Tagué: vocabulaire japonais
Road Kill
Road Kill, c’est les animaux tués sur la route.
Hier ma femme m’informe qu’un petit animal a été tué sur la route, devant le bureau de poste du village.
Je vais voir. C’est une belette. Ou Itachi.

Il y a deux ans un blaireau était mort sur la route devant notre maison. On avait vu l’employé municipal venir le ramasser et le mettre dans un sac plastique … mmm direction l’incinérateur …
Ayons considération et respect pour les animaux sauvages qui daignent vivre autour de nous.
Je ramasse la belette.

Je l’emmène dans notre montagne. J’y fais un trou. La terre est vraiment belle et c’est un plaisir que de la creuser.
Voilà, petite belette, tu peux reposer ici en paix.

En même temps je sens que la terre de la montagne a faim et qu’ainsi je la nourris.

Vocabulaire: itachi イタチ 鼬 belette
Minou et la souris
Minou a repéré une souris dans le jardin. Toute petite, mignonne comme tout, avec sa paire d’yeux noirs comme des cailloux qui brillent.
Minou est vraiment à fond dans son truc, super concentrée.
A moins de pouvoir se planquer sous une pierre, la souris n’a aucune chance.
Pour mieux l’étourdir je vois Minou la jeter en l’air.
Tout cela dure assez longtemps. A la fin je ne retrouve plus la souris; Minou l’a sans doute dévorée.
Vocabulaire
nezumi ネズミ 鼠 Souris
hatsuka nezumi ハツカネズミ 二十日鼠 Souris (litt. de Vingt Jours)
Un Premier Janvier à la campagne
J’ai toujours aimé les fins et débuts d’année au Japon. A Tokyo j’appréciais les rues vides du jour de l’an et la tranquillité soudaine qui enveloppait la ville.
A la campagne ici le premier jour de l’an est encore plus tranquille.
Le matin on mange du sétchi, la cuisine traditionnelle du nouvel an. Ma femme prépare normalement le sétchi, et le ozoni, mais cette année nous avons changé et avons commandé le sétchi à un restaurant de la ville voisine.
On boit un peu de saké en échangeant les voeux.
Le plat de sétchi est beau et coloré. Il est également chargé de significations. Cela devrait être le sujet d’un article. A réfléchir il y a beaucoup de choses chargées de sens au Japon, au Japon, en fait tout est signes, l’écriture elle-même étant constituée de signes (les idéogrammes).
En fin de matinée nous partons tous les trois (Minou elle est partie dans la montagne) marcher jusqu’au petit sanctuaire shintô au fond de notre vallée.
A l’entrée de la vallée il y a un sanctuaire beaucoup plus important; les gens se déplacent de loin pour le visiter et il y a moults boutiques de vendeurs ambulants sympathiques, les tékiyas, parfois affiliés aux yakuzas, qui vendent des saucisses; des bananes fourrées au chocolat, des frites ! du calamar frit ! Du bon junk food pour les jours de fête.
A la foule joyeuse du grand sanctuaire nous préférons le calme du petit sanctuaire au fond de la vallée. Il faut grimper un escalier de pierre dans la montagne.
Le sanctuaire est là; tout beau, avec les magnifiques décorations traditionnelles, les kadomatsu. Tout est propre et bien entretenu malgré la population vieillissante et décroissante. On se sent bien devant le petit sanctuaire. On sent nos coeurs se calmer et se connecter à la terre.
Ensuite nous suivons un petit chemin dans la forêt. La forêt autour du sanctuaire est protégée, et elle n’a pas été convertie en plantation de cryptomères. Les arbres sont magnifiques. Il y a la un arbre géant. Nous allons le voir. Autour de son tronc une corde shiménawa souligne le caractère exceptionnel et sacré de cet arbre.
Quel magnifique endroit. Il est intéressant de noter que la foule préfère s’agglutiner autour des fritures et des saucisses. Nous sommes seuls. Ces beaux arbres autour du sanctuaire, forment un véritable power spot. A l’inverse aussi, le sanctuaire a été construit sur un power spot, et le renforce sans doute. Mon cerveau se vide de ses détritus.
Notre fils en voyant le grand arbre dit: on dirait l’arbre de Totoro ! En effet un gros Totoro passerait facilement dans le trou qui le perce.
Vocabulaire
O Sétchi 御節 La cuisine traditionnelle que l’on mange au premier de l’an
Shimenawa 注連縄 La corde ornée de papiers blancs pliés que l’on noue autour des choses sacrées
Tékiya テキ屋 Les vendeurs ambulants que l’on voit dans les fêtes et les foires
Kadomatsu 門松 Décoration pour le nouvel an, constituée notamment de bambous taillés en biseau.
Décoration du nouvel an
Posée stratégiquement sur un four de charbon de bois, la décoration traditionnelle pour célébrer le nouvel an.
une bouteille de saké 酒
un yuzu 柚子
un kagami mochi (deux gâteaux de riz superposés) 鏡餅

