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Les boules de feu

Comme tous les lundis matins on commence la semaine avec un café que je prends avec mon ami S.

Je fais un bon espresso; avec cette cafetière à pression italienne, et je l’apporte à l’atelier de S. où en général il se trouve, devant un petit feu et avec son chien.

Café Chien Feu, la bonne combinaison pour commencer la semaine de bon pied bon oeil.

Ah il était en train de retapper une vieille serpe.

Toute rouillée

Ces conversations; il faudrait les filmer. Les histoires qu’il raconte. Et puis aussi la beauté du dialecte local, le banshuuben. Le Japonais standard que l’on parle à Tokyo est devenu si ennuyeux à mes oreilles… Le banshuuben avec ses abréviations, ses intonations est si beau …

Pas la peine de dire que il y a 8 ans, quand nous quittions notre vie confortable et vide de Tokyo, pour nous installer dans le village; je comprenais très difficilement nos voisins. Mais alors lorsque plus tard j’ai fait la connaissance de S., qui parle une version plus prononcée du dialecte, je ne bitais rien du tout et je devais demander à mon épouse de tout traduire … Depuis j’ai fait de bons progrès et comprends 95 pour cents de ce qu’il dit (il faut toujours laisser une place pour l’inconnu, d’où les 5 pour cents)….

noter la transformation, qui selon S., lui a pris deux matinées.

Il y a deux jeunes qui se joignent à nous ce matin, c’est un jeune couple de photographes.

On parle.

S. raconte comment on brûlait les morts autrefois. On les mettait dans la position du foetus, et les plaçait dans une grande barrique en bois. On transportait le tout là bas, au bord de la rivière et y on mettait le feu. Il montre du doigt un endroit à 500 mètres, vers le sud.

Avant d’allumer le bûcher on distribuait des petits gâteaux aux enfants.

Parfois une fois le bûcher bien démarré, le corps se dressait tout droit dans les flammes; explique-t-il, cela faisait un peu peur…

Parfois aussi on voyait voler une boule de feu, ce qui correspond au départ de l’âme…

Voilà ces quelqus notes que j’ai prises mais il faudrait vraiment enregistrer tout cela … D’ailleurs pourquoi ce jour sommes nous tombés sur ce sujet, allez savoir .. peut être la présence inédite des deux photographes ?

Je retourne à la maison pour raconter ces histoires extraordinaires à ma femme, qui n’est pas surprise du tout et répond. Ben oui.