internet

Les montagnes qui entourent le village arrêtent les ondes hertziennes.
Une antenne autrefois érigée sur une hauteur permettait aux villageois de regarder la TV. L’antenne commune a été démantelée lorsque la société de cable TV a posé ses câbles jusqu’au fond de la vallée.
C’est grâce à cette connexion que nous allons pouvoir travailler à distance et payer le pain et le vin quotidiens.
Les installateurs du câble sont très agiles et grimpent partout. Ils ont une pêche du tonnerre.
Merci donc aux montagnes, et aux installateurs sympas, auxquelles nous devons une connexion ultra rapide.

les outils

La ferme était meublée lorsque nous l’avons achetée.

Nous avons marqué avec du scotch vert tous les meubles et les objets que nous souhaitions garder: L’agent immobilier s’est ensuite chargé d’envoyer à la décharge tout ce qui ne nous intéressait pas.
Nous avons ainsi obtenu une collection complète d’outils, ainsi que quelques meubles.
outils agricoles

outils agricoles

Les outils obtenus suffisent à tous les travaux dans le jardin. le seul outil que nous ayons dû acheter est une pelle.
Ils sont vieux, certains ont été cassés puis réparés. Des manches brisés ont été rafistolés avec du fil de fer, des têtes refixées aux manches.
Je leur donnerais à tous plus de 50 ans.
Des scies, des faux, une fourche, des bêches, un racloir, une hache, un taille-haie, un étrange outil avec un soc en forme de bec de rapace, une canne en bambou, une araire.
Ces outils sont le lien physique avec la terre que nous travaillons. L’extension de nos mains et de nos bras. Ils sont universels et ne connaissent pas de frontière:
Seules les scies diffèrent des scies de chez nous.
scies japonaises

scies japonaises

Pour les rafraichir, et ajouter de la couleur, nous avons peint les manches en jaune.
Nous avons aussi hérité d’un motoculteur Honda, qui marche à merveille.

Le chat

le crane de chat

le crane de chat

Sous un tas de fagots, à l’abris derrière la maison et le chais, j’aperçois des formes blanches. Je me rapproche un peu et trouve là des os. Le premier que je découvre est un petit crâne.

Les orbites sont énormes et je pense à un animal nocturne.
Les dents montrent des canines pointues et menaçantes, c’est un carnivore, un chasseur.
Pour identifier la bête, je cherche sur le net les photos de crânes de putois, de fouines, de belettes, pour enfin tomber sur celui d’un chat.
Oui il s’agit du crâne d’un chat.
Le puzzle se complète peu a peu et lors des visites suivantes je découvre au même endroit les os de la queue, les vertèbres, des côtes et des omoplates.
Les os sont blanchis, propres, pas la moindre trace de fourrure ou de viscères; la petite bête a dû mourir là il y a plusieurs mois, car il ne reste que les os, la, sous un tas de fagots, juste derrière le mur où était l’autel bouddhique.

une vie foisonnante

Cà et là nous avons découvert dans la maison les traces laissées par les animaux et insectes; ils ne nous ont pas attendus pour venir s’installer et vaquer à leurs affaires.

Nous ne sommes pas seuls, pas les premiers, et nous nous efforcerons de traiter avec égard ces voisins qui nous ont précédés.
La présence d’une vie animale riche nous confime aussi que l’ancien propriétaire n’a pas forcé sur les poisons -insecticides et herbicides-, merci à lui, qui n’a pas pratiqué la politique de la terre brulée.
Attachés aux poutres de pin de la petite construction autrefois érigée pour l’élevage des vers a soie nous découvrons des oeufs elliptiques, collés en groupes de 5 a 10 oeufs, à une hauteur de deux mètres. Ils sont blancs et d’une grosseur de 1 centimètre environ.
Il s’agit d’oeufs de geckos. Ma femme plus tard confirme la présence d’un gecko ENORME dans un chais.
De-ci de-là, sous le toit, entre deux poutres, ou encore dissimulés sous l’ancien plancher de chêne, nous découvrons les habiles contructions de papier mâché (guepes) ou de boue séche (?) laissées par des insectes.
Fort heureusement nous ne voyons pas de nid de frelons. Certains nids font jusqu’à 1 mètre de circonférence, et une poignée de piqures peuvent provoquer la mort.
Le frelon asiatique ou suzumebachi (frelon-moineau) est une reélle menace du moins c’est ce que en nous pensons aujourd’hui. Dans les régions montagneuses du centre, vers Nagano les gens considèrent des grands nids, accrochés sous les toits des maisons comme des porte chance, et souvent ils les laissent là. On voit ainsi des maisons les collectionner, avec d’énormes nids pendus sous les toitures, comme des fruits des tropiques. Les larves de ces frelons, passées à la poele, sont un met recherché par certains.
En tout cas, pas de trace de suzume bachi chez nous, ouf ! Une est venue se poser sur mon dos alors que je faisais des travaux dans le jardin. J’ai eu un peu peur. Au contraire des hommes, cependant, les suzume bachis ne sont pas aggressives de nature, elles n’attaqueront que si elles se sentent menacées:
Les grenouilles foisonnent. Elles sont partout dans le champ attenant, sautant à chacun de nos pas ou de nos coups de bèche.
Il y a également des grenouilles dans dans les branches d’un grenadier dans le jardin. Celles-ci ne font pas plus de 3 centimètres et sont d’un vert printemps magnifique, elles sont super mignones !
Dans les broussailles, entre le fond du champ et la rivière qui coule à ses pieds nous apercevons un serpent noir.
Son identification est difficile. La forme de son corps nous fait opter pour une couleuvre ce qui serrait plutot positif, mais nous n’en avons pas encore la certitude.
Il nous faudra débroussailler un peu ce coin; qfin d’éviter les mauvaises rencontres.
Sur le bord de la berge; silencieuse; une tortue.
Après de fortes pluies, nous découvrons des petits crabes, qui s’aventurent jusque dans la maison.
Autre animal rencontre, un chat, dont nous parlerons dans un autre post.

