Catégorie: japon

Le hanare

On appelle hanare la petite bâtisse qui offre deux pièces de huit tatamis.

On traduirait ça par annexe.
La construction est tradionnelle. deux pièces rectangulaires de taille et de forme identiques faisant chacune huit tatamis. Les tatamis sont disposés dans le même ordre.
Les côtés nord et sud sont fermés par des murs, les côtés est et ouest sont ouverts sur le paysage. Le côté ouest donne sur la route et la maison des voisins, le côté est donne sur la succession jardin – rivière – montagne.
La vue est magnifique.
Les murs montrent de belles poutres de pin. Certaines continuent de pleurer de la résine. La construction est très ancienne mais elle a été restaurée à un moment. Le hanaré aurait été construit pour élever les vers à soie.
Des cloisons coulissantes fusuma séparent les deux pièces l’une de l’autre ainsi que les pièces du engawa.
Les côtés extérieurs des engawa sont protégés par des volets coulissants.
Le hanare est le bâtiment de la ferme qui est dans le plus mauvais état. Les tuiles du toit sont endommagées; et ont même par endroits glissé de leurs positions. Le plancher ploie sous les pas, ce qui nous force à marcher lentement, tout en douceur, en catimini.
C’est également l’endroit le plus agréable -au moment où j’écris-, nous aimons nous asseoir au bord de l’engawa et contempler le jardin et la montagne. On ne peut pas se lasser de ce plaisir.
Nous n’avons fait la découverte du hanare qu’après avoir acheté la ferme, car il était encore emcombré d’une quantité de choses innombrables et l’accès aux pièces était impossible.
Nous avons gardé quelques trucs, deux belles armoires, deux nagamochis (des coffres longs et profonds qui servaient à ranger des futons), une chaîne stéréo antique dont nous parlerons plus tard, et un mystérieux magnétophone SONY, antique lui aussi.
C’est dans la hanaré que je vais établir mon bureau au début, pour ne pas déranger la famille lorsque j’ai des conference calls à cinq heures du matin. Par contre y travailler la nuit sera difficile; à cause des insectes que la lumière ne manquera pas d’attirer.
Le petit bâtiment est en effet ouvert à tous vents, les volets ne ferment pas complètement, et sont troués par endroits.

les outils

La ferme était meublée lorsque nous l’avons achetée.

Nous avons marqué avec du scotch vert tous les meubles et les objets que nous souhaitions garder: L’agent immobilier s’est ensuite chargé d’envoyer à la décharge tout ce qui ne nous intéressait pas.
Nous avons ainsi obtenu une collection complète d’outils, ainsi que quelques meubles.
outils agricoles

outils agricoles

Les outils obtenus suffisent à tous les travaux dans le jardin. le seul outil que nous ayons dû acheter est une pelle.
Ils sont vieux, certains ont été cassés puis réparés. Des manches brisés ont été rafistolés avec du fil de fer, des têtes refixées aux manches.
Je leur donnerais à tous plus de 50 ans.
Des scies, des faux, une fourche, des bêches, un racloir, une hache, un taille-haie, un étrange outil avec un soc en forme de bec de rapace, une canne en bambou, une araire.
Ces outils sont le lien physique avec la terre que nous travaillons. L’extension de nos mains et de nos bras. Ils sont universels et ne connaissent pas de frontière:
Seules les scies diffèrent des scies de chez nous.
scies japonaises

scies japonaises

Pour les rafraichir, et ajouter de la couleur, nous avons peint les manches en jaune.
Nous avons aussi hérité d’un motoculteur Honda, qui marche à merveille.

Un projet rapide

Si l’idée de quitter Tokyo et d’aller nous installer à la campagne nous trottait dans la tête depuis plusieurs années; il ne nous a pas fallu plus de 4 mois après avoir décidé de partir, pour choisir la destination et de tout mettre en place.

Le choix de la région.

En mai nous sommes partis pour quelques jours de vacances dans la région de Kobe -ouest du Japon. L’île principale du Japon « Honshu » s’étend sur 1600 km avec une largeur maximale de 300 km à la hauteur de Tokyo qui est située au centre de l’île.

