Catégorie: journal
Amagoi ou la prière à la pluie
La rivière au bas de notre jardin est sèche. De mémoire de centenaire, et notre voisine madame M a presque cent ans, cela ne s’était jamais vu !
En effet il n’a pas plu depuis un mois.
A propos monsieur T., 80 ans ou plus, nous racontait l’autre jour qu’autrefois dans sa jeunesse pendant les périodes de sécheresse il voyait les villageois monter sur le sommet des montagnes de la vallée. Ils y faisaient d’énormes feux, brûlant bois et bambous.
Ces feux qui pouvaient durer une journée entière, on les appelait amagoi, c’est à dire prière à la pluie.
Très étonnés d’entendre ce récit d’un autre âge et empreint de magie, nous demandions alors à monsieur T s’il pleuvait vraiment après l’amagoi.
Et il confirme en effet qu’il pleuvait invariablement après l’amagoi !
C’est fantastique, n’est-ce-pas?
Par contre il s’est mis à pleuvoir pendant que j’écrivais ce petit article …
Vocabulaire
あまごい 雨乞い amagoi prière à la pluie
et à propos de goi …
ものごい 物乞い monogoi aumône
Eponge pour l’année
Achetés au supermarché, pour deux cents yens soit moins de deux euros, les fibres d’une courge héchima. Nous les couperons en tranches, et cela fera des éponges végétales et naturelles pour faire la vaisselle.
Voila un bon achat !
L’année dernière notre fils avait cultivé des héchima à l’ecole et les avait preparées pour leur retirer la peau et la chair.
Retrouver la montagne
Quelle incroyable joie que de retourner dans notre petite montagne ce week end, et de pouvoir y travailler de nouveau. J’ai vraiment merdé je l’avoue lorsqu’en mars après une courte visite qui s’est soldée par dix sangsues dans chacune de mes bottes j’avais décidé de ne retourner dans la montagne qu’en automne !
D’ailleurs il y a des produits chimiques qui repulsent les sangsues et la vieille recette qui consiste à enfiler autour des bottes des tissus imbibés de sel. Si je peux contrôler le problème des sangsues, il ne restera que celui des frelons … ca doit être gérable ! Franchement !
En tout cas maintenant que nous sommes en novembre c’est reparti pour un grand tour.
A ma surprise la nature n’a pas recouvert toute la terrasse de la montagne d’un épais réseau de bambous. Tout est bloqué par la végétation certes … mais bon c’est pas du bambou. Plutôt une bonne nouvelle donc.
Les cages en métal que j’avais arrangées pour les 6 arbres plantes l’année dernière tiennent encore debout. Le métal est recouvert de rouille.
Dans les cages, les arbres ont bien poussé je pense. Le grenadier, particulièrement, ce qui est une vraie surprise. La végétation à l’intérieur des cages a énormement poussé, ce qui a pu gêner éventuellement le développement des arbres. Il faudra que je recouvre le sol de carton pour limiter cela. On voit que les chevreuils ont mangé de ce qui a poussé en dehors des cages … Merci les chevreuils.
Cette année je vais nettoyer plus en profondeur. Il reste des dizaines troncs d’arbres écroulés il y a dix ans. Je vais dégager tout cela. Trop lourds si trop longs, il faut les découper en morceaux de un à deux mètres avant de pouvoir les tirer avec le tobi et les porter et les ranger en jolis tas.
Il faut veiller à protéger la chaine de la tronçonneuse qui ne résiste pas au sable ou aux petits cailloux qui se retrouveraient sur les troncs d’arbres tombés à terre.
D’ailleurs c’est très bien de couper les troncs à la hache, plutôt qu’à la tronço, un merveilleux exercice que j’apprécie beaucoup. La tronçonneuse … Si on pouvait, on ferait tout a la hache !
Le plein d’énergie avec le poissonnier ambulant
C’était l’occasion d’aller nous promener au fond de la vallée.
Nous nous promenons dans les ruelles du hameau à moitié abandonné, il n’y reste qu’une vingtaine d’habitants, et l’on entend une musique délirante qui perce le silence des montagnes et les chants réguliers des insectes. D’où peut donc venir cette musique ?
Nous découvrons le camion du poissonnier ambulant! Et faisons ainsi la connaissance de Monsieur I.
Un personnage au grand sourire et qui déborde d’énergie. On commence tout de suite à parler de tout, sur tout. Qu’est-ce-qu’un Français fait là. Où est -ce que j’habite. Quel est mon job. Et lui où il habite, comment il a arrangé son camion etc; si, sur la musique du camion, c’est sa femme qui chante ? ….
Il vit dans la ville voisine et depuis plus de 30 ans fait le tour des villages alentours avec son camion et vend des poissons et des friandises. (côté gauche, poissons, côté droit, friandises).
Au détour de la conversion on apprend qu’il apprend l’anglais et qu’il se lève tous les matins à 3 heures pour aller se fournir en poissons au marché de Himeji à 30 kilomètres.
Il n’a pas de magasin et ne fait que de la vente ambulante. Ce qui me semble un bon business, car les frais et les soucis sont bien moindres ainsi, et tous les jours il sort et voit du pays.
Il a de beaux saba (サバ 鯖、maquereaux) et on cède aussitôt à l’envie d’en acheter.
Pour finir Monsieur I. sort son ocarina et nous joue un truc très chouette et nous projette directement dans le monde de Totoro.
Bien en tout cas c’est décidé désormais nous nous fournirons en poisson auprès de Monsieur I ! Et ce sera aussi l’occasion de bien blaguer !
