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Bois de chauffe

Monsieur S. visite chaque maison du village, et offre une boite de gateaux à chaque famille, en informant tout le monde de son projet de faire raser ses deux maisons et d’en faire construire une nouvelle à leur emplacement.
Une maison a 40 ans; l’autre 80. Celle de 80 ressemble de beaucoup à notre hanaréElle aussi a deux pièces, est sur un niveau et a été construite pour élever les vers à soie. C’est dommage de voir ainsi de vieilles bâtisses; témoins du passé et de l’histoire; disparaitre pour être remplacées par des maisons modernes qui seront forcément laides et sans caractère. Mais bon; chacun est libre de faire ce qu’il lui plait.
La plupart des maisons au Japon sont construites en bois. Rares sont les maisons qui durent plus de 50 ans. Humidité, manque d’entretien, et puis les modes de vie qui changent (recherche de lumière avec plus d’ouverture, nouvelles normes antisismiques, isolation, etc …) font que l’usage est de faire table rase et de faire construire de nouvelles maisons au bout de 40 ans de bons services.
Tout n’est pas perdu pour autant car nous obtenons de Monsieur S. qu’il nous cède le bois de ses deux maisons à détruire. Un voisin se joint à nous dans l’effort; lui aussi se chauffe au bois.
La moitié d’une maison est déjà détruite. La société de démolition laisse les plus belles poutres de côté pour nous. Nous allons les charger dans le petit camoin blanc du voisin.
Nous amenons les plus grosses poutres au fond de la vallée, chez un charpentier qui loue une machine hydraulique pour fendre le bois. Ce sera plus facile, car les troncs sont conséquents et ne cèderaient pas à nos coups de hache.
Les poutres moins grosses; jusqu’à 20 centimètres de diamètre, nous les amenons directement à la maison. On sélectionne une dizaine de belles poutres, que l’on garde de côté pour des projets de construction futurs.
Les autres, on les tronçonne, et on les fend à la hache, pour le chauffage.
Le bois est sec, il a séché pendant 40 ans. C’est du cryptomère et il fend bien; c’est un plaisir que de le fendre à la hache.
Les travaux de démolition vont continuer les jours qui viennent, nous aurons de quoi charger le camion plusieurs fois encore.
Operation-bois

Promenade dans le village

Le daikon

Je suis au tél.

Réunion téléphonique de deux heures. J’entends un grand bruit dans la maison.
Dehors est venteux. Quelque chose est tombé ? Ou bien le camion venu livrer le bois de chauffe est arrivé ? je regarde un peu par les fenêtres mais ne vois rien d’anormal.
Quelques minutes plus tard, la réunion téléphonique terminée, je sors, … et découvre ce magnifique daikon dans l’entrée.
C’était donc un voisin qui en passant a ouvert la porte d’entrée et a laissé au retour de son jardin le légume fraichement cueilli.
Merci !

La fin de la route

Le chemin qui traverse le hameau avant de partir en vrilles vers les tréfonds de la montagne amène; entre deux ponts, à un groupement de tombes batties à flanc de montagne. Il y a un monument, indéchiffrable, pour ceux qui se sont fait tuer à la guerre.

Il y a aussi 6 jizos.

Jizo: http://fr.wikipedia.org/wiki/Ksitigarbha

Wikipédia me met face à face à mon ignorance, et explique que les jizos ne sont pas six par hasard:

Roku Jizō[modifier]

Roku Jizō signifie 6 Jizo. Une représentation très répandue au Japon, en particulier à l’entrée des cimetières, est constituée de 6 statues de Jizo, une pour chacun des 6 mondes Loka. À noter que le baton de Jizo porte généralement 6 anneaux, dont la symbolique est la même :

  • Le Jizo qui visite l’enfer tient un bâton surmonté d’un crâne ou d’une tête humaine,
  • le Jizo qui visite le royaume des esprits affamés (en) porte un bol de mendiant pour nourrir les affamés,
  • le Jizo dans le monde des animaux tient une bannière
  • le Jizo du royaume des asuras porte la triple joyau (cintamani)
  • le Jizo du royaume humain porte un chapelet (Mâlâ)
  • et le Jizo du royaume céleste des deva tient un disque solaire et un vajra.

A mon prochain passage, je serai beaucoup plus attentif, et nous essaierons d’identifier chacun des six.

L’automne est bien là…

Une question que les Japonais posent souvent aux étrangers: qu’est-ce-que tu aimes au Japon ?

Lorsque l’on leur retourne la question, ils évoquent très souvent les quatre saisons, qui sont très marquées ici.

Pendant ce temps-là l’automne s’est installé et déploie ses palettes.

Le Mochi-Tsuki

Premier dimanche de novembre.

Peu après la récoltes du riz.
Une fête est organisée dans le village. Le Fure ai mochi tsukiFure ai signifie la bonne relation dans le groupe. C’est un peu du bullshit à mes oreilles de français invidualiste. Mochi tsuki, c’est la préparation de boulettes de riz gluant.
La fête est organisée par l’association des habitants du village; l’association des parents d’élèves -appelée PTA Parents Teachers Association-, l’école primaire et le collège du coin, et l’association du troisieme age; appelée sans détour: l’association des vieux.
Comme lorsque l’on tuait le cochon dans mon enfance, les rôles sont repartis clairement entre les hommes et les femmes.
Les hommes s’occupent de faire le feu, de cuire à la vapeur le riz et d’ensuite le frapper avec ces mailleux impressionants, outils de torture moyenâgeux, et que l’on nomme le Kine. On frappe le riz dans un usu.
Frapper le riz demande de la force physique et une synchro parfaite avec l’assistant qui va l’humidifier et le réarranger après chaque coup; sous peine de se faire écraser les os de la main.
En gros, deux hommes s’occupent du feu, deux autres s’occupent de frapper le riz; les hommes se relaient; mais en gros il y a beaucoup de temps mort pour discuter. Les plus vieux restent assis autour des feux et regardent ce qui se passe.
Les femmes elles héritent de tout le reste et s’affairent dans les cuisines. Préparation du daikon oroshi -gros radis blanc rapé et mélangé à la sauce de soja-; du kinako -poudre de soja mélangée à du sucre- et du anko, haricots rouges sucrés.
Dès qu’une  portion de riz est prète, les femmes viennent la chercher et la sectionnent en boulettes, qui seront trempées dans les préparations listées plus haut: les mochis.
Les femmes et les hommes ne se mélangent pas ou presque.
Le tout a lieu à côté de la salle des fêtes du village et lorsque tout est prêt; tout le monde y prend place pour déguster les mochis.
Les enfants sont alignés par terre avec des tables basses. Les parents eux aussi dans une rangée parallèle. Je remarque que les hommes s’assoient ensemble; éloignés des femmes de plusieurs places.
Quant à moi j’ai opté pour le groupe de tables et chaises, pour ensuite apprendre que c’était l’emplacement reservés au vieux. En effet plus pratique plus les 80génaires et 90génaires que de s’asseoir à même le sol pour les tables basses.
Eh bien ces vieux, ces vieillards ont une sacrée  pêche. Ils butent. Rigolent, blaguent.. Au Japon aujourd’hui les vieux ont plus la pêche que les jeunes, et c’est un grave problème pour l’avenir du pays.
En tout cas nous avons passé un excellent moment.
Nous aussi avons frappé le riz et fait démonstration de notre force physique.
Nous faisons vraiment partie de la communauté du village !

minimalisme

photo

Les présents

Hier, je bêchais le jardin entre deux réunions téléphoniques; histoire de retirer les herbes flottes qui envahissent les haricots. Madame Y qui habite un pleu plus loin, au fond de la vallée, arrive en voiture et apporte des croissants et des pains aux haricots rouges qu’elle vient de faire cuire chez elle. Ils sont encore chauds et sont déclieux. Elle offre aussi un petit melon qui tiend dans la main, elle l’a ceuilli dans son jardin.

melon

Les relations avec les habitants du village sont toujours ponctuées de petits présents. Les produits des potagers sont d’ailleurs les présents idéaux, car ils sont à profusion et ne coûtent pas d’argent.

Monsieur K passe devant la maison, dans son petit camion blanc, il s’arrête à peine, juste pour nous donner un sac plastique blanc empli de tomates fraichement cueillies.

La relation est bien sûr bi directionelle, et si l’on reçcoit un présent, on se doit de retourner le geste et d’offrir quelque chose en retour. La production de notre jardin étant ce qu’elle est nous sommes réduits à  acheter des petits gâteaux dans le magasin le plus proche.

Accompagnée de transactions physiques, l’échange de présents; la relation avec les autres est plus forte et tangible. On la voit avec les yeux et on peut la toucher avec les mains. Elle n’est pas réduite à des salutations et des formules d’usage et gagne en épaisseur; ça devient du 3D.

La campagne japonaise et les banlieues françaises

On peut dresser un parallèle entre la campagne japonaise, du moins celle où nous nous sommes installés, et les banlieues françaises. Elles souffrent en effet de maux semblables, à savoir,  des mêmes actes de vandalisme et d’incivilité causés par une jeunesse désoeuvrée qui ne comprend le sens ni de la morale ni du travail.

Dans  les banlieues françaises, les jeunes analphabètes vivent en bandes, ils adoptent des codes vestimentaires, linguistiques et musicaux communs. Il oeuvrent la nuit; rôdent dans leurs cités; s’aventurent jusque dans les villes où ils sèment la panique sans le moindre remords. Ils volent, braquent; détruisent, frappent tout ce qui leur tombe sous la batte de baseball.

Les politiques se sont succédés, mais on peut affirmer que tous les efforts annoncés publiquement se sont soldés par des échec cuisants; les bandes de jeunes ne redoutent rien, rien ne les fait fuir ni ne les arrête, elles ont même gagné en assurance depuis les dix dernières années.

Eh bien, lecteur de France, sache que dans notre profonde et belle campagne japonaise, nous souffrons des mêmes maux; et des mêmes razzias commises par des bandes sans peur ni morale. Je les ai vues à l’oeuvre; hilares, et je n’hésiterai pas à poster des photos pour appuyer mes propos; dès lors que je pourrai saisir ces malappris avec mon appareil photo.

A la nuit tombée je les observe. Les premiers encore prudents sont dissimulés dans les forêts avoisinantes et s’approchent du village vers huit heures du soir. Il fait déjà nuit noire, mais ils savent que les habitants chez eux sont encore éveillés et finissent de digérer leur diner en regardant tranquillement la télé.

C’est une heure plus tard, au tour de neuf heures du soir, que les chevreuils se regroupent; du côté nord est du village, juste derrière le temple bouddhiste. Ils s’assurent de l’absence de voitures ou de chiens pour aller s’engouffrer dans le village, comme le font les bandes de voyoux à Châtelet les Halles. Et c’est parti pour le carnage et la dévastation; les chevreuils, les biches, les faons tout le monde s’y met et se jette sur les jardins et les potagers, c’est une vraie émeute, silencieuse certes mais non moins destructrice, car tout y passe; les légumes, les fruits, arbres, poubelles, etc.

C’est le bordel et que fait la police ?