Tagué: vivre à la campagne au japon

Le royaume des chats et autres divagations

En continuant plus au fond de la vallée où nous vivons, il y a les ruines d’un ancien élevage de poulets. Un belle horreur de ferraille et de plastique; qu’il faudrait bulldozer, mais l’argent et le cœur manquent aux anciens propriétaires pour cela.

C’est aussi ici que l’esprit commence à divaguer et à perdre pied.

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L’homme a quitté les lieux. A partir de cet endroit, la route devient un chemin forestier. Plus loin il y a un temple abandonné et une maison tombée en ruines. Le temple a brulé il y a plusieurs années. Court-circuit électrique. Le moine est parti.

 

Dans cette zone s’opère la lente transition entre le monde de la forêt et celui des hommes. L’homme est parti mais a marqué l’endroit, avec tous les détritus qu’il a laissés. Ces détritus sont la pour longtemps.

Comme les mines antipersonnel que laissent les guerres. La forêt tente de reprendre ce qui lui a appartenu. La forêt a tout son temps.

 

Des colonies de chats ont envahi l’endroit. Ils sont un peu sauvages. Ils ont pris possession des lieux. Pour l’instant. Les ruines sont devenues le royaume des chats.

Au delà de ce poste frontière, c’est le monde de la montagne et des animaux sauvages. Chevreuils, sangliers et on peut imaginer les singes et les ours qu’on ne voit jamais. Les chats assurent la transition. Vérifient les papiers des voyageurs …

 

J’aperçois le camion d’un villageois, arrêté près de l’ancien élevage de poulets. C’est un habitué. Il vient voir les chats tous les jours. L’homme est très discret et ne veut pas que je le photographie. Les chats eux sont moins timides.

le camion et les chats

le camion et les chats

Ils sont bien mignons les chats.

chat

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On peut continuer sur le chemin, vers le temple abandonné.

 

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Les chats observent le promeneur s’enfoncer dans la forêt.

 

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Celui là file dare dare vers l’ancien temple, parti dans un incendie, comme pour prévenir les dieux, ou les animaux. Ou alors les animaux sont les nouveaux dieux. Et vice versa.
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Voila la maison abandonnée, où vivait le responsable du temple. Les chats montent la garde.
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Ah; le camion aperçu tout a l’heure vient. Pour une caresse du conducteur, un petit chat se hisse sur la roue avant.

 

 

Postscriptum et dur retour à la réalité.

Lors de la saison de la chasse, me raconte une voisine, les chasseurs se précipitent en camions sur les chemins et écrasent sans honte tous les chatons qui s’y trouvent; ‘on s’en fout, il y a trop de chats‘ disent ils.

A croire que la c….. des chasseurs est universelle.

Mon fils et le scolopendre

07:30 du matin.

Notre fils s’apprête à sortir de la maison pour aller à l’école. Au même moment un énorme scolopendre se promène sur la porte d’entrée. La nuit a été chaude et humide. A cause d’un typhon qui s’approchait. Cette météo est propice à la visite des scolopendres.
C’était l’occasion de les prendre en photo tous les deux, mon fils et le scolopendre. Pour un joli portrait. Un portait de famille.
Et puis ça permet de donner un idée de leur taille, aux scolos.

J’ai eu ensuite envie de mettre la photo sur le blog mais je ne veux pas poster la photo de mon fils sur le web .

Après avoir considéré plusieurs solutions:

1 je renonce à mettre la photo sur le blog;

2 je pixelise le visage de mon fils avec gimp;

3 je colle un portrait de chateaubriand sur mon fils,

et demandé des suggestions à des amis sur le web:

 Sep 24  ou le visage de Doraemon, voir le ‘logo’ du Laughing Man, de Ghost in the Shell ^^

 Sep 24 ou un artichaut (d’une pierre deux coups)
Je me dis que je pourrais simplement dessiner mon fils. Voilà le résultat:
mon fils et un scolopendre

mon fils et un scolopendre

 

La photo est un peu sombre. Vous avez trouvé le scolo ?

