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De Trois à Soixante mètres carrés

Comme vous savez je travaille à la maison. Du télétravail.

Mon bureau était installé dans le jardin dans un tout petit espace; de 1 mètre sur 3 mètres. C’était une petite pièce sombre derrière l’atelier, où autrefois les paysans stockaient leurs tsukémonos.

Que d’heures passées dans ce petit espace! Avec vue sur le jardin, la route, la montagne. Ce petit espace si modeste mais tellement à moi; c’est un peu le sommet de ma vie me suis je souvent susurré.

Mais j’ai décidé de déménager mon bureau dans la maison de Mme M.

De 3m2, je passe à 60m2 !

Comme il n’y pas de chauffage je retournerai sans doute passer l’hiver dans mon 3m2.

Installé dans la maison de mme M Je profite de la petite cuisine pour me faire des espressos le matin.

Avoir beaucoup plus d’espace me permet d’avoir un moniteur en plus. Ce qui aide beaucoup.

Une question qui se posait c’était au sujet de la connexion internet. Commander une nouvelle connexion jusqu’à la maison de Mme M serait possible mais couterait 4000 ou 5000 yens par mois. (40 roros). A noter que notre hameau a été équipé de fibre optique récement. Or, il faut toujours considérer les coûts récurrents fixes sur de longues périodes. 40 roros pas mois sur trois ans ça fait 1440 roros.

Une solution beaucoup plus économique (gratuite) était de relier les deux maisons avec un câble ethernet enterré.

A la maison j’utilise ce système très ingénieux de PLC, un boitier transpose les signaux Ethernet sur le réseau de câbles électriques de la maison. Ce qui permet de se connecter ensuite à internet à partir de n’importe quelle prise électrique dans la maison, ou les bâtiments qui lui sont connectés. Celà permet de couvrir une beaucoup plus grande superficie que le wifi.

Arrivée du câble dans la maison de Mme M… il y a avait déjà une ouverture dans le mur de la cuisine, ancienne aération pour le garde manger (avant donc l’apparition des réfrigérateurs)

Je pose donc une de ces prises dans l’atelier dans le jardin, et, de là, pose un câble ethernet enterré qui va relier la maison de Mme M.

Ca marche à merveille et c’est sans coût mensuel.

La maison de Mme M, je pensais au début en faire un café ou une sorte de petite auberge pour les visiteurs égarés … mais avec le connaronavirus … plus la peine d’y penser.

Les journées de soleil j’ouvre grandes les fenêtres des deux côtés, il y a une brise qui vient me caresser les poils des oreilles, on entend le chant de la rivière juste en bas.

C’est vraiment chouette.

Par contre au début avec ma nouvelle installation les voisins se sont inquiétés. Ils ne me voyaient plus dans mon tout petit bureau dans le jardin … et se sont demandé où j’étais… Le prêtre bouddhiste du village m’a appelé pour savoir si j’étais encore de ce monde.

Travailler chez soi, ou télétravail, se généralise avec le connarovirus. Même au Japon les choses bougent en ce sens, on se souvient des annonces récentes de Fujitsu et de Toshiba qui disent réduire leurs capacités de bureaux de façon significative.

Si j’ai un conseil, pour le télétravail, c’est de s’aménager un espace dédié au travail et clairement séparé du privé. Que ce soit dans son garage, ou dans une pièce de la maison inutilisée, dans un grenier sous les toits comme mon ami Franky, ou encore dans un petit abri dans son jardin.

Il est très important de pouvoir complétement séparer le travail et le privé; car sinon les deux vont se déranger les uns les autres. Donc un espace physique purement dédié au travail et cela peut être un placard, hein; souvenons nous d’Arthur Rimbaud qui s’enfermait dans un placard pour étudier les langues étrangères, facilitera la chose. J’étais très bien dans mon bureau de 3m2; peut être même que j’y retournerai d’ailleurs!

Divagations au champagne

Samedi. 4 heures de l’après midi. Nous sommes tous les 3 à la maison. Où sont les chats ? On a débouché une bouteille de champagne. Après 4 heures de travail au champ plus tôt le matin, le champagne coule tout seul.

