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2019

Des responsabilités importantes

Nous faisons les motchis avec des amis. Les motchis c’est une sorte de gâteau de riz gluant.

Nous nous sommes rassemblés dans la base secrète de notre ami charpentier; au milieu des bois. On est loin des bruits silencieux du village, on est en plein dans la nature.

Nous sommes une petite quinzaine, l’ami charpentier et son épouse, un jeune couple et leurs deux enfants, venus de Kobé, un couple âgé et la famille de leur fille.

Il y a aussi chacha le chien.

Faire des motchis, on appelle ça le motchi tsuki, c’est une tradition riche de sens, et une véritable industrie.

Il y a en effet une foule de choses à faire pour suivre le processus de fabrication complet. Il faut être efficace car il faut que ça tourne, que le motchi débite.

Sitôt arrivé on m’assigne la responsabilité du feu. Je m’assieds devant trois petits foyers. A ma droite un gros tas de bois. Chêne et chataigner.

mochi tsuki

Ma mission, faire en sorte que les trois foyers soient à pleine capacité à tout instant. Deux foyers à droite sur la photo, sous de grosses marmites, font bouillir de l’eau. Le troisième à gauche produit la vapeur qui cuit le riz gluant, dans les casseroles.

Je me dis, moi, l’immigré du village, on me fait bien confiance en me donnant une telle responsabilité! Je suis tellement intégré, j’en suis désintégré.

De temps en temps le boss vient voir et me donne des conseils. On se tromperait en pensant que s’occuper des trois foyers est une tâche simple et dénuée d’intérêt. D’ailleurs je ne suis pas certain d’être tout à fait à la hauteur.

Sur ce, bonne année à toutes et à tous !

 

Décoration du nouvel an (2)

Décoration du nouvel an

Posée stratégiquement sur un four de charbon de bois, la décoration traditionnelle pour célébrer le nouvel an.

une bouteille de saké 酒

un yuzu 柚子

un kagami mochi (deux gâteaux de riz superposés) 鏡餅

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Cette année aussi, Tondo

Cette année aussi on a fait le Tondo avec les habitants du village.

C’est un grand bûcher, organisé 10 jours après le nouvel an. On assemble du bois ramassé par ci par là et du bambou.

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On y met le feu. L’idée, en ce début d’année; c’est que s’exposer au bûcher, à sa fumée, à sa chaleur; garantit d’être en bonne santé pour l’année.

On jette aussi au feu les amulettes et les décorations utilisées pour le nouvel an.

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Ensuite avec les braises chacun va fait cuire le mochi qui décorait la maison pendant le nouvel an. Kagami Mochi.

鏡餅 かがみもち kagamimochi      ‘mochi du miroir’ pâte de riz gluant utilisée comme décoration pour le nouvel an.

Au village certains en profitent pour faire un barbecue, c’est ce que nous avons fait.

L’occasion de passer un peu de temps ensemble.

L’ambiance est bon enfant. Tous ensemble nous nous sentons en confiance et en sécurité.

Bien sûr l’alcool est là. Il n’y a pas de fête sans alcool.

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T. nous raconte comment, adolescent, il a vécu pendant la guerre. Il était fan d’aviation  et a failli s’engager pour rejoindre les escadrons de kamikazes. Il explique qu’il est bien content, aujourd’hui, de ne pas l’avoir fait.

特攻隊 とっこうたい  kamikaze

H. lui nous raconte que après l’annonce de la capitulation du Japon en 45, avec le célèbre message lu par l’Empereur à la radio, il avait couru informer des soldats qui étaient au sommet d’une montagne à Kobe, et les soldats n’avaient pas voulu le croire.

T. raconte aussi comment autrefois, l’été; on priait pour faire venir les pluies. Les villageois allaient au sommet de la plus haute montagne. Il y faisaient un énorme bûcher et jouaient du tambour toute la journée.

Ma femme lui demande si cela avait quelque effet, et T. répond qu’en effet il pleuvait à chaque fois.

