Tagué: architecture japonaise

flash back, les travaux

Nous sommes installés dans notre maison japonaise, traditionnelle; heureux propriétaires de cette ancienne ferme, et heureux habitants de ce petit bout de village situé à 80 kilomètres d’Osaka; dans l’Ouest du Japon.Les photos prises lors des travaux de réfections il y a plusieurs mois nous donnent un aperçu de comment cette maison a été construite.

Sur les photos; on note;

L’absence de fondations. la maison est posée à même le sol. on note qu’elle tient droit depuis 70 à 80 ans et qu’elle a vu plusieurs typhons passer au dessus de sa tête ainsi que des tonnes de neige. Elle a également survécu le grand tremblement de terre de Kobe en 95.
(situé à 70 km).

L’absence de murs. Les murs ne sont pas porteurs. Tout tient sur les colonnes, les poutres. Dans un sens c’est une construction proche des constructions modernes en acier, où les poutres en acier forment un réseau d’arêtes qui supportent la structure. Il y a quelques cloisons, mais ce ne sont pas des murs.

Les poutres. Les charpentiers connaissent le bois et savent ce qu’on peut lui demander. Les poutres transversales sont des tronc d’arbres épais, elles sont courbes. La courbe est toujours orientée vers le haut, on profite de l’élasticité du bois.
Les poutres verticales sont plus fines et droites.

La maison est bâtie sur un étage-et-demi. Un plancher rudimentaire sur le lequel jamais je n’irai m’aventurer sépare les deux.
On a vu plus tôt que le demi-étage au dessus servait de grange où l’on gardait le foin l’hiver, ce n’est pas un espace habité.
On voit sur les photos que les poutres du rez de chaussée sont noires, c’est que pendant des décennies les propriétaires ont fait du feu dans la cuisine!
Celles du demi étage en haut sont ‘naturelles’.

Sur les photos on voit les artisans au travail. Bien sûr avec une vielle maison comme ça tout doit être refait sur mesure. Ils ont travaillé dur et sué beaucoup pour nous. Sympathiques; mais attention; relativement peu fiables … ils ne tiennent pas les dates … ça nous a rappelé la France ! Les artisans de Tokyo eux étaient plus Suisses; là-bas tout était réglé comme du papier à musique.
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Promenade dans le village

bricolage: getabako

Getabako 下駄箱 c’est le placard à chaussures, litéralement la boite à guetas.

On se déchausse à l’entrée de la maison, le getabako est situé dans l’entrée de la maison.

L’entrée de notre ferme est un doma traditionnel, une entrée très spacieuse, carrée.

Vocabulaire: doma 土間 signifie espace de terre. Le sol du doma était originellement constitué de terre battue. On a vu dans un poste précédant (ici) que les pièces d’habitation sont surévelées par rapport au sol. Le doma aujourd’hui a pratiquement disparu, on ne peut en trouver que dans les maisons très anciennes ou traditionnelles modernes. Le sol du notre a été recouvert de béton il y a 20 ou 30 ans, modernité oblige.

Chez nous, le doma donne directement sur deux pièces, le salon-cuisine, et une ancienne pièce d’habitation à tatami qui sert aujourd’hui un peu à tout.

D’où l’idée de faire une getabako basse et qui ait la même hauteur que le plancher de cette pièce. La getabako devient l’extension de la pièce au delà des fusumas. On peut marcher dessus ou bien s’y asseoir.  La  getabako est constituée de trois sections, et celle le plus à gauche peut être utilisée comme un escalier. Le sol de la pièce d’habitation est en effet élevé de 40 centimètres, et la getabako offre un point où poser ses pieds à mi-hauteur.

sketch de le getabako

Voilà le concept.

Pour la réalisation j’utilise les anciennes planches de sugi (cryptomère) que nous avions rétirées des anciens planchers. Ce sont elles qui pendant plusieurs décennies ont supporté les tatamis. Un coup de ponceuse leur donne une nouvelle jeunesse. Ce sont de belles planches, certaines ont été endommagées par les insectes qui se sont bien régalés mais quelques unes sont en bon état et peuvent resservir .

Une fois le tout découpé et assemblé, je peints au bengara, cette peinture traditionnelle. Le terme bengara vient du néerlandais et a été importé dans la langue japonaise vers 1700.

Le noir bengara; à mesure qu’il sèche,  devient de plus en plus profond. On utilise le bengara le plus souvent pour peindre les extérieurs en bois, et il est réputé décourager les insectes.

Voilà.

Les tategu

Les tategu. 建具

Cloisons mobiles, portes coulissantes. Combinaisons, multiples, de bois, de verre, de papier et de vide.Avec une absolue économie de moyens vous laissez passer l’air et la lumière
Vous encryptez les visages et les ombres pour créer l’anonymat.

On peut vous retirer sans effort, l’hiver on vous change pour des modeles plus lourds, afin de se préserver du froid. L’été on opte pour de plus légers.

 

Efficacité.

Il n’y avait jamais assez de place, partout où j’ai vécu en ville.

Les appartements, les maisons, n’étaient jamais assez grandes. Il fallait toujours se soucier de rangement, de l’optimisation du moindre mètre carré. J’ai toujours déploré l’espace pris et gâché par les portes pivotantes. Elles créent un espace mort autour d’elles; ces portes qui tournent autour de leurs gonds.

