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Ma maman

Je suis rentré en France quelques semaines pour visiter ma maman alors très malade, à l’hôpital, à Paris.

Elle nous a quitté fin août.

Beaucoup de tristesse. Un grand vide. Ma petite barque a perdu son ancre.

Même aujourd’hui je ne réalise pas tout à fait encore qu’elle nous a quittés et qu’elle n’est plus de ce monde.

Nous nous somme réunis autour d’elle, la petite famille éparpillée géographiquement que nous sommes – mon père, ma tante, ma soeur, et avons passé les dernières semaines à ses côtés à l’hôpital. Ce furent des moments d’émotions fortes, beaucoup de peine et de tristesse, mais aussi la joie d’être à ses côtés et de pouvoir lui exprimer notre amour. Ainsi, elle n’est pas partie seule.

Je suis passé par plusieurs étapes. Le déni de la maladie: je ne voulais pas accepter la maladie qui prenait le dessus de ma maman; et par la suite la colère, envers cette médecine très technique, mais finalement incapable.

Et puis, finalement l’acceptation de la réalité, avec la réalisation non sans déception que ce monde est sec et que les miracles y sont trop peu. Jusqu’au bout j’espérais une guérison, un renversement, une intervention divine.

Ma maman nous ayant quittés je pense à ce qu’a été le message de sa vie…. L’amour inconditionnel qu’elle nous a toujours donné, nous ses enfants; elle qui dans sa jeunesse en a si peu reçu de ses parents.

Cet été nous sommes donc allés en France deux fois, la première fois en juillet. La deuxième fois fin août après que l’état de ma maman se soit aggravé.

Avant le deuxième voyage, j’ai vu maman en rêve: elle était assise dans un fauteuil confortable, dans une chambre inconnue, décorée d’un papier peint coloré. L’endroit était très lumineux. Nous (la famille) étions en cercle autour d’elle. Elle avait l’air très calme et reposée. Elle a dit: ‘il ne faut pas s’acharner‘.

Toujours avant le deuxième voyage, le jour avant le départ pour la France, je suis allé faire un tour en vélo au fond de notre vallée et ai découvert en montagne un endroit magnifique. Il y avait cette lumière, cette luxuriance de la végétation et la fraîcheur ionisée d’une rivière en contrebas. Sur une souche éclairée par le soleil tamisé, le crâne d’un chevreuil était posé là. Ce spectacle m’a alors empli d’une joie vraie et profonde car j’ai senti que la mort n’existe pas et que tous nous nous retrouvons dans l’énergie de la nature. Photo.

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Dès que j’ai compris en juillet la gravité de la maladie qui attaquait ma maman, j’ai voulu me préparer au pire, et j’ai lu ce fameux livre, Leçons de vie, de Elizabteth Kubler Ross. Ce livre m’a beaucoup aidé à aborder ces moments difficiles. En voici quelques extraits.

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Les patients en phase terminale avec lesquels nous avons travaillé ont réalisé que l’amour est la seule chose qui importe. La seule que nous pouvons posséder, conserver et emporter avec nous. Ces patients ont cessé de rechercher le bonheur à l’extérieur. Au contraire, ils ont appris à trouver richesse et sens dans ce qu’ils possèdent déjà, à en explorer davantage les possibilités. En d’autres termes ils ont abattu les murs qui les empêchaient de profiter pleinement de leur existence.

Face à des circonstances dramatiques, nous pouvons grandir et donner le meilleur de nous mêmes.

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Il existe une partie de vous même qui est indéfinissable et immuable, que ni le temps ni la maladie ni les circonstances ne peuvent modifier. Il existe en vous une authenticité innée que vous emporterez avec vous le jour de votre mort. Pour découvrir qui l’on est, il faut se débarrasser de tout ce qui n’est pas vraiment soi. Lorsqu’on observe les mourants, on ne voit plus les défauts ni les erreurs ni même les maladies. On ne voit plus que l’être humain qui, au terme de sa vie, devient plus authentique plus honnête, plus lui même.

