Le Mochi-Tsuki

Premier dimanche de novembre.

Peu après la récoltes du riz.
Une fête est organisée dans le village. Le Fure ai mochi tsukiFure ai signifie la bonne relation dans le groupe. C’est un peu du bullshit à mes oreilles de français invidualiste. Mochi tsuki, c’est la préparation de boulettes de riz gluant.
La fête est organisée par l’association des habitants du village; l’association des parents d’élèves -appelée PTA Parents Teachers Association-, l’école primaire et le collège du coin, et l’association du troisieme age; appelée sans détour: l’association des vieux.
Comme lorsque l’on tuait le cochon dans mon enfance, les rôles sont repartis clairement entre les hommes et les femmes.
Les hommes s’occupent de faire le feu, de cuire à la vapeur le riz et d’ensuite le frapper avec ces mailleux impressionants, outils de torture moyenâgeux, et que l’on nomme le Kine. On frappe le riz dans un usu.
Frapper le riz demande de la force physique et une synchro parfaite avec l’assistant qui va l’humidifier et le réarranger après chaque coup; sous peine de se faire écraser les os de la main.
En gros, deux hommes s’occupent du feu, deux autres s’occupent de frapper le riz; les hommes se relaient; mais en gros il y a beaucoup de temps mort pour discuter. Les plus vieux restent assis autour des feux et regardent ce qui se passe.
Les femmes elles héritent de tout le reste et s’affairent dans les cuisines. Préparation du daikon oroshi -gros radis blanc rapé et mélangé à la sauce de soja-; du kinako -poudre de soja mélangée à du sucre- et du anko, haricots rouges sucrés.
Dès qu’une  portion de riz est prète, les femmes viennent la chercher et la sectionnent en boulettes, qui seront trempées dans les préparations listées plus haut: les mochis.
Les femmes et les hommes ne se mélangent pas ou presque.
Le tout a lieu à côté de la salle des fêtes du village et lorsque tout est prêt; tout le monde y prend place pour déguster les mochis.
Les enfants sont alignés par terre avec des tables basses. Les parents eux aussi dans une rangée parallèle. Je remarque que les hommes s’assoient ensemble; éloignés des femmes de plusieurs places.
Quant à moi j’ai opté pour le groupe de tables et chaises, pour ensuite apprendre que c’était l’emplacement reservés au vieux. En effet plus pratique plus les 80génaires et 90génaires que de s’asseoir à même le sol pour les tables basses.
Eh bien ces vieux, ces vieillards ont une sacrée  pêche. Ils butent. Rigolent, blaguent.. Au Japon aujourd’hui les vieux ont plus la pêche que les jeunes, et c’est un grave problème pour l’avenir du pays.
En tout cas nous avons passé un excellent moment.
Nous aussi avons frappé le riz et fait démonstration de notre force physique.
Nous faisons vraiment partie de la communauté du village !

minimalisme

l’entrée du village

légumes de saison

Quand les voisins ne nous en offrent pas, nous achetons nos légumes à la cooperative agricole du village. Ce sont les mêmes villageois qui y vendent les productions de leurs jardins.
Les étiquettes sur les poches plastiques portent le nom du producteur.

Ces légumes ont été ceuillis dans la journée et ils sont délicieux.

Voici ce que l’on trouve, en ce début de novembre.

en haut à gauche : yuzu

en bas à droite : sato imo

gecko la nuit

photo

photo…

Madame M

Je veux écrire sur Madame M.

Je suis à Tokyo depuis deux semaines; loin de notre village dans les montagnes du Kansai, et le sourire de Madame M. me manque.

Sa maison est juste à côté de la notre. Elle doit avoir 80, 85 ans ?
Elle vit seule depuis j’imagine plusieurs années.
Son corps est très fin. Son visage bien sûr très ridé. Elle est courbée. Elle doit être toute légère. Comme un moineau. On la dirait faite en papier.
Pour se déplacer elle s’aide d’une canne. Pour les distances plus longues elle s’appuie sur un petit caddie qu’elle pousse.
Elle vit quasiment en autarcie. Sa fille habite dans une grande ville éloignée de 80 kilomètres. Elle lui envoie du riz régulièrement. Madame M. ne conduit pas, on la voit parfois 800 mètres en aval jusqu’à une superette, ou elle achète des petites choses. Pour tout le reste elle se nourrit de la production de son jardin.
Chaque jours elle traverse le village pour travailler sur ses deux jardins; un potager et un verger parsemé de chataigners. Le potager a une surface impressionante et je crois qu’il aurait facilement raison de mon dos et de ma patience.
Mais elle travaille dur, et ne laisse aucun espace inexploité, le potager est recouvert de plants de haricots, de patates douces et là ou il n’y a pas de légumes des fleurs draguent les abeilles.
Je la vois le soir l’été à son retour des jardins, elle rentre chez elle; pliée en deux au dessus de son caddie, et son tshirt est trempé de sueur.
Son jardin est situé en hauteur par rapport à la rivière qui irrigue le village. Si bien qu’elle doit transporter l’eau dans des seaux l’été lorsqu’il fait chaud.
Je la vois aussi sur le chemin du jardin transporter un débroussailleur à essence. L’engin est lourd, elle le pose à moitié sur le caddie qu’elle pousse, et je me demande bien comment elle peut parvenir à s’en servir dans le jardin.
Vous voyez, toute la détermination et la force qu’elle deploie dans son quotidien. J’avoue, moi qui ai la moitié de son âge, ne pas avoir cette même énergie.
Ma boite de vitesse est toujours en première, elle, est en cinquième.
Mais comme toujours et partout les efforts payent. Madame M. arbore un sourire qui éblouit. Son sourire, c’est comme un rayon de soleil, le champ d’un oiseau ou le rire d’un enfant.
Et l’on voit dans ses propos; sa personne et sa manière d’être, une douceur et une gentillesse sans limite.
Notre installation dans le village est très récente, mais Madame M. par tout celà fait déjà partie de notre vie. J’espère qu’avec ma femme et mon fils nous lui serons un voisinage agréable, et que nous aurons la joie de l’aider auttant que possible dans les travaux de son jardin. Si, en échange, elle pouvait nous enseigner les secrets de son sourire …
Voilà bien quelque chose que l’on ne trouve pas dans le Wall Street Journal.

bricolage: getabako

Getabako 下駄箱 c’est le placard à chaussures, litéralement la boite à guetas.

On se déchausse à l’entrée de la maison, le getabako est situé dans l’entrée de la maison.

L’entrée de notre ferme est un doma traditionnel, une entrée très spacieuse, carrée.

Vocabulaire: doma 土間 signifie espace de terre. Le sol du doma était originellement constitué de terre battue. On a vu dans un poste précédant (ici) que les pièces d’habitation sont surévelées par rapport au sol. Le doma aujourd’hui a pratiquement disparu, on ne peut en trouver que dans les maisons très anciennes ou traditionnelles modernes. Le sol du notre a été recouvert de béton il y a 20 ou 30 ans, modernité oblige.

Chez nous, le doma donne directement sur deux pièces, le salon-cuisine, et une ancienne pièce d’habitation à tatami qui sert aujourd’hui un peu à tout.

D’où l’idée de faire une getabako basse et qui ait la même hauteur que le plancher de cette pièce. La getabako devient l’extension de la pièce au delà des fusumas. On peut marcher dessus ou bien s’y asseoir.  La  getabako est constituée de trois sections, et celle le plus à gauche peut être utilisée comme un escalier. Le sol de la pièce d’habitation est en effet élevé de 40 centimètres, et la getabako offre un point où poser ses pieds à mi-hauteur.

sketch de le getabako

Voilà le concept.

Pour la réalisation j’utilise les anciennes planches de sugi (cryptomère) que nous avions rétirées des anciens planchers. Ce sont elles qui pendant plusieurs décennies ont supporté les tatamis. Un coup de ponceuse leur donne une nouvelle jeunesse. Ce sont de belles planches, certaines ont été endommagées par les insectes qui se sont bien régalés mais quelques unes sont en bon état et peuvent resservir .

Une fois le tout découpé et assemblé, je peints au bengara, cette peinture traditionnelle. Le terme bengara vient du néerlandais et a été importé dans la langue japonaise vers 1700.

Le noir bengara; à mesure qu’il sèche,  devient de plus en plus profond. On utilise le bengara le plus souvent pour peindre les extérieurs en bois, et il est réputé décourager les insectes.

Voilà.

Les présents

Hier, je bêchais le jardin entre deux réunions téléphoniques; histoire de retirer les herbes flottes qui envahissent les haricots. Madame Y qui habite un pleu plus loin, au fond de la vallée, arrive en voiture et apporte des croissants et des pains aux haricots rouges qu’elle vient de faire cuire chez elle. Ils sont encore chauds et sont déclieux. Elle offre aussi un petit melon qui tiend dans la main, elle l’a ceuilli dans son jardin.

melon

Les relations avec les habitants du village sont toujours ponctuées de petits présents. Les produits des potagers sont d’ailleurs les présents idéaux, car ils sont à profusion et ne coûtent pas d’argent.

Monsieur K passe devant la maison, dans son petit camion blanc, il s’arrête à peine, juste pour nous donner un sac plastique blanc empli de tomates fraichement cueillies.

La relation est bien sûr bi directionelle, et si l’on reçcoit un présent, on se doit de retourner le geste et d’offrir quelque chose en retour. La production de notre jardin étant ce qu’elle est nous sommes réduits à  acheter des petits gâteaux dans le magasin le plus proche.

Accompagnée de transactions physiques, l’échange de présents; la relation avec les autres est plus forte et tangible. On la voit avec les yeux et on peut la toucher avec les mains. Elle n’est pas réduite à des salutations et des formules d’usage et gagne en épaisseur; ça devient du 3D.