Tagué: vivre à la campagne au japon
Une découverte merveilleuse
On vient de petit-déjeuner. Une voiture s’arrête et quelqu’un sonne à la porte. Oh, c’est Monsieur K. Oh, il a une nouvelle voiture.
Il porte ses bottes étanches et un treillis, camouflage jungle. Cosplay.
« -Qu’est-ce-que vous faites aujourd’hui ? Venez nous voir, nous faisons un mochi tsuki. Venez, il y a même un Noir ! »
[il y a très peu d’étrangers ici, donc la présence d’un gaijin, un étranger, est un événement en soi]
« -c’est où ?
-c’est dans la prochaine vallée, au fond, un kilomètre après les dernières maisons .. la route qui serpente …
-c’est où, dans la maison de quelqu’un?
-non, c’est notre base secrète, l’endroit secret pour nous amuser …. 遊び場所
-ok … »
Les deux excitent notre curiosité; la présence potentielle d’un Africain; ce qui ferait deux étrangers dans la vallée, et ‘cette base secrète’ … On y va !
L’endroit dépasse notre imagination. A flanc de montagne, une vingtaine de voitures stationnent. Elles viennent d’un peu partout.
Vue sur la vallée; on devine une rivière poissonneuse. A perte de vue les arbres qui recouvrent les reliefs, et le ciel blanc. Il pleut. Il fait froid aussi.
Une énorme structure en bois qui soutient une grande toiture.
Des gens; vieux; jeunes; enfants s’y affairent; autour d’un feu; d’autres frappent le mochi avec le kine; un groupe sectionne le mochi en boules aplaties (qui serviront de décoration pour le nouvel an avant d’être mangées), et quelques uns s’occupent de la cuisine où un ragout mijote dans ses nouilles. On dirait un Brueghel, les anciennes fêtes campagnardes.
Ils sont tous en survêtements; décontractés. Il y a de l’alcool, bière et saké; et beaucoup de fumées: des cigarettes, et des différents feux en cours.
Deux garçons s’amusent a défoncer avec une hache une palette en bois.
K. traduit: « ici, on n’interdit rien aux enfants. Ils font ce qu’ils veulent. »
On discute avec trois vieux qui s’occupent d’un feu. Clope au bec.
Derrière toutes ces personnes affairées il y a une structure en terre battue magnifique; massive, aux arêtes arrondies; elle abrite cinq fours; alignés en un cluster de vingt à trente mètres de long. Le tout fait penser à la ferme marocaine de Skywalker et de son oncle; dans Star Wars.
Le premier four chauffe l’eau du bain, récoltée de la montagne dans une énorme marmite récupérée chez un fabricant de saké. Les deux foyers suivants sont de la taille d’un four à pain et servent à la cuisine.
Les deux derniers fours; on pourrait entrer dedans, ils servent a faire du charbon de bois. Chaque fournée produit jusqu’à 180 kg de charbon de bois, explique K.
La charpente est faite de troncs d’arbres. Ils n’ont pas lésiné. Monsieur K. nous guide, nous présente à tout le monde et explique aussi que lui et son copain ont tout construit; la charpente; les fours il y a quelques années. La montagne appartient à son copain.
Il y a de la fumée partout; tout le monde est détendu; visiblement dans son élément. Il y a un côté sauvage dans la scène, mais on trouve aussi tous les éléments de la civilisation. Le feu. Le Toit. L’eau. Le bain. La cuisine. La communauté qui partage le moment et le lieu.
On est face aux éléments primordiaux et il n’y a pas de subterfuge, ni de bruit parasite, c’est l’essentiel. Pas de plastique; mais du bois, des pierres et de la terre. Pas de Made in China.
Tout le monde là se sent bien. Il y a de la liberté dans l’air. On se croirait à Lascaux, ou à Woodstock; peut-être les deux.
C’est un espace dans lesquels les Japonais excellent, ils savent vivre ensemble, ils apprécient le temps partagé avec les autres membres du groupe: la tribu.