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L’amour n’a rien à voir avec la connaissance, l’éducation ou l’autorité. Il se situe au delà du comportement. C’est en outre le seul bienfait de la vie que l’on ne peut pas perdre. Enfin, c’est la seule que l’on peut vraiment donner. Dans un monde d’illusions; de rêves et de vide, l’amour est source de vérité.

 

 

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Que c’est beau!

Il a (encore) neigé cette nuit et je vais faire un tour pour profiter de la beauté du paysage. Je sors de la maison et prends la gauche; pour remonter notre petite vallée.

Il est neuf heures le ciel est d’un bleu magnifique. Que c’est beau! Beaucoup de plaisir. Tout est beau. La lumière. Le ciel bleu. La neige saupoudrée qui rehausse et simplifie le paysage.

C’est amusant: notre vallée, que personne ne connait et qui n’intéresse personne. En plus il y a des centaines d’endroits exactement pareils à travers tout le Japon… Mais que c’est beau!

Le village s’éteint petit à petit. Il y a que des vieux qui y habitent, et nous, nous y sommes tombés comme des météorites.

Sur le chemin je vois monsieur O., un autre personnage très sympathique. Il dépoussière la neige tombée sur sa voiture blanche. Toyota. On discute. Lui vient d’Osaka et s’est installé dans le village peu avant nous. Nous sommes tous les deux des citadins convertis. C’est un ancien athlète et expert en bois et menuiserie. Je suis un de ses fans.

Il est aussi sensible à la beauté de tout, ce matin. On parle de la beauté du paysage. La beauté rend heureux.

Lorsque nous vivions à Tokyo; l’accès à la beauté me manquait terriblement. Parfois une jolie paire de fesses ou de jambes. Ca se limitait à ça.

Je continue à monter vers le fond de la vallée. Monsieur M aperçu; 90 ans minimum, il boite, une dent lui reste sans doute; il balaye la neige devant sa jolie maison. Lui il sait comment durer.

Plus loin je continue; au fond, jusqu’au dernier poteau électrique, une maison détruite, un temple abandonné. La énormément d’empreintes d’animaux; déjà on n’est plus chez les hommes.

C’est tellement beau je me dis; dieu existe; il est la. C’est lui qui fait pousser les arbres. L’énergie de la nature. Simplement de nos jours il ne vit plus dans les villes; et lorsque les gens ne le prient pas il se retire en silence sur la pointe des pieds; vers le fond de la vallée; là personne ne l’emmerde, il a besoin que les gens prient pour être; sinon il est mieux avec les plantes et les animaux.

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empreintes … ?

 

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retour … et voila notre maison.

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Un Premier Janvier à la campagne

J’ai toujours aimé les fins et débuts d’année au Japon. A Tokyo j’appréciais les rues vides du jour de l’an et la tranquillité soudaine qui enveloppait la ville.

A la campagne ici le premier jour de l’an est encore plus tranquille.

Le matin on mange du sétchi, la cuisine traditionnelle du nouvel an. Ma femme prépare normalement le sétchi, et le ozoni, mais cette année nous avons changé et avons commandé le sétchi  à un restaurant de la ville voisine.

On boit un peu de saké en échangeant les voeux.

Le plat de sétchi est beau et coloré. Il est également chargé de significations. Cela devrait être le sujet d’un article. A réfléchir il y a beaucoup de choses chargées de sens au Japon, au Japon, en fait tout est signes, l’écriture elle-même étant constituée de signes (les idéogrammes).

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En fin de matinée nous partons tous les trois (Minou elle est partie dans la montagne) marcher jusqu’au petit sanctuaire shintô au fond de notre vallée.

A l’entrée de la vallée il y a un sanctuaire beaucoup plus important; les gens se déplacent de loin pour le visiter et il y a moults boutiques de vendeurs ambulants sympathiques, les tékiyas, parfois affiliés aux yakuzas, qui vendent des saucisses; des bananes fourrées au chocolat, des frites ! du calamar frit ! Du bon junk food pour les jours de fête.

A la foule joyeuse du grand sanctuaire nous préférons le calme du petit sanctuaire au fond de la vallée. Il faut grimper un escalier de pierre dans la montagne.

