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Les soucis partent en fumée (tondo)

Le week end de la semaine dernière chaque quartier faisait un tondo, un grand bûcher fait de branches coupées et de bambou. D’un village à l’autre, d’un quartier à l’autre il y a des variations.

Certains villages s’organisent à l’avance et dressent des bûchers tondo magnifiquement arrangées, avec des cordes etc. Certains font un bûcher pour les hommes et un pour les femmes.

Dans notre quartier c’est plus relax, on improvise presque, en montant le bûcher le jour même. On ne fait pas dans la dentelle.

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Et puis une fois tout consumé et transformé en braises, les gens se regroupent et se font des petits barbeculs.

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Tous rassemblés ainsi autour de saucisses et de bouts de viande grillés on passe un moment agréable. Il y a de la bière, du shochu.

La discussion est animée. On parle des derniers événements.

On s’attarde sur l’avenir sombre et incertain, dans ce pays et ces campagnes où les enfants se font de plus en plus rares. C’est la question qui préoccupe tout le monde. Par contre personne n’est en mesure d’expliquer pourquoi le gouvernement et les politiques s’en battent les couilles.

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On me questionne sur les gilets jaunes, et qu’est ce qui se passe avec Carlos Ghosn. On me demande si je connais Carlos, non je connais pas Carlos.

On m’interroge aussi sur la ligne Maginot.

J’explique, puisant dans mes souvenirs de collégien, que les fortifications longeaient essentiellement la frontière allemande car on ne pensait pas que les Allemands oseraient entrer par le côté belge, la Belgique étant alors neutre.

J’ose la comparaison avec les grillages métalliques posés le long du village pour empêcher l’intrusion des chevreuils …. on connaît le résultat …avec les chevreuils qui se baladent dans le village dès que le soleil est tombé.

Une journée agréable et passée en bonne compagnie.

Avoir de bonnes relations avec ses voisins, se savoir entouré de personnes en qui on peut faire confiance, et faire partie d’une communauté solidaire et respectueuse de chacun. C’est si important.

Réflexions sur le tondo

Donc, lundi prochain a lieu le tondo dans le village. Un grand bûcher. Comme chaque début d’année.

Le promeneur remarquera que tout le monde en ce moment veille à tailler les arbres et arbustes des jardins, car lundi ce sont les branches coupées qui alimenteront le bûcher.

Le bûcher va purifier le village, en consummant les branches coupées, mais aussi en consumant les amulettes sacrées, qui doivent être remplacées chaque année.

Autre chose à noter. Dans chaque maison les gens ont le kagami mochi, deux gâteaux de riz superposés qui sont la décoration traditionnelle du nouvel an.

Le jour du tondo, chacun récupérera des braises du bûcher pour faire des barbecues mais aussi pour cuire les kagami mochis et les manger.

C’est intéressant de voir comment tout s’emboite et forme un ensemble très cohérent. On voit là la clairvoyance des anciens qui s’est transmise jusqu’aujourd’hui à travers ces belles traditions.

C’est merveilleux n’est-ce-pas ?

préparations pour le tondo

préparations pour le tondo

 

Tondo, préparation

Le marronnier de la voisine

Donc, on a coupé le marronnier de la voisine lors du nettoyage collectif de la rivière car il encombrait trop et gênait le débit de l’eau (de la rivière).

Un beau marronnier centenaire.

La voisine était triste et aurait préféré le garder et ne pas le couper. Je sentais qu’elle n’était pas tout à fait d’accord avec la décision du chef du village (par contre son mari était d’accord).

Une fois coupé on a transporté les buches jusqu’à la maison.

Le bois était très frais et ma hache suédoise l’a fendu avec beaucoup de facilité. Une vraie entente entre le bois et l’acier. On sentait vraiment qu’il était encore vivant, le marronnier. Il était frais comme un légume que l’on vient de retirer de la terre du jardin. Maintenant le marronnier est saucissonné et rangé dans mon abri bois. Où il va pouvoir sécher tranquillement.

En le fendant j’ai pu observer tous les différents insectes qui y vivaient. C’était impressionnant.