Minou retrouve la montagne
Dimanche. Mon épouse est à la maison avec Minou le chat pendant que je suis dans la montagne à planter quatre noyers.
Elle dit alors à Minou: On va faire un tour dans la montagne ? 山に行く?Minou miaule de façon décidée et se met sur ses quatre pattes, racontera-t-elle plus tard. Lorsqu’elle sort de la maison, Minou court en avant et il est clair que Minou a parfaitement compris !
Et voila donc Minou qui retrouve la montagne. On prend ces quelques photos. Elle a l’air très heureuse de retrouver sa montagne !
Je suis en train d’essayer d’arracher une vieille souche de cryptomère pour planter un noyer à la place. Les vielles racines sont enfoncées dans la terre et la roche. Je dois suer un litre d’eau dans l’effort.
Surprise par la tiédeur du jour, une grosse sangsue se promène sur la lame de ma hache, je la tranche en deux sans hésitation. Du trou sous la souche; surgit un énorme scolopendre, je l’admire courir ainsi de ses mille pattes synchrones.
Minou et les oiseaux qui se mettent soudainement à chanter. La beauté glorieuse de la nature. Les promesses de ces arbres que nous plantons. La paix.
Vocabulaire
Hiru 蛭 ひる Sangsue
Mukadé 蜈蚣 むかで Scolopendre
Kurumi no ki クルミの木 Noyer
Minu ミヌ Minou
Amagoi ou la prière à la pluie
La rivière au bas de notre jardin est sèche. De mémoire de centenaire, et notre voisine madame M a presque cent ans, cela ne s’était jamais vu !
En effet il n’a pas plu depuis un mois.
A propos monsieur T., 80 ans ou plus, nous racontait l’autre jour qu’autrefois dans sa jeunesse pendant les périodes de sécheresse il voyait les villageois monter sur le sommet des montagnes de la vallée. Ils y faisaient d’énormes feux, brûlant bois et bambous.
Ces feux qui pouvaient durer une journée entière, on les appelait amagoi, c’est à dire prière à la pluie.
Très étonnés d’entendre ce récit d’un autre âge et empreint de magie, nous demandions alors à monsieur T s’il pleuvait vraiment après l’amagoi.
Et il confirme en effet qu’il pleuvait invariablement après l’amagoi !
C’est fantastique, n’est-ce-pas?
Par contre il s’est mis à pleuvoir pendant que j’écrivais ce petit article …
Vocabulaire
あまごい 雨乞い amagoi prière à la pluie
et à propos de goi …
ものごい 物乞い monogoi aumône
Futon hoshi, onomatopées et la toilette de Minou
Quiconque a vécu ou voyagé au Japon aura remarqué les futons sortis des maisons et laissés à sécher sous le soleil les belles journées.
Les futons qui sont souvent faits de coton; auront tendance à prendre de l’humidité et cette opération de futon hoshi (séchage des fuyons) est nécessaire.
futon hoshi 布団干し
梅干し le hoshi est le même idéogramme que dans uméboshi et désigne le séchage.
Sous le soleil les fibres de coton du futon reprennent leur souplesse … on dit que le futon est alors fukafuka ふかふか。Les UV aussi tuent les acariens qui se promènent à la surface.
Lorsque j’avais commencé à étudier la langue japonaise en autodidacte dès 1988 j’avais été très amusé par ces onomatopées japonaises, tout à fait intraduisibles et qui expriment une sensation ou un phénomène particulier. Il y a aussi donc pékopéko, garagara, bétabéta, gunyagunya, batabata, hokahoka, pokapoka, daradara, komikomi, boroboro, barabara, nikoniko, kachikachi, sarasara, zarazara, jabajaba, jobojobo et caetera.
Elles sont caractérisées par deux syllabes répétées. On les appelle aussi kurikaeshikotoba 繰り返し言葉, ou mot qui se répète.
Dans le cas du futon séché au soleil, deux expressions viennent à l’esprit:
fukafuka pour la sensation de gonflement que donnent les fibres du coton étendues et aérées.
et pokapoka qui exprime la douce chaleur du futon
Le fukafuka et le pokapoka n’échappent pas à Minou qui se presse d’aller se hisser sur un futon et de faire une toilette poussée.
Réparer une vieille hache
Après la serpe … la hache …
Cette hache trouvée pour 500 yens dans une brocante (soit 5 euros) a besoin d’être réparée pour pouvoir servir.
Nous avons envie de l’utiliser lorsque nous irons travailler dans la montagne.
Il faut en remplacer le manche, le manche actuel se défait et en plus il est trop long.
Il faut aussi retirer la rouille pour faire réapparaître la beauté du métal.
Et affûter la lame avec la pierre.
Je crois que l’on appelle ce type de hache Yoki.
Vocabulaire.
Ono 斧 Hache
Yoki ヨキ Hache plus petite, que l’on utilise d’une main. Je crois ce nom est une onomatopée.
A propos, une autre hache du même type, mais plus grande; somnole dans l’atelier. Achetée également pour 500 yens.
