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Un coin que j’aime beaucoup

Un coin que j’aime beaucoup dans notre petite vallée.

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Ces trois vielles maisons, inhabitées je crois, avec leur toit pentu, autrefois toit de chaume, recouvert de tôles. Elles sont rudement bien placées, avec la montagne dans le dos mais un peu surélevées… Chaque fois que je passe la en camion ou en vélo je me dis que c’est un coin très chouette.

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légumes de saison

Quand les voisins ne nous en offrent pas, nous achetons nos légumes à la cooperative agricole du village. Ce sont les mêmes villageois qui y vendent les productions de leurs jardins.
Les étiquettes sur les poches plastiques portent le nom du producteur.

Ces légumes ont été ceuillis dans la journée et ils sont délicieux.

Voici ce que l’on trouve, en ce début de novembre.

en haut à gauche : yuzu

en bas à droite : sato imo

Les jardins

Je m’interesse de plus en plus aux jardins des voisins. Comme très souvent au Japon, les gens n’y vont pas à demie mesure dans leurs occupations et sont de vrais pros pour ce qui concerne l’organisation de leurs potagers et du travail nécessaires à leur développement.

On note, là où la rue du hameau courbe vers le petit pont de béton et d’acier, les pierres à aiguiser alignées, au sortir du jardin et au bord d’une canalisation. rien n’est laissé au hasard … et je vois le paysan maintenir le tranchant de ses faux et de ses bèches avec le plus grand soin.

Nous sommes arrivés au village, je venais de lire l’ouvrage remarquable de Sepp Holzer, et celui non moins informatif de Masanobu Fukuoka. Les deux auteurs-gourous-philisophes, chantres de la permaculture, sont très photogéniques sur Youtube.

L’idée de Fukuoka que l’on peut faire pousser plein de bonnes choses avec des rendements raisonnables et un minimum de travail m’a particulièrement séduit. Allez donc savoir pourquoi. J’ai semé de-ci de-là, des haricots rouges, du soja fin juillet. Plus tard fin août je suis passé aux daikons (radis géants japonais). Deux constatations s’imposent.

C’est magique, mais tout a surgi de terre et a poussé.

Patr contre, les haricots par exemple sont peu developpés, à peine s’affirment-ils au milieu des herbes folles, ils sont presque risibles au vu des gigantesques baobabs haricots, qui prolifèrent dans les jardins des voisins.

Une troisième constatation c’est que je me prends au jeu de la compétition, auxquels tous les jardiniers se prêtent sans doute, celui d’avoir un jardin plus beau et plus fourni que celui du voisin.

La réalité n’est pas aussi simple que dans les livres. J’ai beaucoup de choses à apprendre. Je tiendrai ma résolution de ne pas m’emcombrer d’herbicides, de pesticides etc … mais il me faudra observer, et dans tous les cas travailler un peu plus, donner de moi-même avant d’espérer produire des légumes plus beaux et plus heureux.

 

pierres a aiguiser

Tsuchibake

Une vache dans la cuisine

Nous sommes dans le village depuis trois semaines.Les voisins s’habituent à nous et leur réserve s’estompe. On parle plus. On discute. Les coeurs d’ouvrent et c’est le moment de poser des questions sur le village et son histoire.

Dans un post précédant on comparait le plan de la maison avec celui d’une ferme qui date de mille ans, ils sont en effet comparables. La maison de mille ans intégrait une écurie (馬屋).

Nos voisines expliquent qu’autrefois; avant l’apparition des objets mécanisés dans les travaux agricoles, les propriétaires de la maison possédaient une vache; et qu’elle logeait à l’emplacement actuel de la cuisine. Voilà qui renforce la ressemblance de notre maison avec celle de mille ans.

ferme japonaise

ferme japonaise

La maison, ou disons le corps de ferme, est bâtie sur un étage et demi. Toutes les pièces sont au niveau du rez de chaussée et le demi-étage au dessus est une sorte de grenier. Aujourdhui on ne peut y accéder que par le toit. Il y avait sans doute autrefois une ouverture dans le plafond qui permettait d’y accéder avec une échelle. Le grenier est éclairé par deux paires de fenêtres.

Mais à quoi servait ce grenier ou demi-étage ? Les voisins expliquent qu’on y entreposait le foin l’hiver.

Toutes les pièces du puzzle sont là.

Le foin stocké dans le grenier est facile d’accès pour nourrir la vache l’hiver, elle vit à l’emplacement actuel de la cuisine, il suffit de le descendre du grenier.

Le foin offre également l’isolation nécessaire, car les hivers sont froids, et il n’y a presque pas de chauffage, le foin stocké en haut permet au rez de chaussée de garder un peu de la chaleur diffusée par le irori.

Un projet rapide

Si l’idée de quitter Tokyo et d’aller nous installer à la campagne nous trottait dans la tête depuis plusieurs années; il ne nous a pas fallu plus de 4 mois après avoir décidé de partir, pour choisir la destination et de tout mettre en place.

