Visite au temple shinto et les nouvelles amitiés

Les Dieux qui protègent le village, leur sanctuaire shintô est à la hauteur du deuxième hameau, un peu plus au fond de la vallée. Il faut s’aventurer jusqu’à mi-montagne. Nous sommes déjà allés au sanctuaire l’été. On suit la route qui monte; on traverse le deuxième hameau. Tout y est un peu plus sauvage; la vallée est plus étroite; regroupée.

A un moment on engage un sentier sur la gauche qui monte sec; jusqu’au portique du sanctuaire. -Torii 鳥居-
Sur le chemin nous avons entendu l’aboiement de chiens, il y a donc des chasseurs qui sont venus de la ville tirer le chevreuil. Nous nous dépêchons d’arriver au sanctuaire; gage de notre sécurité.
Nous pensions être seuls, quelle bonne surprise; nous trouvons Monsieur K. Il était en train de nettoyer le sanctuaire. Il a fait un petit feu; avec les branches  qu’il a balayées du sol, et derrière la radio relate le progrès d’un marathon en cours.
Nous allons d’abord prier tous les trois, on lance une pièce de monnaie en offrande.
Nous avions déjà rencontré Monsieur K., lors d’événements dans le village, mais c’est le premier tête à tête avec lui.
Il est grand pour les hommes de son époque. Il a 80 ans au moins.  Il nous explique qu’il vient ici chaque jour pour s’occuper du sanctuaire. Personne ne le lui a demandé, mais c’est devenu son habitude. Il balaye les feuilles; les branches.
Le sanctuaire est entouré d’arbres; immenses et droits. Les arbres ont dépassé le siècle et sont imposants.
Avec un chiffon il essuie les planches de bois et les vitres de la construction fragile; comme s’il les caressait.
Notre arrivée est une distraction qu’il acceuille avec le sourire. Nous parlons du village; il nous raconte l’histoire de sa famille; on en profite pour lui poser une tonne de questions. A chaque occasion nous tentons de compléter le puzzle de l’histoire du village et de ses habitants.
Il parle très distinctement et je comprends presque tout ce qu’il raconte. Lui aussi comprend ce que je raconte malgré ma prononciation. Voilà qui facilite la communication.
Nous passons un bon moment ensemble. On regarde le feu; on ajoute des branches. Il ne manque que les saucisses.Tous les quatre avec lui nous nous sentons en sécurité.
C’est fou le chemin parcouru; lorsque nous vivions à Tokyo il y a quelques mois de là, nous pouvions compter nos amis sur les doigts de la main. C’est vrai que beaucoup ont quitté le pays après le cataclysme de Fukushima. Et nous avons laissé de très bons amis à Tokyo.
Voilà une journée marquée par les nouvelles amitiés, avec les habitants du village.
Plus tard dans la soirée Madame Y, elle aussi se chauffe au bois, nous appelle et nous informe que son mari a laissé devant chez nous en notre absence des bûches qu’il a coupées et qu’il nous offre.

 

avec un peu de neige

La scie

Vous trouvez pas que comme ça elle ressemble à une baleine, à un cachalot, la lame de la scie ?

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L’ancien proprio a dû abattre de sacrés arbres avec ça.
En tout cas elle mérite une deuxième jeunesse.
Une fois bien décapée, débarrassée de la rouille de trente ans, elle devient un objet à regarder.

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A la hache….

Nous nous chauffons au bois. Au début nous nous sommes fait livrer du bois qui était déjà coupé et prêt à enfourner dans notre poêle. Malheureusement le bois s’est révélé infesté de cafards.
Ensuite une fois le tout parti en fumée, nous avons acheté l’équivalent d’un arbre; déjà découpé en grosses bûches.
Nous devons donc maintenant couper le bois; et fendre les grosses bûches en des sections plus petites.
Ma méthode actuelle; c’est la masse et, j’oublie le terme en français, ces barres d’acier longues de 10 à 20 centimètres avec un bout formant un coin aigu. On les utilise en général pour parait-il couper des parpaings. Je fais éclater le bois, en forçant à coups de masse les barres d’acier dans le bois; le bois s’ouvre en craquant. Ca n’est pas si violent et barbare que ça le parait et très distrayant.
La méthode marche plutôt bien et c’est un exercice agréable. Il y a certainement sans doute plus efficace; mais bon; on avance pas à pas. Et puis, c’est beaucoup moins dangereux que de travailler à la hache. Je ne suis pas encore bien familier avec la hache…
Il y a une histoire tout à fait fascinante au sujet des haches japonaises:
Les haches japonaises traditionnelles ont quatre traits gravés sur le côté face de la lame, on les appelle ‘yo‘ (quatre se dit yon, d’où yo) et trois autres traits sur le côté opposé, ‘mi‘ (le chiffre trois se lit mi)
Ensemble cela donne ‘mi-yo’ et correspond à ‘mayoke’ 魔よけ, soit ‘protection contre les démons’.
Les traits sur la lame représentent le Dieu du Fer et le Dieu du Feu qui vont intercéder auprès des Dieux de la forêt pour laisser couper les arbres en toute sécurité. Gràce à ces traits sur la lame; les accidents sont moins fréquents.
Je trouve cette histoire purement magnifique.
Il y avait une hache parmi les anciens outils de la maison. J’en ai remplacé le manche et ai aiguisé la lame. Elle est toute belle maintenant !
Les traits sont bien visibles sur chaque côté de la lame.
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Promenade en ville

