Tagué: vivre avec la nature

Quel beau projet ! (My hero)

Une belle rencontre faite la semaine dernière.

Je faisais un grand tour en vélo. J’avais remarqué cette belle ferme avec son toit de chaume (recouvert de tôles comme il est d’usage). J’étais un peu inquiet, il y avait des travaux, on démolissait une maison attenante.

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J’étais inquiet que cette belle ferme soit elle aussi détruite. Ici on ne pense pas que les maisons durent, et on les rase facilement pour éviter les travaux d’entretien ou même de payer des taxes. Et personne ne s’intéresse à ces fermes.

Avec chacune de ces belles fermes s’en va un vestige des temps passés et une beauté d’architecture, à chaque perte le village perd de son caractère et de son authenticité.

Je m’approche pour en avoir le cœur net. Car les travaux semblent prendre plus de temps que de normale. Il y a un gars qui s’affaire … Il m’appelle, du haut de son échelle ‘hey wakame tamago‘ …

Ah ben, on se connait! C’est monsieur T. Nous avions rencontré son père, un autre personnage hors du commun…! Il est charpentier! Je lui demande ‘qu’est ce que tu trafiques …

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Il a en effet viré une maison des seventies qui était juste à côté de la ferme ….. mais la ferme, il va la restaurer.

Il va la restaurer pour y vivre avec sa famille.

A part la toiture, cette maison ressemble en tous points à la nôtre. Du point de la conception c’est tout à fait pareil. L’entrée, le doma. A droite la pièce où vivait la vache, et la cuisine. A gauche un espace avec quatre grandes pièces de tatami et le tokonoma (où se trouvait sans doute le butsudan). Dans les seventies ils ont dû ajouter une salle de bains … Etonnant que les plans de nos maisons soient tout à fait identiques. Notre maison a peut être 80 ans. Cette ferme de mister T. a plus de 150 ans et date d’avant de l’ère Meiji.

Il a retiré les planchers. On voit les foyers qui ont été arrangés dans l’après guerre, c’était lorsque l’on s’affairait à la sériciculture, l’élevage des vers à soie.

Tout cela me donne la pèche. C’est extraordinaire que T. le jeune charpentier se lance dans un si beau projet. Je suis content de constater qu’il y a des gens qui apprécient les vieilles bicoques … je me sens moins seul!

Ce projet de monsieur T. je vais le suivre à la loupe, et j’écrirai moults articles pour en présenter les évolutions et les partager sur ce blog.

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remarquables charpentes.

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au centre de chaque pièce on voit les anciens foyers utilisés lors de l’élevage des vers à soie.

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le tokonoma

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le vélo a peut être 150 ans aussi …

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Typhon: destruction d’un sanctuaire shintô

Un typhon est passé il y a dix jours. Le vent a soufflé très fort. A certains endroits de la vallée il y a eu des dégâts. Des toitures endommagées. Pas mal d’arbres couchés.

Plus au sud, à 10km, un arbre s’est écroulé sur un sanctuaire shintô (jinja 神社). Shintô cette religion animiste unique au Japon, qui célèbre les déités de la nature. Dans sa chute l’arbre a détruit une bonne partie de ce jinja. Des parties du bâtiments ainsi ont été écrasées comme des mouches mais la petite construction qui abrite la déité a été épargnée, . On en aperçoit bien le petit toit, resté intact, comme par miracle. Je crois que cet élément se nomme justement le hondono 本殿.

Je ne connaissais pas ce sanctuaire. Il est situé à quelques kilomètres au sud de l’entrée de notre vallée, dans un endroit magnifique, comme c’est souvent le cas pour les jinjas. Dans une belle forêt. Il faut quitter un hameau et franchir une petite rivière sur un pont de métal, vert, pour y parvenir.

Des arbres majestueux entourent ce sanctuaire. Dès que l’on pénètre ce lieu on est ailleurs; il y a définitivement quelque chose de spécial, c’est palpable.

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Mais c’est en réalité ce même sentiment qui nous gagne lorsque l’on entre en forêt; le fait de marcher sur la terre molle et vivante des bois, se baigner dans cette lumière soudainement verticale qui s’égoutte sur nous, nettoyée par le tamis des feuilles, vouloir respirer profondément, se mettre aux aguets, dans l’espoir de voir ou d’entendre des animaux; et être aux pieds de ces géants qui nous connectent à la fois à la terre, et au ciel.

Le sanctuaire shintô, le jinja, ainsi placé au pied des arbres, nous rappelle directement au caractère sacré de la forêt. Il y a une interdépendance. Le jinja est sacré car il est dans la forêt. La forêt est sacrée car elle abrite un jinja. Dans le hondono du jinja la déité est symbolisée par un miroir; où la silhouette des arbres et le silence feutré de la forêt se reflètent.

Cette fois-ci cependant avec le typhon et l’arbre qui a cédé sous l’insistance du vent, la forêt a porté un coup fatal au sanctuaire.