A côté dans un bol j’ai des cacahouètes récoltées dans le jardin, elles ont séché pendant un bon mois dans le doma de la maison de Mme M.

Je n’avais pas osé penser que la France entrerait dans un nouveau confinement. A quand la fin de cette crise ? Voilà la question que nous nous posons tous. Mon père disait au tél hier que celà pourrait durer des années. Raoult s’est bien planté lorsqu’il affirmait qu’il n’y aurait pas de 2è vague: même les plus grands spécialistes sont pris de surprise.

Le Japon semble miraculeusement épargné. A ce jour il n’y aurait eu que 1700 décès dûs au corona au JP; contre 30 000 en FR.

Les chiffres JP doivent sans doute être revus à la hausse, je ne serais pas étonné que de nombreux décès dûs au corona soient considérés comme liés à une pneumonie. Tactique courante au JP: ne pas parler des problèmes; voilà sans doute le secret du bonheur !

Tout de même je peine à expliquer cette différence entre FR et JP.

Au sujet de la France …; il y a un risque lorsque l’on vit loin d’elle; d’avoir une vue tout à fait fausse du pays. Ne se fier qu’aux nouvelles ‘les news’ serait garder dans son filet uniquement les MAUVAISES nouvelles. (je me tiens au courant en lisant les sites web du figaro et du monde).

Or ce que décrivent le figaro et le monde, n’est autre que la litanie d’un cataclysme permanent ! Parfois je m’amuse à lire les titres les articles les uns après les autres; c’est la fin du monde ! pire que l’apocalyspe!

Mais, pour sûr, la réalité en France n’est pas aussi terrible que ce qu’en disent les médias Français. Au Japon c’est tout le contraire; la réalité n’est pas aussi bonne que ce que décrivent les médias japonais !

Je suis pris à mon propre piège lorsque je me mets à lire les nouvelles. Lire les nouvelles, se tenir informé c’est regarder comme au microscope des mini événements qui appartiennent à de grands mouvements qui comme des pendules font le cercle complet le temps d’une, deux générations.

Nous avons quitté Tokyo il y a 8 ans, nous avons trouvé ce village où nous avons décidé de nous y installer, c’était le début de ce blog, tout celà car nous étions très préoccupés des conséquences posssible de la retombée de césium sur Tokyo suite à l’acciddent nucléaire de Fukushima. Avec cette installation dans le village a commencé pour nous une nouvelle vie où nous avons pu apprendre tellement de choses !

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猫が幸せの道を教えてくれる

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Avec cette nouvelle vie à la campagne, nous nous sommes mis aussi un peu en retrait du monde. Simplement en cessant de prendre le train tous les matins pour aller au boulot, en arrêtant tous ces rituels quotidiens du salary man, en adoptant un rythme différent nous sommes mis un peu en retrait…

Paradoxalement cette vie à la campagne m’a fait me rapprocher de ce qu’ont vécu mes grands parents et arrière grand parents: ici dans notre petit village je me sens plus prêt de la France! (ou disons plutôt de la France dans laquelle je m’identifie). La seule grande différence, entre notre quotidien ici et ce qu’ont vécu mes ancêtres français, c’est l’absence de cochon.

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#ゆでぴ #落花生 #ビール

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Cacahouètes bouillies; bière et un petit feu

Au Japon depuis si longtemps, je suis tout à fait hors jeu. Je suis hors jeu en France car je n’y vis plus, et je suis hors jeu au Japon car j’y suis un étranger biologique.

Se mettre hors jeu n’est pas si mal, on décide de s’éloigner du bruit et des rituels du monde, on se renferme sur soi, tout celà pour continuer son propre chemin.

Ce chemin spirituel. Qui sont les véritables héros modernes ? Je pense que ce sont ceux et celles qui ont choisi d’embrasser une vie monastique. Dans ce monde où tout est matériellement disponible, où l’on peut goûter tant de choses, choisir une vie monastique, n est ce pas un acte révolutionnaire ?

