Une vidéo des niouzes japonaises me fait sourire car évoquant les manifs par les agriculteurs en France ils y traduisent littéralement les opérations escargots (blocage des routes avec les tracteurs etc): エスカルゴ作戦 « esukarugo sakusen«
Cette expression me faire rigoler … c’est trop mignon….
C’est que escargot, en japonais c’est katatsumuri カタツムリ ils auraient pu donc dire katatsumuri sakusen mais ils ont choisi d’utiliser esukarugo qui désigne l’escargot, non pas l’animal .. mais l’aliment … (comme porc vs cochon) et qui vient direct du mot en Français escargot.
Et justement cette expression ainsi choisie évoque la France et sa culture culinaire…
Bon. Voila un truc que je trouve passionnant.
A l’heure où j’écris le moment de protestation des agriculteurs semble se calmer. Je suis un peu déçu que les tracteurs avec leurs citernes pleines de purin n’aient pas continué leur chemin jusqu’au palais présidentiel de l’Elysée … pour remplir la piscine de Manu et la baignoire de gigite … Cela aurait été tellement beau !
Au sujet d’escargots j’en ai deux boites qui attendent patiemment le printemps. Elles sont au congélateur.
J’avais même demandé à mon papa de m’envoyer ce superbe service à escargots qui était à la maison (en France) et qui me rappelle de beaux souvenirs d’enfance.
J’attends le printemps et une bonne occasion pour les déguster avec mes amis du village …et leur faire découvrir…
Ce fameux service à escargots en compagnie de son ami godzilla.
J’étais curieux de voir ce qui se passe en ville et au Japon en général. J’allais aussi rencontrer plus tard le soir mes acolytes; ilotiers de la région de Hyogo, nous sommes cinq compères qui au cas d’une catastrophe dans la région pourraient avoir a relayer des infos de l’ambassade aux français vivant dans la région.
En sortant du train je découvre un peu le quartier de Kitano, un quartier très touristique et élégant, avec des belles villas de l’époque de Meiji. Il y a de nombreux touristes et ils ont l’air d’apprécier l’endroit.
Même les touristes Chinois sourient et font la queue devant des magasin de pâtisserie mais c’est certainement la liberté qu’ils goûtent le plus. En profitent-ils pour penser librement ? visiblement ceux-là non car sinon on les verrait dans les bibliothèques, et pas devant les pâtisseries. Ceux qui sauraient en profiter pour penser librement sont sans doute déjà exilés, ou bien encore en prison.
Un peu à l’écart je trouve l’église catholique de Kobé. Un très beau bâtiment où je vais essayer de me recueillir. D’abord avant d’y entrer on passe par une cour circulaire, bien arrangée. J’y vois des grosses marmites -pour faire cuire le riz- encore sur des tables, j’imagine que l’on y a arrangé un repas, pour nourrir les nécessiteux sans doute.
Il y a toujours la coexistence de la richesse et de la misère.
A l’entrée de l’église il y a comme dans toutes les églises un panneau avec des affiches, des publications chrétiennes et des messages par les associations et les volontaires. Ce suis très touché de voir ces efforts pour venir à l’aide à l’autre.
Une grande boite en bois est mise à disposition pour y recueillir des dons pour la région de Noto touchée par le grand tremblement de terre.
J’y glisse un billet de 1000 yens et oui je suis un peu con pourquoi ne pas y avoir mis 10 000 à la place ?
Puis j’entre dans l’église proprement dite. Architecturalement c’est une véritable réussite. Je m’assieds et j’essaie de me calmer l’esprit. Les années de catéchisme sont très lointaines, j’ai oublié la moitié du Notre Père.
Cette longue pause me permet de ré-assembler les pièces de mon puzzle et je repars visiter la ville.
Les rues en pente guident les pas vers la gare de Sannomiya et des rues très animées, des rues avec des bars et restos, des rues avec des magasins de fashion, il y en a pour tous. Partout une foule jeune, assez fluide et très joyeuse.
Les gens font la queue devant de nombreux cafés et magasins c’est assez impressionnant. Le tout dans une ambiance joviale. Finalement faire la queue avec ses copains ou copines ça fait partie de la fête, on discute dans le froid mais on sait qu’à un moment un peu plus tard il y aura une table des fauteuils et du chauffage….
Il y a des ruelles étroites où se cachent des boutiques étonnantes arrangées avec goût et la aussi des gens font la queue … incroyable !!
Gelato Pique une marque de pyjamas avec une stratégie marketing géniale, qui permet au final de transformer du pétrole en or …
Parfois la foule heureuse doit s’arrêter pour laisser passer une énorme Mercedes ou alors une LEXUS magnifique ….