Dans une branche pourrie j’ai vu quelques termites. Cette branche je vais l’apporter au tondo, le grand bûcher annuel du village. Pas besoin de garder ça à côté de la maison trop longtemps.

J’ai trouvé aussi une colonie de fourmis. Les fourmis étaient assez grosses, un centimètre. Et d’une magnifique couleur caramel.

Dans d’autres branches il y avait une autre colonie de fourmis qui elles étaient minuscules, de l’ordre du millimètre.

Dans le bois de marronnier ici on trouve invariablement les galeries creusées par un kamikirimushi. (capricorne). On pourrait y enfoncer le petit doigt. On trouve aussi des larves de capricorne. Je sais que certains ici au Japon les passent à la poêle avec un peu de beurre, ça un goût de noisette dit-on !

Ce beau marronnier était un écosystème à lui tout seul.

La voisine disait que ce marronnier avait été planté par le grand père; elle était vraiment attachée à cet arbre. Malgré son âge avancé elle continuait à descendre dans la rivière pour y récolter ses marrons, malgré la descente acrobatique et hasardeuse le long du mur de pierres, et les gros galets glissants.

En fendant a la hache une partie du tronc j’ai gardé une petite planche. Je l’ai passée au rabot et à la ponceuse. Je vais la donner à la voisine comme souvenir de ce bel arbre.

 

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Cette année aussi, Tondo

Cette année aussi on a fait le Tondo avec les habitants du village.

C’est un grand bûcher, organisé 10 jours après le nouvel an. On assemble du bois ramassé par ci par là et du bambou.

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On y met le feu. L’idée, en ce début d’année; c’est que s’exposer au bûcher, à sa fumée, à sa chaleur; garantit d’être en bonne santé pour l’année.

On jette aussi au feu les amulettes et les décorations utilisées pour le nouvel an.

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Ensuite avec les braises chacun va fait cuire le mochi qui décorait la maison pendant le nouvel an. Kagami Mochi.

鏡餅 かがみもち kagamimochi      ‘mochi du miroir’ pâte de riz gluant utilisée comme décoration pour le nouvel an.

Au village certains en profitent pour faire un barbecue, c’est ce que nous avons fait.

L’occasion de passer un peu de temps ensemble.

L’ambiance est bon enfant. Tous ensemble nous nous sentons en confiance et en sécurité.

Bien sûr l’alcool est là. Il n’y a pas de fête sans alcool.

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T. nous raconte comment, adolescent, il a vécu pendant la guerre. Il était fan d’aviation  et a failli s’engager pour rejoindre les escadrons de kamikazes. Il explique qu’il est bien content, aujourd’hui, de ne pas l’avoir fait.

特攻隊 とっこうたい  kamikaze

H. lui nous raconte que après l’annonce de la capitulation du Japon en 45, avec le célèbre message lu par l’Empereur à la radio, il avait couru informer des soldats qui étaient au sommet d’une montagne à Kobe, et les soldats n’avaient pas voulu le croire.

T. raconte aussi comment autrefois, l’été; on priait pour faire venir les pluies. Les villageois allaient au sommet de la plus haute montagne. Il y faisaient un énorme bûcher et jouaient du tambour toute la journée.

Ma femme lui demande si cela avait quelque effet, et T. répond qu’en effet il pleuvait à chaque fois.

雨乞い あまごい amagoi   prière pour la pluie

和太鼓 わだいこ wadaiko   tambour japonais

T. ne voit pas beaucoup d’étrangers. Je suis peut-être le seul Européen qu’il ait rencontré, et il a plus de 80 ans. Quand on lui demande quel âge il me donnerait … il hésite un peu et dit ‘mmm entre 30 et 60 ans‘ ça laisse de la marge …

Un autre voisin arrive et se joint à nous, fortement éméché. Il nous raconte que sa famille est venue vivre dans le village après la guerre d’Ounin, en 1467. Après celà il s’éloigne un peu pour faire pipi, mais au lieu d’aller vers la montagne pour se dissimuler, il est déjà un peu trop bourré pour ce rendre compte, et va vers des maisons et fait pipi juste devant la route. Je rigole bien et un autre voisin fait la remarque que de toute façon il n’y a pas grand chose à voir.