Une bien belle journée

Octobre voilà un bon mois pour visiter ou vivre au Japon. Les nuits sont fraiches, et dans le futon on dort très bien sous quelques couvertures, mais la journée le soleil nous offre une magnifique lumière, dont l’angle met bien tout en valeur.

Hier pour le boulot j’ai travaillé très tard la nuit et aujourd’hui je m’offre (en fait comme chaque jour) une très belle promenade dans notre vallée.

Je commence par aller faire un tour dans notre champ libre.

Je dis bonjour aux pousses d’épinard.

Je salue une grenouille hissée sur une grande feuille de taro. (voir plus bas)

Ensuite pour remarquer l’ail pointer le bout de son nez.

Je continue mon chemin et passe à côté d’un autre jardin où un copain s’active.

C’est un excellent jardinier, c’est un semi pro, et je vais l’observer dans sa récolte de papates douces. Ses patates douces sont énormes !!!

On discute. Ces patates douces dit il sont trop grosses pour être vendues, les gens préfèrent acheter celles de moyen calibre.

Sa rangée de choux aussi fait envie

Après ce beau moment je reprends mon chemin, jusqu’au barrage dans les montagnes.

Sinon cet été je me suis remis à poster des trucs sur instagram. Essayons de poster ici sur ce blog des vidéos prises lors de cette belle promenade.

Ca marche … ici la petite grenouille sur la grande feuille de taro.

Sinon aussi en route il y avait un serpent qui, mort; faisait le régal d’une guèpe.

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#lanature #vivreaujapon #serpent #snake #death #lamort

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Sinon avec le coronavirus. La fin de cette crise n’est pas encore visible. Je vois quand même que le virus fait beaucoup moins de ravage ici au Japon qu’en Europe et aux US. L’histoire du truc qui s’est échappé du marché à Wuhan, personne n’y croit.

Que faisaient ils dans ce labo. Si le virus est beaucoup moins létal qu’au début il fait un véritable ravage dans nos économies. J’ai lu quelque part qu’un cinquième des bouiboui au Japon ne survivront pas à la crise. On peut se poser la question sur les compagnies aériennes également, et beaucoup d’autres secteurs. Il faudra des années et des années pour ‘récupérer’.

Par contre il y a des choses positives; comme l’arrêt du tourisme de masse, et l’essor du télétravail.

C’est grâce à ce télétravail que j’ai pu m’offrir une belle promenade comme celle d’aujourd’hui.

On commence à y voir plus clair (?)

On commence à y voir plus clair ….

L’origine du virus … s’agirait il d’une fuite accidentelle de l’institut de virologie de Wuhan? C’est en tout cas ce que me suggère notre chat Minou.

Minou m’a forwardé de son Ipaw le lien d’un article du Washington Post du 14 avril 2020 qui révèle qu’en 2018 des scientifiques US avaient alerté sur de nombreux manquements de sécurité dans l’institut de virologie de wuhan.

https://www.washingtonpost.com/opinions/2020/04/14/state-department-cables-warned-safety-issues-wuhan-lab-studying-bat-coronaviruses/

Voilà qui serait très compromettant pour le gouvernement chinois.

Entre autres choses les chercheurs de cet institut ont fait de nombreuses études sur les coronavirus présents dans des espèces indigènes de chauve souris. Des chercheurs y ont même mis en évidence la possible transmission du coronavirus de la chauve souris à l’homme. Ont ils fait aussi du gain of function ? recherche où l’on tente de booster la virulence ou la transmissibilité du virus.

During interactions with scientists at the WIV laboratory, they noted the new lab has a serious shortage of appropriately trained technicians and investigators needed to safely operate this high-containment laboratory,” states the Jan. 19, 2018, cable, which was drafted by two officials from the embassy’s environment, science and health sections who met with the WIV scientists. (The State Department declined to comment on this and other details of the story.)

(…) the researchers also showed that various SARS-like coronaviruses can interact with ACE2, the human receptor identified for SARS-coronavirus. This finding strongly suggests that SARS-like coronaviruses from bats can be transmitted to humans to cause SARS-like diseases. From a public health perspective, this makes the continued surveillance of SARS-like coronaviruses in bats and study of the animal-human interface critical to future emerging coronavirus outbreak prediction and prevention.