Cette pancarte explique que manger des gyozas et boire de la bière ça fait partie de la culture. Entièrement d’accord. Lu et approuvé.
J’admire tout cela mais je me dis que cela manque un peu d’authenticité …
Au fond ce luxe et cette joie forment une fine couche de quelque chose qui finira par sécher, craqueler et sera remplacée par quelque chose d’autre.
Un peu plus tard je découvre un ancien marché, une vieillie galerie marchande couverte, très étroite … Cela date directement de l’époque de Showa. On imagine qu’à l’époque il y avait du monde, c’était bruyant, il y avait des enfants et des chats.
De nombreuses boutiques sont fermées mais il y a encore deux poissonniers, un marchand de thé qui travaillent la depuis 50 ou 60 ans peut-être, comme si rien n’avait changé. Tout cela c’est certain sera bulldozé dans quelques années.
Et puis dans quelques années les rues animées que j’ai admirées plus tôt auront elles aussi changé.
Ce renouvellement permanent très visible ici au Japon car on construit et détruit facilement donne à la ville cet aspect organique qui est si envoutant.
S’y mélangent tristesse et beauté.
Finalement je trouve un petit café tranquille où poser ma besace et m’y vient cette réflexion;
le village où nous vivons représente le Japon d’il y a 50 ou 60 ans, avec les traditions d’autrefois qui y subsistent.
mais le village où nous vivons représente aussi le futur du Japon, où il n’y aura plus que des vieux et où il n’y aura plus d’enfants.
Voila pour terminer sur une note assez sombre …. merci
Au sujet du tremblement de terre du 1er janvier qui a frappé la péninsule de Noto, sur la côte nord.
J’ai regardé quelques reportages de la télé japonaise qui montrent la détresse des personnes qui ont perdu ou évacué leur maison et qui sont réfugiées dans des écoles, sans eau ni électricité et dans le froid, et sous la neige.
Il est intéressant de constater la relative lenteur des secours et l’insuffisance des aides pour les survivants, et ce, même dans un pays riche et préparé comme le Japon.
Est ce que le Japon n’est pas assez préparé ? Ou bien est il simplement impossible de répondre en masse à de telles catastrophes ?
Dans les titres des reportages à la télé il y a un mot qui revient sans cesse, c’est isolation 孤立: de nombreux villages et hameaux ont été coupés du monde avec les routes détruites, les fines lignes des flux logistiques, les câbles électriques ont tous été brisés et ces villages se retrouvent coupés du reste du Japon, où la logistique est si efficace !
Tout en visionnant ces reportages je me disais mais cette région est une région très excentrée, rurale, et justement les habitants de la campagne savent peut être encore vivre un peu comme autrefois: ils ont accès à l’eau des puits et des rivières, et il savent faire du feu… Ils récoltent leur riz et donc ont de gros stocks … Donc ils devraient pouvoir s’en sortir …
Je posais la question hier à mon ami Saki chan sur ce sujet et il faisait exactement la même remarque.
Peut être que ça n’est pas dans le script des studios télé, le profil des campagnards qui savent être autosuffisants, et … vivre en dehors du ‘système’.
Ces ‘campagnards’ même si les lignes logistiques sont coupées savent se suffire à eux mêmes.
Une fois, c’était il y a 5 ou 6 ans une collègue du Royaume Uni m’avait demandé pourquoi je restais au Japon où il y a tant de catastrophes naturelles.
En Japonais il y a ces deux mots 自然災害 qui désigne la catastrophe d’origine naturelle et人的災害 qui désigne la catastrophe d’origine humaine
Je lui avais alors répondu, et sur le moment j’avais l’impression de dire quelque chose d’intelligent, qu’à choisir je préfère vivre dans un pays où il y a plus de catastrophes naturelles que d’humaines, que le contraire. Lorsque je lui avais répondu ça j’avais en tête les shootings dans les écoles aux US et puis les nombreuses attaques terroristes en France.
On peut accepter la violence de la nature, car la nature est telle quelle.
Il m’est impossible d’accepter la violence humaine et en réaction à la violence humaine mon corps produit des molécules de colère en retour, et qui vont venir m’auto détruire.
Certes dans les deux cas on se retrouve soudainement vulnérable et possiblement sans défense (dans le cas où l’on n’est pas broyé immédiatement).
Ca me rappelle le livre de Nassim Taleb sur l’anti fragilité.
Mais je ne suis pas sûr qu’il y ait un vrai rapport avec le sujet.
