Tagué: maison traditionnelle japonaise

Construction d’une maison japonaise – Jour 1 (3)

Nous continuons le récit de la première journée des travaux.

Suivant les mêmes procédés on monte la toiture. C’est un moment émouvant.

Il y a deux très belles pièces, deux troncs d’arbres qui vont s’asseoir et lier les sommets des deux façades. Ils supporteront la toiture.

Les voici. Les charpentiers travaillent en hauteur. Avec les gros maillets ils vont forcer les pièces dans les autres.

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Quelle journée. Il faisait chaud, et le ciel était magnifique.

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Voilà des gars avec de vraies cojones.

Construction d’une maison japonaise – Jour 1 (2)

Continuons sur la première journée des travaux.
Il fait chaud. Les gens travaillent dur. Le visage de S. est fermé. On voit qu’il est super concentré, on n’a pas droit à l’erreur. Je n’ai pas compté mais les gens prennent beaucoup de pauses. On avait préparé un parasol, des rafraichissement et des pastèques. Lors des pauses ils reprennent leurs visages d’enfants.
On perce les grosses pierres de la fondation. C’est que l’on on va enfoncer une barre de fer dans les pierres et les poutres, afin de bien fixer l’édifice au sol et d’éviter qu’il ne bouge suite à des seismes ou au travail du bois.
Puis les hommes commencent à assembler la façade Ouest. On assemble les poutres, à coups de gros maillet. La façade est assemblée, posée à terre.
Puis on la soulève avec une grue et on la pose sur les grosses pierres de la fondation.
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On s’attaque ensuite aux deux énormes poutres horizontales qui vont former les côtés complétant les façades.  A cet instant les deux poutres latérales vont se fixer, ténons + mortaises, dans la première façade.
Puis on assemble la deuxième façade et on la fixe au reste suivant les mêmes procédés. On commence à imaginer la maison bien qu’il n’y ait pas encore de toiture.
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Ensuite, on enfonce comme un énorme légo les colonnes, verticales, dans les poutres, horizontales. Là c’est un jeu d’enfant et je me permets de donner un coup de main.
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Vient une partie délicate. Il s’agit de poser la deuxième paire de poutres horizontales, qui font lier entre elles les deux façades par le haut et s’enfoncer dans les poutres droites.
A partir de cet instant les deux charpentiers commencent à travailler en hauteur. Impressionant, que de les regarder hissés sur les poutres en funmanbules et frapper avec leurs énormes maillets pour forcer les éléments dans les autres.
(à suivre…)

Construction d’une maison japonaise – Jour 1 (1)

Ce sont les deux premiers jours, où tout se joue, d’une façon spectaculaire. Comme il y a beaucoup à dire je vais présenter les travaux de la première journée en plusieurs articles.

L’équipe arrive avec un gros camion, chargé du bois. On décharge avec une grue. Dans l’équipe il y a S. le menuisier charpentier, et K, un autre charpentier venu en renfort. Puis O. et A. qui aident à la logistique et pour tous les petits travaux qui accompagnent les grands.
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En faisant le tour de l’emplacement de la future maison, le charpentier disperse du sel et du saké. Puis nous nous réunissons tous et faisons une prière pour que les travaux se déroulent sans incident.
怪我がないように
Normalement, on fait appel à un prêtre shinto pour purifier le terrain avant la construction, mais comme cette fois ci nous faisons construire sur l’emplacement d’un ancien batiment et que ce n’est pas une habitation principale, mais une simple annexe, où il n’y aura pas de feu, nous faisons au plus simple.

Ceci est un clou

Ceci est un clou, en bois.

Pour la petite maison que nous construisons en remplacement du hanaré.

Le clou est en kashi. カシ樫)

Attention, en français c’est le Cyclobalanopsis. Ou chène bleu du Japon. http://fr.wikipedia.org/wiki/Cyclobalanopsis

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PS (une semaine plus tard).

Bon. Vous le constatez, je perds mon francais. Il ne s’agit pas d’un clou, mais d’une cheville….. !