Toute la région au Nord-Est de Tokyo a été polluée suite à la catastrophe nucléaire de Fukushima; la moitié du pays a été recouverte d’une couche plus ou moins dense de radioéléments fortement toxiques (césiums 13x, iode131, strontium 90etc); invisibles à l’oeil et aux quatre autres sens. Les options en terme de direction étant donc limitées au Sud et à l’Ouest, et nous avons opté pour l’Ouest, à 600km de Tokyo.

Le choix de la maison.

Au cours des vacances nous avions prévu de visiter une vieille ferme en vente; rencontrée par hasard sur le Net. Nous voulions surtout nous faire un idée. A la première visite nous étions d’accord sur la beauté du cadre; une petite vallée; entourée de vieilles montages couvertes de forêts qui comme les poils d’une bête poussent tout droit. La ferme quant à elle était vraiment vieille et tombait un peu en ruine. Je me suis qu’il serait bien difficile de s’y établir. Une ferme, simple, bâtie sur un étage-et-demi, accompagnée d’une petite bâtisse contenant deux pièces et d’un petit hangar. La ferme aurait entre 70 et 100 ans.

Un grand terrain vient avec elle: un champ et deux rizières; plus qu’il n’en faut, j’imagine dans un élan lyrique, pour nourir une famille de trois personnes.

La maison n’était plus habitée, mais elle était encore encombrée des affaires de la personne très agée qui y avait vécu sans doute toute sa vie et qui l’avait quittée pour une maison de retraite. Une vie modeste, tous les objets étaient simples, propres, usés. On imaginait un vieil homme ou une vieille femme se deplacer presque sans bruit avec des gestes pécis et mesurés.
Parmi ceux là se détachait un énorme autel bouddhique imposant comme une armoire normande;  tout de laque noire et de magnifiques dorures.

L’agent immobilier nous expliqua que l’autel valait sans doute 10 milions de Yens soit 100,000 Euros. L’idée m’est venue un instant de faire une belle table avec les portes de l’autel. L’usage veut cependant que les autels ne voyagent pas d’une famille à l’autre; car ils sont le point de repère, l’ancrage, des esprits des défunts. L’autel a donc fini avec la plupart des autres objets, immolé à la décharge.

Comment définir la valeur d’un objet s’il ne peut ni se donner ni se revendre ?

La situation de la maison est magique. Une petite rivière coule juste au bord du jardin .. qui n’a jamais révé d’avoir sa propre rivière pour y tremper ses pieds l’été ? Elle est située dans un petit village; au tournant d’une petite route; entre deux ponts.

L’achat de la maison

L’agent immobilier, comme tous les agents immobiliers du monde, nous a expliqué qu’il y avait des gens intéressés par la maison et qu’ils étaient sur le point de faire une offre. C’est toujours comme ça. C’est si facile.

Nous aussi on a fait une offre, et on a fini par acheter la maison. Surprise, sans que nous n’ayons rien négocié ni rien demandé, le prix avait baissé de 20 pour cents ! Il a fallu à peu près un mois pour finaliser l’achat et finir les formalités d’usage.

Les travaux

Le cahier des charges était conséquent, il a fallu plus de temps et un peu plus d’argent pour les travaux.

  • nouvelle fosse à merdre
  • changer tous les planchers
  • dégager les plafonds de la cuisine
  • changer la moitié des fenêtres
  • une nouvelle cuisine
  • un nouvelle salle de bain
  • de nouveaux chiottes
  • toute l’installation électrique

Quatre mois

Finalement il nous a fallu quatre mois pour trouver la maison, l’acheter et la retaper. Il reste beaucoup à faire pour commencer notre nouvelle vie, mais nous avons fait le premier pas.

Un nouveau départ

Nous avons vécu plus de 10 ans à Tokyo. J’ai cessé de compter au delà de 10. Je n’ai que dix doigts.

La ville gigantesque fait partie de notre vie. Nous l’avons aimée, vénérée, haie, détestée.

Tokyo est si grande, elle est une planète à part entière.

Elle nous a beaucoup donné et beaucoup pris.

Mais le moment est venu de quitter cette maitresse monstrueuse, et de commencer quelque chose d’entièrement nouveau, avec plus de simplicité, plus de solitude, moins de salary men et de pachinkos.

Nous allons donc vivre à la campagne, dans un petit village, 600 kms à l’ouest du Monstre(1), aux pieds de montagnes fatiguées.

A suivre.

(1) si j’affirme que Tokyo est un monstre, je dois préciser que Paris est un cadavre. pour être juste.