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Le sanctuaire est là; tout beau, avec les magnifiques décorations traditionnelles, les kadomatsu. Tout est propre et bien entretenu malgré la population vieillissante et décroissante. On se sent bien devant le petit sanctuaire. On sent nos coeurs se calmer et se connecter à la terre.

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Ensuite nous suivons un petit chemin dans la forêt. La forêt autour du sanctuaire est protégée, et elle n’a pas été convertie en plantation de cryptomères. Les arbres sont magnifiques. Il y a la un arbre géant. Nous allons le voir. Autour de son tronc une corde shiménawa souligne le caractère exceptionnel et sacré de cet arbre.

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Quel magnifique endroit. Il est intéressant de noter que la foule préfère s’agglutiner autour des fritures et des saucisses. Nous sommes seuls. Ces beaux arbres autour du sanctuaire, forment un véritable power spot. A l’inverse aussi, le sanctuaire a été construit sur un power spot, et le renforce sans doute. Mon cerveau se vide de ses détritus.

Notre fils en voyant le grand arbre dit: on dirait l’arbre de Totoro ! En effet un gros Totoro passerait facilement dans le trou qui le perce.

Vocabulaire

O Sétchi 御節 La cuisine traditionnelle que l’on mange au premier de l’an

Shimenawa 注連縄 La corde ornée de papiers blancs pliés que l’on noue autour des choses sacrées

Tékiya  テキ屋 Les vendeurs ambulants que l’on voit dans les fêtes et les foires

Kadomatsu 門松 Décoration pour le nouvel an, constituée notamment de bambous taillés en biseau.

Energie Solaire et bois de chauffe

La recherche d’opportunités pour trouver du bois de chauffe est constante. Car, en hiver, Calcifer notre poêle à bois a très faim.

Cette fois-ci c’était assez spécial: nous avons reçu l’appel d’une connaissance nous informant d’une gigantesque installation de panneaux photovoltaïques  à 30 kilomètres du village.

Pour ce faire une entière foret a été rasée. Et il est possible d’y aller chercher du bois.C’est un gros chantier avec des pelleteuses et plusieurs dizaines de personnes. Les branches des arbres ont été broyées, et il reste les troncs d’arbres, coupés et rangés en tas réguliers.

L’installation photovoltaïque est impressionnante. La capacité prévue est de 2 Mégawatts. 2 Mégawatts … c’est vingt mille panneaux solaires …

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Pour nous c’est une affaire en or, car il suffit de charger le camion et de prendre tout le bois possible.

Cela pose la question tout de même de l’énergie solaire déployée ainsi à échelle industrielle. L’énergie solaire c’est l’avenir absolument … mais raser des forêts pour poser des milliers de photovoltaïques ? On peut être dubitatif. Est-on condamné à toujours détruire la nature ? Encore la démesure, l’hubris ?

Voir le sol de la forêt, dénudé, écrasé et tassé par les engins est une vision attristante. La vie est partie et la terre meurt.

OK l’énergie solaire est nécessaire pour pouvoir se désengager du nucléaire et du pétrole, ces grands cancers qui dévorent l’avenir du monde; donc cette installation, c’est donc un moindre mal. Mais si quelqu’un venait à me demander mon avis je dirais que je préfère l’installation solaire modeste sur le toit de la maison autonome et pas raccordée au réseau … voila le rêve.

On note le développement exceptionnel du solaire au Japon grâce à une tarification avantageuse et garantie pour 10 ans …. les photovoltaiques poussent partout comme des champignons.

Mais bon pendant ce temps, on a chargé le camion de notre ami. Les essences sont de qualité. Beaucoup de chêne. Le bois coupé au mois de mai a séché pendant l’été. Reste à le couper, le fendre et à le ranger avec amour …. Y a du boulot !