(…) the Chinese government’s original story — that the virus emerged from a seafood market in Wuhan — is shaky. Research by Chinese experts published in the Lancet in January showed the first known patient, identified on Dec. 1, had no connection to the market, nor did more than one-third of the cases in the first large cluster. Also, the market didn’t sell bats.(…)

The Chinese government, meanwhile, has put a total lockdown on information related to the virus origins. Beijing has yet to provide U.S. experts with samples of the novel coronavirus collected from the earliest cases. The Shanghai lab that published the novel coronavirus genome on Jan. 11 was quickly shut down by authorities for “rectification.” Several of the doctors and journalists who reported on the spread early on have disappeared.

Faudra peut être envoyer la facture au gouvernement chinois … Miaou.

Si l’on peut mieux comprendre d’où vient le virus, on ne sait pas combien de temps tout cela va durer. Et puis, il y aura-t-il une autre vague l’année prochaine?

Ce virus pourrait entrainer de profondes transformations dans nos sociétés et modes de vie. Des transformations qui se feront dans la douleur. Ca on ne sait pas encore.

Si toute cette crise s’éternise, ici au village, nous allons passer au plan B:

Construire un poulailler. Les poules nous donnerons des œufs tout en nous tenant bonne compagnie.

Ce samedi

Hier samedi je commence par faire un tour dans notre montagne. Je fais un peu de rangement. Les mûriers plantés la semaine précédente sont biens.

A faire une pause sur un tronc de cryptomère je remarque la crotte laissée par un petit animal. Et c’est marrant car très souvent après avoir coupé des arbres ou fait un truc dans la montagne, je remarque ces petites crottes.

Salut l’ami !

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De retour au jardin il faut s’atteler à fendre le bois de camphrier. Pour les hivers prochains. C’est un bois qui vrille et donc par endroits il est excessivement difficile à fendre.

Transpiration garantie.

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Après je vais voir notre tas de compost pour y prélever deux sceaux pour faire des semis. Dans le compost je trouve une bonne vingtaine de ces énormes larves. Ce sont je crois des larves de kabutomushi. Je les remets délicatement là où elles étaient, tout en prenant note que si les vivres venaient à manquer cela pourrait faire une belle poêlée, avec un peu de beurre et du sel, en supposant qu’à ce moment nous ayons encore du beurre et du sel… Comme on est au Japon on pourrait sans doute opter pour le sashimi, sauce de soja et wasabi.

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Dans des petits pots je fais quelques semis. Laitue. J’essaie aubergine sans être trop sûr que ce soit le bon moment, c’est peut être encore tôt. Je m’y retrouve pas dans tout ça. En m’occupant ainsi tranquillement une graine de laitue me dit que le coronavirus avec les périodes d’isolement et de lock down va gravement endommager les différentes économies européennes, et que l’Allemagne fera tout son possible pour ne pas renflouer ses voisins imprévoyants, les US auront assez de problèmes à régler de leur côté, la grande bretagne qui a quitté l’union européenne au bon moment restera bien tranquille, et c’est qui qui va pointer le bout de son nez … c’est la Chine, qui tentera d’acheter les infrastructures des différents pays à genou. (comme elle l’a déjà fait avec le port du Pirée en Grèce). Echec et Mat. Voilà la vision d’horreur que me susurre la graine de laitue que je m’empresse de faire taire en l’enfonçant dare dare dans un pot, je saisis l’arrosoir et la noie. Elle agite ses petits bras au début mais résiste moins d’une minute.

Ah les joies du jardinage.

Quelqu’un sonne à la porte. C’est notre voisine, que nous avons rebaptisée Elizabeth, elle a fait un magnifique gâteau à la fraise qu’elle vient nous apporter, pour féciliter notre fils de quinze ans qui fait sa rentrée au lycée. Quelle gentillesse !! Je ne saurai jamais être à la hauteur avec tous ces voisins si attentionnés et généreux.