Ce serait vraiment cool si la télé japonaise montrait, en plus de ceux que le tremblement de terre a mis dans une situation très précaire, aussi ceux qui, malgré les coupures d’électricité et d’eau, parviennent à survivre grâce à leurs connaissances de la vie à la campagne…
Il y a des choses encore aussi intéressantes à noter: après un grand séisme; l’importance d’avoir accès à l’eau et donc d’avoir un puits, par exemple.
La voisine de mon ami Franck qui habite au centre Kyoto s’est à propos fait installé un puits, ce qui lui permet de pomper et d’avoir de l’eau même en cas d’urgence.
Si vous habitez dans une très grande ville au Japon, et si vous y avez votre propre maison, essayez de voir si vous pouvez faire creuser un puits.
Ca ne devrait coûter que un ou deux millions de yens et ça en vaut certainement la peine.
Le 1er janvier un énorme tremblement de terre, suivi d’un tsunami a dévasté une partie de la péninsule de Noto (sur la côte nord, qui donne sur la Mer du Japon).
Si vous souhaitez aider la région de Noto qui a été lourdement frappée par le séisme et si vous ne savez pas où adresser vos dons, sachez que la mairie de Wajima a mis en place un compte bancaire spécialement à cet effet.
Leur page web a ajouté une traduction en anglais avec les détails du compte bancaire, pour les transfers internationaux.
Je veux vous souhaiter un Joyeux Noël et d’excellentes fêtes de fin d’années.
Je vous remercie aussi de continuer à suivre ce blog, et de vous intéresser à mes petites histoires, que ce soit dans le blog ou dans mes bandes dessinées et mes dessins.
Grâce à vous, à votre suivi et à votre soutien, s’opère une transformation profonde: comme vous consommez mes « productions » artistiques … je deviens un artiste!!
Être un artiste c’était un de mes rêves et petit à petit je sens cette transformation se produire.
En cette fin d’année on sent que les choses dans leurs mouvements commencent à ralentir … Le nouvel an c’est vraiment un big deal au Japon.
On peut en profiter pour faire une pause et se rappeler aux choses qui sont essentielles:
l’amour
et vivre le moment présent.
L’amour, d’ailleurs, est une source d’énergie infinie, comme l’explique ce dessin:
愛情は無限エネルギー L’amour, énergie infinie.
Bien sûr il est important de garder aussi à l’esprit la dureté du monde et de ses réalités.
Amour et vivre le moment présent, dans la réalité d’un monde qui peut être dur, qui n’est pas bisounours.
C’est la signification de la silhouette lointaine du cuirassier japonais Yamato, dans le dessin.
C’est vers septembre cette année que j’ai compris.
Pour le boulot je devais préparer le nouveau forecast trimestriel, le Q2 forecast pour être exact, car l’année fiscale de la boite commence le 1er juillet.
Des forecasts j’en ai déjà fait des tonnes, depuis des années.
J’essaie alors de donner un gros coup de bourre, assembler les chiffres, faire l’analyse, juger grosso modo de combien on va changer par rapport au budget initial et tout saucissonner dans une présentation power point pour le vice président.
Mais bon ce forecast je me dis ok je devrais pouvoir tout torcher en 4 jours … et comme ça je pourrai passer à un autre projet qui m’intéresse plus ….
Or malgré toute mon expérience passée, la tâche est beaucoup plus difficile que je ne l’avais espéré au départ et je finis pas passer 8 jours sur la préparation jusqu’au fignolage, soit le double de ce que je m’étais fixé.
Et puis, quelques jours plus tard, … pendant un tour en vélo je me dis
ah dingue en fait c’est exprès ….
C’est exprès que les choses ne soient jamais aussi simples que l’on aurait imaginé …. C’est toujours plus complexe …
Et c’est par désign, ainsi sont les choses faites;
C’est la volonté de Dieu de nous éprouver car ainsi nous pouvons à chaque fois essayer de nous améliorer et de mesurer notre petitesse, rester humbles … en restant humbles nous pouvons espérer grandir…
Ainsi Dieu, au ciel, se gratte les narines et lance sur nous des crottes de nez qui tombent sur terre, en tombant sur terre elles deviennent des rochers géants qui entravent notre chemin ..
A nous alors de déglinguer ces énormes roches, à coup de masse et de nous frayer un passage, pour continuer notre route.
Merci aux lectrices et aux lecteurs pour leurs commandes de ma bande dessinée Retour Sur Terre.
Il m’en reste encore quelques exemplaires ….
Il y a un très joli temple bouddhiste dans notre hameau; et le prêtre bouddhiste est un sacré personnage. L’année de notre installation au village il nous avait épaté en organisant un concert de rock au temple… L’un des premiers articles du blog ce fut …
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