L’homme et l’ours

Soirée autour du feu avec des amis.
Le poulet découpé en petites bouchées crépite sur la plaque d’acier chauffée par le bambou qui brûle.
Nous sommes dehors sous un large préhaut aménagé à flanc de montagne. autour tout est noir d’encre c’est la nuit et la première habitation est à deux kilomètres.
La bière se boit comme de l’eau, car la journée a été très chaude.
J’étais un peu à la bourre et notre voisin est parti en avance, en faisant monter les enfants dans son petit camion blanc. On s’est ensuite retrouvés dans le préhaut un peu plus tard.
J’ai remarqué,au moment où les enfants montaient, il a dégagé un énorme couteau qui etait posé sur le siège passager.
je lui demande ce que ce couteau fait dans son camion et c’est le point de départ d’une belle histoire.
Il va chercher le couteau. C’est un sacré morceau. un lame de trente centimètres au moins. Il explique. c’est moi qui l’ai fait.
hein ?
Oui, avec une lame de tracteur (vous savez les lames d’acier qui tournent en sens opposés et qui permettent de faire le labour).
Impressionnant. c’est une vraie arme ce couteau. Les femmes alentour sont tout à fait indifférentes à la conversation. on sent que c’est par contre un sujet qui immédiatement a tout l’intérêt des hommes. Le côté noir de la Force, la chasse, la violence, le sang.
La lame de tracteur, qu’il transforme avec son gros poste à soudure et à gros coups de marteau, en un couteau de chasse redoutable.
Les esprits s’animent. il part à l’évier aiguiser la lame. Ca pourrait couper n’importe quoi. Les hommes îvres, se passent le couteau qui voyage de mains en mains. chacun passe ses doigts sur le tranchant pour constater avec un sourire la perfection de l’objet.
Il a chaud et se met torse nu. Un corps sans la moindre once de graisse. Que du muscle.
Puis il explique qu’il prend toujours ce couteau avec lui quand il va travailler dans les montagnes. C’est pour tuer l’ours qui le cas échéant surgirait d’un coin, de la montagne et l’attaquerait. Pour que nous comprenions bien il joint le geste à la parole, et s’accroupit, en pointant avec ses deux mains le couteau, vers le haut, juste au dessus de sa tête. Comme s’il était en prière.
Il dit aussi: pardon, Ours !
L’ours qui se jetterait sur lui s’empalerait la gueule sur le couteau dressé, et il mourrait sans doute sur le champ.
Il explique que pour bien faire on fixerait le couteau au bout d’un gros bâton, pour former une lance qui viendrait s’appuyer sur le sol. c’est ainsi que l’on faisait autrefois, et il cite les noms des voisins et des connaissances qui partent ainsi équipés travailler dans les montagnes.
On en apprend tous les jours. les canettes de bière sont vides, on fait un tour vers le frigo.
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