Tagué: ferme japonaise

Un coin que j’aime beaucoup

Un coin que j’aime beaucoup dans notre petite vallée.

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Ces trois vielles maisons, inhabitées je crois, avec leur toit pentu, autrefois toit de chaume, recouvert de tôles. Elles sont rudement bien placées, avec la montagne dans le dos mais un peu surélevées… Chaque fois que je passe la en camion ou en vélo je me dis que c’est un coin très chouette.

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L’entrée de la vache

A droite de la porte de notre maison, une ancienne ouverture, à peine obstruée par une vilaine planche de contreplaqué.

C’était, autrefois, la porte d’entrée pour la vache. Les paysans avaient à l’époque une vache pour le travail des champs. Il y avait une pièce pour la vache, située à proximité du doma, l’entrée traditionnelle.

On m’a expliqué que l’on réservait à la vache le meilleur emplacement dans la maison, sage précaution, sachant que la vache était un bien précieux dont dépendait les récoltes.

Cette année nous faisons quelques travaux. Nous avons fait changer les gouttières qui étaient vraiment en fin de vie. Et vous faisons refaire l’entrée de la maison. Certaines parties du mur en terre battue (tsuchikabé 土壁ou arakabé 荒壁) s’émiettaient et il fallait rafraîchir un peu tout cela.

Quand les travaux seront finis l’entrée de la vache ne sera plus visible, il fallait bien écrire un article à ce sujet, donc.

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A droite de la porte d’entrée, l’ancienne porte réservée à la vache de la famille. Les planches de travers seront le support pour poser l’enduit shikkui 漆喰

 

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Before After

A regarder les photos prises avant les travaux et notre installation ici au village, je me dis que nous étions bien courageux, ou désespérés, ou simplement dingues ou tout à la fois, d’avoir plaqué Tokyo et son confort …. pour cette bicoque en bois. Mais nous l’avons achetée, et après quelques travaux .. C’est beaucoup mieux maintenant !

Et nous ne regrettons rien…

BEFORE
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AFTER
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Promenade

 

Franchement, tout est beau. La nature resplendit avec ses palettes de verts. Le mois de mai est décidement un bon moment dans l’année; juste avant la saison des pluies et les grosses chaleurs bien humides de juillet et aout qui suivront.

 

Cette maison me fait penser à la maison dans Totoro. Pas le même style mais peut être la couronne de verdure qui la protège.

 

maison de totoro

 

 

A même hauteur mais de l’autre côté de la rivière, ce morceau de village incrusté dans ses potagers.

On aperçoit la face d’une montagne écorchée, c’est qu’un habitant du village coupe les cryptomères (sugi) pour se construire une maison.

 

maison et jardin

 

Si à partir du pont on va dans la direction opposée, vers le nord, on peut apercevoir ce joli groupe de maisons; entre montagne et rizières.

 

paysage

 

De retour à la maison nous faisons un crochet par le jardin où nous récoltons des radis et une fraise.

radis et fraise

 

Notre maison

Je me rends compte que j’écris beaucoup sur la maison et certaines de ses caractéristiques, mais ne l’ai pas encore montrée dans son entier.

A gauche, le hanaré. C’est là que l’on s’occupait des vers à soie jadis. Et au centre, la maison où nous vivons. Dans le courrant de l’année nous allons faire des travaux et retapper le hanaré afin de pouvoir en profiter.

En ce moment nous travaillons dans le jardin. Nous allons faire un passage avec des traverses en bois qu’un voisin nous a données.

Et oui c’est le printemps et c’est très agréable de passer du temps dehors.

notre maison, une ferme japonaise traditionnelle

notre maison, une ferme japonaise traditionnelle

Le Doma

Ma pièce préférée de la maison, c’est le doma.

Doma s’écrit 土間:
Le premier caractère 土 signifie ‘terre’, le second 間 ‘espace’. Traditionnellement le sol du doma est en effet de terre battue; par opposition aux pièces dont le sol est en plancher ou en tatamis.

Le doma est l’entrée de la maison japonaise traditionnelle.

Chez nous le doma est carré.

Une face du carré est fixe, c’est une cloison, qui avant les travaux donnait sur un débarras. Autrefois ça donnait sur l’étable et la vache Marguerite.

Les trois autres faces du carré sont des cloisons coulissantes.

  • Une vers l’extérieur.
  • Une vers le salon cuisine
  • Une vers le bureau bibliothèque.

Ce que j’aime avec le doma; c’est la transition douce qu’il assure entre l’intérieur et l’extérieur. C’est le sas de décompression entre privé public, entre confort et nature.

Il permet aussi d’accéder directement au bureau ou à la cuisine.
Il est spacieux et l’on peut s’asseoir sur un banc et mettre ses bottes sans se presser.

J’y ai fait d’ailleurs une boite à chaussures qui fonctionne aussi comme un banc. Nous avons mis un autre banc; histoire de prendre ses aises et que tout le monde aie assez de place.

Dans les maisons japonaises contemporaines le doma est remplacé par le genkan; un espace réduit où se chausser et se déchausser est, à cause du manque d’espace, trop souvent un exercice d’équilibre.

