Catégorie: japon

Acheter un bentô à la gare

L’avion pour Seattle où j’ai trois jours de meetings cette semaine part de Tokyo, de l’aéreport de Haneda. Il y a 10 ans il y avait un direct Osaka KIX Seattle et c’était bien pratique: il suffisait alors de prendre le bus qui relie direct himeji à KIX mais le vol a été arrété un ou deux ans après notre emmenagement à Himeji.

Donc je prends d’abord le shinkansen pour aller à Tokyo et ensuite prendre l’avion. Pourquoi pas, j’aime beaucoup le Shinkansen ! Conseil aux voyageurs: voyager en première classe dans le Shinkansen. C’est tranquille, confortable, spacieux….

Au fond: le chateau de Himeji

Avant de monter dans le Shinkansen sur le quai de la gare de Himeji je vais voir la petite boutique où une dame très attentionnée vend des friandises, des bentôs et des boissons.

Je remarque que derrière elle il y a la reproduction d’une gravure de monsieur Iwata qui représente les très célèbres fêtes de Himeji. Au fond, la silhouette du chateau et devant, une foule pleine de joie et de puissance.

Je lui demande si elle connait monsieur Iwata elle me dit que pas personnellement, non; alors je lui parle de l’interview que j’ai faite de lui et lui en résume très brièvement les propos, et en particulier: faire les choses en mode ténuki (mode nonchalant) pour pouvoir les faire dans la durée.

Alors elle se met à sauter sur ses petits pieds et elle me dit:

« ‘c’est exactement ça pour moi !! je fait tout en ténuki !!! et comme ça, j’ai pu travailler ici pendant 16 ans !! »


Voila qui est merveilleux !!

Pour marquer le coup je lui achète son bentô le plus cher !!


L’aéroport de Hanéda est vraiment bien. Super propre. Il y avait d’ailleurs une émission TV qui avait fait le portrait d’une dame qui travaille au nettoyage de l’aéroport et qui avec sa façon de travailler formidable est devenue une célébrité … En cherchant le lien vers la vidéo je vois qu’elle a commencé son propre channel youtube et qu’elle a plus de 30 000 followers. Dingue ! https://www.youtube.com/@user-wy9eu7sb5o

C’était bien O bon

La semaine dernière c’était O bon.

Le O bon c’est la fête des morts ici: les défunts reviennent chez eux et les familles au préalable se sont rassemblées pour les accueillir.

Ca se déroule en trois phases, le mukaé bon (préparations pour l’acceuil des défunts), le chu-nichi (les familles sont ensemble), et le okuri-bon (les défunts repartent).

J’écris ça mais je ne l’ai jamais vraiment vécu car ma femme « ne le pratique pas » et nous sommes à 600 km de sa famille …

En pensant à ce ‘principe’ de o-bon je me suis dit que c’est quelque chose de génial. J’aimerais pouvoir revoir ma mère comme ça et qu’elle vienne nous voir à la maison ! Elle qui nous a quittés il y a 7 ans.

J’en parle à ma femme et très sérieusement elle me dit qu’il suffit que je le demande et ma maman reviendra nous voir, au o-bon. On aimerait tous pouvoir faire le o-bon et que ça marche …


Mercredi soir c’était la fête du o-bon dans le village. J’y suis allé mais n’y suis pas resté trop longtemps, à peine deux heures, car le lendemain j’avais une réunion pour le travail, très tôt, à 3h30.

Revoir les voisins et pouvoir passer du temps ensemble avec eux m’a bien touché et fait plaisir. Ils sont si gentils. Je suis toujours surpris par leur gentillesse. Je me forcerais, je crois que je n’arriverais jamais à être aussi gentil qu’eux! C’est peut-être mon côté Charentais …

J’aime bien la cuisine de la salle des fêtes. Autrefois s’y préparaient de grands repas, pendant des obsèques par exemple.

Monsieur Fuku est la; dès que j’arrive il me montre où sont les bières, Monsieur S. m’accueille, je discute avec monsieur H. que je n’avais pas vu depuis longtemps, je m’étais un peu inquiété d’ailleurs, il me raconte qu’il s’est blessé il y a quelques mois en tombant du toit du sanctuaire shintô qu’il était en train de nettoyer ….

Monsieur Fuku, dans ma nouvelle BD en préparation …

Notre prête bouddhiste préféré aussi dans la nouvelle BD en préparation

Je passe du temps avec les plus jeunes; ceux de ma génération, cinquantaine ou late fourties, ils sont regroupés autour d’un petit barbecue où sifflent les saucisses et brochettes de poulet. On prend des nouvelles. Comment vont les enfants, où en sont-ils dans leurs études, lycée, université…

Le prêtre bouddhiste du village, son temple est juste en face de la salle des fêtes, est avec nous. Il a visionné sur youtube la vidéo de monsieur iwata et a beaucoup aimé.

Un peu plus tard vers 1900 heures plus de monde arrive, les familles et beaucoup d’enfants. Alors commence vraiment la fête, avec la musique, le tambour japonais et les danses … Il y a beaucoup d’enfants, peut-être une vingtaine d’enfants.

Le directeur de la banque postale arrive, encore dans son superbe costume, il rentre du travail et est passé nous voir directement. Quelle classe ! J’aurais du le prendre en photo …

Je me dis c’est bien précieux ces moments. La population du village continue de baisser comme partout au Japon, malgré quelques arrivées de nouveaux, et qui sait encore combien d’années on pourra continuer à avoir une belle fête comme ça!

Faire son chemin à la machette

Samedi matin 5 heures. Le temps est sublime, il y a une magnifique lumière, le soleil est toujours caché derrière la montagne et donc il fait encore un peu frais. On est encore protégé de ses javelots de photons.

C’est un moment magique et pour bien en profiter je me suis installé dehors dans le jardin pour écrire cet article. J’entends les chants des grenouilles. Les chants des insectes. Les chants des oiseaux.

Les pluies continuelles (c’est la saison des pluies) nous ont dissuadés d’aller dans le jardin cette semaine, sauf hier, il a fait beau et nous avons alors récolté un seau de pommes de terre.


Je parlais dans l’article précédent de mon collègue Christopher; cette semaine on a fait un truc très sympa: chaque jour on a regardé tous les deux un épisode d’une série d’entretiens avec Joseph Campbell, qui a du être réalisée dans les années 80 dans le ranch de George Lucas. (le skywalker ranch). La série d’entretiens se nomme la Puissance du Mythe. (Voici le link du blog de Christopher: https://mushroom-paladin.com/; et ici un article qu’il avait fait sur moi https://mushroom-paladin.com/f/how-the-ai-war-is-won-the-king-maker très drôle !!!!)

Il regarde l’épisode dans sa soirée aux US, il m’envoie une photo de sa TV, vers ce même moment je me mets sur mon rameur dans le bureau, et je regarde le même épisode, en ramant.

Ramer en regardant quelque chose de compliqué comme cela je peux comprendre et retenir au plus 50 pour cents, car souvent je me focalise sur le compteur du rameur et n’écoute plus, ou alors ma pensée se met parfois à faire de longues promenades mais c’est comme ça souvent aussi que j’ai de nouvelles idées pour mes dessins.

Les mythes. Les religions. Par exemple; les similarités entre des passages du livre de la genèse et d’autres mythes …. Ce sont des sujets tout à fait passionnants. Dans ma jeunesse étudiant en école d’ingénieur j’avais pris une option anthropologie et cela m’avait passionné, j’avais alors lu beaucoup des Mircea Eliade et Marcel Griaule … C’est peut être les seuls trucs que j’ai retenus de mon école d’ingénieur d’ailleurs …

Il y a vraiment des choses magnifiques dans ces documentaires. https://www.youtube.com/watch?v=hEqR73j_oMY Certains propos sont repris aujourd’hui par Jordan Peterson. Passionnant. Je connecte tout cela aussi avec un formidable podcast par Jonathan Pageau, sur Dante et la divine comédie.

Encore un problème: comment pouvoir passer du temps et s’éduquer sur des sujets passionnants comme ça quand le travail nous occupe 10 heures par jour si ce n’est plus. …

Une image créée avec IA par Chris avec ses champignons magiques les connexions intergalactiques et Joseph Campbell…


Pour ces élections en France j’ai voté électroniquement de nouveau. Le deuxième tour. J’avais l’impression d’être en classe économique; sur un vol aeroflot, et une énorme hôtesse de l’air, ancienne haltérophile aux bras velus (toutes ses anciennes piqures de testostérone) pousse vers moi un chariot avec les plats et me dit BEEF OR FISH mais moi je veux du CHICKEN

Franchement avec la technologie actuelle on pourrait se défaire de tous ces députés qui vivent et s’engraissent à nos frais, et généraliser le vote électronique, une fois par mois. Pour approuver ou désapprouver toute nouvelle loi. Référendum continu. Ce serait un équivalent des votations suisses et alors ce serait vraiment la démocratie. Techniquement c’est faisable.

Car pourquoi essayer de résoudre les problèmes du 21è siècle avec une technologie du 19è ?


Laurent aux yeux bleus a réagi à mon dernier article sur fessebouc, lorsque j’évoquais certains aspects de la vie politique japonaise qui semblent avantageux.

Et oui, on finit par se dire que l’indifférence des Japonais vis a vis de la politique est peut-être salutaire, dans ce monde si chaotique (oui, mais on pourrait dire cela seulement si ce pays n’etait pas ronge de l’interieur par le système quasi-mafieux patriarcal-ultra-libéral du Jiminto, qui sacrifie les femmes et les campagnes, et de fait entraine automatiquement une chute du taux de fécondité jusqu’a 0,9 a Tokyo !… d’ou aussi un manque d’ouverture et de rêves pour nos enfants élevés ici au Japon…

En effet ce système japonais a été successfull dans l’après-guerre mais aujourd’hui comme Laurent aux yeux bleus je ne vois pas comment il sera capable d’évoluer, de se réinventer: en tout cas il a été incapable de s’attaquer au gravissime problème de la natalité, et il continue toujours sur sa même trajectoire comme si de rien n’était, à faire des jeux olympiques à Tokyo, des expositions universelles à Osaka toutes ces choses du 19è siècle dont le monde on n’a plus vraiment besoin … sans voir le mur de béton épais de 20 mètres , au bout du rail. L’impact va faire très mal.

Être jeune au Japon aujourd’hui ? Oui, la garantie de trouver un boulot. Mais une très grande chance d’être payé le minimum, pour juste de quoi survivre. Et pour longtemps. Un peu comme en France, sauf qu’on y est peut être souvent au chômage. C’est difficile. Et comment s’en sortir en vivant à Tokyo avec un petit salaire … Pas étonnant que les gens n’y fassent plus d’enfants …

Dans tous les cas c’est la démerde, c’est à dire qu’il faut penser et agir par soi-même, et essayer faire son propre chemin, comme dans la jungle, à la machette … stage commando de survie tropicale … Je dis ça, mais moi j’ai toujours été guidé par mes peurs …


Côté projet de nouveau livre BD, j’ai fait d’énormes progrès cette semaine. Le prochain livre fera un peu moins de 80 pages. J’ai scotché ensemble deux classeurs pour faire 80 pages max et où je mets mes dessins à mesure que je les fais. Cela me permet de bien visualiser et de mesurer la progression.

Ici j’ai un bon sketch pour le dessin qui accompagnera la gomen machine

Ici un dessin style ukiyoé sur le thème du travail que je ne veux pas faire ….. manque encore le petit dessin pour l’accompagner


Dans tout cela le plus important c’est le process de fabrication plutôt que le résultat

car à chaque nouveau dessin

je change,

j’évolue,

je progresse….

je vieillis …

et ça m’occupe …

chaque nouveau dessin, chaque seau rempli de pommes de terres récoltées c’est comme un coup de machette dans la jungle … On avance …

Ma sœur Sophie écrit un article

Ma sœur Sophie est venue nous voir le mois dernier, elle est venue passer deux semaines au Japon, les deux dernières semaines d’avril, avec ses deux enfants. La première semaine elle est restée chez nous, au village et nous avons passé de très beaux moments. La deuxième semaine ils sont allés tous les trois visiter Kyoto et Nara.

Sophie a écrit un article pour le blog. Le voici:


Nous avons quitté notre petit village haut savoyard pour 2 semaines de dépaysement total. Après un atterrissage à Osaka, nous avons rejoint le village de Wakame Tamago.

Sur la route nous avons pu observer la foret, luxuriante et recouvrant ces paysages de basse et moyenne montagne. Certains pans sont entièrement recouverts d’énormes bambous, dont les pousses sont de taille impressionnante.

Un soir la très gentille voisine de Wakame Tamago [Note: Madame T. dans la bande dessinée] nous en avait amenées. Nous les avons grillées au barbecue et j’ai trouvé que cela ressemblait à l’artichaut. Vraiment étonnant et délicieux!

Photo : Pousse de bambous pour le barbecue

En cette fin avril, la majorité des cerisiers n’est hélas plus en fleurs. Par contre, c’est le début de saison pour les glycines et les azalées ! Ces dernières forment des buissons énormes dans les villes et les jardins des temples. Je n’en avais jamais vu de telles ! Pour les glycines, il y en a beaucoup à l’état sauvage, qui ponctuent la foret de belles taches violettes.

Photos : Glycine à Kyoto, Cerisier en fleurs à Tatsuno

Dans les villages que nous avons traversés, les jardins sont toujours très bien entretenus et sont très coquets. Presque partout, de grands conifères taillés en forme de nuage décorent majestueusement les jardins.

Nous avons vu beaucoup d’érables, certains au feuillage vert tendre à cette époque de l’année et d’autres arborant des teintes rouges à violacées.

Photo : Erable et ikebana à l’entrée d’une maison

Une des choses les plus belles que nous ayons vues lors de ce séjour est le somptueux jardin ISUI-EN à Nara.

Photo : Azalées en fleurs dans le jardin de Isui-En à Nara.

De magnifiques souvenirs qui donnent de l’inspiration pour sculpter et dompter mon petit jardin haut savoyard 😊.

Inspiration (Re-suite)

Des choses incroyables se sont passées.


Dans la boite aux lettres j’ai reçu le dernier numéro du merveilleux fanzine hérahéra ….

vous voyez ce beau mélange de dessins et de texte …. Dans ce numéro paru en mars il parle beaucoup des oiseaux migrateurs …

et qu’est-ce-que je vois en dernière page …. le dessin que j’avais donné à monsieur Iwata … Il a mis mon dessin de locomotive dans son magnifique fanzine … Quel honneur !! J’étais super content.


Mais ça n’est pas tout: en continuant mes recherches (je suis vraiment un stalker) je découvre que monsieur Iwata se rend toutes les deux semaines dans un restaurant à 10 km de notre village pour faire un entretien avec une personne choisie … dans chaque numéro de hérahéra il y a en effet … un entretien.

Les entretiens que j’ai lus d’ailleurs sont variés. Un chasseur, Madame T Wood, le directeur de la poste d’un village pas loin d’ici, etc…


Si le monde est petit, il l’est plus encore à la campagne !

Il fait ces entretiens dans un restaurant que je connais un peu pour y être allé il y a quelques années, et puis la charmante dame qui tient ce restaurant a lu ma BD Retour Sur Terre et avait écrit une très gentille note sur son instagram …

Ce restaurant https://www.instagram.com/komegalleryotemae/ d’ailleurs est tout à fait particulier; installé dans une magnifique maison ancienne au milieu d’un beau jardin, la cuisine y est très recherchée, et tout, les meubles, la décoration, l’arrangement est empreint de gout et de sensibilité. Après le déjeuner la patrone madame Reiko Okada va se mettre au piano et chanter. On y va vraiment pour vivre une expérience totale.

Je pense d’ailleurs que cette expérience esthétique et gastronomique pourrait vous intéresser si vous veniez vous aventurer dans la région.

Donc je la contacte pour savoir si je pourrais assister à un de ces entretiens, afin de pouvoir revoir mon maître à penser.


Reiko répond « je viens te voir dimanche; je voulais faire ta connaissance! » Génial. Elle vient avec son mari et sa fille et nous passons l’après-midi ensemble; en fait elle veut me demander de l’aider pour dessiner une affiche pour un nouveau projet à elle: une séance de théâtre de noh dans un champ où elle plantera du makomo. (makomo = wild rice https://en.wikipedia.org/wiki/Wild_rice).

Ce projet s’inscrit dans un projet plus ambitieux encore: une école d’agriculture et de théatre noh! cela va loin tout cela et elle est vraiment entreprenante et pleine d’énergie et de courage .

Nous discutons de ce projet … et puis à la fin elle me propose de faire un entretien avec monsieur Iwata lui-même… quel honneur encore !!! Ce sera le 5 juin. Bon, qu’est ce qu’on va raconter ? Voila la collision improbable, de la comète Iwata et de la poudre de comète, wakamé tamago … Délire !


Le projet d’école d’agriculture et de noh, on continue par converser via instagram et à partir des idées de Reiko j’obtiens ce dessin qui devient une affiche.


Ces dernières semaines, ça a donc été une série d’électrochocs … la découverte de monsieur Iwata et de son fanzine héra héra, pouvoir le rencontrer en personne, puis faire la connaissance de madame Okada et pouvoir l’aider dans son projet avec l’affiche … j’en suis très honoré … et puis pouvoir, bientôt, être interviewé par le maitre lui-même ….


Inspiration (Suite)

Dans l’article du 3 mars je parlais du choc reçu en découvrant dans un restaurant un petit fanzine nommé ‘hérahéra tsuushin’, écrit par un artiste qui vit à Himeji, monsieur Iwata Kenzaburo.


Rentré à la maison je lui écris pour lui commander quelques numéros du zine. Reçus quelques jours plus tard je les feuillette et les lis un à un.

Les dessins, les textes dans le fanzine sont si chaleureux et humains … Dès qu’on l’ouvre, on se sent bien !

La plupart des textes sont écrits à la main. J’y trouve dans ce fanzine une innocence et de l’honnêteté … C’est authentique. Les sujets traités ? ses rencontres; ses lectures, sa vie de tous les jours, la santé aussi un peu et ce qu’il lit et mange ….


Je me suis renseigné sur l’auteur: Monsieur Iwata écrit ce fanzine depuis … une trentaine d’années. C’est un artiste, il dessine, il fait des estampes (ou ‘hanga’)… Monsieur Iwata a 77 ans ….

Et justement Monsieur Iwata a une expo de ses gravures dans une salle à Himeji … Et ce qui est génial c’est que nous pourrons l’y rencontrer…


This image has an empty alt attribute; its file name is e382b9e382afe383aae383bce383b3e382b7e383a7e38383e38388-2024-04-21-191014.png

J’achète une boite de chocolats et fais un petit dessin, d’une locomotive à vapeur, avec des wagons, chaque wagon portant un caractère de héra héra …

C’est en effet l’image générale que je retiens …

ce fanzine qu’il écrit depuis trente ans me fait penser à une vieille loco à vapeur

qui, malgré les aléas, continue son chemin … et rien ne l’arrête…


L’exposition a lieu dans un bâtiment municipal situé dans une vallée à l’est de la ville de Himeji, un quartier que nous ne connaissions pas …

Tout à fait surprenant, car dans cette vallée on peut voir d’anciennes sépultures du 7è siècle, des « kofun » http://bansyu.com/1204kohun/kohun.htm qui m’ont fait penser aux dolmens bretons…

Revenons à notre mouton ….


Il y a une grande salle, où des gravures sont exposées sur des panneaux. Au centre, une table avec des livres et des classeurs pleins de gravures par ce monsieur Iwata. Ces gravures, simples allégories de la jeunesse, il dessine beaucoup d’enfants, et des fleurs, des légumes, qui évoquent les saisons. Les compositions sont très dynamiques, on sent la vie et le mouvement. L’angle est toujours surprenant.

Nous sommes les seuls visiteurs lorsque nous arrivons mais d’autres viennent se joindre à nous …. comme nous je crois ils ont choisi cette heure de début d’après midi sachant que monsieur Iwata arrivera, en vélo, vers 13 heures …


Et voila l’honorable bonhomme qui arrive, il porte une petite sacoche, pleine de dessins et d’outils pour ses gravures …

On va le saluer, je lui donne la boite de chocolats et le dessin, il nous invite à nous asseoir et on discute une bonne dizaine de minutes en toute simplicité. Une vieille dame arrive, elle aussi est une fan de Monsieur Iwata et nous discutons alors tous ensemble … voila un moment bien agréable.

Monsieur Iwata explique qu’il a décidé de devenir dessinateur et d’en faire sa profession lorsqu’il avait quelque chose comme 17 ans, après avoir vu le film A Bout de Souffle, lorsque Jean Paul Belmondo dit: Les voleurs volent Les assassins assassinent Les amoureux s’aiment

Il s’est dit alors ‘eh bien: les dessinateurs dessinent’ ….


C’est assez merveilleux de rencontrer ce formidable personnage et de voir ses autres fans…


Quand je lui donne la carte postale avec le dessin de la locomotive, il me dit:

« tu sais, je me considère moi-même comme un train ! et regarde, –il ouvre une page de son dernier hérahéra où l’on voit un train passer sur un pont — ce train la, c’est moi, c’est mon auto portrait »

Ne pas oublier la gratitude

Article en Japonais ici

Là où nous vivons, dans un petit hameau situé au nord de la ville Himeji nous goûtons une vie paisible et en sécurité.

Comme c’est à la campagne, les infrastructures qui supportent la vie quotidienne en ville sont cependant absentes: il n’y a pas de gaz de ville; il n’y a pas non plus de tout à l’égout…

Notre vie ici à la campagne est donc possible grâce entre autres aux employés des société de distribution de gaz et d’entretien de fosses sceptiques.

Les gars qui viennent pour livrer de nouvelles bouteilles de gaz, et pour les inspections ou le nettoyage de nos fosses sceptiques sont de vrais pros.

Les gars ont toujours le sourire et sont polis. Quand ils arrivent travailler ils nous saluent, tout comme lorsqu’ils ont fini et s’en vont en disant merci. Leurs camions sont immaculés.

On voit qu’ils ont une fierté à faire leur travail.

C’est pareil aussi pour le livreur de Takkyubin ou le postier qui sillonnent la région avec leur camions et nous livrent des trucs d’Amazon, commandés souvent la veille.

La vie à la campagne est donc rendue possible par ces professionnels sérieux et dévoués et je voulais leur rendre hommage dans ce dessin et leur exprimer ma gratitude.


Ce paragraphe qui suit, je ne l’ai pas écrit dans l’article du blog en Japonais car un lecteur Japonais ne pourrait pas comprendre pourquoi cela arrive, mais depuis quand, les années 2000 ? les camions de pompiers sont régulièrement attaqués en France et peut être d’autres pays en Europe.

Comme vous savez ce sont pas des phénomènes isolés ou exceptionnels (d’après chatgpt qui cite senat.fr et interieur.gouv.fr):

Les pompiers en choisissant leur métier on décidé de se mettre au service de la population tout en s’exposant à des risques considérables.

or, par lâcheté et pour des calculs politiques, les politiques français et la population française ont laissé ces agressions se faire … et augmenter terriblement:

Et je me dis, que vaut et où va une société qui ne protège pas ces personnes mêmes qui ont décidé de se mettre au service, quitte au péril de leur vie, de cette même société? Pourquoi une telle ingratitude ??

Voila quelque chose qu’il m’est impossible de comprendre!

Chatgpt:

Visite chez TWood

Article en Japonais ici https://wakametamago.wordpress.com/2024/03/14/twood%e3%81%95%e3%82%93%e3%81%ae%e7%a7%98%e5%af%86%e5%9f%ba%e5%9c%b0%e3%82%92%e8%a8%aa%e5%95%8f/

Je reviendrai plus tard sur le petit magazine herahera tsushin dont je décris la découverte dans l’article précédent.

C’est que nous sommes aussi allés visiter la base secrète de TWood! (https://www.instagram.com/twood346/)

Ce qu’ils ont construit est magnifique. Plein de poésie, d’imagination, et de tendresse.

TWood on a fait connaissance sur instagram, mais nous avons des amis en commun.

TWood est un couple qui vit en ville à Himeji la semaine, et le week end profite de la nature et du calme dans une petite maison, une vraie tiny house, en pleine montagne.

Ils sont juste dans une vallée parallèle à la nôtre, mais dans un endroit beaucoup plus isolé, et plus sauvage. Ce sont des passionnés de montagne, et l’emplacement qu’ils ont choisi n’est pas fortuit car le chemin qui serpente jusque chez eux permet si l’on continue tout droit en serpentins de gagner le mont Seppiko; une montagne qui culmine à 915m.

Je les suivais sur instagram avec intérêt depuis longtemps, et sur une de leurs photos insta ils montraient une petite bibliothèque qu’ils avaient conçue pour y mettre en valeur des livres sur la montagne et la nature. J’ai du ajouter un commentaire signifiant mon admiration pour ce projet, et leur réponse disait: ‘on voudrait bien ajouter ta bande dessinée 失われた田舎暮らしを求めて dans cette bibliothèque (la version japonaise de Retour Sur Terre– dont le titre japonais traduit littéralement signifie ‘à la recherche de la vie à la campagne perdue‘.)

Ecoutez les amis je viendrai vous l’apporter directement! Livraison à domicile, 24×7 !

Leur tiny house qu’ils ont construite eux-mêmes donc est construite à flanc de montagne. Ils ont alors ajouté plusieurs éléments, en jouant très intelligemment sur les différent niveaux, ce que la pente abrupte de la montagne rend possible.

Une fois chez eux on se croirait dans un magazine ou alors chez un vieux trappeur au Canada (il s’appelle sans doute Pierre) :). Tout est arrangé avec style. Le poêle à bois. les haches accrochées au mur. Une petite cuisine. Une belle collection de dutch ovens. C’est magnifique. On note aussi l’installation électrique qui imite les installations d’avant ou juste après guerre où les deux fils conducteurs sont deux fils séparés…

Adjacent à leur maison ils ont installé une plateforme surélevée où avec une vue plongeante sur la forêt ils donnent des cours le week end de composition florale. Leurs élèves de la journée arriveront bientôt et ils feront des choses avec du mimosa.

Pour ces cours ils utilisent beaucoup de fleurs et de plantes qui poussent autour de leur base, dans la foret.

Madame TWood m’offre une couronne d’ailleurs, faite avec des feuilles de cyprès et une autre plante dont je n’ai su saisir le nom, elle explique: j’ai fait cette couronne en pensant à toi, Wakamé Tamago, et j’ai utilisé une plante qui a des épines.

Ils ont ajouté aussi une petite extension à la plateforme qui rejoint un bel arbre. Là on peut s’assoir « en altitude » et se mettre dans un kotatsu (table basse chauffante) et admirer le paysage comme si l’on était un momonga. (l’écureuil volant japonais).

Elle m’a vraiment compris ! Alors que nous nous voyons pour la première fois.

Avec toute son astuce Monsieur TWood a installé un petit atelier sous la maison. Tout est si bien rangé !! Il est très adroit.

Je suis tellement intéressé et curieux, je n’arrête pas de poser des questions. Mais malheureusement le temps nous fait défaut.

Nous aurions pu observer le four à pain et à pizza. Nous aurions pu observer aussi leur baignoire traditionnelle (et extérieure), le fameux goémon buro, avec vue sur la foret et les momongas.

Tout l’amour que TWood a mis dans ce projet, c’est vraiment impressionnant. Il y a du goût et une recherche esthétique. Une fantaisie aussi. et puis ils partagent tout cela, avec leurs cours de composition florale.

Ils ont un bon écosystème, rendu possible par la proximité de la ville et de la montagne. Ils ont une vie double. La semaine en ville et le travail, et le week end dans leur base fortifiée dans les montagnes.

Mais leurs élèves arrivent on ne peut pas s’attarder ! Nous devons partir.

Mais qu’il est bon de se faire de nouveaux amis.

Et wakame tamago s’en alla porter sa couronne d’épines…..

Promenades à Tatsuno

(article en Japonais: https://wakametamago.wordpress.com/2024/03/01/%e3%81%9f%e3%81%a4%e3%81%ae%e7%89%a9%e8%aa%9e/)

Samedi on va dans la ville voisine de Tatsuno. à 30 km au sud du village. On va d’abord passer un moment au bord de la mer, c’est la mer intérieure, notre méditerranée.

Déjeuner dans un nouveau restaurant. avec vue sur la mer

Faut pas s’étonner que ce restau aie du succès, vu cette vue. Ils ont retapé une ancienne bâtisse de façon très intelligente, en arrangeant deux niveaux différents … le long de la fenêtre un niveau bas, de sorte que tous les clients puissent admirer la mer …

Ensuite on se promène sur la plage, une plage minuscule. Une coquille saint jacques vient se cogner contre mon pied et je la mets dans ma poche. Au loin on voit Iejima qui est une ile qui fait partie de la ville de Himeji.

La mer intérieure ou sétonaikai me fait toujours penser à un film de Ozu … peut être Tokyo monogatari … me souviens plus, ça fait si longtemps …

Il y a dans ce hameau en bord de mer un cluster de petits commerces, un café pour motards, deux ou trois restos, un boulanger …. et il y a aussi le studio d’un artiste, c’est un dessinateur, je retrouve dans son style l’influence de Katsuhiro Otomo, l’auteur d’Akira.

Il a arrangé son studio dans une belle extension de sa maison, où l’on peut voir son bureau, et ses œuvres. L’homme est plutôt timide, on le salue et on passe quelques moments à regarder son travail.

Ses dessins sont pleins d’énergie et de positivité aussi. Il y aussi du kawaii.

Vous pouvez suivre le gaillard sur instagrammes : hidarinekoze

Il faut une dose de courage et de confiance pour s’exposer comme ça en montrant le lieu où l’on travaille.

J’essaie aussi de glaner de l’inspiration et des idées pour mon propre projet de galerie

Ensuite nous allons au centre historique de la ville de Tatsuno; il y a de très belles demeures et des rues pleines de caractère. Nous allons y prendre un verre et redécouvrir quelques coins de rues.

Le regard s’attarde sur cette maison tarabiscotée et fantaisiste qui évoque les dessins animés de GHIBLI.

Rentrés à la maison je nettoie la coquille saint jacques et l’accroche à l’entrée de ma future galerie.

Puis aller dans le jardin et collecter quelques légumes pour le souper … on va faire une soupe miso avec plein de légumes !!

fleurs de colza, petits navets, épinards, takana, poireaux

Visite à l’archipel et à Sasayama … et en bonus une recette facile !

Courte visite à Sasayama. Petite ville en bordure de Kyoto et d’Osaka, sur le côté ouest.

Sur la route on passe dans un magasin / galerie étonnant. On appelle ça un select shop ? Les objets en vente sont produits par des artisans / artistes contemporains, choisis dans tout le Japon. Il y a de très belles céramiques, des vêtements, des sacs étonnants faits en écorce d’arbres, et des pots de confiture d’haricots, des petits biscuits. Tout est franchement très beau; c’est comme une galerie d’art.

Le lieu s’appelle Archipelago (instagramme: archipelago.me), je pense à Soljenitsyne mais ils avaient à l’esprit j’imagine l’image de l’archipel -l’arc insulaire- qui forme le Japon et d’où viennent tous ces artistes formidables qu’ils ont sélectionnés avec soin.

La galerie elle-même est installée dans l’ancien entrepôt de la coopérative agricole d’un tout petit hameau, desservi par une gare non moins minuscule. Le nom de la gare, signifie l’ancien marché furuichi: 古市

On discute avec la proprio de la galerie, elle est très aimable. Ses deux jeunes enfants l’accompagnent et tiennent la caisse. Elle connait très bien tous ces artistes qu’elle a sélectionnés. Notre portefeuille s’est emballé d’ailleurs car nous lui achetons deux céramiques (une de Mashiko, une de Nara) et aussi un sécateur que j’utiliserai au jardin. Le sécateur est fait par un atelier de la région établi dans la ville de Ono, qui, avec une autre ville voisine, Miki, est très connue pour sa production d’outils. Franchement le sécateur est superbe.

On discute donc et elle nous explique qu’elle et son mari ont juste ouvert cette galerie il y a quelques mois et qu’ils sont venus vivre de Tokyo. (comme nous en 2012 donc …). Quel courage de se lancer dans une telle aventure me dis-je, dans un coin si reculé.

Elle nous dit aussi qu’en plus de cette galerie ils ont monté un café librairie ! mais qu’il est fermé ce dimanche mais si on veut bien elle va nous le montrer … on ne se fait pas prier…

Ce café librairie est superbement arrangé … et installé dans le bâtiment de l’ancienne banque agricole du village ! incroyable d’ailleurs on voit l’ancien coffre fort de la banque … personne n’a pu l’ouvrir nous dit-elle ah zut si j’aurais su, j’aurais apporté mon chalumeau !

L’ancien entrepôt de la coopérative agricole. Où se trouve Archipelago. On voit encore l’inscription « confiez vos économiés à la coopérative » 貯金は農協へ

Installer une galerie dans un tel bâtiment, c’est vraiment du wabi sabi.

c’est l’entrée
la c’est la banque agricole où ils ont installé un café librairie (à droite il y avait jadis un distributeur de billets)
l’intérieur est vraiment réussi
ca fait du bien de voir des livres

On fait un petit tour dans le hameau paisible.

la gare
promenade dans le village

Ensuite nous allons à Sasayama.

Du château de Sasayama subsistent des superbes mûrs d’enceinte que je ne photographie pas.

On fait quelques rues, il y a quelques touristes, une rue est particulièrement bien préservée. Je m’arrête devant le superbe atelier d’un artisan de tatamis, monsieur Tadani. On voit qu’il utilise des machines anciennes.

Il est très ouvert est sympathique, on discute une bonne demie heure. Il fait les tatamis à l’ancienne et il nous explique l’histoire du tatami … Sujet passionnant. Justement on lui fait part de nos demis regrets car lorsque nous avons refait notre vieille maison pour nous y installer, nous avons viré tous les tatamis et fait installer un parquet.

Or, un tatami est si confortable … mais aussi qu’en penseraient les griffes des chats, et aussi les vomis des chats ??? mmmm …

Monsieur Tadani on discute avec lui on est tellement naturels on a l’impression que l’on se connait depuis 10 ans alors que ça ne fait que quelques minutes !

Il nous explique entre autre que lui n’utilise que de l’igusa (une espèce de jonc) produite à Kyushu, à Kumamoto, par quelques réfractaires… Il faut savoir que la majorité des tatamis aujourd’hui sont produits avec de l’igusa faite en Chine et contiennent aussi des plaques en plastique …

Voilà une belle rencontre.


Recette facile – ou une recette qu’il m’est difficile de rater.

Faire revenir du poulet coupé en petits morceaux (peut se substituer avec du goret) dans une marmite, un peu d’huile d’olive, de l’ail, un oignon.

Puis ajouter des haricots (ici je fais avec des pois-chiches) et ajouter:

2 cuillérées de sucre

6 cuillèrées à soupe de sauce de soja

3 cuillèrées à soupe de mirin

3 cuillèrées à soupe de saké

recouvrir d’eau

Laisser mijoter tranquillement.

Sur la fin, si on peut en trouver, ajouter du sansho. (celui-ci provient de notre montagne, je l’avais récolté le printemps dernier.)

Si c’est des haricots, je les fais bouillir au préalable.

J’appelle cette recette ‘oba no aji’ soit: « le goût de grand mère ».

Car si j’en fais une grosse marmite je vais en apporter à mon ami Saki chan et à sa femme pour leur dîner, et il me dit souvent « ah c’est oba no aji » soit « c’est exactement comme la cuisine de ma mère », laquelle a 95 ans…. Qu’est ce que ça m’amuse lorsqu’il dit ça!!!!

Tout ça c’est du bonheur …