 

Les fondations

La nouvelle construction, à la place du hanaré, sera une piéce de 20 mètres carrés. 4×5. Construction traditionelle. Murs en terre. Et tout le reste en bois.
Pour ce qui est des fondations de la maison, ce sera comme le hanaré, soit les piliers de bois reposant sur de grosses pierres. Rien de plus. Le batiment est surrélevé par rapport au sol. Ceci permet de résister à l’humidité.
Cette semaine nous avons posé les pierres. A l’emplacement des futur piliers… on se croirait sur un site archéo.
L’énorme pierre carrée, ce sera pour monter dans la pièce. Déjà on s’assied dessus, pour regarder tranquilement ce qui se passe dans les montagnes.
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on creuse la terre avec la pelleteuse vert grenouille pour mettre les grosses pierres à niveau.

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Sur les pierres viendront s’appuyer les piliers en bois. On fait comme autrefois ! Ce procédé est économique … pas besoin de camions toupie.

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Les pierres posées, on a mis une couche de terre ‘masatsuchi’

Demolition Man

On a fait place nette. On a démoli le hanaré (article un, article deux). Notre ami Sakichan, sa femme et leur assistant monsieur K. Ils ont tout fait à eux 3.
Travail délicat qui demande une bonne organisation et de la technique. En effet faut pas se tromper, avec le hanaré qui est à quelques centimètres à peine de la maison principale, on veut pas qu’ il s’écroule sur la maison au mileu de l’opération ….

Quand plein d’émerveillement je dis à Saki chan qu’il fait un beau boulot, il me dit … tu sais, que fais ça depuis quarante ans …

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On récupère les meilleures tuiles, le bois pour se chauffer l’hiver, et les tatamis pour booster la terre du jardin.

 

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Sakichan a tous les équipements et les manie avec dextérité. Les voilà sur le toit en train de retirer les tuiles. Il travaille avec K. A tous les deux ils on 132 ans tout de même. La pêche !

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Là, la moitié gauche du hanaré a déjà été retirée. On remarque la belle poutre courbe qui soutient la toiture. C’est du beau travail. De même, la double poutre en pin rouge.

Remarquez les gros cordages tendus en diagonale, c’est pour éviter que tout s’écroule sur notre belle maison …

Et dessous, les derniers moments. J’ai retenu ma respiration … Le mur nord du hanaré affleurait vraiment le toit de la maison principale.

 

 

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Et pour finir ce post en musique, Demolition Man par The Police.

 

 

La maison de 1000 ans

[Note de septembre 2014: j’ai plus depuis rencontre l’ancien proprietaire de la maison de 1000 ans]

La maison de 1000 ans. 1000, vraiment ?  千年の家

Multi centenaire c’est certain. Elle était habitée jusqu’il y a quelques années, puis elle a été restaurée et est devenue un musée. A 30 minutes à pied de chez nous. Dans un hameau du même village.