Enfin, une maison qui coulisse et ne pivote point. Tout va devenir comme un jeu. Fluide et léger. La seule ouverture qui comme partout auparavant continuera de pivoter, c’est la porte des toilettes. Nous lui avons d’ailleurs accordé une dernière chance, puisqu’avant les travaux elle donnait sur le jardin.

une maison du village

Tsuchibake

évolutions

On estime l’âge de la maison principale -le corps de ferme- à 70 ou 100 ans.

Madame M a 90 ans et affirme l’avoir toujours vue là.
La maison a un plan rectangulaire. Avant les travaux que nous avons effectués, elle était organisée ainsi :
Séparée en deux moitiés; clairement délimités par les différentes hauteurs du plancher.
Moitié gauche sur le plan; quatre belles pièces de tatamis.Les pièces ont de 6 à 8 tatamis.
La pièce le plus à gauche sur le bas a un beau tokonoma fait d’un bois ancien et sombre. C’est là que se dressait l’autel bouddhique butsudan.
Deux engawas assurent la transition entre les mondes intérieurs et extérieurs.
La moitié gauche de la maison contient le doma, la cuisine; la salle de bains et des débarras.
Les toilettes donnent sur l’extérieur. Pour s’y rendre il faut sortir de la maison.
La machine à laver est dehors, à côté de la cuisine.
C’est dans la moitié gauche de la maison que l’on manie l’eau et le feu pour faire cuire le riz et faire la cuisine.
Le doma est l’entrée de la maison. Le sol est en béton brut. On entre dans le doma chaussé, et c’est dans le doma que l’on se déchausse avant de gagner les autres pièces.
Le sol de la cuisine est élevé de 15 centimètres par rapport au doma. Celui des 4 pièces de tatamis et des engawa est plus haut encore et est à 40 centimètres du doma.
Il est clair que le propriétaire avait donné un coup de jeune à la maison dans les années 70. Les moeurs évoluaient, et l’on pouvait s’offrir un peu de confort.
Le propriétaire fait installer une petite salle de bains dans un coin de la cuisine. Il y  fait poser aussi un faux plafond et un nouveau plancher.
Le doma est la porte d’entrée principale et c’est là qu’entraient les visiteurs. Il a fait poser un faux plafond élaboré avec deux hauteurs de plafond et y a accroché un petit lustre, et l’on est a mi-chemin entre la ferme centenaire japonaise et le château de versailles.
Mélange de styles.
Si l’on retire les upgrades des seventies, on peut se faitre une idée du plan original de la maison:
plan d une ferme japonaise traditionnelle

plan d une ferme japonaise traditionnelle

le plan fait immédiatement penser à celui d’une autre maison. Une maison bien plus ancienne, les gens affirment qu’elle date de mille ans.
On peut la visiter à quelques kilomètres de chez nous, en voici le plan:

Le hanare

On appelle hanare la petite bâtisse qui offre deux pièces de huit tatamis.

On traduirait ça par annexe.
La construction est tradionnelle. deux pièces rectangulaires de taille et de forme identiques faisant chacune huit tatamis. Les tatamis sont disposés dans le même ordre.
Les côtés nord et sud sont fermés par des murs, les côtés est et ouest sont ouverts sur le paysage. Le côté ouest donne sur la route et la maison des voisins, le côté est donne sur la succession jardin – rivière – montagne.
La vue est magnifique.
Les murs montrent de belles poutres de pin. Certaines continuent de pleurer de la résine. La construction est très ancienne mais elle a été restaurée à un moment. Le hanaré aurait été construit pour élever les vers à soie.
Des cloisons coulissantes fusuma séparent les deux pièces l’une de l’autre ainsi que les pièces du engawa.
Les côtés extérieurs des engawa sont protégés par des volets coulissants.
Le hanare est le bâtiment de la ferme qui est dans le plus mauvais état. Les tuiles du toit sont endommagées; et ont même par endroits glissé de leurs positions. Le plancher ploie sous les pas, ce qui nous force à marcher lentement, tout en douceur, en catimini.
C’est également l’endroit le plus agréable -au moment où j’écris-, nous aimons nous asseoir au bord de l’engawa et contempler le jardin et la montagne. On ne peut pas se lasser de ce plaisir.
Nous n’avons fait la découverte du hanare qu’après avoir acheté la ferme, car il était encore emcombré d’une quantité de choses innombrables et l’accès aux pièces était impossible.
Nous avons gardé quelques trucs, deux belles armoires, deux nagamochis (des coffres longs et profonds qui servaient à ranger des futons), une chaîne stéréo antique dont nous parlerons plus tard, et un mystérieux magnétophone SONY, antique lui aussi.
C’est dans la hanaré que je vais établir mon bureau au début, pour ne pas déranger la famille lorsque j’ai des conference calls à cinq heures du matin. Par contre y travailler la nuit sera difficile; à cause des insectes que la lumière ne manquera pas d’attirer.
Le petit bâtiment est en effet ouvert à tous vents, les volets ne ferment pas complètement, et sont troués par endroits.