Après la pluie….

Il a plu très fort cette nuit et ce matin vers six heures. L’eau d’égringole d’une goutière débordée et nous prenons des sceaux qui étaient là devant la maison, sans doute oubliés par les maçons, pour récolter l’eau en excès.

Et qu’est ce que notre fils découvre au fond d’un sceau ? un bébé tortue. ishigame 石亀

ishigame

le dieu de la montagne

Le sanctuaire shinto dédié au dieu qui protège le village est situé sur le flanc d une montagne, à 180 metres en hauteur soit là ou commence la forêt de sugi qui recouvre la montagne jusq’à son sommet.

Le sanctuaire a été érigé entre deux sugis imposants. on le gagne au prix d’une marche éreintante l’été, vues la chaleur et la pente du chemin de terre et de l’escalier de pierre qui lui fait suite.
Une fois par an, les habitants du village, hommes, femmes, vieillards et enfants, se réunissent pour une cérémonie, menée par le prêtre shinto de la ville avoisinante.
Le sanctuaire du village est en effet trop petit pour justifier la présence sur place d’un prêtre. Le sanctuaire est donc fermé toute l’année. On ne l’ouvre qu’une fois par an, pour une demie heure, le temps de cette cérémonie.
Les habitants se réunissent. Le prêtre shinto avec son costume qui évoque l’époque de Heian, est dans le sanctuaire et commence par une longue litanie. Puis il va purifier le sanctuaire avec des languettes de papier blanc.
Ensuite il monte les petits escaliers étriqués qui menent au choeur du sanctuaire, et ouvre une petite porte en bois blanc, exposant aux regards le Dieu, représenté par un miroir rond.
Il redescend quelques marches, et dépose devant le miroir plusieurs plateaux carrés portant des offrandes, du saké, du riz, des fruits etc.
Le prêtre commence alors une (très longue) litanie dont le contenu restera obscur à l’auteur et à la plupart des spectateurs.
La porte de l’autel est ensuite refermée, laissant le miroir divin dans sa pénombre annuelle. Les offrandes sont retirées, et la première partie de la cérémonie est close.
La seconde partie est beaucoup plus détendue et moins formelle.
Des hommes vont parmi l’assemblée et distribuent une coupe de saké, quelques grains de riz (la terre) et des morceaux de calamar séché (la mer).
Ensuite, ça devient plus festif. Certainement pour motiver les enfants à rester jusqu’au bout, on fait une partie de BINGO. Les gens sont détendus et rient beaucoup.
Le premier prix est un réchaud à pétrole, le deuxième des canettes de bière, ensuite des sacs de gateaux, des friandises etc et pour les perdants, des films plastiques pour les produits congelés.
Nous avons gagné les films plastiques.

La biche

Deux nuits de suite, nous rencontrons à l’entrée du village une biche. Elle est là, immobile. Elle n’a peur ni de nous ni de notre voiture et de ses phares.
C’est la nuit et la caméra du smart phone ne capture que le reflet vert du fond rétinien de l’animal, après le flash.

Une provision de sourires

Nous faisons une provision de sourires et de moments de bonheur avec les artisans qui travaillent sur le chantier de la maison.

Ici, avec Monsieur W., venu avec son camion et sa pelleteuse pour poser une dalle de béton sur la fosse sceptique.

Monsieur W. explique qu’il n’aime pas recevoir d’ordres, qu’il tient beaucoup à sa liberté et que c’est pourquoi il a monté sa propre activité.

Il a un très beau sourire. Le soir après les travaux il fait monter les enfants sur sa pelleteuse et leur explique comment s’en servir.

Une vache dans la cuisine

Nous sommes dans le village depuis trois semaines.Les voisins s’habituent à nous et leur réserve s’estompe. On parle plus. On discute. Les coeurs d’ouvrent et c’est le moment de poser des questions sur le village et son histoire.

Dans un post précédant on comparait le plan de la maison avec celui d’une ferme qui date de mille ans, ils sont en effet comparables. La maison de mille ans intégrait une écurie (馬屋).

Nos voisines expliquent qu’autrefois; avant l’apparition des objets mécanisés dans les travaux agricoles, les propriétaires de la maison possédaient une vache; et qu’elle logeait à l’emplacement actuel de la cuisine. Voilà qui renforce la ressemblance de notre maison avec celle de mille ans.

ferme japonaise

ferme japonaise

La maison, ou disons le corps de ferme, est bâtie sur un étage et demi. Toutes les pièces sont au niveau du rez de chaussée et le demi-étage au dessus est une sorte de grenier. Aujourdhui on ne peut y accéder que par le toit. Il y avait sans doute autrefois une ouverture dans le plafond qui permettait d’y accéder avec une échelle. Le grenier est éclairé par deux paires de fenêtres.

Mais à quoi servait ce grenier ou demi-étage ? Les voisins expliquent qu’on y entreposait le foin l’hiver.

Toutes les pièces du puzzle sont là.

Le foin stocké dans le grenier est facile d’accès pour nourrir la vache l’hiver, elle vit à l’emplacement actuel de la cuisine, il suffit de le descendre du grenier.

Le foin offre également l’isolation nécessaire, car les hivers sont froids, et il n’y a presque pas de chauffage, le foin stocké en haut permet au rez de chaussée de garder un peu de la chaleur diffusée par le irori.

Araignée du soir.

