Tagué: vie de village

Notre formidable voisine

On sonne à la porte, c’est notre voisine. Elle a un seau plein de légumes; elle nous les donne. (problème de surproduction)

Aubergines; poivrons, châtaignes. mmm on va bien se régaler avec ces bons légumes. Magnifiques…

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Cette voisine est très drôle. Je m’entends bien avec elle.

J’étais allé réparer la tombe de ses ancêtres cet été.

En plus d’être une excellente jardinière, elle a un sens de la plaisanterie très poussé. On blague beaucoup tous les deux.

Dans la bande dessinée sur laquelle je suis en train de travailler, ‘Histoires Naturelles’ qui retrace notre vie au village, je la présente d’ailleurs…. La voila:

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Encore de la récupe et un banc pour le village

Samedi je suis encore allé récupérer du bois de palettes. C’est agréable de retirer des clous avec un gros marteau. Il faisait un peu moins chaud le matin, mais j’étais vraiment crevé à la fin.

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Ça fera trois camionnées de bois. Ce bois de palettes est sale et ne fait pas envie mais après un petit coup de rabot il retrouve sa fraîcheur … Sa beauté intérieure … faut pas se fier aux zaparences. Pareil pour les gens.

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Mais il faut bien retirer tous les clous sinon la lame du rabot s’y casserait les dents.

Je fais un petit banc avec du bois ainsi récupéré.

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Dans le village depuis la fermeture de la supérette il y a deux ans il n’y a plus d’endroit pour se retrouver entre potes et boire un café. Je vais poser le banc à côté d’un distributeur de boissons au bord de la route histoire que les gens y fassent une pause et pourquoi pas entament la discute tranquillement.

J’avais bien remarqué le prêtre bouddhiste du village trimballer des tabourets dans sa voiture, qu’il déploie parfois le matin pour boire un café avec ses amis. Ce sera mieux d’avoir un banc, là, permanent et disponible à tous.

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Réparer la tombe chez la voisine

La famille de la voisine est établie dans le village depuis 800 ans. Ce sont des descendants  des Heiké.

Dans leur jardin derrière leur belle maison il y a un tumulus, au sommet duquel des pierres marquent le coup. Cinq pierres posées les unes sur les autres. Sans doute reposent là les ancêtres qui sont venus se réfugier dans notre petite vallée, au 12è siècle.

Mais voila; les chevreuils qui viennent la nuit n’ont aucune manière et ne savent pas se tenir, le respect des ancêtres ils n’en ont rien à battre. Eux ils s’intéressent qu’aux pâquerettes, ils vivent dans le présent. Et ils font tomber les pierres sur le tumulus et c’est le bordel.

Et donc la voisine m’a demandé de fixer les pierres avec du ciment, histoire que les ancêtres soient tranquilles. Ce qui est chose faite.

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Travaux collectifs: le nettoyage de la rivière

Une fois l’an, un dimanche après midi en décembre, tous les habitants du village se regroupent pour le nettoyage de la rivière. (voir aussi l’article écrit en 2012 sur le même sujet !)

Ici dans cette région du Japon les précipitations peuvent être soudaines et très importantes. Il y a aussi les typhons. Il est crucial que la rivière soit propre et qu’aucun obstacle ne vienne à freiner son débit. Sinon, il pourrait y avoir des désastres, comme  des débordements, des inondations avec des maisons emportées par les flots déchainés ou encore l’effondrement de berges ou de ponts.

Le nettoyage de la rivière, c’est un événement important. Ca n’est pas unique; au Japon c’est très répandu je crois. Qu’en est-il dans les campagnes de France et d’ailleurs ?

En tout cas on peut apprécier de voir la petite communauté prendre le sort de sa rivière en main et unir ainsi ses forces cet après midi d’hiver, sans utiliser les resources ou les services de la municipalité, de la région ou de l’état. On n’est jamais mieux servi que par soi-même.

Tous les hommes se regroupent. On est en habits de travail. Tout le monde porte à sa ceinture une serpe kama 鎌, ou bien une hachette nata 鉈, ou encore une scie noko 鋸.

Le chef du village aura décidé des petits groupes qui vont se répartir le travail à différents endroits le long de la rivière. Puis on va couper les bambous ou encore retirer les poubelles ou les branches de bois mort qui encombrent le lit de la rivière. Tout le monde est très bien organisé. Il y a ceux qui descendent dans la rivière pour couper et tronçonner, il y a ceux armés de leur petits camions keitora dans lesquels ils vont charger toutes les coupes pour les emmener ailleurs, là où on ira faire le tondo plus tard en janvier.

