Le garage

C’est peut-être le rêve de tout mec qui se respecte (cojones) que d’avoir un garage, avec des outils, et d’y faire pleins de trucs. Jobs et Wozniack ont commencé dans un garage, Hewlett et Packard aussi.
Et bien voilà nous y sommes aux portes du rêve. Le chais -débarras- est une petite construction en bois carrée assez récente, on lui donne 10 ou 20 ans à peine.
C’était la caverne d’Ali Baba de l’ancien propriétaire, qui y stockait tous ses outils de jardinage et de menuiserie. Il y avait quelques trésors.
On y a fait percer deux fenêtres afin de puiser de la lumière et de profiter de la vue sur la montagne et la rivière qui font face.
Le moment est venu de transformer le capharnaüm et d’en faire un endroit ou l’on peut travailler.
Côte droit, ranger les outils agricoles et le motoculteur. Et les pots de peinture. Et la vieille machine pour le riz.
A gauche, construire un établi le plus long possible, ranger les outils de menuiserie. Avoir un espace pour poser un PC et du papier.
Cette partie qui est lumineuse et donne sur la nature sera un standing desk, on y écrira des emails, et fera de l’excel.
A la fois donc un bureau, un atelier … le panard quoi.
Pour l’instant j’abandonne l’idée du plancher pour la moitié gauche de la pièce. Pas assez de temps, et c’est tellement le bazar qu’il faut pouvoir ranger d’abord.

sketch du garage

Le poêle à bois

Les hivers ici sont rudes, la mer du Japon sous l’influence de la Sibérie n’est pas loin, à peine 100 kilomètres.

Nous avons fait mettre un poêle à bois.
Il faut avouer que la cheminée apporte quelque chose de nouveau à la maison, celle-ci prend tout d’un coup l’allure d’un paquebot, et c’est encore plus convaincant avec la fumée qui en sort.
Le feu est gourmand; il a besoin d’air, il a des moments vifs et violents; d’autres beaucoup plus calmes.
Le feu lui-même devient une présence et c’est comme si notre famille s’était agrandie et avait un nouveau membre. Il y a quelque chose de magique et d’impalpable dans cette nouvelle présence.
Oui c’est ça, le feu et son poêle  deviennent un personnage à part entière. Je pense au dessin animé de Miyazaki où une maison, grâce aux pouvoirs magiques d’un esprit ayant pris la forme du feu dans un poêle, se transporte d’un monde à l’autre et devient un château-navire de guerre qui déambule.

calcifer

Le personnage du feu s’appelait dans la version française Calcifer si je me souviens bien.
D’un point de vue économique, se chauffer au bois est une rupture, le tout dépend désormais uniquement de notre capacité à nous fournir en bois au moindre coût et nous ne dépendons plus des sociétés de gas ou d’électricité.
Beaucoup vont se servir en bois dans les montagnes. C’est donc gratuit pour ceux là.
Le bois importé du canada, très compétitif, a anéanti l’industrie forestière du Japon. Les fôrets au Japon ne s’étendent pas en plaines mais couvrent les montagnes et les coûts d’exploitation sont en effet prohibitifs. Si bien que la plupart des forêts  ne sont plus exploitées depuis plusieurs années.
Il est donc apparement aisée de servir en bois.
Nous essaierons cela l’année prochaine.
Pour celà il faut cependant du temps et un keitora. Les deux nous font défaut actuellement.
Nous parlerons du waitora à une autre occasion.

La Chasse.

Ici aussi malheureusement les chasseurs sévissent et tirent des coups. Certains font mouche.

Ils utilisent le même argument que les chasseurs de France: « il y a trop de gibier. Les chevreuils pullulent. Ils causent trop de dégats »

Celà doit être une règle mondiale: un collègue américain parti tirer le loup et l’ours en Alaska il y a six mois dépliait la même logique. « il y a trop de loups, il y a trop d’ours. »

Les Chinois lorsqu’ils auront fini de dominer le monde diront-ils un jour « il y a trop de blancs » ? Et lorsque les martiens envahirront la terre, diront-ils « il y a trop d’hommes » ?

Promenade dans le village

Le daikon

Je suis au tél.

Réunion téléphonique de deux heures. J’entends un grand bruit dans la maison.
Dehors est venteux. Quelque chose est tombé ? Ou bien le camion venu livrer le bois de chauffe est arrivé ? je regarde un peu par les fenêtres mais ne vois rien d’anormal.
Quelques minutes plus tard, la réunion téléphonique terminée, je sors, … et découvre ce magnifique daikon dans l’entrée.
C’était donc un voisin qui en passant a ouvert la porte d’entrée et a laissé au retour de son jardin le légume fraichement cueilli.
Merci !