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Lecture: Permaculture

Des notes de lecture pour ce 300ème article !
Après avoir découvert leur fantastique ferme sur youtube (https://www.youtube.com/watch?v=5w3VqluGfGY) j’ai lu le livre ‘Permaculture’ par Perrine et Charles Hervé-Gruyer. Un très beau livre, très bien écrit, avec beaucoup d’intelligence et un bon style. Qui relate le cheminement des auteurs et les diverses réflexions, inspirations et techniques qui ont conduit à la réalisation de la ferme du Bec Hellouin.
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Les passages où l’on évoque les tribus d’Amérique du Sud ou d’ailleurs et où l’on évoque la relation respectueuse et symbiotique de l’homme premier avec la nature sont particulièrement intéressants. Il y a aussi un peu d’utopie. Et pourquoi pas s’offrir une lueur d’espoir. Si il y a de la lumière au bout du tunnel, ça n’est pas forcement un train.
  • Editeur : ACTES SUD (10 septembre 2014)
  • ISBN-10: 2330034342
  • ISBN-13: 978-2330034344
En voici quelques extraits.
(numéro de page non noté)
Nous avons progressivement cessé de croire que nous faisons pousser les plantes. Le potentiel d’une plante est contenu dans la graine; la mission du sol est d’assurer sa germination puis sa croissance. Nous ne sommes que les modestes assistants de ces forces de vie. Notre mission est d’offrir aux plantes les conditions les plus favorables à leur épanouissement. Nous sommes les serviteurs des vers de terre!
p60-61
D’où vient l’inébranlable sérénité des Wayanas ? Cette absence d’angoisse du lendemain ? Du fait que la nature environnante leur donne potentiellement tout ce dont ils ont besoin pour vivre bien, jour après jour. Ils sont entourés d’une nature fertile et ont les compétences nécessaires pour en tirer leurs ressources. Ces deux éléments sont également importants:
la disponibilité des ressources, d’une part, et la capacité d’en tirer profit, d’autre part. Cela explique pourquoi les Améridiens perçoivent la forêt amazonienne comme une mère féconde et généreuse, et pourquoi nous les Blancs lé décrivons souvent comme jungle hostile, l’enfer vert: nous sommes incompétents pour vivre de cet environnement si différent du nôtre!
Chez les Wanayas, quasiment rien ne s’achète, hormis les produits apportés par les blancs qui leur sont devenus nécessaires. Comme les autres peuples premiers, les Amérindiens savent tirer parti des ressources biologiques- bois, plantes, fibres, os, plumes terre- pour fabriquer leurs objets usuels: cases, pirogues, petite mobilier, hamacs, arcs et flèches, vanneries, poteries, objets rituels ….
Ces objets ont tous en commun d’être parfaitement adaptés à leur usage, légers, solides, biodégradables et non toxiques, tout en étant habilement décorés. L’art se conjugue à l’outil jusque dans le plus humble des outils.
Voici qq points essentiels qui différencient nos sociétés modernes et les peuples traditionnels:
Les resources en nourriture, matériaux et énergie sont généralement abondantes dans l’environnement immédiat des communautés tribales.
Ces ressources appartiennement collectivement à la communauté et sont gratuites.
Chaque individu (ou chaque communauté) possède l’ensemble des savoir-faire qui lui permettent de satisfaire à ses besoins essentiels gràce aux ressources naturelles. L’argent n’est donc pas nécessaire, les échanges se fondent sur le don ou sur la réciprocité.
(…)
Tout cela procure un profond sentiment de sécurité. Les peuples premiers ont peu d’objets, réglementées peu comparés à nous, mais ne leur manque de ce qu’il leur est nécessaire pour assurer leurs besoins vitaux: habitat, alimentation, vêtements, outillage (….)
Il convient du reste de relativiser la notion de travail: celui-ci n’a pas le caractère contraignant qu’il revêt chez nous. Chasser, pêcher, cultiver le manioc, fabriquer des outils sont des activités appréciées. Il leur reste quantité de temps libre pour entretenir des relations sociales, célébrer leurs fêtes et leurs rites.