Araignée du soir, espoir.

ナガコガネグモ (nagakagane gumo), Argiope bruennichi, ou Argiope frelon
lien wikipédia ici

Argiope frelon, nagakagane gumo

Argiope frelon, nagakagane gumo

Citant l’article de wikipédia en français:
L’argiope frelon est une araignée orbitèle. Pour chasser, elle bâtit une toile géométrique (orbiculaire, forme proche du cercle) dans la végétation, à moins d’un mètre de hauteur du sol. Elle fait sa toile dans les hautes herbes et les champs en friche ou dans les vallées chaudes et humides. On la rencontre également à la limite des bois. Cette toile comporte de 19 à 41 rayons (généralement 30) dont l’élaboration prend environ une heure à l’aube ou au crépuscule.
De nombreuses théories ont été avancées pour expliquer la présence du stabilimentum, motif blanc de soie en zig-zag qui se trouve sur la toile. L’une d’elles propose qu’il contribue à attirer les proies du fait de sa grande brillance dans le spectre des ultra-violets que les insectes perçoivent. Une autre zone de soie plus dense se trouve également au centre de la toile. Une autre théorie expliquerait la présence du stabilimentum afin de renforcer la toile.
L’araignée immobilise sa proie grâce à un venin paralysant. Il est inoculé par l’intermédiaire des crochets portés par les chélicères au sommet desquels s’ouvre un minuscule orifice. Comme chez les autres araignées, Argiope bruennichi dilue les chairs de sa proie, grâce à son venin et surtout aux sucs digestifs que l’araignée régurgite. Elle se nourrit principalement de sauterelles, de mouches et d’abeilles, et peut dévorer jusqu’à quatre sauterelles par jour.

La fin des travaux !

Eumeninae au travail

évolutions

On estime l’âge de la maison principale -le corps de ferme- à 70 ou 100 ans.

Madame M a 90 ans et affirme l’avoir toujours vue là.
La maison a un plan rectangulaire. Avant les travaux que nous avons effectués, elle était organisée ainsi :
Séparée en deux moitiés; clairement délimités par les différentes hauteurs du plancher.
Moitié gauche sur le plan; quatre belles pièces de tatamis.Les pièces ont de 6 à 8 tatamis.
La pièce le plus à gauche sur le bas a un beau tokonoma fait d’un bois ancien et sombre. C’est là que se dressait l’autel bouddhique butsudan.
Deux engawas assurent la transition entre les mondes intérieurs et extérieurs.
La moitié gauche de la maison contient le doma, la cuisine; la salle de bains et des débarras.
Les toilettes donnent sur l’extérieur. Pour s’y rendre il faut sortir de la maison.
La machine à laver est dehors, à côté de la cuisine.
C’est dans la moitié gauche de la maison que l’on manie l’eau et le feu pour faire cuire le riz et faire la cuisine.
Le doma est l’entrée de la maison. Le sol est en béton brut. On entre dans le doma chaussé, et c’est dans le doma que l’on se déchausse avant de gagner les autres pièces.
Le sol de la cuisine est élevé de 15 centimètres par rapport au doma. Celui des 4 pièces de tatamis et des engawa est plus haut encore et est à 40 centimètres du doma.
Il est clair que le propriétaire avait donné un coup de jeune à la maison dans les années 70. Les moeurs évoluaient, et l’on pouvait s’offrir un peu de confort.
Le propriétaire fait installer une petite salle de bains dans un coin de la cuisine. Il y  fait poser aussi un faux plafond et un nouveau plancher.
Le doma est la porte d’entrée principale et c’est là qu’entraient les visiteurs. Il a fait poser un faux plafond élaboré avec deux hauteurs de plafond et y a accroché un petit lustre, et l’on est a mi-chemin entre la ferme centenaire japonaise et le château de versailles.
Mélange de styles.
Si l’on retire les upgrades des seventies, on peut se faitre une idée du plan original de la maison:
plan d une ferme japonaise traditionnelle

plan d une ferme japonaise traditionnelle

le plan fait immédiatement penser à celui d’une autre maison. Une maison bien plus ancienne, les gens affirment qu’elle date de mille ans.
On peut la visiter à quelques kilomètres de chez nous, en voici le plan:

Ours et singes !

Nous avons parlé des petits animaux qui vivent dans et autour de la maison.

Les biches et les sangliers s’aventurent régulièrement jusque dans les villages et les champs qui les avoisinent. Les récoltes en subissent les dommages régulièrement, c’est là une nouvelle calamité pour le paysan. La plupart des potagers sont entourés de filets pour décourager les visiteurs trop gourmands.
Certains voisins -je pense à Madame S. par exemple- optent pour une stratégie agressive et posent des pièges, pour attraper les plus petits de ces visiteurs; des blaireaux sans doute si l’on en juge à la taille des pièges.
Il y a quelques années un ours est venu s’aventurer jusque dans le village. Sans doute les forêts avaient été malmenées par un typhon et la nourriture y était rare.
Une affiche à la boutique JA du coin rappelle à tous le souvenir de cet événement mémorable.
attention aux ours

attention aux ours

Selon monsieur Y qui habite en face, des singes descendent parfois dans le village. Voilà une rencontre qui me laisserait dans la plus grande incertitude … une famille de singes qui viendrait dans notre jardin … que faire ? les inviter à notre table ?