Cette année notre équipe était chargée de couper et débiter un vieux marronnier dont le tronc courbe venait freiner le débit de la rivière pendant les grandes pluies. Je suis triste de voir couper ce bel arbre. Je voulais nettoyer la rivière, pas vraiment voir couper d’arbres. Mais bon, cet arbre, un typhon aurait pu l’arracher, et il aurait pu alors se ficher sous un pont et qui sait alors si le pont aurait pu résister à la puissance décuplée de l’eau. Le malheureux marronnier, finira d’ailleurs dans notre tas de bois pour être jeté dans le ventre de calcifer.

Après deux bonnes heures de travail on se retrouve tous au foyer du village, les hommes s’asseyent d’un côté et les femmes de l’autre. La bière, le saké, le shochu. Des bouts de cochon, une soupe, une salade de pattes mmm quel régal. Les gens sont de bonne humeur. C’est une petite fête.

Quel bon moment en bonne société!

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« Rinpochou » ou chef de quartier de village

Bon, depuis, les singes sont partis.

Parlons un peu de l’organisation des villages japonais.

Le village est organisé en sous districts géographiques qui comptent jusqu’à quarante, cinquante foyers.  On appelle le chef de district jichikaichou. 自治会長

Plus bas dans la hiérarchie, c’est le rinpo. 隣保 Notre rinpou compte quatorze foyers. Peut-être qu’on traduirait ça comme chef de quartier. Chaque année un chef de rinpo est désigné et on l’appelle le rinpochou. Cette année c’était notre tour. C’est d’avril à mars donc nous avons bientôt fini.

La fonction du rinpochou n’est en rien honorifique. Plusieurs tâches incombent en effet au rinpochou. Mais les détails varient d’un rinpo à l’autre et l’explication qui suit ne s’applique donc pas à tous les rinpos du Japon. Mais c’est pour vous donner une idée.

Collecte mensuelle d’argent. On va visiter chaque foyer pour collecter les contributions mensuelles à différents budgets.

Le budget du jichikai qui finance les activités de celui-ci. celà paie les frais de fonctionnement et alimente un fond pour financer des travaux ou des réparations dans le village.

Le budget du hanami. Chacun cotise 300 Yens par mois soit 3 Euros, pour la réunion annuelle du village sous les cerisiers en fleurs. Grande fête largement arrosée.

Le budget de voyage, pour ceux qui le souhaitent, c’est une cotisation mensuelle pour financer un voyage que les habitants du rinpo feront ensemble; une fois tous les cinq ans.

Le budget de la soirée annuelle. Pour ceux qui le souhaitent encore, pour un grand diner, une fois par an, dans une auberge de la région.

Ensuite, il y a distribution de certains courriers,

la lettre mensuelle de la municipalité,

la lettre mensuelle de l’école (oui, l’école fait une lettre mensuelle, préfacée par le directeur de l’école et composée d’articles écrits par les élèves, et cette lettre est distribuée à TOUS les habitants du village). On voit vraiment l’inclusion de l’école et des enfants dans la vie du village.

Il y a aussi les magasines mensuels des différents organismes agricoles.

Le rinpochou est aussi un relais d’information.

Dans le cas d’un décès dans un autre rinpo du village; le rinpochou est tenu d’informer tous les foyers de son groupe.

Si il y a décès dans le rinpo même alors le rinpochou est investi de la mission importante de représenter les habitants du rinpo aux obsèques. Il s’agit d’accueillir tous les visiteurs lors des cérémonies et de recevoir, compter; garder les centaines d’enveloppes apportées par les visiteurs. Chaque enveloppe contient de l’argent liquide et le rinpocho sera seul à garder ce précieux magot lorsque tout le monde sera parti; pendant la crémation du défunt, pour le remettre ensuite officiellement à la famille endeuillée, en mains propres.

Cette année alors que nous étions rinpochou il y a eu un décès dans notre rinpo et nous avons en effet tenu ce rôle.

On voit donc que le rôle de rinpochou est important, et qu’il faut l’accomplir sérieusement si l’on veut préserver la confiance de ses voisins.

Voilà aussi ce qui peut expliquer qu’il peut être difficile de s’établir dans un village au Japon. Car lors des moments difficiles comme lors d’obsèques, tous les habitants doivent pouvoir se faire entièrement confiance et compter sur les autres. On peut donc comprendre qu’il puisse y avoir une méfiance ou des réserves envers un inconnu qui viendrait s’installer.

Le rinpo, c’est comme un grande famille. Avec beaucoup d’occasions de rire et de passer des moments agréables, mais aussi éventuellement lors d’évènements graves et importants.