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Se nourrir est un acte aussi intime que faire l’amour.
Quand vous faites l’amour, la fusion est totale. Mais l’intimité des corps va bien au-delà du physique : l’énergie de votre amant vient s’enfoncer profondément dans votre bulle énergétique. C’est pour cela que l’acte sexuel, selon la manière dont il est vécu, peut être source d’immenses bienfaits comme de profonds désordres. Il en est de même à chaque repas. Les molécules ingérées vont beaucoup plus loin que le sperme : elles rejoignent chacune des milliards de cellules qui nous constituent.
Ingurgiter des aliments industriels pollués est une forme de viol de notre corps. Une atteinte à la vie. Donner ces aliments à nos enfants peut être vu comme un assassinat à petit feu. Nous voulons tous le meilleur pour nos enfants, n’est-ce pas ? Devenir plus conscients du rôle de l’alimentation pourra nous aider à faire les meilleurs choix pour eux. L’apprentissage d’une alimentation saine devrait faire partie des fondamentaux de l’éducation, tout comme la gestion du stress et la résolution non violente des conflits. Mais ces choses importantes ne s’enseignent pas à l’école. (….)  Manger est un acte sacré qui devrait être entouré du plus grand respect. Au fond, pour l’acte sexuel comme pour notre nourriture, tout est affaire d’amour.
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Dès nos premières recherches, notre attention est attirée par un système de culture plurimillénaire, sorti de l’oubli par la permaculture: la culture sur buttes permanentes. Cette approche se fonde sur un constant simple: dans la nature, le sol n’est jamais travaillé. De plus, il est généralement toujours couvert par une litière de végétaux en décomposition. En créant des buttes de culture permanentes, nous évitons de détruire le potentiel de fertilité du sol par des passages d’engins mécaniques ou par le bêchage. Les organismes vivants du sol; vers, bactéries, champignons, algues, etc vont pouvoir prospérer et améliorer naturellement la structure et la fertilité du sol. Si de plus le sol est court par un paillis, ou mulch, les éléments fertiles du sol ne sont plus lessivés, les désherbage est réduite, les réserves d’eau du sol sont protégées de l’évaporation, les premiers centimètres du sol ne sont pas stérilisés sous l’action du soleil, et cette litière, en se décomposant, réalise un véritable compostage en place.
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L’industrie, l’agriculture et la pêche contemporaines sont enfermées dans des logiques ‘extractives’, comme des carrières: on puise dans les ressources de la planète, jusqu’à épuisement. Pour assouvir nos besoins et nos désirs, les agriculteurs dilapident les ressources en matière organique des terres arables; les pêcheurs vient la mer des stockes poissons, les industriels épuisent les gisements de minéraux du sous-sol, et nous tous, collectivement, asséchons les réserves d’énergies fossiles. Nous prenons sans rien restituer. Nous vivons sur le capital de la terre, une telle politique est suicidaire.
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L’avenir est à une économie écosystémique, circulaire, qui crée de la richesse à chaque étape des cycles d’échanges, ne gaspille rien, se contente de prélever les intérêts du capital de la Terre. Ce type d’économie s’inspire de la nature et s’appuis sur les forces du vivant, car seul l’organique est capable d’engendre un accroissement naturel des ressources. Il faudra ré-apprendre à vivre presque exclusivement des ressources biologiques, comme le faisaient nos ancêtres.