Récolte et jardin

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Cet été; le jardin avait assez bien démarré. La terre était bien mieux que l’année dernière, très belle en certains endroits et une foultitude de vers de terre: yeah !

Certains trucs n’ont pas du tout pris mais les pieds de courgettes, d’okra et de concombres étaient vraiment prométeurs. Mais voilà les chevreuils la nuit ont commencé à fréquenter notre potager et y ont fait des ravages.

J’ai fini par tout barricader avec du bambou et des filets, mais celà a pris pas mal de temps et les chevreuils ont pu faire plusieurs passages et se régaler.

Du jardin il ne reste plus grand chose. J’ai pu par contre bien protéger quelques pieds de tomates qui nous alimentent et nous consolent un peu.

Les feuilles vertes sur la photo, ce sont des feuilles de shiso.

La prochaine fois je vais changer de stratégie … niveau protection de la production.

Pardon Tortue

Au pied du jardin coule une rivière.

La rive opposée est un terrain large de 3 à 4 mètres que longe la route de l’autre côté.
Je décide de passer cet espace à la débroussailleuse, pour faire place nette et aussi permettre l’eau de la rivière de déborder de ce côté et couler plus rapidement en cas de forte pluie.
Sous le soleil c’est un travail agréable qui finit par être physique. Il faut faire attention aux vipères.
C’est la vraie jungle la nature reprend vite le dessus. En bordure de la route il y a un muret il y a beaucoup de lianes très longues et débroussailler est plus difficile.
A un moment un bruit indique que la lame de la débroussailleuse a tapé quelque chose; comme un morceau de bois.
En poussant du pied les longues herbes coupées; je distingue la carapace d’une tortue.
Merde ! J’ai tapé dans la tortue ?
Elle était contre le parapet en béton sans doute pour récupérer la chaleur du béton chauffé par le soleil.
C’est une très belle tortue et je crois l’avoir déjà vue. Elle était complètement dissimulée par les herbes. Malheureusement, après un long examen de l’animal, je vois du sang et .. je ne vois pas sa tête.
Je sens soudain une absence d’énergie. La présence de la tortue apportait de l’énergie à cet endroit; entre la route et la rivière… et soudainement cette énergie est devenue toute noire et est retombée, retournant à la terre.
Pendant que le Roi d’Espagne trompe sa vieillesse en partant tirer les éléphants je suis triste et honteux de ma faute. Quelque chose a disparu, avec la tortue. A cause de mon manque de précaution.
Je lave la carapace avec de l’eau. Creuse un trou. La puissance de la nature, c’est que les fourmis ont déjà repéré le bel animal mort. Je dépose la tortue au fond du trou que je rebouche.
Plus tard dans la journée mon fils rentre de l’école. Je lui raconte ce qui s’est passé. Nous allons prendre une pierre et un gros marqueur. Nous posons la pierre sur la tombe.
Mon fils dépose une fleur. Je fais une prière.
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Le terrain, entre la route et l’eau.
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La tombe de la tortue.

Scolopendre du matin

Scolopendre du matin; chagrin.

On a dû marcher dessus ce matin en sortant de la maison. Il est un peu écrabouillé. Bouge encore la tête.

Il a plu dans la nuit. Les scolopendres sortent souvent ainsi, après la pluie.

Nous avons bien progressé. Il y a encore un an les scolopendres nous faisaient peur et nous inspiraient la plus grande horreur.

Aujourd’hui nous les trouvons … presque sympathiques. Car ils incarnent la force et la puissance de la nature, qui nous entoure et nous fait vivre.

shizen no chikara 自然の力 comme les gens disent ici …..

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Récolte des pommes de terre.

On creuse la terre à la recherche des plus grosses pépites, la récolte des pommes de terre se transforme en chasse au trésor.