La fin de la route

Le chemin qui traverse le hameau avant de partir en vrilles vers les tréfonds de la montagne amène; entre deux ponts, à un groupement de tombes batties à flanc de montagne. Il y a un monument, indéchiffrable, pour ceux qui se sont fait tuer à la guerre.

Il y a aussi 6 jizos.

Jizo: http://fr.wikipedia.org/wiki/Ksitigarbha

Wikipédia me met face à face à mon ignorance, et explique que les jizos ne sont pas six par hasard:

Roku Jizō[modifier]

Roku Jizō signifie 6 Jizo. Une représentation très répandue au Japon, en particulier à l’entrée des cimetières, est constituée de 6 statues de Jizo, une pour chacun des 6 mondes Loka. À noter que le baton de Jizo porte généralement 6 anneaux, dont la symbolique est la même :

  • Le Jizo qui visite l’enfer tient un bâton surmonté d’un crâne ou d’une tête humaine,
  • le Jizo qui visite le royaume des esprits affamés (en) porte un bol de mendiant pour nourrir les affamés,
  • le Jizo dans le monde des animaux tient une bannière
  • le Jizo du royaume des asuras porte la triple joyau (cintamani)
  • le Jizo du royaume humain porte un chapelet (Mâlâ)
  • et le Jizo du royaume céleste des deva tient un disque solaire et un vajra.

A mon prochain passage, je serai beaucoup plus attentif, et nous essaierons d’identifier chacun des six.

L’automne est bien là…

Une question que les Japonais posent souvent aux étrangers: qu’est-ce-que tu aimes au Japon ?

Lorsque l’on leur retourne la question, ils évoquent très souvent les quatre saisons, qui sont très marquées ici.

Pendant ce temps-là l’automne s’est installé et déploie ses palettes.

Le Mochi-Tsuki

Premier dimanche de novembre.

Peu après la récoltes du riz.
Une fête est organisée dans le village. Le Fure ai mochi tsukiFure ai signifie la bonne relation dans le groupe. C’est un peu du bullshit à mes oreilles de français invidualiste. Mochi tsuki, c’est la préparation de boulettes de riz gluant.
La fête est organisée par l’association des habitants du village; l’association des parents d’élèves -appelée PTA Parents Teachers Association-, l’école primaire et le collège du coin, et l’association du troisieme age; appelée sans détour: l’association des vieux.
Comme lorsque l’on tuait le cochon dans mon enfance, les rôles sont repartis clairement entre les hommes et les femmes.
Les hommes s’occupent de faire le feu, de cuire à la vapeur le riz et d’ensuite le frapper avec ces mailleux impressionants, outils de torture moyenâgeux, et que l’on nomme le Kine. On frappe le riz dans un usu.
Frapper le riz demande de la force physique et une synchro parfaite avec l’assistant qui va l’humidifier et le réarranger après chaque coup; sous peine de se faire écraser les os de la main.
En gros, deux hommes s’occupent du feu, deux autres s’occupent de frapper le riz; les hommes se relaient; mais en gros il y a beaucoup de temps mort pour discuter. Les plus vieux restent assis autour des feux et regardent ce qui se passe.
Les femmes elles héritent de tout le reste et s’affairent dans les cuisines. Préparation du daikon oroshi -gros radis blanc rapé et mélangé à la sauce de soja-; du kinako -poudre de soja mélangée à du sucre- et du anko, haricots rouges sucrés.
Dès qu’une  portion de riz est prète, les femmes viennent la chercher et la sectionnent en boulettes, qui seront trempées dans les préparations listées plus haut: les mochis.
Les femmes et les hommes ne se mélangent pas ou presque.
Le tout a lieu à côté de la salle des fêtes du village et lorsque tout est prêt; tout le monde y prend place pour déguster les mochis.
Les enfants sont alignés par terre avec des tables basses. Les parents eux aussi dans une rangée parallèle. Je remarque que les hommes s’assoient ensemble; éloignés des femmes de plusieurs places.
Quant à moi j’ai opté pour le groupe de tables et chaises, pour ensuite apprendre que c’était l’emplacement reservés au vieux. En effet plus pratique plus les 80génaires et 90génaires que de s’asseoir à même le sol pour les tables basses.
Eh bien ces vieux, ces vieillards ont une sacrée  pêche. Ils butent. Rigolent, blaguent.. Au Japon aujourd’hui les vieux ont plus la pêche que les jeunes, et c’est un grave problème pour l’avenir du pays.
En tout cas nous avons passé un excellent moment.
Nous aussi avons frappé le riz et fait démonstration de notre force physique.
Nous faisons vraiment partie de la communauté du village !

minimalisme

l’entrée du village