Les habitants du hameau tenteront sans doute de le réparer. Affaire à suivre.

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Là où court le chien (et la couleuvre)

Là où court le chien. inubashiri. 犬走

Ainsi appelle-t-on la bande de béton autour des maisons.

Notre maison, une maison japonaise traditionnelle, n’a pas de fondations. Des pierres sont posées à même le sol. Les poutres de bois, du marronnier, s’appuient dessus. Si bien que la maison est à même la terre.

Cette année je me décide à finir la bande de béton autour de la maison. J’avais fait une partie il y a trois ans, côté nord. Cette bande de béton permet d’éviter le développement des mauvaises herbes jusqu’au pied de la maison. Cela fait plus propre.

Je pose donc la bande de béton, au niveau du mur où se connectent les canalisations d’eau. Le tout en écoutant des podcasts de France Culture.  A un endroit, un tuyau affleure au sol, ouvert. Et il arrive une chose amusante.

Un matin, je vois une jolie couleuvre se réchauffant au soleil. Elle est sur le béton coulé la veille. C’est de bonne augure me dis-je. Je me rapproche, curieux, et puis je veux la prendre en photo et hop elle se met a bouger

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..elle est très rapide, moi j’ai pas encore bu mon café …. et la couleuvre s’engouffre dans le tuyau !

Merde me dis je. Je ne vais pas enterrer la couleuvre dans mon béton … d’ailleurs ce tuyau j’ignore à quoi il sert, où il va … , il faut le laisser ouvert et accessible.

Je continue à couler le béton le long de la maison, en préservant un accès au tuyau. Depuis bien sûr je n’ai pas revu la couleuvre …Elle a dû partir c’est certain …

 

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Que c’est beau!

Il a (encore) neigé cette nuit et je vais faire un tour pour profiter de la beauté du paysage. Je sors de la maison et prends la gauche; pour remonter notre petite vallée.

Il est neuf heures le ciel est d’un bleu magnifique. Que c’est beau! Beaucoup de plaisir. Tout est beau. La lumière. Le ciel bleu. La neige saupoudrée qui rehausse et simplifie le paysage.

C’est amusant: notre vallée, que personne ne connait et qui n’intéresse personne. En plus il y a des centaines d’endroits exactement pareils à travers tout le Japon… Mais que c’est beau!

Le village s’éteint petit à petit. Il y a que des vieux qui y habitent, et nous, nous y sommes tombés comme des météorites.

Sur le chemin je vois monsieur O., un autre personnage très sympathique. Il dépoussière la neige tombée sur sa voiture blanche. Toyota. On discute. Lui vient d’Osaka et s’est installé dans le village peu avant nous. Nous sommes tous les deux des citadins convertis. C’est un ancien athlète et expert en bois et menuiserie. Je suis un de ses fans.

Il est aussi sensible à la beauté de tout, ce matin. On parle de la beauté du paysage. La beauté rend heureux.

Lorsque nous vivions à Tokyo; l’accès à la beauté me manquait terriblement. Parfois une jolie paire de fesses ou de jambes. Ca se limitait à ça.

Je continue à monter vers le fond de la vallée. Monsieur M aperçu; 90 ans minimum, il boite, une dent lui reste sans doute; il balaye la neige devant sa jolie maison. Lui il sait comment durer.

Plus loin je continue; au fond, jusqu’au dernier poteau électrique, une maison détruite, un temple abandonné. La énormément d’empreintes d’animaux; déjà on n’est plus chez les hommes.

C’est tellement beau je me dis; dieu existe; il est la. C’est lui qui fait pousser les arbres. L’énergie de la nature. Simplement de nos jours il ne vit plus dans les villes; et lorsque les gens ne le prient pas il se retire en silence sur la pointe des pieds; vers le fond de la vallée; là personne ne l’emmerde, il a besoin que les gens prient pour être; sinon il est mieux avec les plantes et les animaux.

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empreintes … ?

 

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retour … et voila notre maison.

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Au pied de l’arbre sacré

Cette fois-ci pour la branche de l’arbre sacré, j’y vais à la tronçonneuse. Beaucoup trop gros pour scier à la main.

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Il neige légèrement, le sol est mouillé et glissant. Je travaille le plus lentement possible et veille à enclencher le frein de la tronçonneuse entre chaque découpe, pour éviter tout accident.

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Lorsque je tronçonne les parties les plus épaisses, le bois, coupé, apparait dans toute sa splendeur endormie.

Dans une vie antérieure, cet arbre a certainement été un cachalot. C’est vraiment ça ….  ces couleurs, et cette sensation de puissance passive, de force silencieuse: un cachalot!

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Cet arbre est majestueux. On voit bien la branche arrachée par la neige.

 

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La petite construction derrière c’est le sanctuaire qui habite les jizous.

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A ses pieds, on se sent tout petit….

 

Avec le bois obtenu je fais trois aller et retours avec le camion.

 

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Coucou les ours!