Comme lors de nombreux travaux, on se rend compte qu’il est plus ludique et efficace de n’utiliser que ses mains, et que l’outil est superflu.
Il y a une semaine des animaux la nuit sont venus manger toutes les feuilles. Des chevreuils. Sinon nous aurions récolté un peu plus tard.
Nous avons fait bien mieux que l’année dernière.
Plantées le 19 février dernier, donc le résultat de 4 mois de croissance. Je vois que la terre est bien mieux que l’année dernière. Beaucoup moins dure. Grâce au crottin de cheval et à la paille des vieux tatamis. Cependant, seulement deux vers de terre assez costauds, se trotillent sous mes yeux.
En général je passe plus de temps à m’occuper de la terre que des plantes qui y poussent.
Nous n’avons donné aucun engrais. On n’a pas encore de compost, donc seulement du crottin de cheval. Nous recevons avec plaisir et reconnaissance ce que la nature nous offre et que les animaux de la montagne nous laissent…
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Dans le jardin

Beaucoup de choses à observer dans le jardin et alentour aujourd’hui…Et puis, c’est la saison des pluies. Entre deux averses toutes les plantes resplendissent et nous inondent de leurs couleurs. Le jardin se porte bien lui aussi.

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Une tortue se promène chez le voisin. Je me demande si c’est la même que l’année dernière.
Les tortues doivent être occupées à quelque chose, en ce moment de l’année. J’en ai aperçue une autre écrasée sur la route, ainsi qu’un renard d’ailleurs.
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Les coccinelles font leur mue. L’opération se finit mal pour l’une d’entre elles qui se fait manger par les fournis.
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Un voisin nous offre des branches de gumi, fruit étrange qui ressemble à un bonbon acidulé.
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Gumi; グミ(茱萸、胡頽子)
Ca marche très bien en confiture.
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Minou le chat a dû passer une bonne journée elle aussi.
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Promenade

 

Franchement, tout est beau. La nature resplendit avec ses palettes de verts. Le mois de mai est décidement un bon moment dans l’année; juste avant la saison des pluies et les grosses chaleurs bien humides de juillet et aout qui suivront.

 

Cette maison me fait penser à la maison dans Totoro. Pas le même style mais peut être la couronne de verdure qui la protège.

 

maison de totoro

 

 

A même hauteur mais de l’autre côté de la rivière, ce morceau de village incrusté dans ses potagers.

On aperçoit la face d’une montagne écorchée, c’est qu’un habitant du village coupe les cryptomères (sugi) pour se construire une maison.

 

maison et jardin

 

Si à partir du pont on va dans la direction opposée, vers le nord, on peut apercevoir ce joli groupe de maisons; entre montagne et rizières.

 

paysage

 

De retour à la maison nous faisons un crochet par le jardin où nous récoltons des radis et une fraise.

radis et fraise

 

Promenade de fin d’après-midi

Janvier.
Fin d’après-midi. On part faire un tour dehors.
chous chinois
Les chou chinois dans les potagers fatiguent. Malgré l’apparente décrépitude ils n’en conservent pas moins toute leur fraicheur; sous les couches superposées de feuilles.
On finit par se déplacer dans le temps.
Les derniers rayons du soleil caressent le chat roux et noir qui somnole sur un tas de fagots. Il est tranquille. Je ne le dérange pas.
chat
Je continue; la route longe la rivière, les maisons se font rares; il n’ya que des potagers, et le chantier d’un voisin qui coupe des cryptomères dans la montagne, pour se construire un chalet. Ce gars là est un pro; il a tout ce qu’il faut et le chantier est très bien organisé.
Un cours d’eau vient d’une autre vallée à gauche et rejoins la rivière. J’entre dans la vallée; plus escarpée; d’emblée plus sauvage. Il y a des maisons. Quelques maisons neuves.
Mais il y a aussi cette épave; une ancienne belle demeure, qui est abandonnée.
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Elle tombe en ruine; tient encre debout comme par miracle. La voiture du proprio, où est-il, attend encore dans le garage qui s’effondre sur elle. C’est un obake yashiki お化け屋敷; une maison hantée. On a soudain l’impression que le temps ici s’est arrêté; car il semble que tout dans la maison soit resté intact.
C’est impressionnant.
Je reviens en arrière et le pont me fait traverser la rivière et rejoindre l’autre rive. La plaine est large, il y a beaucoup de terre, des rizières. Autrefois; ce fut un endroit riche. C’est ce que confirme une ferme magnifique; édifiée au pied de la montagne. L’entrée de la ferme est majestueuse. On pense à un château médiéval japonais. Remarquez la petite porte, à gauche.
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Une bâtisse haute blanche et rectangulaire; faite de terre battue; c’est le kura 倉 conçu pour résister au feu. On y stockait les récoltes du riz. La taille du kura donne une idée de la prospérité passée de la ferme.
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Le corps de ferme est impressionnant. On distingue à gauche un jardin japonais traditionnel, dissimulé derrière de vieux murs de pierres.
Le tout doit avoir 200 à 300 ans. La grande époque. Il n’y a personne. Les habitants doivent être dans leurs champs. Sinon on aurait fait connaissance. On aimerait bien regarder à l’intérieur; voir comment c’est.
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Il fait de plus en plus sombre; le temps de rentrer à la maison et de vérifier les e-mails.
Sur les petites routes le capharnaüm des campagnes, universel.
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Le ‘Tondo’ (purification)