On peut la visiter les week ends. C’est ce que nous avons fait.
L’entrée donne sur l’écurie et la cuisine. La cuisine consiste en un évier et un kamado à trois foyers.
Intéressant, le kamado est construit dans un creux dans le sol. pour mieux amasser les cendres ? Il n’y a pas de cheminée, ce qui fait que toutes les poutres sont noircies par les fumées. L’arrète du toit a deux ouvertures, qui permettent à la fumée de s’échapper, par le haut. La fumée qui s’échappe et se disperse librement dans la maison a le mérite de faire fuir les insectes.
La cuisine et l’écurie ont un sol en terre battue. C’est comme chez nous autrefois.
La deuxième moitié de la maison a un plancher surélevé. Il est constitué de bambous et de nattes de pailles. Ancètres simplissimes des tatamis ?, sur une partie, et sur une autre, d’un plancher superbe, on voit les marques de découpes du bois à l’herminette.
 On a dressé un petit autel shintô dans cette pièce.
La toiture est constituée de paille, comme dans les maisons ultra célèbres et inscrites au patrimoine de l’UNESCO de Hida Takayama.
On voit, l’intérieur est sombre. Et cela rappelle l’essai esthétique de Tanizaki, l’éloge de l’ombre.
Dans la pièce attenante à la cuisine, il y a un irori, un petit foyer, carré; inscruté dans le sol. Normalement il y a toujours des braises et le foyer ne s’éteint jamais, pendant des générations et des générations. Avec le kamado c’est le coeur de la maison.
Sur l’irori, la tradition est d’accrocher une théière ou une soupière crochetée au jizaikagi (自在鉤). Le jizaikagi est un est tube en bambou ou une chaine; pendante du plafond, relié à un levier, souvent en forme de poisson et qui permet de régler la distance entre la théière et le foyer. Pourquoi cette présence incongrue de poisson ? Le poisson évoque l’eau et donc la sécurité par rapport au risque d’incendie, m’a-t-on expliqué un jour.
Dans cette petite maison dite de 1000 ans, tout est simple est réduit au minimum. Il y a aussi des toilettes et un endroit pour se laver, cependant inaccessibles au visiteur.
Donc le minimum, est là. Dans un sens on ne devrait pas avoir besoin de plus… on se verrait assez bien vivre dans cette maison … avec un cheval comme ami et une connexion internet.
la maison de 1000 ans
la maison de 1000 ans
La maison de 1000 ans a-t-elle vraiment 1000 ans ?
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L’écurie occupe la moitié de la cuisine-entrée.
kamado
Le kamado à trois foyers. Le foyer à droite, pour faire cuire le riz. Au centre, bouillir de l’eau. A gauche pour la soupe !
Plus loin à côté de la fenêtre, un évier rudimentaire.
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L’irori à côté de la cuisine. On distingue le morceau de bois qui évoque la forme d’un poisson.
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De jolis objets d’autrefois. Pas de plastique.
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Très beau parquet. Au fond de la pièce, un autel shintô.
Pour les curieux qui souhaitent visiter cette maison, voici l’adresse et les instructions (en JP).
住所 〒671-2415
姫路市安富町皆河(問い合わせは姫路市教育委員会文化課)
TEL 079-221-2786
定休日 千年家の公開は、土曜、日曜、祭日(年末年始は除く)のみ ※平日は団体のみ、要事前予約
アクセス 中国自動車道「山崎IC」から車で約10分

Promenade

 

Franchement, tout est beau. La nature resplendit avec ses palettes de verts. Le mois de mai est décidement un bon moment dans l’année; juste avant la saison des pluies et les grosses chaleurs bien humides de juillet et aout qui suivront.

 

Cette maison me fait penser à la maison dans Totoro. Pas le même style mais peut être la couronne de verdure qui la protège.

 

maison de totoro

 

 

A même hauteur mais de l’autre côté de la rivière, ce morceau de village incrusté dans ses potagers.

On aperçoit la face d’une montagne écorchée, c’est qu’un habitant du village coupe les cryptomères (sugi) pour se construire une maison.

 

maison et jardin

 

Si à partir du pont on va dans la direction opposée, vers le nord, on peut apercevoir ce joli groupe de maisons; entre montagne et rizières.

 

paysage

 

De retour à la maison nous faisons un crochet par le jardin où nous récoltons des radis et une fraise.

radis et fraise

 

L’écosystème et l’escalier

Le mur derrière la maison. Un tas de bois datant de 10 ans au moins le protégeait du regard. L’hiver et le chauffage au bois aidant le tas de bois a diminué.

Le mur a l’âge de la maison. Il est en terre battue, apposée sur un treillis fait de bambou. De méchantes plantes de bois le protégeaient à moitié du tas de bois. Le tas de bois, mélange de branches de cyprès idéales pour commencer le feu, de vielles planches de bois, et des morceaux de pin qui avaient du servir à chauffer l’eau du bain jadis.