雨乞い あまごい amagoi   prière pour la pluie

和太鼓 わだいこ wadaiko   tambour japonais

T. ne voit pas beaucoup d’étrangers. Je suis peut-être le seul Européen qu’il ait rencontré, et il a plus de 80 ans. Quand on lui demande quel âge il me donnerait … il hésite un peu et dit ‘mmm entre 30 et 60 ans‘ ça laisse de la marge …

Un autre voisin arrive et se joint à nous, fortement éméché. Il nous raconte que sa famille est venue vivre dans le village après la guerre d’Ounin, en 1467. Après celà il s’éloigne un peu pour faire pipi, mais au lieu d’aller vers la montagne pour se dissimuler, il est déjà un peu trop bourré pour ce rendre compte, et va vers des maisons et fait pipi juste devant la route. Je rigole bien et un autre voisin fait la remarque que de toute façon il n’y a pas grand chose à voir.

応仁の乱 おうにんのらん ounin no ran      la guerre d’Ounin

D’autres font allusion aux attaques terroristes qui ont frappé Paris et décimé l’équipe de Charlie Hebdo et pris la vie de nombreux autres innocents.

Le tondo et ces moments que nous passons en paix avec les voisins (ces voisins d’ailleurs pour lesquels je suis un étranger; né en France et arrivé tout d’un coup avec ma femme et mon fils sans aucun rapport avec eux… ni avec leur terre) … eh bien nous buvons et parlons ensemble. Nous nous acceptons les uns les autres avec nos différences de race ou d’âge. Cela ne veut pas dire que nous nous aimons les uns les autres pour autant, mais nous nous acceptons et pouvons discuter librement de choses et d’autres. Et en cas de coup dur nous nous aiderons mutuellement.

C’est ça; la culture, la civilisation.

Ce sont ces mêmes culture et civilisation que les terroristes souhaitent détruire et remplacer par le néant.

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Mochi tsuki et alcool vipèrine

Comme l’année dernière des voisins nous invitent à faire le mochitsuki avec eux.

On cuit à la vapeur du riz gluant, puis on le malaxe et on le frappe dans un mortier. C’est une coutume répandue dans tout le pays (as far as I know).

On en avait parlé l’année dernière dans cet article.

Aujourd’hui il fait beau, et notre voisin nous fait déguster entre chaque mochi, des sakés  qui sont faits dans le village.

Nous passons un bien bon moment. L’excitation et les rires culminent lorsque, de derrière les fagots, surgisse une bouteille d’alcool dans laquelle macère une vipère depuis 7 ans.

On goûte, sans oublier de faire le rapprochement avec le fameux épisode des Bronzés font du ski.

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Petite fête et pensèes noires

Le 30 décembre des voisins nous ont invités à préparer le mochi, une galette de riz gluant, cuit à la vapeur.
On frappe le riz gluant dans un mortier, creusé dans un tronc d arbre (usu) avec un pilon doté d’un manche perpendiculaire que l’on utilise comme une hache (kiné).
L’effort requiert de la force et une bonne synchronisation avec celui ou celle qui entre trois coups de pilon retourne la masse de riz chaud d’un coup de main rapide.

Les voisins sont charmants. Leurs huit chats aussi. Comme depuis peu nous aussi avons un chat à la maison, les sujets de conversation sont démultipliés.
Le couple est retraité. Avec eux, les parents de la dame, le père a 98 ans et manie le pilon, frappant le riz,  avec vigueur et habilité.
Il s’occupe également du feu. Par contre il ne veut pas que je le photographie.

Il fait beau. Leur maison est au bout de la route. Après, c’est la nature. Les quelques maisons en amont ne sont plus habitées depuis des décennies et la nature les croque, les phagocyte petit à petit. Dans cette partie du village il n’y a plus d’enfants, et les jeunes sont partis vers la ville.

Leur maison aussi est très belle. C’est la maison familiale. Au moins 100 ans. Très bien restaurée. La maison est très confortable. Un chat a failli se brûler les pattes en sautant sur le poêle a bois.

Nous passons un excellent moment. Dans 20 ans, le fond de la vallée sera désert peut-être, et la nature reprendra ses droits ? A moins que l’homme de la ville n’en profite pour y construire un immense dépotoir pour y balancer tous les rejets de la ville et des quelques usines qui ne seront pas parties en Chine.
Je ne peux m’empêcher ces pensées noires malgré la beaute du lieu et des gens qui nous entourent.