Le jour viendra où nous lui referons une petite beauté:
Si vous ne connaissez pas je vous recommande l’article où nous parlions des signes magiques inscrits sur les lames des haches japonaises.
Momigara ou glume de riz
Les récoltes de riz ont bien commencé dans les rizières du village. Les dates des récoltes dépendent du type de riz qui a été planté. Des variétés sont tardives et d’autres pas.
On voit les agriculteurs montés sur des machines qui ressemblent à des robots gundam.
C’est donc le moment d’aller prendre du momigara, ou glume de riz.
Certains le déposent aux pieds des légumes l’hiver dans les jardins pour les protéger du froid et du gel. Je me dis aussi que cela doit être très aussi bien pour pailler le potager, je suis curieux d’essayer en tout cas.
La voisine d’en face me propose d’aller en chercher ensemble. On part tous les deux dans le camion, et nous nous rendons a quelques kilomètres, chez un agriculteur. C’est monsieur T.
A cote de ses combain, mini moissonneuses batteuses montées sur chenilles de caoutchouc, un gros tas de momigara.
Monsieur T est content de nous voir car le momigara ne lui est d’aucune utilité et il souhaite s’en débarrasser. Nous en chargeons le camion.
A vivre à la campagne nous sommes proches des réalités et à bien y réfléchir une des choses les plus fantastiques que nous pouvons vivre, c’est d’être acteurs des cycles de transformation. Si la société de consommation rime souvent avec déchet, poubelle, gâchis (« waste » en anglais), à la campagne nous participons aux cycles de transformation où les matières organiques se transforment et sont utilisées de nouveau et à l’infini. Pas de plastique dans tout ça.
Examples, la récolte de riz s’accompagne donc de production de glumes, lesquels sont utiles pour le jardinage; leurs elements retournent à la terre et l’enrichissent.
Le bois coupé alimente Calcifer qui nous réchauffe, la cendre laissée par sa combustion retourne dans le jardin où elle enrichit le sol.
Pareil pour les déchets de la cuisine, ou encore le crottin de cheval du club hippique pas loin, la matière organique retourne à la terre et n’est jamais perdue, et alimente les organismes vivants du sol.
Cercles vertueux donc qui peuvent être répétés à l’infini.
Vocabulaire
もみがら 籾殻 momigara glume du riz
La fête de l’école
Samedi c’était la fête de l’école primaire du village. Notre fils y est, en CM2.
Vocabulaire; Fête de l’école – 運動会- undoukai
La fête de l’école dure toute la journée et c’est comme une grande fête du village entier. Car les parents mais aussi le club 3e age, la brigade de pompiers volontaires et tous les habitants intéressés s’y rendent.
Les enfants ont l’occasion de montrer à tous leurs progrès et les développements de leurs capacités dans les domaines de la course à pied, de la gymnastique, de la danse et de la musique.
Il y a aussi des jeux auxquels les clubs des mères de famille et les clubs des ainés participent. C’est donc ouvert à toute la communauté.
C’est un mélange de sérieux, de rire et de burlesque qui dure toute la journée et permet à la communauté du village de se retrouver et d’admirer la puissance et les promesses de sa jeunesse.
Ce spectacle est d’autant plus précieux que le nombre d’enfants dans la vallée a été divisé par trois en 50 ans. Effet conjugué de l’éxode rural et de la chute de la natalité.
Chacun dans l’assistance fait un peu comme il veut. Certains s’asseyent ensemble et boivent de l’alcool. 🙂 je dissimule les visages mais n’en pensez pas pour autant que les messieurs sur la photo ne sont pas respectables !
D’autres se retrouvent et discutent. D’autres encore se reposent et dorment.
Un tour qui me fait à chaque fois manquer de mourir de rire, c’est le tour burlesque de la brigade de pompiers volontaires. Déguisés en cochon, en canard ou encore en grenouille.
On fait assoir un pompier sur un fauteuil de bureau que l’on fait tourner rapidement. Puis le pompier doit pouvoir marcher sans tomber le long d’une poutre de gymnastique. Ensuite on lui plonge le visage dans de la farine et on lui fait avaler un infect jus de salade etc …
Cet épisode de blagues potaches style bizutage devant tout le village rappelle qu’il est bon de ne pas se prendre au sérieux !
En tout cas, on voit encore ici comment les Japonais savent vivre ensemble et en communauté. C’est vraiment remarquable.


























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