応仁の乱 おうにんのらん ounin no ran      la guerre d’Ounin

D’autres font allusion aux attaques terroristes qui ont frappé Paris et décimé l’équipe de Charlie Hebdo et pris la vie de nombreux autres innocents.

Le tondo et ces moments que nous passons en paix avec les voisins (ces voisins d’ailleurs pour lesquels je suis un étranger; né en France et arrivé tout d’un coup avec ma femme et mon fils sans aucun rapport avec eux… ni avec leur terre) … eh bien nous buvons et parlons ensemble. Nous nous acceptons les uns les autres avec nos différences de race ou d’âge. Cela ne veut pas dire que nous nous aimons les uns les autres pour autant, mais nous nous acceptons et pouvons discuter librement de choses et d’autres. Et en cas de coup dur nous nous aiderons mutuellement.

C’est ça; la culture, la civilisation.

Ce sont ces mêmes culture et civilisation que les terroristes souhaitent détruire et remplacer par le néant.

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Le ‘Tondo’ (purification)

Le Tondo とんど c’est une fête du village qui a lieu au début de l’année. Je crois que le tondo existe à travers toutes les régions rurales du Japon.
Le but du tondo est de se purifier pour l’année nouvelle. C’est un bûcher haut de six mètres où l’on brûle toutes les amulettes utilisées l’année précédente. On se purifie avec le tondo.
Les hommes commencent par se réunir au petit matin et assemblent la base du bûcher avec de grosses bûches.
Un groupe part en montagne. Ils reviennent avec leurs camions blancs emplis de bambous.
Une fois la base du tondo construite; on dresse des troncs; pour définir une pyramide très aigue.
On prend ensuite trois très longs bambous liés à leur sommet qui vont recouvrir le bûcher. On ajoute de la paille; et beaucoup d’autres bambous.
Une corde sacrée shimewana (七五三縄) nouée au sommet des trois bambous lie le tout en descendant jusqu’à la base du bûcher; en une longue spirale.
Une fois le tondo fini on y dépose toutes les amulettes de l’année précédente; les mamoris, les décorations du nouvel an etc et l’on y met le feu.
Tout le village se regroupe. On amène même les viellards de la maison de retraite d’à côté que l’on fait asseoir sur un banc.
Le tondo, allumé, fait d’énormes fumées qui vont se perdre dans le ciel. On entend les craquements du bambou qui éclate sous la chaleur, on dirait des pétards.
Une fois le feu bien avancé on tente de récupérer des braises et tout le groupe se lance à faire des barbecues. Canettes de bière. Chianti. Saké. Shochu; il y a tout ce qu’il faut. On fait griller les saucisses et les mochis.
Pour un temps les familles se regroupent entre elles et mangent tranquillement, sous les flammes du tondo et le ciel immense.
Un peu plus tard; une fois que tout le monde est bien éméché on se lève et on va voir d’autres groupes; on se mélange. On s’offre des saucisses, des cacahouètes.
On discute; rit beaucoup. Les esprits s’ouvrent avec l’alcool. Occasion de mieux faire connaissance et d’apprendre de nouveaux mots, avec par exemple monsieur T:; 80 ans, en général taciturne mais particulièrement bourré ce jour et qui nous avoue sa passion pour le tetsuman (tetsuya maman 徹夜麻雀):  jouer au mah jong toute la nuit avec des amis. Plus tard il nous offre d’aller chercher des warabis (des pousses de fougère) ensemble dans les montagnes au mois de mai.
Décidément nous n’avons que de belles surprises avec les gens du village.
La communauté du village, voilà un agrément supplémentaire de notre nouvelle vie à la campagne ici au Japon. C’est certainement aussi une des raisons de la longévité spectaculaire des gens ici; la vie dans la communauté permet de tenir, plus longtemps.
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On assemble la base du tondo
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Les trois grands bambous
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une fois le tondo fini, on y accroche les anciennes amulettes
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Le tondo s’embrase.
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Réjouissances.