Un projet rapide

Si l’idée de quitter Tokyo et d’aller nous installer à la campagne nous trottait dans la tête depuis plusieurs années; il ne nous a pas fallu plus de 4 mois après avoir décidé de partir, pour choisir la destination et de tout mettre en place.

Le choix de la région.

En mai nous sommes partis pour quelques jours de vacances dans la région de Kobe -ouest du Japon. L’île principale du Japon « Honshu » s’étend sur 1600 km avec une largeur maximale de 300 km à la hauteur de Tokyo qui est située au centre de l’île.

Toute la région au Nord-Est de Tokyo a été polluée suite à la catastrophe nucléaire de Fukushima; la moitié du pays a été recouverte d’une couche plus ou moins dense de radioéléments fortement toxiques (césiums 13x, iode131, strontium 90etc); invisibles à l’oeil et aux quatre autres sens. Les options en terme de direction étant donc limitées au Sud et à l’Ouest, et nous avons opté pour l’Ouest, à 600km de Tokyo.

Le choix de la maison.

Au cours des vacances nous avions prévu de visiter une vieille ferme en vente; rencontrée par hasard sur le Net. Nous voulions surtout nous faire un idée. A la première visite nous étions d’accord sur la beauté du cadre; une petite vallée; entourée de vieilles montages couvertes de forêts qui comme les poils d’une bête poussent tout droit. La ferme quant à elle était vraiment vieille et tombait un peu en ruine. Je me suis qu’il serait bien difficile de s’y établir. Une ferme, simple, bâtie sur un étage-et-demi, accompagnée d’une petite bâtisse contenant deux pièces et d’un petit hangar. La ferme aurait entre 70 et 100 ans.

Un grand terrain vient avec elle: un champ et deux rizières; plus qu’il n’en faut, j’imagine dans un élan lyrique, pour nourir une famille de trois personnes.

La maison n’était plus habitée, mais elle était encore encombrée des affaires de la personne très agée qui y avait vécu sans doute toute sa vie et qui l’avait quittée pour une maison de retraite. Une vie modeste, tous les objets étaient simples, propres, usés. On imaginait un vieil homme ou une vieille femme se deplacer presque sans bruit avec des gestes pécis et mesurés.
Parmi ceux là se détachait un énorme autel bouddhique imposant comme une armoire normande;  tout de laque noire et de magnifiques dorures.

L’agent immobilier nous expliqua que l’autel valait sans doute 10 milions de Yens soit 100,000 Euros. L’idée m’est venue un instant de faire une belle table avec les portes de l’autel. L’usage veut cependant que les autels ne voyagent pas d’une famille à l’autre; car ils sont le point de repère, l’ancrage, des esprits des défunts. L’autel a donc fini avec la plupart des autres objets, immolé à la décharge.

Comment définir la valeur d’un objet s’il ne peut ni se donner ni se revendre ?

La situation de la maison est magique. Une petite rivière coule juste au bord du jardin .. qui n’a jamais révé d’avoir sa propre rivière pour y tremper ses pieds l’été ? Elle est située dans un petit village; au tournant d’une petite route; entre deux ponts.

L’achat de la maison

L’agent immobilier, comme tous les agents immobiliers du monde, nous a expliqué qu’il y avait des gens intéressés par la maison et qu’ils étaient sur le point de faire une offre. C’est toujours comme ça. C’est si facile.

Nous aussi on a fait une offre, et on a fini par acheter la maison. Surprise, sans que nous n’ayons rien négocié ni rien demandé, le prix avait baissé de 20 pour cents ! Il a fallu à peu près un mois pour finaliser l’achat et finir les formalités d’usage.

Les travaux

Le cahier des charges était conséquent, il a fallu plus de temps et un peu plus d’argent pour les travaux.

  • nouvelle fosse à merdre
  • changer tous les planchers
  • dégager les plafonds de la cuisine
  • changer la moitié des fenêtres
  • une nouvelle cuisine
  • un nouvelle salle de bain
  • de nouveaux chiottes
  • toute l’installation électrique

Quatre mois

Finalement il nous a fallu quatre mois pour trouver la maison, l’acheter et la retaper. Il reste beaucoup à faire pour commencer notre nouvelle vie, mais nous avons fait le premier pas.

Un nouveau départ

Nous avons vécu plus de 10 ans à Tokyo. J’ai cessé de compter au delà de 10. Je n’ai que dix doigts.

La ville gigantesque fait partie de notre vie. Nous l’avons aimée, vénérée, haie, détestée.

Tokyo est si grande, elle est une planète à part entière.

Elle nous a beaucoup donné et beaucoup pris.

Mais le moment est venu de quitter cette maitresse monstrueuse, et de commencer quelque chose d’entièrement nouveau, avec plus de simplicité, plus de solitude, moins de salary men et de pachinkos.

Nous allons donc vivre à la campagne, dans un petit village, 600 kms à l’ouest du Monstre(1), aux pieds de montagnes fatiguées.

A suivre.

(1) si j’affirme que Tokyo est un monstre, je dois préciser que Paris est un cadavre. pour être juste.