Des sourires et de la fumée, la liberté ! Derrière, les fours.
Le nettoyage de la rivière
Aujourd’hui dimanche, de 13:30 à 15:30 avait lieu le nettoyage de la rivière.
Tous les habitants du hameau se sont regroupés.
C’est très organisé, comme lors du mochitsuki.
Les femmes sont divisées en deux groupes. Un se charge de ramasser les éventuels détritus sur les berges de la rivière. Le deuxième groupe est aux fourneaux et prépare les réjouissances qui suivront. Les rares enfants sont avec les femmes.
Les hommes eux sont ensemble. Tout le monde a des bottes, des vêtements de travail, et est armé de faux; de haches recourbées et de scies courtes. Certains amènent leurs keitracks.
On monte à l’arrière des keitracks, pour se rendre en aval. C’est chouette de monter à l’arrière du keitrack. Ca fonce sur 500 mètres avec le vent qui souffle dans les oreilles.
Trois groupes se forment et se dispatchent à plusieurs endroits le long de la rivière. On ne nettoie pas les mêmes chaque année.
Puis tout le monde descend.
L’ambiance est bien macho. Il y a quelques jeunes, mais la plupart ont plus de 60 ans, il y a quelques hommes qui ont plus de quatre vingts ans.
Certains descendent et vont travailler les berges immédiates de la rivière, les pieds dans l’eau. D’autres et parmi eux les plus agés restent sur la route, ils s’occuperont de charger dans les keitracks ce que ceux d’en bas auront coupé et rassemblé.
Tout le monde s’affaire. Certains transpirent malgré l’hiver. On scie des arbres morts qui obstruent la rivière. On ramasse les canettes de café qui la polluent. On coupe les herbes, les bambous mélangés comme des mikados, on ramasse du bois mort bloqué entre des pierres.
Les pluies dans le pays sont brusques et violentes. Il faut que la rivière soit bien dégagée afin de bien dégorger les montagnes et les forêts; sous peine d’avoir des inondations. Il y a déjà assez de catastrophes naturelles comme ça.
Mes bottes sont trop courtes. Elles prennent l’eau. Les pierre arrondies qui forment le lit de la rivière sont glissantes, il faut faire attention; surtout qu’on portes de outils tranchants et très dangereux. Je glisse une fois pour tomber le cul dans l’eau. Heureusement je tiens ma serpe fermement et ne m’ampute pas. J’ai encore besoin de mes dix doigts.
Les deux heures de travail sont intenses. Les gens sont sérieux et travaillent sans rigoler beaucoup. Il s’agit d’être efficace.
Une fois le nettoyage fini on se retrouve. Certains s’assoient. C’est le moment d’allumer une cigarette et de discuter.
Les keitracks reviennent. Ils viennent charger le bois et les herbes coupées. On balaye la route pour n’y laisser aucune stigmate du nettoyage. Les petits camions partent tout déverser dans un petit parc au nord du hameau. C’est là que l’on fera le tondo; à la mi janvier.
Le tondo; mais je le verrai de mes yeux dans un mois, c’est un grand bucher que l’on organise. On célèbre l’année nouvelle. Ceux qui se baignent des fumées du tondo sont bons pour l’année: ils ne tomberont pas malades, et tout ira bien pour eux.
Le travail est terminé. Il faut marquer le coup. Tout le monde converge vers le foyer communautaire. On retrouve le groupe des femmes et des enfants. Ils ont trouvé quelques canettes et des sac plastiques, mais en petites quantités.
Le foyer communautaire est prêt. Le premier groupe de femmes y a oeuvré. Les tables sont mises. Il y a des jus de fruits; de la bière et du saké chaud à profusion. C’est génial. Les tables ont du jambon, et de l’oden chauffe dans des chaudrons. Chacun prend une place. On passe un bon moment, au chaud. Il doit y avoir 80 pour cents du village réuni. Pas beaucoup d’occasions comme ça dans l’année.
On fait connaissance. Oui, on passe un bon moment; pour clore une bien belle journée.







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