Le doma est vraiment adapté à la vie à la campagne.
On peut y poser des légumes fraichement cueillis du jardin, venir avec ses bottes pleines de terre, sans se soucier de salir l’intérieur de la maison.
Idem, le doma se prête à poser le stock de bois de chauffe de la journée. C’est peut-être d’ailleurs un bon équivalent de la cave, car il n’y fait ni trop chaud ni trop froid.

Le doma c’est un art de vivre ancien dont nous sommes bien heureux de pouvoir profiter !

DOMA

Promenade de fin d’après-midi

Janvier.
Fin d’après-midi. On part faire un tour dehors.
chous chinois
Les chou chinois dans les potagers fatiguent. Malgré l’apparente décrépitude ils n’en conservent pas moins toute leur fraicheur; sous les couches superposées de feuilles.
On finit par se déplacer dans le temps.
Les derniers rayons du soleil caressent le chat roux et noir qui somnole sur un tas de fagots. Il est tranquille. Je ne le dérange pas.
chat
Je continue; la route longe la rivière, les maisons se font rares; il n’ya que des potagers, et le chantier d’un voisin qui coupe des cryptomères dans la montagne, pour se construire un chalet. Ce gars là est un pro; il a tout ce qu’il faut et le chantier est très bien organisé.
Un cours d’eau vient d’une autre vallée à gauche et rejoins la rivière. J’entre dans la vallée; plus escarpée; d’emblée plus sauvage. Il y a des maisons. Quelques maisons neuves.
Mais il y a aussi cette épave; une ancienne belle demeure, qui est abandonnée.
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Elle tombe en ruine; tient encre debout comme par miracle. La voiture du proprio, où est-il, attend encore dans le garage qui s’effondre sur elle. C’est un obake yashiki お化け屋敷; une maison hantée. On a soudain l’impression que le temps ici s’est arrêté; car il semble que tout dans la maison soit resté intact.
C’est impressionnant.
Je reviens en arrière et le pont me fait traverser la rivière et rejoindre l’autre rive. La plaine est large, il y a beaucoup de terre, des rizières. Autrefois; ce fut un endroit riche. C’est ce que confirme une ferme magnifique; édifiée au pied de la montagne. L’entrée de la ferme est majestueuse. On pense à un château médiéval japonais. Remarquez la petite porte, à gauche.
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Une bâtisse haute blanche et rectangulaire; faite de terre battue; c’est le kura 倉 conçu pour résister au feu. On y stockait les récoltes du riz. La taille du kura donne une idée de la prospérité passée de la ferme.
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Le corps de ferme est impressionnant. On distingue à gauche un jardin japonais traditionnel, dissimulé derrière de vieux murs de pierres.
Le tout doit avoir 200 à 300 ans. La grande époque. Il n’y a personne. Les habitants doivent être dans leurs champs. Sinon on aurait fait connaissance. On aimerait bien regarder à l’intérieur; voir comment c’est.
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Il fait de plus en plus sombre; le temps de rentrer à la maison et de vérifier les e-mails.
Sur les petites routes le capharnaüm des campagnes, universel.
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évolutions

On estime l’âge de la maison principale -le corps de ferme- à 70 ou 100 ans.

Madame M a 90 ans et affirme l’avoir toujours vue là.
La maison a un plan rectangulaire. Avant les travaux que nous avons effectués, elle était organisée ainsi :
Séparée en deux moitiés; clairement délimités par les différentes hauteurs du plancher.
Moitié gauche sur le plan; quatre belles pièces de tatamis.Les pièces ont de 6 à 8 tatamis.
La pièce le plus à gauche sur le bas a un beau tokonoma fait d’un bois ancien et sombre. C’est là que se dressait l’autel bouddhique butsudan.
Deux engawas assurent la transition entre les mondes intérieurs et extérieurs.
La moitié gauche de la maison contient le doma, la cuisine; la salle de bains et des débarras.
Les toilettes donnent sur l’extérieur. Pour s’y rendre il faut sortir de la maison.
La machine à laver est dehors, à côté de la cuisine.
C’est dans la moitié gauche de la maison que l’on manie l’eau et le feu pour faire cuire le riz et faire la cuisine.
Le doma est l’entrée de la maison. Le sol est en béton brut. On entre dans le doma chaussé, et c’est dans le doma que l’on se déchausse avant de gagner les autres pièces.
Le sol de la cuisine est élevé de 15 centimètres par rapport au doma. Celui des 4 pièces de tatamis et des engawa est plus haut encore et est à 40 centimètres du doma.
Il est clair que le propriétaire avait donné un coup de jeune à la maison dans les années 70. Les moeurs évoluaient, et l’on pouvait s’offrir un peu de confort.
Le propriétaire fait installer une petite salle de bains dans un coin de la cuisine. Il y  fait poser aussi un faux plafond et un nouveau plancher.
Le doma est la porte d’entrée principale et c’est là qu’entraient les visiteurs. Il a fait poser un faux plafond élaboré avec deux hauteurs de plafond et y a accroché un petit lustre, et l’on est a mi-chemin entre la ferme centenaire japonaise et le château de versailles.
Mélange de styles.
Si l’on retire les upgrades des seventies, on peut se faitre une idée du plan original de la maison:
plan d une ferme japonaise traditionnelle

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le plan fait immédiatement penser à celui d’une autre maison. Une maison bien plus ancienne, les gens affirment qu’elle date de mille ans.
On peut la visiter à quelques kilomètres de chez nous, en voici le plan: