Tagué: 11 mars 2011

Dix ans

Il y a dix ans c’était le 11 mars 2011 et le tremblement de terre. Grosse panique au bureau.

Je me souviens nous revenions juste de la cafétéria, et nous étions de bonne humeur après avoir déjeuné avec un collègue chinois et un collègue américain. Tous deux très brillants et je m’en souviens encore l’américain qui avait débuté dans les Marines nous avait parlé des missiles anti char guidés par fil. Tout s’est mis à secouer terriblement une demie heure plus tard; on était au 20è étage d’une grande tour.

Ma femme à ce moment là jouait dans un parc avec notre fils; il avait 7 ans. Ils ont eu une grosse pétoche dehors.

Ca a fait un peu peur mais franchement ce n’est que bien plus tard; le lendemain même que j’ai vraiment compris ce qui s’était passé avec le tsunami qui a causé tant de pertes humaines et matérielles. Car à Tokyo il n’y a eu guère qu’une grande frayeur mais très peu de dégats.

Des centaines de miliers de personnes ont dû marcher jusqu’à chez eux ce jour là car les trains par mesure de sécurité étaient arrêtés. Les marchands de bicyclettes ce jour là ont vendus tous leurs vélos!

Moi craignant les mouvements de foule je suis resté pougner au bureau jusqu’à minuit pour rentrer à la maison à pied la nuit. C’était une belle marche. Simplement j’avais des chaussures d’employé de bureau; pas faites pour la marche.

Et puis c’est seulement de longues heures plus tard que j’ai commencé à comprendre l’étendue des destructions le long de la côte du Pacifique avec le tsunami. Et plusieurs heures plus tard encore j’ai commencé à entendre parler de la centrale nucléaire de Fukushima.

Tout celà a causé tellement de peine. Nous qui habitons au Japon depuis si longtemps et qui aimons tant ce pays de voir soudainement tant de malheurs et de désolation.

Nous avons pu aussi constater la résilience de la société car elle a encaissé un tel enchainement de catastrophes sans se briser ou se fragmenter.

Mais dix ans plus tard on se souvient encore.

11 mars 2011 … 5 ans déjà

Nous pensons avec émotion et tristesse à toutes les vies perdues et bouleversées par le tremblement de terre, le tsunami et la catastrophe nucléaire qui ont frappé le Japon le 11 mars 2011 et les jours qui ont suivi. C’était il y a cinq ans. Beaucoup de malheur et de destruction qui ont frappé le Japon et son peuple.

Je vais raconter comment nous avons vécu ces événements. A l’époque nous étions à Tokyo.

J’étais au bureau; vingt deuxième étage d’un gros building quand tout s’est mis à trembler. Ma femme était à la maison avec le fils.

Le bureau s’est mis à bouger. Au début les collègues avaient un sourire amusé, jusqu’au moment où on a compris que ce serait pas comme d’habitude, car les secousses n’arrêtaient pas et étaient plus violentes à chaque coup. Alors tout le monde s’est planqué sous son bureau. Le building où nous étions, un truc super classe construit en isolation sismique, faisait des bruits de craquements, et, au 22è étage ça tanguait fort. Les tiroirs des bureaux s’ouvraient et se refermaient comme animés par un poltergeist. Par la fenêtre on voyait l’autre building en face qui tanguait lui aussi comme une énorme barque et on voyait les deux gratte ciels se rapprocher dangereusement.

Tout a bien tenu, incroyable! Plusieurs heures plus tard la TV nous informait du tsunami qui ravageait la région au nord. Je n’ai pas du tout saisi l’ampleur du désastre sur le moment je dois l’avouer. Ma méconnaissance de la géographie. Les trains étaient arrêtés et il y avait des dizaines de milliers de personnes dans la rue qui rentraient chez elles, à pied. Je suis resté au bureau jusqu’à minuit afin d’éviter prudemment la foule et les mouvements de panique en cas de nouvelles secousses, et suis arrivé à la maison vers deux heures du matin.

C’est le lendemain matin que l’on a commencé à entendre parler des centrales nucléaires.  L’explosion du premier réacteur devant les caméras des TV, le 12 mars. Tout d’un coup revenaient dans ma tête les images de Tchernobyl. Donc, quoi, Tokyo était tout d’un coup devenue Kiev ? Le 13 au soir le premier ministre japonais affirmait à la TV qu’il fallait construire un nouveau Japon; autrement dit la situation était incontrôlable.

Cinq ans ont passé et on peut affirmer que cela aurait pu être bien pire. Tokyo et le reste du Japon ont eu de la chance; d’autres trucs auraient pu péter, comme les piscines de combustible etc… Le Japon a su aussi garder sa cohésion sociale. Le prix à payer, humain, sanitaire, économique, est cependant considérable. Et ça n’est pas fini, car qu’en est il de la santé de ceux qui vivent dans les régions contaminées ?

Une catastrophe nucléaire se passeraient en France, les gens feraient la chasse aux agents EDF en représailles, j’en suis certain …. Ce serait un sacré bordel.

Enfin, sur toute cette histoire nucléaire j’ai écrit une bande dessinée …

Nous sommes restés à Tokyo jusqu’à ce que nous ayons l’idée de faire examiner un échantillon de la terre de notre jardin à Tokyo et un échantillon de la terre du jardin de mes parents en région parisienne. Je voulais comparer la quantité de merde radioactive qui était tombée dans notre quartier à Tokyo avec un lieu familier et pour moi synonyme de sécurité. … Combien de merde radioactive vivions nous donc avec  …

Le résultat indiquait pour l’échantillon de Tokyo une densité de césium vingt fois supérieure à celle de Paris. Je pense que si le rapport avait été seulement de cinq ou huit nous serions restés … Mais vingt c’était bien au dessus du seuil (psychologique) que nous nous étions fixé.

Ca n’est pas très scientifique me direz vous mais sur la question nucléaire les avis sont tellement partagés et les informations tellement contradictoires.

Cela nous a donc décidés à aller voir ailleurs. Par contre nous ne voulions pas fuir pour fuir, mais partir pour construire quelque chose de nouveau. Aussi nous considérions que le risque s’imposait à long terme et pas forcement dans l’immédiat. Mon job étant dématérialisé, je pouvais le faire de n’importe où. Aller vivre à la campagne s’imposait. De fil en aiguille nous avons trouvé notre nouvelle maison.