Tagué: vie à la campagne

Flash back (1)

Celà fait sept ans que nous nous sommes installés au village. Comme dans beaucoup de choses la continuité paie. Le changement perpétuel, si il a des vertus, a un coût.

Je me replonge dans les photos prises les premiers jours lorsque nous étions venus visiter le village et la maison. Nous étions tombés par hasard sur l’annonce sur le net de cette maison en vente pour une bouchée de pain et avions fait dare dare les 600 km de Tokyo (deux heures en shinkansen) pour aller la voir.

A droite le hanaré que nous avons détruit et remplacé par la suite
A l’intérieur l’ancienne salle de bains
Le truc avec la cheminée c’était pour chauffer l’eau du bain au bois
mur en torchis (土壁)derrière la maison
Une belle installation électrique
A droite, l’ancienne entrée pour la vache

De la belle ouvrage
Un cryptomère pousse dans la goutière
Ceci dit, la toiture de la maison était en excellent état.
Qui aurait dit qu’un jour j’installerais mon bureau au fond de cette construction toute rouillée.

Encore de la récupe et un banc pour le village

Samedi je suis encore allé récupérer du bois de palettes. C’est agréable de retirer des clous avec un gros marteau. Il faisait un peu moins chaud le matin, mais j’étais vraiment crevé à la fin.

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Ça fera trois camionnées de bois. Ce bois de palettes est sale et ne fait pas envie mais après un petit coup de rabot il retrouve sa fraîcheur … Sa beauté intérieure … faut pas se fier aux zaparences. Pareil pour les gens.

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Mais il faut bien retirer tous les clous sinon la lame du rabot s’y casserait les dents.

Je fais un petit banc avec du bois ainsi récupéré.

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Dans le village depuis la fermeture de la supérette il y a deux ans il n’y a plus d’endroit pour se retrouver entre potes et boire un café. Je vais poser le banc à côté d’un distributeur de boissons au bord de la route histoire que les gens y fassent une pause et pourquoi pas entament la discute tranquillement.

J’avais bien remarqué le prêtre bouddhiste du village trimballer des tabourets dans sa voiture, qu’il déploie parfois le matin pour boire un café avec ses amis. Ce sera mieux d’avoir un banc, là, permanent et disponible à tous.

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Sur la longévité (encore)

Dans un article ancien nous révélions les dix règles secrètes de la longévité.

Aujourd’hui lors de ma promenade quotidienne jusqu’au fond de la vallée j’entrevois deux personnes. Nous échangeons quelques propos. Ces deux phénomènes on leur donnerait plus de quatrevingtdixans. Facile. Les regarder à l’ouvrage me rappelle justement ces règles de la longévité.

La première, la dame, est courbée pliée en deux sur la route, au fond de la vallée.

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Elle retire les mousses incrustées dans une fissure du bitume. Sinon la route va s’abimer plus encore, explique-t-elle. A remarquer aussi qu’elle ne jette pas la mousse mais la rassemble dans un petit sac.

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Le deuxième phénomène, monsieur M, ancien bucheron émérite médaillé jadis par l’Empereur Showa, manie avec dextérité sa tronçonneuse et débite un gros mûrier. C’est pour mon poêle a bois dit-il.

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Bref, faut pas arrêter de pédaler sinon on se casse la gueule.

4:30 du matin

Les photos datent d’un mois déjà. De juin.

Avant les premières chaleurs de juillet. Oui les photos et cette promenade c’était le 10 juin. Je m’étais réveillé très tôt, par hasard, à 4 heures trente, au moment du lever du jour.

route au matin

route au matin

Une belle promenade donc. En marchant de la maison vers le fond de la vallée. C’est l’une de mes promenades préférées ici. On monte jusqu’à un très joli hameau. Il y a de belles maisons, dispersées le long de la rivière. Des maisons sont plus anciennes que d’autres, mais elles se fondent admirablement avec le paysage des montagnes et des forêts.

On voit qu’à une certaine époque on vivait pleinement en harmonie avec la nature. Certaines maisons se fondent dans la forêt et ne font qu’un.

la maison se fond dans la montagne

la maison se fond dans la montagne

Plus loin en continuant de suivre la route qui monte on remarque des élevages de poulets désaffectés et détruits. Il y a un temps les oeufs des poules étaient d’or. L’affaire devait marcher et rapporter des sous. Le rapport avec la nature évoluait, avec l’établissement d’une économie d’extraction … des oeufs de poule. Tout cela a périclité.

adieu poulets

adieu poulets

 

Plus loin encore les ombres des dernières maisons. Sans doute les charbonniers ou les bûcherons y vivaient encore il y a 40 ou 50 ans ! L’homme s’est retranché plus bas dans le village, laissant derrière lui toutes ces vieilles épaves et des tas d’ordures.

maison detruite

maison détruite

La nature elle est toujours là. Ici deux cryptomères, plantés de main d’homme pour faire des poteaux électriques, sont encore debout.