Au sujet des vendeurs ambulants, il y en avait autrefois beaucoup ! De nos jours tout le monde a une voiture, et Monsieur I et son sourire sont parmi les derniers rescapés. Autrefois il y avait ainsi un marchand de glaces qui faisait le bonheur des enfants. On dit que le vendeur de glaces faisait aussi du kami shibai. Pour les enfants.
Ça devait être pareil en France. Quand j’avais 5 ou 6 ans nous habitions en région parisienne et je me souviens de Pedro le marchand de glaces qui passait dans sa fourgonnette Citroën avec ses petites boules sucrées.
Par contre Pedro ne jouait pas d’ocarina.
Le portrait du camion
Un autre truc chouette à l’école: Sumo!
L’école et le club des personnes âgées du village ont organisé un tournoi de Sumo.
Le club des personnes âgées? Ici on appelle ce club le roujin kai (老人会) ou club des vieux. Voici un terme assez direct. 🙂 Sans connotation péjorative bien sur.
Il y a un dojo (dohyou) de sumo dans la cour de l’école.
Les garçons se mettent à poil et s’enroulent dans un fundoshi. Les filles elles mettent le fundoshi au dessus de leur uniforme.
Je ne sais pas si le sumo au départ avait vocation de mixité. Probablement pas.
Autour du dojo ils ont aligné des chaises et des tentes, pour que les parents et les vieux puissent assister au tournoi.
L’association des personnes âgées a aussi préparé de l’amazaké.
Les enfants ont l’air de bien s’amuser. C’est comme une petite fête.
On peut trouver intéressante cette collaboration entre le club des vieux et l’école. Lesquels sont les piliers de la communauté du village.
Récolte de kakis
Calcifer se régénère (ôde)
Calcifer, notre poêle a bois.
Calcifer, c’est le cœur de la maison
Calcifer c’est le réacteur de la maison_sous_marin_nucléaire
Calcifer hiverne l’été et se réveille quand il fait froid
Calcifer l’hiver nous propulse vers les tropiques
Calcifer est un volcan sympathique mais gourmand de bûches
Calcifer nous fait voir les étoiles, en nous transportant jusqu’au centre de la Terre.
Avec Calcifer Minou le chat devient Tigre du Bengale
Aujourd’hui, Calcifer se refait une beauté
Grace aux hommes à poêles,
On lui purge les tuyaux, lui frotte les boyaux
on le démonte, on le désosse
on le brosse on le nettoie
on le décrasse jusqu’à la dernière vis
on l’aspire et on lui vide le ventre de ses cendres froides.
Calcifer, on le sait: il nous enterrera tous.
Fermeture de l’épicerie du village et le début de la fin
Bon allez ! Un bon petit coup de déprime.
On parle dans un article précédent de la démographie de la vallée où nous vivons. La population qui diminue et prend de l’âge. Natalité faible et exode rural.
Dans le village il y a une charmante petite épicerie. … Il y avait !
Les anciens content qu’autrefois il y avait deux boutiques, il y a 40 ou 50 ans, dans chaque quartier. C’est dire les changements qui se sont opérés….
Et aujourd’hui est le temps de nouveaux changements: avec la fermeture définitive de la dernière épicerie de la vallée. Les coins de campagne au Japon je crois sont tous confrontés à cette situation d’une économie qui se contracte et fond comme neige au soleil.
Heureusement que la nature est la pour nous inonder de sa gloire… et nous fait oublier la misère des hommes.
La fermeture de l’épicerie est un évènement triste. Avec un peu d’effort et d’imagination je pense que le management de l’épicerie -qui était gérée par une société- aurait pu essayer de diversifier le business en faisant café et débit de boissons alcoolisées. Cela aurait attiré un peu plus de business, avec un cout additionnel négligeable.
J’ai l’impression que la boite voulait de toute façon fermer et se désengager du village.
En plus d’un simple magasin c’était le lieu où les habitants se retrouvaient parfois. Il y avait un vieux canapé rouge avec une table et un cendrier. Que demander de plus ! Le coin idéal pour les enfants de l’école de se retrouver après les cours, de manger quelques friandises en faisant de la nintendo en toute sécurité. Et pour les plus vieux de prendre un café en fumant une clope. C’était le bonheur à l’état brut quoi.
Anyway, c’était l’occasion de prendre quelques photos de l’épicerie, pour le souvenir, et de saluer le staff toujours très sympathique.
On peut admirer aussi la bonne humeur et les sourires du staff malgré la nature de l’évènement. Personne ne se plaint .. tout le monde a compris … c’est l’histoire qui bouge … Et on garde le sourire …
Une cabane en forêt
A en croire les vieux du village cette jolie cabane plantée au beau milieu de la forêt (ici on dirait plutôt au beau milieu des montagnes !) a une histoire particulière.
Moi j’imaginais qu’il s’agissait d’une cabane pour les forestiers, les forestiers iraient y faire une pause pendant la journée de travail. Remarquez le porche joliment fait qui se fait asseoir deux personnes à l’abri des éléments.
Mais en réalité on nous dit que cette cabane permettait autrefois aux villageois qui se rendaient à travers les bois jusqu’à la vallée voisine, de s’y reposer.
Les gens allaient donc faire leurs courses à pied jusqu’à la vallée voisine. A vol d’oiseau ça n’est pas si loin et Google Maps confirme en effet que la cabane est bien située à mi chemin entre deux vallées. C’est fantastique, non?
























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