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Feuilleter tranquillement un magazine

Voici ce que m’écrit mon ami et mentor F. qui est de retour en France pour quelques jours, pour ses affaires immobilières.

C’est le gros bordel en politique mais dans la rue les gens parlent de viande et de boire un café. Le matin les enfants courent à l’école.
Mais le peuple se passionne pour la question politique. Graffitis sur les murs adoptent un langage d’un autre temps: Peuple, lutte, justice. On invente des chansons de marche.
Et puis au soir revenu, échaudés, ils rentrent chez eux border les enfants et se coucher.
Oh là là, France!

Nous on est toujours au village et à midi nous sommes allés déjeuner dans un restaurant, paisiblement. En attendant les beignets de crevettes je feuillette un magazine, et découvre quelques pépites.


En fait le tout formule un résumé des choses que j’aime au Japon. Le raffinement, la cuisine et l’alcool, et puis ce côté délirant où beaucoup est permis et où on frôle parfois le mauvais goût.


Le magazine que nous avons eu le plaisir de feuilleter.
Une dame de 81 ans qui joue du piano.
Dans un pays où il y a peu d’enfants et où l’on vieillit bien.
Quelques jolis récipients pour le thé
Magnifique petit déjeuner
La pub pour un pyjama très confortable, dans le style ‘prisonnier politique’. (Zek, заключённый). Pour seulement 150 Euros.
Sushi de crevette, et une photo qui donne envie de boire du saké.
‘Emmanuel et les gilets jaunes’
Madame Kuwada 91 ans va dans les montagnes récolter des feuilles de bambou pour faire des boules de riz qu’elle vend dans les trains.
On peut penser au système de retraite Japonais mais en vérité, ne pas s’arrêter est une clef de la longévité.
Raffinement extrême et esthétisation de la crevette, ici en sashimi, avec des feuilles d’or.
On se marre!
Jolie mise en page.
Présentation d’un poissonnier sympathique qui porte les sandales de Saint François d’Assise.
(ce qui est tout à fait rarissime, vu que les poissonniers au Japon portent toujours des bottes blanches)
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Le soba de monsieur H

De bonne heure le matin je passe devant chez monsieur H. Il est sept heures. C’est samedi et il prépare les nouilles de sarrasin, le soba, pour son restaurant. Je m’incruste un peu et lui demande de me montrer comment il s’y prend.

Beaucoup de restaurants de nouilles ici ajoutent de la farine de blé à celle de sarrasin. Cela permet de réduire les coûts de revient et facilite aussi le process, car les nouilles sont moins cassantes. Par contre le goût et la texture sont très différents. On appelle les nouilles soba faites uniquement avec du sarrasin juuwari, ce qui signifie dix dixièmes. En général c’est signe de qualité, et de dextérité de la part du préparateur.
Si vous allez manger du soba dans un tachigui, ces restaurants fast food pas chers que l’on trouve dans les gares et où l’on mange debout, vous pouvez être sûrs que beaucoup de farine de blé a été ajoutée et que la portion de sarrasin correspond au minimum syndical…
H. après avoir pris sa retraite, s’est installé dans le village et a construit un chalet. Il est ensuite parti apprendre l’art des nouilles de sarrasin soba auprès d’un grand maître. Un peu comme dans la série Kung-Fu avec David Carradine donc.
Quand je suis arrivé chez K, il avait déjà fini le pétrissage. J’ai donc assisté, en compagnie de son chien si drôle, aux étapes qui suivent.
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Voilà !
Vocabulaire
Soba (Sarasin) そば 蕎麦
100% sarasin じゅうわり 十割

Monsieur H.

Quelques mots sur monsieur H qui habite dans le hameau.

Chauve, court et costaud. Visage rond. Lunettes. Plus de 70 ans. Son chien est un french bull dog du nom de Gonta.
Monsieur H a été architecte dans une grande société de construction de Osaka. En charge de la construction de digues et de ports il a voyagé partout dans le Japon. Il a une fille qui vit à Osaka. Son épouse est décédée il y a plusieurs années et il vit seul avec son chien.
Monsieur H s’est installé dans le village il y a 10 ans.
A sa retraite il achète un grand terrain, où il construit lui-même sa maison avec l’aide d’amis. Belle bâtisse dans un style alpin, entièrement construite avec des troncs d’arbres de pin, coupés dans les montagnes avoisinantes. Il nous explique que le bois de pin japonais est supérieur à celui produit au Canada, que le bois du Canada peut gonfler jusqu’à 7 pour cents de sa taille pendant les différentes saisons japonaises, alors que le pin japonais est beaucoup plus stable.
Après avoir achevé sa maison il y a installé au rez de chaussée un restaurant de soba, ou nouilles de sarrasin. Son restaurant est ouvert les samedis et dimanches. Son soba est délicieux. Il fait les nouilles de soba lui-même dès 5 heures du mat’. Signe de sa dextérité, il n’ajoute pas de farine de blé et ses nouilles sont 100 pour cent sarrasin.
Voilà deux très belles réalisations, la maison qu’il a conçue et construite, et le restaurant qu’il a monté. Un bel exemple de ce que l’on peut réussir avec de la détermination et de la créativité. La vie est longue, et après une carrière certainement réussie il s’est lancé dans quelque chose de nouveau, avec succès.