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Le chômage est un fléau des sociétés industrielles sur le déclin qui semble impossible à contenir. Tous les gouvernements successifs en font leur priorité, avec les résultats que l’on sait. Peut-petre conviendrait-il de prendre un peu de recul  et de considérer l’histoire récente de notre pays ? Au début du XXè siècle un choix politique a été fait: privilégier l’industrie au détriment de l’agriculture. En sous-payant les produits agricoles, on libérait du pouvoir d’achat au profit des biens industriels. En ponctionnant la main d’oeuvre agricole on disposait d’ouvriers pour les usines. L’exode rural et le gonflement des villes allaient dans le sens d’une politque centralisée et d’une certaine vision du progrès.
Nous avons évoqué les 5,45 millions d’emplois agricoles qui ont disparu en France depuis 1955? Ces millions d’emplois détruits correspondent à peu près au numbre de chômeurs actuels. Pourtant, personne ne fait le lien entre les emplois détruits et les emplois manquants.
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‘Les hommes sont comme les pommes: plus on les entasse, plus ils pourrissent.’ affirmait Mirabeau.`
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Les satisfactions sont à la hauteur de l’investissement personnel et des risques encourus -à condition toutefois de surmonter les obstacles et de pérenniser la microferme! Pour nous, vivre dans la nature est la vraie vie, une existence variée et épanouissante qui permet de développer notre potentiel d’être humain. La récompense n’est pas monétaire, elle ne vient pas non plus en termes de reconnaissance sociale car les métiers de la terre restent encore injustement dévalorisés. Elle tient dans la qualité de la vie. L’émerveillement devant le spectacle quotidien de la nature, la brume du matin, les gouttes de rosée, la magie de la germination des graines, les oiseaux pour compagnons, la beauté des légumes et des fruits, la joie de se nourrir de sa propre production, les échanges vrais et sincères avec des personnes hommasses: tout cela n’a pas de prix. Travailler chez soi, être son propre patron, vivre dehors, poser ses choix et en assumer les conséquences donne une vie noble et pleine, même si les soucis sont réels. Les journées sont longues mais, comme l’écrivait John Seymour, le soir venu on se dit ‘déjà fini ?’
Devenir paysan  offre aussi la satisfaction d’engager sa vie au service de la Terre et des autres; chaque geste a du sens et peut contribuer au bien commun. Trouver un but à sa vie, dans un monde caractérisé par la perte de sens, est un privilège.
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Pour une installation maraîchère, lorsque vous parviendrez à produire plus de 25 euros de légumes par mètre carré et par an, en moyenne, et que chaque heure de travail dégagera au moins 15 euros de chiffre d’affaires vous pourrez estimer que vous avez quelques chances d’arriver à vivre (modestement) du métier de maraîcher.
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Habiter la terre en poète ou en assassin ?
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L’être humain a un rôle essentiel à jouer, un rôle positif et constructeur, dans l’avenir de la biosphère. Si la nature nous a dotés d’un cerveau aussi sophistiqué, ce n’est pas pour la détruire en retour, mais pour entrer dans une démarche active de coévolution avec elle. Nous pouvons coopérer avec les processus biologiques pour créer de nouvelles formes de vie et de nouvelles formes d’organisation du vivant. Les jardiniers ne font pas autre chose, lorsqu’ils conduisent des plantes sauvages à donner des fleurs, des fruits, des légumes admirables. Chaque rose parfumée, chaque pomme vermeille, chaque carotte sucrée est le fruit d’une symbiose antre la nature et des générations de jardiniers. La nature n’aurait pas créé sans nous ces fleurs et ces fruits. Mais faut-il encore nous positionner en dehors de la nature ? Nous sommes la nature, sa fine point consciente peut-être, et notre mission est de veiller avec douceur et sagesse sur tous nos compagnons de voyage. Ils n’attendent qu’une chose de nous: que nous devenions vraiment humains, que nous nous ,montrions dignes de cette position unique qui est la nôtre.
Chaque jardin, chaque ferme peut devenir un lieu de guérison du monde et continuer à son embellissement.

