John Perse, mais … il n’arrête pas tourner autour du pot …
Je me suis alors replongé dans les Mémoires de Charles de Gaulle. Je les avais lues il y a environ 25 ans.
Et tout de suite, j’ai été emporté par la simplicité et la solidité du style, par cette capacité à faire des phrases si bien équilibrées.
Je me suis dit : « Waouh. Quelle maîtrise de la langue et de la pensée. »
Déblocages: La lecture en Japonais
J’ai pu réaliser récemment plusieurs déblocages. En voici un, d’abord, sur le sujet de la lecture en Japonais.
Je vis au Japon depuis plus de vingt ans et pourtant je lis très, très peu en Japonais. En tout cas, je ne lis pas en Japonais pour le plaisir, mais plutôt par nécessité. Ce qui est vraiment dommage et un finit par constituer un handicap.
Le fait que mon travail se fait tout en Anglais n’aide pas du tout. Et en plus beaucoup des infos que je consulte ou consomme sont elles aussi en Anglais, que ce soient des podcasts ou des vidéos sur youtube.
La découverte plus tôt cette année du fanzine de monsieur Iwata a aidé mon cerveau à former de nouvelles connexions. Cet été j’ai lu des recueils de chroniques qu’il avait écrites pour le Kobe Shinbun.
Donc j’avais une pile de héra hera tsushin (le fanzine en question) à côté de mon futon. Un soir que je bouquine avant de me coucher, je comprends tout d’un coup que ce héra héra tsushin que j’aime tant est un peu l’équivalent contemporain des Heures Oisives de Urabé Kenko (14è siècle). Je me suis mis alors à relire les Heures Oisives, en Français. C’est l’un de mes livres préférés et il m’a suivi partout. En le relisant avec énormément de plaisir je découvre qu’il évoque le temple de Engyo ji de Himeji (à 10 km de la maison). J’y prends tellement de plaisir que j’achète une édition de l’époque de Meiji afin d’essayer de me rapprocher un tout petit peu du sujet et de l’esprit …

Cet ancien livre décrit un ancien monde révolu. Et ces belles illustrations. La calligraphie, qui imite une écriture au pinceau et se nomme kusushimoji rend le book tout à fait inbitable au novice que je suis et resterai.
J’ai parlé des heures oisives et des points communs avec héra héra tsushin à Monsieur Iwata et ça lui a fait très plaisir …. il a même mis dans son fanzine une photocopie de mon exemplaire des heures oisives !
(magazine du 27 mai 2024) https://www.hera-hera.net/nikki202405.html#top

Plus tard je lui ai aussi donné un dessin de lui et de urabe kenko dans la même maison, à des époques différentes. Il l’a mis aussi dans son fanzine.
(magazine du 2 août 2024) https://www.hera-hera.net/nikki202408.html

Un autre événement c’est un workshop sur le théatre noh, dans un restaurant pas loin d’ici. Des acteurs de noh viennent nous présenter leur art, en particulier leurs instruments de musique. Au préalable nous devions, les participants, préparer un petit texte sur le noh, ce que j’avais fait avec plaisir …
Le workshop se passe très bien et à la fin nous emportons avec nous les copies des textes écrits par les autres participants. Ma première réaction -typique- était ah non je ne vais pas lire ça (trop difficile). Mais finalement une fois de retour à la maison je me mets à lire les textes écrits pas les autres participants.
En particulier le texte écrit par un participant qui compare l’histoire de la pièce de noh « hachi ki » à certains passages de la bible. Ce texte est magistral et sa lecture me donne beaucoup de plaisir.
Finalement: je me dis: hey, je peux lire des choses « compliquées » comme ça, sans avoir recours au dictionnaire… C’est comme une révélation..!
Pour tester cette « théorie » je vais chercher un roman contemporain; La Fille de la supérette (コンビニ人間, Konbini Ningen). Le texte est simple dans un contexte que je connais et ce livre finalement se laisse lire. Sur les pages je copie les mots et les idéogrammes que j’ignore.

Je lis ce livre avec plaisir. Constater que je peux lire avec un effort raisonnable un roman en Japonais me donne confiance et dissout mes réticences.
Ainsi je peux découvrir de nouveau le Japonais écrit. Et il y a vraiment des pépites à découvrir, dans les expressions et les tournures de phrases. OMG !!
Quel idiot que je suis mais mieux vaut tard que jamais; sans doute absorbé dans le travail et toutes les autres choses, ces 20 dernières années, je n’avais pas essayé vraiment de lire en Japonais.
Or, il y a tant de choses à apprendre.
En même temps, en tant qu’auteur de BD, je me renseigne sur la nécessité de créer une maison d’édition.
Je m’intéresse aussi aux librairies, au Japon. Avec la digitalisation, le vieillissement de la population, et l’accaparement des cerveaux par les smart phones, beaucoup de librairies au Japon ont fermé. En 20 ans, un tiers des librairies au Japon a fermé.
La magie encore de youtube, (cette même magie qui contribue aux faillites de librairies) m’informe que, au milieu de ce marasme, il y a des cas exceptionnels, comme par exemple une librairie ouverte 24 heures sur 24, car elle est jointe à un convenience store (konbini) Family Mart. Ce qui est fou, c’est que cette librairie n’est qu’à 40 km d’ici. Trop curieux j’attends la nuit et je vais voir….

Pour y trouver quelques romans contemporains auxquels je vais m’essayer. Il faut, en effet, continuer à apprendre…



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