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Je vais faire un tour et passe devant une vieille maison. Il y a une pelleteuse, ça s’active, oh elle va être démolie. Je discute avec le propriétaire, il me la fait visiter, toujours intéressant de regarder. La maison date de Meiji. L’intérieur de la maison ressemble en tous points à la nôtre.

Je lui dis; pour le prix de la démolition; tu pourrais changer le parquet et goudronner les tôles du toit, mais bon c’est trop tard.

On oublierait que les cerisiers sont en fleur. Avec le coronavirus, le hanami du village a été annulé.

Pour planter des mûriers

Il y a quelques pépites de belles nouvelles quand même, avec cette crise du virus on voit de beaux comportements, les gens qui jouent de la musique ou chantent de leur balcon; le club de foot romain qui apporte de la bouffe à ses fans âgés. Lefigaro parlait aussi quelque part de l’entraide qui se développait entre voisins. J’ai un collègue aux US qui a eu le virus et il est resté en quarantaine chez lui, il me décrit comment ses voisins déposaient de la bouffe au pied de sa porte.

Fondamentalement l’homme a envie d’être sympa mais le mode de vie, la mise en condition, parfois l’en dévient. (c’est le connarovirus).

J’écris tout celà de façon trop légère car avant tout il y a les médecins les infirmiers et tous les personnels qui se dévouent à soigner les malades tout en s’exposant et prenant des risques.

On voit le manque d’anticipation des politiques en Europe, c’est comme si tout le monde y était pris au dépourvu, ha y a pas assez de masques ha y faut faire des milliers de respirateurs alors que tout celà avait déjà commencé en Chine il y a plus de trois mois. Et l’Union Européenne. Je me dis que, pour l’Europe, le virus sera un coup plus dur encore que le Brexit .

Pendant ce temps, Poutine fait un coup de comm’ parfait en déployant des médecins militaires en Italie, et leur matériel, le tout air lifté avec neuf magnifiques IL 76. Démonstration de force.

News du village.

Il y a une vieille maison au toit de chaume qui est en cours de démolition, je me demande si c’est pas pour y construire une nouvelle maison. Il y aurait de nouveaux habitants qui viendraient s’installer ?

Pendant Fukushima en 2011n lorsque les réacteurs nucléaires explosaient nous étions à Tokyo, en plein milieu de la ville et un truc qui me foutait vraiment la pétoche c’était de ne pas être en mesure d’évacuer avec ma petite famille… nous n’avions pas de voiture, les trains sont tout le temps bondés de toute façon et faudrait imaginer tous ces milions de gens qui devraient évacuer en même temps. Ce serait impossible. Et puis, évacuer, vers où?

C’est l’un des trucs que je redoutais le plus. De nous retrouver bloqués.

Nous avons changé de vie depuis, en nous installant à la campagne maintenant ça fait 8 ans, et en effet nous sommes moins vulnérables, moins exposés aux aléas. Nous pouvons nous réchauffer avec notre bois, la rivière à côté apporte quantité d’eau et dans le jardin la nuit on entend les légumes pousser. Par contre en cas de typhon une partie de la montagne pourrait s’écrouler pour nous ensevelir en quelques secondes, faut pas l’oublier.

Nous avions coupé quelques cryptomères dans la montagne. Depuis je les ai un peu arrangés. Pour faire des enclos, pour protéger les nouvelles plantations de ces gros coquins de sangliers. L’année dernière les sangliers ont détruit plusieurs des arbres que j’avais plantés, et pour éviter ça je fais des barricades avec de beaux troncs d’arbres, posés les uns sur les autres, cela devrait constituer une défense efficace pour les mûriers que je souhaite y planter. J’utilise des kasugai 鎹 pièces métalliques en forme de U, comment dit on en français, pour fixer les troncs les uns aux autres.

Je fais deux enclos de un mètre quarante de côté. Je plante un mûrier dans chaque. Les troncs de cryptomère ensemble doivent faire une demie tonne, ça devrait marcher contre les sangliers, et puis bien sûr les filets, contre les chevreuils.