Dans la ville voisine de Shiso.

Promenade dominicale dans ce qui fût la rue principale, à l’époque antérieure aux automobiles, de cette ville qui autrefois prospérait, et profitait de sa position, sur l’axe Himeji-Tottori. Les rues sont très étroites, on s’étonne que les bords de la voiture ne râclent pas sur les façades de maison centenaires et noires.
Il y a des temples, de très vieux magasins dont il ne reste que l’ombre; et des fabriques de saké; établies 250 ans de là.

Nous en visitons deux.
Dans la première, une très vieille dame souriante nous reçoit et nous montre sa collection d’objets anciens. Une machine à coudre de Meiji, des dès en porcelaine, qui faisaient décider la taille des gobelets de saké dans lesquels boire; un oreiller en bois laqué surélevé; afin de ne pas défaire les coiffures exubérantes de ces dames etc … Il y a aussi un superbe frigo de la marque NATIONAL qui doit bien dater de 50 ans, et qui; nous explique-t-on; a rendu l’âme le mois dernier. Il est remplacé par une horreur en plastique blanc Made in China.
Nous visitons l’autre fabrique de saké elle aussi dans le business depuis trois siècles et qui fait face au précédent. La fille de la famille a eu l’excellente idée d’y installer un salon de thé -en Japonais on appelle ces salons de thé ‘café’-. Le tout est arrangé avec bon goût et met en valeur l’architecture traditionnelle de l’ancienne bâtisse. Les poutres noires. Les sols en tatami. Et toutes les ouvertures qui coulissent. La pénombre. Les vieux meubles. Quelques objets d’autrefois; commes les téléphones noirs et massifs. De jolis meubles. Les menus sont écrits; en blanc sur des disques vyniles antiques. C’est très bien fait; le café est bon et réchauffe; quelques bonnes revues sont disponibles et entretiennent la rêverie.
Sur des étagères; des poteries, des trousses et des portefeuilles faits par des artistes de la région sont en vente.
C’est sûr, nous y retournerons.
Leur site web: http://cafesansyo.exblog.jp
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Une vieille bâtisse

Les vieux

La nature qui nous entoure n’a pas d’age. Elle se renouvelle constament, le cycle jamais ne s’arrête.

Par contre la population du village elle a un age bien visible.

La plupart des habitants ont plus de 50 ans. Notre fils est le seul enfant du hameau. Nous sommes le seul couple dans la quarantaine.
Il y a aussi des personnes très agées, de plus de 90 ans.

Ces vieux méritent le respect, car ils ont une sacrée pêche. Ils cultivent leur champs, coupent du bois dans les forêts, ils s’occupent de la communauté, veillent à ce que les enfants se rendent à l’école en toute sécurité en surveillant les carrefours le matin à sept heures trente, et ils maintienent les rites ancestraux. Ils portent avec eux la culture séculaire du village. Beaucoup donc repose sur leurs épaules. Physiquement actifs; impliqués dans la communauté et utiles aux autres. Sans doute les clefs d’une vieillesse heureuse et épanouie.

On a dressé les portraits de deux personnages exemplaires. Madame M. Monsieur H.

Brel décrivait une bien mésirable vieillesse:

les vieux ne parlent plus
ou alors seulement parfois du bout des yeus
même riches ils sont pauvres
ils n’ont plus d’illusions; ils n’ont plus qu’un coeur pour deux ….

les vieux ne bougent plus leurs gestes ont trop de rides
leur monde est trop petit….