Le Tondo とんど c’est une fête du village qui a lieu au début de l’année. Je crois que le tondo existe à travers toutes les régions rurales du Japon.
Le but du tondo est de se purifier pour l’année nouvelle. C’est un bûcher haut de six mètres où l’on brûle toutes les amulettes utilisées l’année précédente. On se purifie avec le tondo.
Les hommes commencent par se réunir au petit matin et assemblent la base du bûcher avec de grosses bûches.
Un groupe part en montagne. Ils reviennent avec leurs camions blancs emplis de bambous.
Une fois la base du tondo construite; on dresse des troncs; pour définir une pyramide très aigue.
On prend ensuite trois très longs bambous liés à leur sommet qui vont recouvrir le bûcher. On ajoute de la paille; et beaucoup d’autres bambous.
Une corde sacrée shimewana (七五三縄) nouée au sommet des trois bambous lie le tout en descendant jusqu’à la base du bûcher; en une longue spirale.
Une fois le tondo fini on y dépose toutes les amulettes de l’année précédente; les mamoris, les décorations du nouvel an etc et l’on y met le feu.
Tout le village se regroupe. On amène même les viellards de la maison de retraite d’à côté que l’on fait asseoir sur un banc.
Le tondo, allumé, fait d’énormes fumées qui vont se perdre dans le ciel. On entend les craquements du bambou qui éclate sous la chaleur, on dirait des pétards.
Une fois le feu bien avancé on tente de récupérer des braises et tout le groupe se lance à faire des barbecues. Canettes de bière. Chianti. Saké. Shochu; il y a tout ce qu’il faut. On fait griller les saucisses et les mochis.
Pour un temps les familles se regroupent entre elles et mangent tranquillement, sous les flammes du tondo et le ciel immense.
Un peu plus tard; une fois que tout le monde est bien éméché on se lève et on va voir d’autres groupes; on se mélange. On s’offre des saucisses, des cacahouètes.
On discute; rit beaucoup. Les esprits s’ouvrent avec l’alcool. Occasion de mieux faire connaissance et d’apprendre de nouveaux mots, avec par exemple monsieur T:; 80 ans, en général taciturne mais particulièrement bourré ce jour et qui nous avoue sa passion pour le tetsuman (tetsuya maman 徹夜麻雀):  jouer au mah jong toute la nuit avec des amis. Plus tard il nous offre d’aller chercher des warabis (des pousses de fougère) ensemble dans les montagnes au mois de mai.
Décidément nous n’avons que de belles surprises avec les gens du village.
La communauté du village, voilà un agrément supplémentaire de notre nouvelle vie à la campagne ici au Japon. C’est certainement aussi une des raisons de la longévité spectaculaire des gens ici; la vie dans la communauté permet de tenir, plus longtemps.
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On assemble la base du tondo
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Les trois grands bambous
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une fois le tondo fini, on y accroche les anciennes amulettes
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Le tondo s’embrase.
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Réjouissances.