Pourquoi planter des mûriers ? Autrefois il y en avait partout dans la vallée, leur feuilles nourrissaient les vers à soie dont tout le monde faisait l’élevage.

Pourquoi en planter en montagne ? Ca a l’air très compliqué et il n’y a peut être pas assez de lumière. C’est vrai, c’est très compliqué mais bon ! je veux essayer.

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Et puis un autre enclos de quatre mètres sur quatre, pour y mettre deux mûriers et aussi des Yamato imo, un genre d’igname. C’est une expérience, apparement ça pousse très bien en montagne, donc on verra.

Pour ce grand enclos les troncs d’arbre de quatre mètres sont trop lourds à porter, donc je les fends en deux avec une masse et un coin.

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Quel boulot ! Et pour quoi ? Pour le fun ! Je vous dis c’est exténuant de faire tout ça mais travailler comme ça en forêt c’est un vrai bonheur, il y fait bon, marcher sur la terre, entendre quelques oiseaux, transbahuter des trucs ….

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Comment ça se passe ici

On suit avec attention ce qui se passe à travers le monde, on se tient informé de ce qui se passe avec le virus. En Italie, en France, aux US. En Chine plus difficile de savoir ce qu’il s’y passe en vrai avec la censure et la propagande.

Paradoxalement je ne vois pas vraiment ce qu’il se passe au Japon. Il n’y a pas eu de confinement ou lock down et pourtant, malgré la proximité avec la Chine, source de la pandémie, il y a beaucoup moins de cas qu’en Europe. Est ce parce qu’au Japon l’on fait peu de tests ?

Ca ne peut pas être parce qu’ici on ne se fait pas la bise, ou qu’on ne se serre pas la pince …

Du bois pour les hivers prochains, à noter d’énormes branches de camphrier, ramassé dans un chantier. Au fond l’amandier est en fleurs

On voit se développer sous nos yeux trois catastrophes: la première avec les très nombreuses victimes de la maladie, la deuxième la fragilisation des systèmes de santé avec les nombreux médecins et personnels soignants victimes eux aussi du virus (or, il faut dix ans pour faire un médecin), et finalement les retombées économiques et sociales du confinement et de l’arrêt des activités décidés pour freiner les deux premières.

ici du cerisier (ramassé au bord d’un chemin) et des branches de marronnier

Je sais ce que se murmurent entre eux les arbres les insectes et les oiseaux, à savoir que ce coronavirus pourrait les débarrasser des humains qui détruisent leur habitats! On peut les comprendre …

Sous le filet, dans le potager, les brocos attendent de passer à la casserole.

Quand le gouvernement Japonais a décidé la fermeture des écoles, je me suis dis, bon, soyons cohérent avec cette mesure, et réduisons nos déplacements. Contribuons à l’effort. Si bien que je ne quitte notre vallée qu’une fois par semaine au plus, pour faire quelques courses indispensables.

Ce confinement symbolique que je m’impose n’est guère contraignant car nous avons le jardin, notre montagne, sans parler de tous les chemins abandonnés dans la vallée où personne ne passe. On n’est pas à l’étroit.

Dans le jardin, Cette Coccinelle s’est noyée dans un sceau
(photo laissée floue pour épargner les âmes sensibles)

Rien que l’idée de rester au village et d’en limiter mes sorties me procure un grand calme, comme une sérénité. Se laisser un peu moins distraire. Il y a quelque chose bénéfique à ne pas sortir, à ne pas prendre la voiture et à rester dans son jardin, à, comme un chat, se limiter à un territoire bien défini et constant. Et puis, ouvrir un livre ou une bouteille et le territoire s’élargit soudain par magie.

Donc pour limiter les sorties j’ai puisé dans mes souvenirs … mon grand père Jean m’expliquait qu’à travers les âges nous avons pu survivre les crises et les guerres grâce au cochon: dans les campagnes chaque famille avait un ou deux porcs pour la viande de l’année.