L’endroit coincé sous un préhaut est sombre; humide. Je n’étais jamais vraiment rassuré lorsque la nuit j’allais y chercher du bois pour alimenter Calcifer notre poêle à bois. J’avais l’impression à la fois d’être observé par des animaux et d’être à la frontière d’un monde parallèle (mais par nécessairement hostile).

Finalement nous dégageons tout le tas de bois pour faire réparer le mur. Il aurait fallu une autre année à Calcifer pour en venir à bout, et nous voulons fermer les autoroutes à scolopendres avant l’été.

Et nous avons quelques surprises.

1 une petite colonie de termites s’est installées entre des planches au milieu du tas de bois. Impressionnant de voir ces êtres redoutables, blancs, silencieux. La colonie heureusement est limitée à quelques planches. Je jette les termites à la rivière avant d’aller brûler le bois derrière les montagnes. Holocauste.
2 le reste du squelette du chat dont nous avons parlé plus tôt. On voit les deux omoplates et des vertèbres. Le chat est il mort ici silencieusement ou le renard l’a-t-il mangé ?
3 et puis, sur le mur de terre battue, enfin dégagé des planches, de délicates structures de terre construites par de petites guêpes.

Le mur en lui même n’est pas en si mauvais état. Saki chan le charpentier du village nous dit que les murs anciens en terre battue sont très solides.
Certes il y a des trous. Pas étonnant que des animaux se promènent sous le plancher de la cuisine. Mais je m’attendais à quelque chose de bien pire.

La nature nest pas naive. Il ne faut pas la sous-estimer. Cependant même si la nature est cruelle et dure, elle n’a pas la méchanceté ni la bêtise de l’homme.

En tout cas il s’en est passé des choses; dans notre tas de bois, derrière la maison.

Une dernière remarque. Chacune de notre expérience à la campagne est crescendo. Nous sommes partis de zéro. A mesure que nous nous accoutumons à ce nouvel environnement et que nous en profitons avec plus de profondeur, viennent des événements dont nous nous serions bien passés. (le scolopendre, les insectes, un animal sous la cuisine, et ces termites, et le squelette du chat). Ce sont comme les marches d’un escalier, que nous gravissons pas à pas, les étapes d’une initiation.

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Le mur derrière la maison. Une fois le tas de bois et les planches dégagés.

nid de guèpes

Les délicats nids de guèpes sur le mur même. Les guèpes ont sans doute utilisé la terre du mur pour les faire.

Les os du chat

Le reste du fameux squelette du chat. Qui était bien caché derrière les fagots.

termites

Les termites découvertes entre des planches. Je les ai balancées dans la rivière. Mais j’ai remarqué que, le lendemain, les poissons ne les avaient pas mangées.

Sous le engawa

Un voisin très sympathique, une belle personnalité, revient dans le village. L’hiver il préfère rester en ville les week end. Le printemps revenu, il passe au village les dimanches.

On discute.
Il s’y connait très bien en architecture; et a une connaissance étendue de la nature, des plantes, et des maisons japonaises anciennes.
Je lui montre ce qui me perturbait un peu depuis quelque temps. Un trou béant dans la ‘fondation’ de la maison, sous le engawa. effectivement; la fondation; c’est de la terre mélangée à des pierres qui soutient un tronc d’arbre couché…
Mais il y a un trou énorme. Les serpents et autres bébêtes vont y faire leur nid c’est sûr, comme le renard qui jadis a vécu sous la chambre de notre fils.
Mais non j’ai tout faux. Le voisin m’explique que le trou est là exprès; pour assurer un courant d’air sous les fondations et empêcher l’humidité de s’accumuler sous les planchers, car ce serait là inviter les termites à venir s’installer et faire un carnage.
Pour preuve il me montre le même trou, l’autre côté de la maison, au méme emplacement, sous le engawa.
Le voisin explique aussi qu’autrefois, il y a 40 ans, les poules du fermier passaient la nuit sous les engawa. C’était autrefois une pratique courante.
sous le engawa