Ce matin on reçoit un mail de la police:

12月16日(金)午後8時45分頃、姫路市xxxxc549番地から北東約1キロメートルの道路上において、が出没したという情報がありました。
以下の被害防止ポイントにご注意いただき、目撃した場合は、すぐに110番通報してください。
【被害防止ポイント】
●農道等を通行する際は、ラジオや鈴など音の出るものを携行し、活用しましょう
●夕方から早朝までの間は、人里に出没する可能性が高くなるので特に注意しましょう。
●ゴミを屋外に放置しないようにしましょう。

熊 c’est l’ours

Donc un ours aurait été aperçu à 1km au nord de notre hameau; hier vendredi 16 décembre le soir à 20 heures 45.

Il est recommandé de, si l’on part en montagne, se munir d’une clochette ou d’une radio: le son produit ainsi fait fuir l’ours et évite ainsi d’en rencontrer par surprise.

Je suis donc cette recommandation pour aller travailler dans notre montagne aujourd’hui; et attache une clochette à ma salopette.

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Retourner au village

Après une semaine de boulot a Tokyo, je suis de retour au village.

Ce court séjour à Tokyo m’a rappelé les joies de la ville. Par exemple pouvoir marcher la nuit au hasard dans les rues, observer, explorer. Ou aller prendre un verre avec un collègue après une journée de travail.

Cette semaine à Tokyo m’a presque donné la gueule de bois.

Je suis de retour au village. Aujourd’hui après six heures de réunions téléphoniques, de six heures du matin à midi,  je pars faire un tour à pied jusqu’au fond de la vallée. J’ai besoin de marcher, de me ressourcer et de me resynchroniser avec la vie du village.

C’est une belle marche d’une heure à peu près, et il est si bon de gambader ainsi entouré des montagnes, avec la route qui serpente le long de la rivière qui serpente.

Je continue jusque dans la forêt.

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Et la dernière maison qui tombe en ruine. Le Titanic.

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En levant la tète on peut admirer le ciel. La, je suis de nouveau connecté à l’univers et au cosmos, me dis-je.  Il y a une connexion entre le ciel et la terre que l’on peut sentir.

A cet instant je remarque quelque chose au fond de la rivière. Un bout de bois qui n’en est pas un.

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C’est le bois d’un chevreuil. C’est la première fois cette année que je trouve le bois d’un chevreuil. L’année dernière j’en avais trouvé trois fois, dont une fois avec un crâne entier.

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Intéressant, n’est-ce-pas, que je fasse cette découverte peu après avoir senti cette connexion avec le cosmos…..  oh yeah ! ! !

Par chance encore je porte des bottes et je descends dans la rivière saisir ce précieux présent de Dame Nature.

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Rencontre dans le jardin

Passer à l’orange et accidents de chasse

Cette année j’ai arrêté de porter des treillis militaires pour les travaux du jardin et dans la montagne.

Changement radical de style: Je suis passé à l’orange, et porte désormais des salopettes de cette couleur.

Le but, c’est de repérer facilement les sangsues et éviter que, indétectables sur les motifs de camouflage, elles arrivent à se promener dans mon slip !

sangsue sur salopette

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Question treillis militaire nous aimions bien les camouflages à base de points Flecktarn de la Bundeswehr (allemagne fédérale), avec ce motif qui évoque les forêts de la lointaine Europe. Et aussi la variante désert qui convient très bien à la chaleur de l’été Japonais … mais bon …. par contre essayez de repérer une sangsue se promènant la-dessus …. C’est purement impossible.

camouflage

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Le pratique l’emporte sur l’esthétique.

Un autre soucis c’était d’éviter des accidents lorsque je travaille dans la montagne en période de chasse. Un mouvement, et hop on pourrait être pris pour du gibier et se prendre des plombs. J’avais donc posé la question à un bucheron qui travaille dans la région. Je lui avais demande s’il recommandait d’éviter de porter des camouflages militaires et s’il valait mieux opter pour des couleurs très voyantes. Sa réponse avait plus fait que m’étonner.

Le raisonnement du bucheron: ‘en fait la plupart des chasseurs sont des gens agés. Ils ont une mauvaise vue. Ils tirent plutôt a l’oreille, dans la direction des bruits que ferait un animal dans la montagne. Plutôt qu’un pantalon orange, mieux vaut emporter avec soi une radio, et mettre la musique à fond. C’est le meilleur moyen pour éviter les accidents de chasse (et aussi éviter les ours).’

Etonnant non ?

L’énergie du jardin

Le samedi matin. Marcher dans le jardin. Observer les transformations. Les traces laissées par les visites des animaux la nuit.

Travailler avec la terre et voir celle-ci absorber l’insatisfaction et le stress accumulés pendant la semaine au travail.

On se sent mieux, de façon immédiate. Comme une heure à la piscine.

Les petites poignées de légumes récoltées, je dégage gentiment les scarabées dorés et les punaises multicolores encore accrochés aux feuilles.

legumes juin 2015