Faire feu de tout bois

Aujourd’hui, je reviens d’un long business trip et l’heure passée cet après-midi dans la montagne me permet de me ressourcer et d’oublier la fatigue du long et pénible voyage en avion.

C’est incroyable, vraiment, cette énergie que nous donne la nature. Je descends du bois d’arbres coupés le mois dernier et le charge sur le petit camion keitora. C’est le transfert de fatigue. Le travail physique transforme la fatigue du voyage en une fatigue positive et je me sens très bien.

bois sur keitora

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Notez cet arbre recouvert d’épines, karasuzansho.

カラスザンショウ(烏山椒)、Zanthoxylum ailanthoides.

En tout cas, si l’on veut espérer pouvoir s’en sortir, il faut savoir faire feu de tout bois.

Au sujet de bois, ma femme trouve dans la montagne le bois d’un chevreuil. Elle a le don de trouver des os et squelettes. L’année dernière elle avait découvert le crâne d’un chevreuil.

bois de chevreuil

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Le cerisier éléphant

En explorant un chemin qui part dans la forêt je découvre une magnifique clairière, au bout de laquelle de vieilles tombes sommeillent. Ca n’est pas le cimetière principal du village. Il n’y a que quelques tombes.

C’est un lieu de paix. Le chant des oiseaux. Le calme humide de la forêt. On est totalement avec la nature. Les ancêtres qui reposent ici sont privilégiés. On les envierait presque.

Au pied des tombes s’étend dans un grand creux, une fosse: un ancien champ de théiers.

Là, un immense cerisier est effondré. Des ronces et la jungle un peu partout.

Plus tard je vais voir le chef du village. Et m’enquiers de cet arbre. Il est tombé, tout seul apparemment. Après vérifications je décide de récupérer le bois du cerisier dont Calcifer, notre poêle à bois, sera friand.

Voilà une entreprise un peu ardue pour mon niveau et mon expérience somme toute encore limités.

Il faut:

descendre dans la fosse,

dégager les criptomères effondrés et les ronces qui bloquent le passage,

atteindre le cerisier; tronçonner.

porter le bois jusqu’au chemin;

charger la brouette,

descendre la brouette sur cinquante mètres;

décharger tout;

et ensuite tout ranger dans le camion.

C’est beaucoup de travail, mais comme on voit à chaque nouveau projet, il suffit de chercher le meilleur angle d’attaque et d’y aller, tranquillement; et en faisant attention à ne pas se blesser. A partir de ce point là, il n’y a pas vraiment de risque. Il suffit d’y aller.

Le travail est intense et très agréable. Le cerisier est beaucoup plus grand que je ne l’avais imaginé. Et le bois, bien qu’un peu humide, est en excellent état.

A tronçonner cet arbre géant, j’observe et apprends sa structure. On peut imaginer comment il se dressait et emplissait la clairière de son énergie, avant qu’il ne tombe. Ses branches, énormes, font penser aux pattes d’un éléphant qui se serait échoué ici dans les bois. Je découpe les morceaux de bois avec respect et reconnaissance. A plusieurs reprises d’ailleurs je m’entends dire merci.

Je me dis que ce bois que je vais finir par brûler je le vole à la forêt car sans mon intervention il serait lentement retourné à la terre et aurait nourri des millions de petites bestioles et aurait embelli la forêt une nouvelle fois, de son énergie.

Il s’agit là d’un réel transfert d’énergie. L’énergie de l’arbre que le temps et les champignons et la terre auraient lentement absorbée; je la prends; la mets dans mon camion et Calcifer le poêle à bois nous la restituera sous forme de chaleur.

Les tronçons que je tronçonne. Je pense à ces images abominables des trafiquants d’ivoire (et le roi d’Espagne aussi)  qui massacrent les pachydermes.

Pourquoi l’arbre, éléphant de la forêt, est-il tombé ? Suis-je dans le cimetière des éléphants ?

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Là, deux des six jizos qui marquent l’entrée du cimetière. A leur pied, le cerisier éléphant.

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C’était un cerisier géant.

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que ma tronçonneuse démembre.

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et que je charge dans la brouette bleue.

cerisier éléphant

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Le camion Keitora est plein, bien au delà de sa limite de 350kg.

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Et on range le bois, sous un abri provisoire. Le temps d’agrandir l’abri bois …

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La puissance de la nature

A chaque instant nous sommes rappelés à la puissance de la nature.

1) Des grenouilles; les moriaogaeru (Rhacophorus arboreus), sur la branche d’arbre située au dessus d’un étang, pondent leurs oeufs dans un nuage de mousse blanche. Les têtards; une fois le moment venu, tomberont dans l’eau de l’étang et y continueront leur développement.

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2) Une guêpe a édifié un nid délicat sur le rayon d’une roue de notre bicyclette. Sept alvéoles de papier.

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3) Des guêpes encore ont vu dans les détails de la cloche du temple du village l’opportunité de bâtir avec le moindre effort.

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Vocabulaire

かえる 蛙 Grenouille