Le choix de la région.

En mai nous sommes partis pour quelques jours de vacances dans la région de Kobe -ouest du Japon. L’île principale du Japon « Honshu » s’étend sur 1600 km avec une largeur maximale de 300 km à la hauteur de Tokyo qui est située au centre de l’île.

Toute la région au Nord-Est de Tokyo a été polluée suite à la catastrophe nucléaire de Fukushima; la moitié du pays a été recouverte d’une couche plus ou moins dense de radioéléments fortement toxiques (césiums 13x, iode131, strontium 90etc); invisibles à l’oeil et aux quatre autres sens. Les options en terme de direction étant donc limitées au Sud et à l’Ouest, et nous avons opté pour l’Ouest, à 600km de Tokyo.

Le choix de la maison.

Au cours des vacances nous avions prévu de visiter une vieille ferme en vente; rencontrée par hasard sur le Net. Nous voulions surtout nous faire un idée. A la première visite nous étions d’accord sur la beauté du cadre; une petite vallée; entourée de vieilles montages couvertes de forêts qui comme les poils d’une bête poussent tout droit. La ferme quant à elle était vraiment vieille et tombait un peu en ruine. Je me suis qu’il serait bien difficile de s’y établir. Une ferme, simple, bâtie sur un étage-et-demi, accompagnée d’une petite bâtisse contenant deux pièces et d’un petit hangar. La ferme aurait entre 70 et 100 ans.

Un grand terrain vient avec elle: un champ et deux rizières; plus qu’il n’en faut, j’imagine dans un élan lyrique, pour nourir une famille de trois personnes.

La maison n’était plus habitée, mais elle était encore encombrée des affaires de la personne très agée qui y avait vécu sans doute toute sa vie et qui l’avait quittée pour une maison de retraite. Une vie modeste, tous les objets étaient simples, propres, usés. On imaginait un vieil homme ou une vieille femme se deplacer presque sans bruit avec des gestes pécis et mesurés.
Parmi ceux là se détachait un énorme autel bouddhique imposant comme une armoire normande;  tout de laque noire et de magnifiques dorures.

L’agent immobilier nous expliqua que l’autel valait sans doute 10 milions de Yens soit 100,000 Euros. L’idée m’est venue un instant de faire une belle table avec les portes de l’autel. L’usage veut cependant que les autels ne voyagent pas d’une famille à l’autre; car ils sont le point de repère, l’ancrage, des esprits des défunts. L’autel a donc fini avec la plupart des autres objets, immolé à la décharge.

Comment définir la valeur d’un objet s’il ne peut ni se donner ni se revendre ?

La situation de la maison est magique. Une petite rivière coule juste au bord du jardin .. qui n’a jamais révé d’avoir sa propre rivière pour y tremper ses pieds l’été ? Elle est située dans un petit village; au tournant d’une petite route; entre deux ponts.

L’achat de la maison

L’agent immobilier, comme tous les agents immobiliers du monde, nous a expliqué qu’il y avait des gens intéressés par la maison et qu’ils étaient sur le point de faire une offre. C’est toujours comme ça. C’est si facile.

Nous aussi on a fait une offre, et on a fini par acheter la maison. Surprise, sans que nous n’ayons rien négocié ni rien demandé, le prix avait baissé de 20 pour cents ! Il a fallu à peu près un mois pour finaliser l’achat et finir les formalités d’usage.

Les travaux

Le cahier des charges était conséquent, il a fallu plus de temps et un peu plus d’argent pour les travaux.

  • nouvelle fosse à merdre
  • changer tous les planchers
  • dégager les plafonds de la cuisine
  • changer la moitié des fenêtres
  • une nouvelle cuisine
  • un nouvelle salle de bain
  • de nouveaux chiottes
  • toute l’installation électrique

Quatre mois

Finalement il nous a fallu quatre mois pour trouver la maison, l’acheter et la retaper. Il reste beaucoup à faire pour commencer notre nouvelle vie, mais nous avons fait le premier pas.

Un nouveau départ

Nous avons vécu plus de 10 ans à Tokyo. J’ai cessé de compter au delà de 10. Je n’ai que dix doigts.

La ville gigantesque fait partie de notre vie. Nous l’avons aimée, vénérée, haie, détestée.

Tokyo est si grande, elle est une planète à part entière.

Elle nous a beaucoup donné et beaucoup pris.

Mais le moment est venu de quitter cette maitresse monstrueuse, et de commencer quelque chose d’entièrement nouveau, avec plus de simplicité, plus de solitude, moins de salary men et de pachinkos.

Nous allons donc vivre à la campagne, dans un petit village, 600 kms à l’ouest du Monstre(1), aux pieds de montagnes fatiguées.

A suivre.

(1) si j’affirme que Tokyo est un monstre, je dois préciser que Paris est un cadavre. pour être juste.