Les feuilles de rucola pour faire des salades ou accompagner des spaghettis

Au Japon c’est différent, dans notre village aucune famille n’a jamais eu de cochon (je me suis bien renseigné là dessus) mais, me fiant aux paroles de mon grand père, dès les premiers jours de la crise, il y a un bon mois maintenant, j’ai acheté un jambon italien entier… un gros morceau de bidoche qui en effet nous aide à réduire nos sorties pour faire les courses. On en est arrivés à la moitié. Parce que sinon en effet j’irais à la superette acheter trois petites saucisses par ci, deux petits bouts de gras par là…. et il faudrait y retourner trois jours plus tard…

Pareil pour la bibine; Plusieurs caisses de bière sont venues tenir compagnie au prosciutto dans le frigo…

Dîner ce crise avec nouilles instantanées et une salade du jardin

Mais ces choses matérielles mises à part, comment agir en temps de crise. Tout le monde dans sa vie vit ces moments plus ou moins longs, plus ou moins intenses, de crise, où tout peut basculer vers le néant. Je pense particulièrement à mes amis Syriens dont le pays a été précipité dans une guerre civile terrible (avec l’aide de nos gouvernements) … vous imaginez ce que ces gens ont vécu depuis des années maintenant… Mes grands parents en France tout comme mes voisins les plus âgés ici au village ont connu la guerre. Avant la deuxième c’était la première. Et il y en a eu beaucoup d’autres depuis.

Pour moi le premier moment qui nous a donné un avant goût de la fin du monde et tout remis en question, c’était la catastrophe nucléaire de Fukushima.

Dans ces moments, comment réagir, comment se protéger et protéger ses proches. D’abord il faut je crois s’informer pour pouvoir saisir la situation et bien comprendre les risques. Comprendre aussi comment nos actes peuvent impacter notre entourage. Aussi ne pas céder à la panique tout en acceptant nos propres faiblesses et nos propres craintes, car on est pas des super héros…

En ces temps incertains

Cette semaine

Le printemps arrive à grands pas après un hiver excessivement doux ici.

On sent vraiment les effets des transformations du climat.

Les oiseaux sont de retour, je les observe tous les jours du bureau. Une paire de jumelles permet de zoomer et de les observer en détail.

J’avais mis à leur disposition dans une boite des graines de tournesol, récoltées l’été dernier mais ils n’y ont pas du tout touché.

Ils viennent souvent se mettre à côté d’un sansho, à quatre mètres devant ma fenêtre.

J’apprécie vraiment de pouvoir travailler à la maison cela offre ces petits moments de beauté, impossibles à saisir dans un bureau.

Voilà quelque chose d’ennuyeux quand même avec les chats, ces sacrés chasseurs, c’est que souvent ils ramènent des oiseaux à la maison. Parfois ils ne sont même pas blessés et nous parvenons alors à les attraper dans la cuisine pour ensuite les relâcher.

Si le travail prend vraiment beaucoup de temps, j’apprécie certains moments.

J’aime bien bosser avec les américains, parfois nous passons de bons moments au téléphone surtout qu’au début des réunions on commence toujours par quelques blagues.

Je continue à me promener dans le village

Cette semaine je remarque que les collègues américains me posent des questions sur le coronavirus. J’imagine qu’aux Etats Unis aussi les médias parlent de ce nouveau virus qui se propage, propage, maintenant il a été détecté quasiment partout. Et au Japon aussi chaque jour de nouveaux cas sont annoncés.

On voit ici que les gens s’inquiètent, car il y a une pénurie de masques. Même la superette du village, n’en a plus et les rayons sont vides. Pareil pour les produits pour se désinfecter les mains.

Bientôt les périodes du pollen avec notamment celui des cryptomères (période où beaucoup de personnes se protègent avec des masques) et je me demande comment les stocks de masques vont pouvoir être reformés.

Je suis certain aussi que à Tokyo dans les hautes sphères on commence à s’inquiéter avec les jeux olympiques de cet été et qui ont coûté la bagatelle de 30 milliards de dollars. On peut se rappeler que les jeux olympiques de Tokyo en 1940 avaient été annulés avec la guerre. Bien sûr on espère que cette épidémie va s’enrayer, peut être avec les pluies, peut être avec le changement de température.

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