Leurs congénères autour d’eux se sont effondrés ou brisés, et l’on voit la forêt se régénérer dans ce qui apparait un fouillis et qui en réalité est un message d’espoir.

la nature

la nature

Extension du domaine de la bûche – Jour 1

Extension du domaine de la bûche -> Extension de l’abri bois situé derrière la maison.

(Pour voir le Jour 2, ici)

Tout le bois récupéré du cerisier éléphant est gardé sous une bâche plastique et avec la condensation ça n’est pas top, il faut le garder sous un abri digne de ce nom pour pouvoir le laisser sécher dans de bonnes conditions.

Le cahier des charges, c’est donc de construire un abri au dessus du tas de bois, car je n’ai pas vraiment envie de déplacer les deux tonnes de bois. Trop dur ! Le bois du cerisier éléphant est contre l’abri bois existant, il suffit donc de construire une extension à celui-ci.

Ce sera fait dans le même style que l’abri existant pour la cohérence et le plaisir des yeux. Matériaux, j’utiliserai les poutres de l’ancienne maison de monsieur S., récupérées il y a deux ans.

Je vais détailler les étapes de ce projet le plus possible car celà peut servir de référence pour quiconque s’attaquant à un projet similaire. Je travaille sur le projet 2 à 3 heures par jour et à quasi temps plein pendant le week end.

Avant chaque jour, dans le bain, je répète mentalement toutes les étapes du jour suivant. Cela me permet d’être prêt et d’identifier en avance la plupart des problèmes possibles.

1) Les appuis. Jour 1

2 – 3 heures.

je commence par installer les appuis sur lesquels l’extension viendra se poser; côté abri existant. Le terrain est constitué de deux anciennes rizières qui étaient à des niveaux différents. L’abri existant est donc situé 30cm plus bas que son extension. Pour éviter de se fracasser le crâne contre les poutres il faut donc que l’extension soit surélevée par rapport à la partie existante.

Pour les fixations je vais au plus rapide et opte pour les plaques de fer et boulons métalliques, plutôt que tenons – mortaises. car celà me prendrait beaucoup plus de temps.

Avant de commencer vraiment j’aurai fait des tonnes de croquis pour voir comment faire ces appuis de la façon la plus simple et la plus solide.

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Une Pause et Echanges

Je prends une pause au travail, 30 petites minutes pour suer un peu et fendre de grosses bûches. En sortant de la maison j’aperçois le voisin affairé au fond de son jardin. Il est assez loin, je pousse la voix pour lui souhaiter une excellente année 2015. Ca donne la pêche de donner la voix. Faut pas se gêner et c’est pour la bonne cause des relations de voisinage.

Je commence à fendre des bûches de chêne, le même voisin arrive avec deux magnifiques yamaimo.

Vocabulaire やまいも 山芋

Dioscorea japonica (non, pas diahrrea japonica). Une sorte d’igname ?

yamaimo

yamaimo

Cette plante est courante au Japon, Corée, Chine et dans une partie de l’Inde.

On discute bien, on parle outils. Hache, tronçonneuse. Nous n’avions pas conversé ainsi depuis longtemps. Je parle de mes petits projets dans la montagne; qu’il connait très bien pour y avoir joué lorsqu’il était enfant.

C’est une personne sensible et intelligente.

Le voisin part; mais revient avec son camion quelques instants plus tard. Il m’offre une hache et un tobi. Ces deux outils ont appartenu à son père qui travaillait dans les bois. Quelle touchante intention. Je ne sais comment le remercier, vraiment, et la seule chose qui me vient à l’esprit est de lui donner un beau morceau de fromage de Hollande.

La hache est superbe. Lourde et longue elle conviendra à fendre les bûches. Elle porte bien les marques de mayoké sur la tête de la hache.

Vocabulaire mayoke まよけ 魔除け

amulette ou protection contre les esprits. Sur la tête de la hache la marque caractéristique demande la protection des dieux de la forêt et l’autorisation de couper des arbres et d’en prendre le bois.

Le tobi ressemble à un pic. Je n’ai jamais utilisé cet outil.

Tobi est l’abréviation de Tobiguchi, 鳶口 qui signifie le bec du milan noir. Cet outil ressemble en effet au bec du rapace. On le plante dans un tronc d’arbre pour le tirer et le descendre de la montagne.