Sa chanson aurait été différente s’il était venu voir ici …

On a connu des villages en France, ou la population se rajeunit et se renouvelle, avec les arrivées de jeunes retraités, d’anglais fortunés, et de jeunes couples recherchant un immobilier plus abordable. Cependant dans ces villages je n’ai pas trouvé trace de culture. Tout est parti avec l’évaporation du Christianisme et Intermarché.

Ici non, les traditions sont encore vivaces.

A Tokyo on est surpris de voir, en effet dans la foule, beaucoup de personnes agées, et surtout des personnes très agées; de plus de 80 ans; beaucoup plus qu’ailleurs. On sait des écoles primaires désaffectées, commes les églises chez nous, et changées en appartements ou ateliers d’artistes (ce qu’elles auraient dû être dès le début).

Ici à la campagne le phénomène est beaucoup visible, car il y a peu de jeunes et très peu d’enfants. Tokyo et les très très grandes villes continuent d’aspirer les jeunes, si bien que les campagnes ici ont définitivement des cheveux blancs.
Quelques usines, que l’on imagine être performantes car pas encore transférées en Chine, permettent de retenir une poignée de couples jeunes.

Nous sommes une rare exception, en nous installant ainsi à la campagne. Le travail à distance n’est pas si populaire ici au Japon… Imaginez donc l’effet de l’arrivée d’un Françcais et de sa famille … quel scoop …

La question de l’avenir se pose. Que deviendra le village dans 10, 20 ans ? Les très vieux seront partis. Il y aura t il du sang frais ? … Le village finira t il par disparaitre ? Et que deviendra la culture qui l’anime et l’irrigue ?

Chaque changement appelle des opportunités. La campagne ou nous nous sommes établis est une chance formidable pour toute famille souhaitant changer de vie.

Une maison spacieuse avec grand jardin s’achète pour le prix d’une BMW. Les infrastructures les plus modernes sont disponibles. Nous sommes à 30 km d’une gare de Shinkansen et de là; à trois heures d’une mégalopole de 30 milions d’habitants, et à une heure d’un aéroport international.
La supply chain au Japon est une mecanique parfaite. Même ici, aux creux des montagnes, Amazon livre dans la journée. C’est fantastique.

On parle de la globalisation, et de la disparition des frontières entre les pays, mais c’est vrai aussi pour les frontières entre les villes et les campagnes.

flash back, les travaux

Nous sommes installés dans notre maison japonaise, traditionnelle; heureux propriétaires de cette ancienne ferme, et heureux habitants de ce petit bout de village situé à 80 kilomètres d’Osaka; dans l’Ouest du Japon.Les photos prises lors des travaux de réfections il y a plusieurs mois nous donnent un aperçu de comment cette maison a été construite.

Sur les photos; on note;

L’absence de fondations. la maison est posée à même le sol. on note qu’elle tient droit depuis 70 à 80 ans et qu’elle a vu plusieurs typhons passer au dessus de sa tête ainsi que des tonnes de neige. Elle a également survécu le grand tremblement de terre de Kobe en 95.
(situé à 70 km).

L’absence de murs. Les murs ne sont pas porteurs. Tout tient sur les colonnes, les poutres. Dans un sens c’est une construction proche des constructions modernes en acier, où les poutres en acier forment un réseau d’arêtes qui supportent la structure. Il y a quelques cloisons, mais ce ne sont pas des murs.

Les poutres. Les charpentiers connaissent le bois et savent ce qu’on peut lui demander. Les poutres transversales sont des tronc d’arbres épais, elles sont courbes. La courbe est toujours orientée vers le haut, on profite de l’élasticité du bois.
Les poutres verticales sont plus fines et droites.

La maison est bâtie sur un étage-et-demi. Un plancher rudimentaire sur le lequel jamais je n’irai m’aventurer sépare les deux.
On a vu plus tôt que le demi-étage au dessus servait de grange où l’on gardait le foin l’hiver, ce n’est pas un espace habité.
On voit sur les photos que les poutres du rez de chaussée sont noires, c’est que pendant des décennies les propriétaires ont fait du feu dans la cuisine!
Celles du demi étage en haut sont ‘naturelles’.

Sur les photos on voit les artisans au travail. Bien sûr avec une vielle maison comme ça tout doit être refait sur mesure. Ils ont travaillé dur et sué beaucoup pour nous. Sympathiques; mais attention; relativement peu fiables … ils ne tiennent pas les dates … ça nous a rappelé la France ! Les artisans de Tokyo eux étaient plus Suisses; là-bas tout était réglé comme du papier à musique.
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Le nettoyage de la rivière

Aujourd’hui dimanche, de 13:30 à 15:30 avait lieu le nettoyage de la rivière.