Nous venons de finir la première fournée de mochi. Quelqu’un passe, un voisin, il est venu apporter des légumes de son jardin. Il nous offre des daikons et des chous chinois. Ses légumes sont magnifiques. Ils sont d’ailleurs passés dans le journal et le monsieur nous montre une copie des articles.

Un autre voisin passe un peu plus tard, c’est le fameux M. M., un forestier, il a plus de 80 ans. Très expérimenté, il était à l’epoque l’un des artisans les plus aboutis dans sa partie. Il a même ete présenté a l’Empereur Showa a l’époque, à qui il a fait la démonstration de son art. On a du lui donner une mé(r)daille.

Après que tout le mochi ait été préparé, nous faisons tous une pause. La voisine apporte une boisson purement succulente. de l’amasaké agrémenté de gingembre. C’est délicieux et j’ai l’honneur de finir la casserole.

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La vapeur cuit le riz gluant

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On frappe la pate de riz avec le kiné

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Il faut le retourner régulièrement, entre deux coups

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Voilà les mochis ! On les passera dans le grille pain ou on les mangera dans une bonne soupe.

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Les tuiles du toit de la maison de nos amis. A l’éfigie d’Ebisu.

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Le chat nous surveille

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Voilà une boisson succulente; parfaite pour les guerriers fatigués. De l’amasaké avec du gingembre.

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les beaux chous chinois du voisin

Le Mochi-Tsuki

Premier dimanche de novembre.

Peu après la récoltes du riz.
Une fête est organisée dans le village. Le Fure ai mochi tsukiFure ai signifie la bonne relation dans le groupe. C’est un peu du bullshit à mes oreilles de français invidualiste. Mochi tsuki, c’est la préparation de boulettes de riz gluant.
La fête est organisée par l’association des habitants du village; l’association des parents d’élèves -appelée PTA Parents Teachers Association-, l’école primaire et le collège du coin, et l’association du troisieme age; appelée sans détour: l’association des vieux.
Comme lorsque l’on tuait le cochon dans mon enfance, les rôles sont repartis clairement entre les hommes et les femmes.
Les hommes s’occupent de faire le feu, de cuire à la vapeur le riz et d’ensuite le frapper avec ces mailleux impressionants, outils de torture moyenâgeux, et que l’on nomme le Kine. On frappe le riz dans un usu.
Frapper le riz demande de la force physique et une synchro parfaite avec l’assistant qui va l’humidifier et le réarranger après chaque coup; sous peine de se faire écraser les os de la main.
En gros, deux hommes s’occupent du feu, deux autres s’occupent de frapper le riz; les hommes se relaient; mais en gros il y a beaucoup de temps mort pour discuter. Les plus vieux restent assis autour des feux et regardent ce qui se passe.
Les femmes elles héritent de tout le reste et s’affairent dans les cuisines. Préparation du daikon oroshi -gros radis blanc rapé et mélangé à la sauce de soja-; du kinako -poudre de soja mélangée à du sucre- et du anko, haricots rouges sucrés.
Dès qu’une  portion de riz est prète, les femmes viennent la chercher et la sectionnent en boulettes, qui seront trempées dans les préparations listées plus haut: les mochis.
Les femmes et les hommes ne se mélangent pas ou presque.
Le tout a lieu à côté de la salle des fêtes du village et lorsque tout est prêt; tout le monde y prend place pour déguster les mochis.
Les enfants sont alignés par terre avec des tables basses. Les parents eux aussi dans une rangée parallèle. Je remarque que les hommes s’assoient ensemble; éloignés des femmes de plusieurs places.
Quant à moi j’ai opté pour le groupe de tables et chaises, pour ensuite apprendre que c’était l’emplacement reservés au vieux. En effet plus pratique plus les 80génaires et 90génaires que de s’asseoir à même le sol pour les tables basses.
Eh bien ces vieux, ces vieillards ont une sacrée  pêche. Ils butent. Rigolent, blaguent.. Au Japon aujourd’hui les vieux ont plus la pêche que les jeunes, et c’est un grave problème pour l’avenir du pays.
En tout cas nous avons passé un excellent moment.
Nous aussi avons frappé le riz et fait démonstration de notre force physique.
Nous faisons vraiment partie de la communauté du village !