Peut-être même l’outil lui-même a-t-il été conçu en observant et imitant le bec du rapace.

Vocabulaire tobi ou tobi guchi とびぐち 鳶口

hache et tobi

hache et tobi

Extension du domaine de la bûche (1)

Avec le cerisier éléphant et d’autre bois collectés récemment il me faut agrandir l’abri bois. Voila donc un nouveau projet bricolo bricolage, que nous nommerons « Extension du domaine de la bûche », une fine allusion qui m’amuse, au book de Houellebecq, que je n’ai pas lu.

Si la météo est bonne, développements ces prochains jours.

extension du domaine de la buche

extension du domaine de la buche

 

 

Une famille de singes au village ?

Cette semaine, Mrs HH, une habitante du village, a aperçu une famille de singes prendre dare dare la poudre d’escampette. Elle a pu prendre en photo les silhouettes de cinq macaques filant vers les forêts.

Il est rare d’apercevoir des singes ici.

L’année dernière, l’été, j’avais entendu dire qu’un singe avait été aperçu, courant d’un jardin et emportant avec lui une pastèque.

 

Mrs HH a posté la photo sur  facebook et m’a gracieusement autorisé à la poster sur cette page. Merci Mrs HH

 

Vocabulaire: Macaque du Japon -> nihon zaru ニホンザル 日本猿

macaques du japon

macaques du japon

Mister F.

Monsieur F récolte le riz. C’est la saison. Il a une très belle machine. ISEKI FRONTIER FIGHTER 325. Yeah !

http://www.iseki.co.jp/products/combine/comb-hfc/

Il explique qu’ici dans la vallée il y a facilement 3 heures de moins d’ensoleillement et que la production de riz est ici bien inférieure à ce qu’il peut faire plus bas au sud, où la vallée est plus large et les montagnes plus éloignées les unes des autres.

Monsieur F. m’explique aussi que la fameuse maison de mille ans était la maison de sa famille. Nous avons présenté la maison de 1000 ans dans cet article. Sa famille aurait vécu dans le village pendant 63 générations. Des archéologues me dit il ont confirmé que cette maison était bien la plus ancienne que l’on puisse trouver au Japon.

C’est vrai qu’elle est belle la maison de 1000 ans et Monsieur est bien sympa de se laisser prendre en photo comme ça.

 

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Autres portraits

Monsieur H

Madame M

 

Pardon Tortue

Au pied du jardin coule une rivière.

La rive opposée est un terrain large de 3 à 4 mètres que longe la route de l’autre côté.
Je décide de passer cet espace à la débroussailleuse, pour faire place nette et aussi permettre l’eau de la rivière de déborder de ce côté et couler plus rapidement en cas de forte pluie.
Sous le soleil c’est un travail agréable qui finit par être physique. Il faut faire attention aux vipères.
C’est la vraie jungle la nature reprend vite le dessus. En bordure de la route il y a un muret il y a beaucoup de lianes très longues et débroussailler est plus difficile.
A un moment un bruit indique que la lame de la débroussailleuse a tapé quelque chose; comme un morceau de bois.
En poussant du pied les longues herbes coupées; je distingue la carapace d’une tortue.
Merde ! J’ai tapé dans la tortue ?
Elle était contre le parapet en béton sans doute pour récupérer la chaleur du béton chauffé par le soleil.
C’est une très belle tortue et je crois l’avoir déjà vue. Elle était complètement dissimulée par les herbes. Malheureusement, après un long examen de l’animal, je vois du sang et .. je ne vois pas sa tête.
Je sens soudain une absence d’énergie. La présence de la tortue apportait de l’énergie à cet endroit; entre la route et la rivière… et soudainement cette énergie est devenue toute noire et est retombée, retournant à la terre.
Pendant que le Roi d’Espagne trompe sa vieillesse en partant tirer les éléphants je suis triste et honteux de ma faute. Quelque chose a disparu, avec la tortue. A cause de mon manque de précaution.
Je lave la carapace avec de l’eau. Creuse un trou. La puissance de la nature, c’est que les fourmis ont déjà repéré le bel animal mort. Je dépose la tortue au fond du trou que je rebouche.
Plus tard dans la journée mon fils rentre de l’école. Je lui raconte ce qui s’est passé. Nous allons prendre une pierre et un gros marqueur. Nous posons la pierre sur la tombe.
Mon fils dépose une fleur. Je fais une prière.
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Le terrain, entre la route et l’eau.
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La tombe de la tortue.