Tous les habitants du hameau se sont regroupés.
C’est très organisé, comme lors du mochitsuki.
Les femmes sont divisées en deux groupes. Un se charge de ramasser les éventuels détritus sur les berges de la rivière. Le deuxième groupe est aux fourneaux et prépare les réjouissances qui suivront. Les rares enfants sont avec les femmes.
Les hommes eux sont ensemble. Tout le monde a des bottes, des vêtements de travail, et est armé de faux; de haches recourbées et de scies courtes. Certains amènent leurs keitracks.
On monte à l’arrière des keitracks, pour se rendre en aval. C’est chouette de monter à l’arrière du keitrack. Ca fonce sur 500 mètres avec le vent qui souffle dans les oreilles.
Trois groupes se forment et se dispatchent à plusieurs endroits le long de la rivière. On ne nettoie pas les mêmes chaque année.
Puis tout le monde descend.
L’ambiance est bien macho. Il y a quelques jeunes, mais la plupart ont plus de 60 ans, il y a quelques hommes qui ont plus de quatre vingts ans.
Certains descendent et vont travailler les berges immédiates de la rivière, les pieds dans l’eau. D’autres et parmi eux les plus agés restent sur la route, ils s’occuperont de charger dans les keitracks  ce que ceux d’en bas auront coupé et rassemblé.
Tout le monde s’affaire. Certains transpirent malgré l’hiver. On scie des arbres morts qui obstruent la rivière. On ramasse les canettes de café qui la polluent. On coupe les herbes, les bambous mélangés comme des mikados, on ramasse du bois mort bloqué entre des pierres.
Les pluies dans le pays sont brusques et violentes. Il faut que la rivière soit bien dégagée afin de bien dégorger les montagnes et les forêts; sous peine d’avoir des inondations. Il y a déjà assez de catastrophes naturelles comme ça.
Mes bottes sont trop courtes. Elles prennent l’eau. Les pierre arrondies qui forment le lit de la rivière sont glissantes, il faut faire attention; surtout qu’on portes de outils tranchants et très dangereux. Je glisse une fois pour tomber le cul dans l’eau. Heureusement je tiens ma serpe fermement et ne m’ampute pas. J’ai encore besoin de mes dix doigts.
Les deux heures de travail sont intenses. Les gens sont sérieux et travaillent sans rigoler beaucoup. Il s’agit d’être efficace.
Une fois le nettoyage fini on se retrouve. Certains s’assoient. C’est le moment d’allumer une cigarette et de discuter.
Les keitracks reviennent. Ils viennent charger le bois et les herbes coupées. On balaye la route pour n’y laisser aucune stigmate du nettoyage. Les petits camions partent tout déverser dans un petit parc au nord du hameau. C’est là que l’on fera le tondo; à la mi janvier.
Le tondo; mais je le verrai de mes yeux dans un mois, c’est un grand bucher que l’on organise. On célèbre l’année nouvelle. Ceux qui se baignent des fumées du tondo sont bons pour l’année: ils ne tomberont pas malades, et tout ira bien pour eux.
Le travail est terminé. Il faut marquer le coup. Tout le monde converge vers le foyer communautaire. On retrouve le groupe des femmes et des enfants. Ils ont trouvé quelques canettes et des sac plastiques, mais en petites quantités.
Le foyer communautaire est prêt. Le premier groupe de femmes y a oeuvré. Les tables sont mises. Il y a des jus de fruits; de la bière et du saké chaud à profusion. C’est génial. Les tables ont du jambon, et de l’oden chauffe dans des chaudrons. Chacun prend une place. On passe un bon moment, au chaud. Il doit y avoir 80 pour cents du village réuni. Pas beaucoup d’occasions comme ça dans l’année.
On fait connaissance. Oui, on passe un bon moment; pour clore une bien belle journée.

Un signe

Dans le garage, que je transforme tranquillement en bureau-atelier, je vois un mince morceau de papier blanc dépasser entre deux planches du plafond.
Est-ce un signe particulier ? Sur le morceau de papier se distingue un caractère, unique, celui de Dieu. 神
Note: les deux points blancs sur la droite sont des oeufs de geckos, qui, malheureusement n’ont pas éclos, ils n’ont pas donné suite.