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L’espoir retrouvé au bord de la rivière

Un arbre sacré
Avec les tonnes de neige qui sont tombées dans la vallée, une grande branche d’un arbre sacré s’est cassée. Elle est tombée dans la rivière.
L’arbre sacré protège un petit sanctuaire situé au bord de la route, à l’entrée d’un hameau, un peu plus haut. A écrire ces lignes la question me tarabuste … c’est un sanctuaire shinto ou autre chose ? Il n’y a pas de portique sacré (torii). C’est ce que l’on appelle un hokora. ほこら、祠
Toujours est-il que cet arbre magnifique et sacré protège un sanctuaire, et qu’il a perdu une de ses grandes branches, laquelle est tombée dans la rivière et ça va poser problème lors de pluies violentes.
Je téléphone au chef du village pour savoir si je suis autorisé à dégager la rivière et emporter le bois tombé, pour Calcifer notre poêle à bois, son appétit est sans limite. Il faudra sans doute trois camionnées pour tout ramener à la maison …
On me confirme que ça arrange tout le monde et j’ai le green light. Il y a trois ans j’avais fait aussi la découverte d’un cerisier géant effondré dans les montagnes, à côté d’un cimetière.
Voyez-vous, les beaux arbres comme ça il n’y en a quasiment que dans les lieux sacrées ici; les sanctuaires ou les cimetières. Les hommes, dans leur hubris, mais aussi dans l’espoir d’échapper à la pauvreté et de pouvoir embrasser la modernité, ont tout rasé pour planter des cryptomères, il y a quarante ans. Voila. Tous les beaux arbres sont partis.
Je descends dans la rivière. Encore de la neige, ça glisse. J’emporte deux scies. Pas envie d’utiliser la tronçonneuse aujourd’hui. Il fait sombre déjà. Je récite un pater noster avant de commencer le travail. Car le lieu est particulier, et il faut le respecter. C’est un power spot. Beaucoup de choses s’y passent. Pas forcement que des bonnes.
Le travail pendant deux petites heures se passe très bien. Avec un immense plaisir. C’est bien plus agréable de scier à la main. C’est, en fait, du bonheur à l’état brut. Je suis seul. Les pieds dans l’eau glacée et mes bottes et mes gants de cuir sont trempés. Je transpire. C’est formidable.
Découper un arbre c’est comme dépecer un animal. C’est pareil. A part que les organes dont on n’a pas besoin sont à l’extérieur pour l’arbre, c’est le feuillage et les petites branches. Mais que l’on dépèce un arbre ou un animal, il faut le faire avec respect et amour. Et ainsi les choses prennent leur sens.
Pour aujourd’hui j’ai retiré les branches qui étaient dans l’eau. La rivière est dégagée, ses paroles peuvent de nouveau s’écouler sans entrave. Il fait nuit. Je rentre à la maison. Mais je reviendrai. I will be back.




Village humide
La saison des pluies continue de battre son plein. Il a encore plu une bonne partie de la journée.
Le Japon ne sera jamais à court d’eau, c’est certain !
Dès la fin de la saison de pluies viendront les journées très chaudes. Mais bon ici au village il ne fait pas aussi chaud que ça.
Et puis on peut toujours se baigner dans la rivière pour se rafraichir et se remettre à zéro.
un crabe de rivière bien téméraire au milieu de la route.
Voyez la, un bois de chevreuil…; c’est pas tous les jours qu’on trouve un petit trésor comme ça.
Travaux collectifs: le nettoyage de la rivière
Une fois l’an, un dimanche après midi en décembre, tous les habitants du village se regroupent pour le nettoyage de la rivière. (voir aussi l’article écrit en 2012 sur le même sujet !)
Ici dans cette région du Japon les précipitations peuvent être soudaines et très importantes. Il y a aussi les typhons. Il est crucial que la rivière soit propre et qu’aucun obstacle ne vienne à freiner son débit. Sinon, il pourrait y avoir des désastres, comme des débordements, des inondations avec des maisons emportées par les flots déchainés ou encore l’effondrement de berges ou de ponts.
Le nettoyage de la rivière, c’est un événement important. Ca n’est pas unique; au Japon c’est très répandu je crois. Qu’en est-il dans les campagnes de France et d’ailleurs ?
En tout cas on peut apprécier de voir la petite communauté prendre le sort de sa rivière en main et unir ainsi ses forces cet après midi d’hiver, sans utiliser les resources ou les services de la municipalité, de la région ou de l’état. On n’est jamais mieux servi que par soi-même.
Tous les hommes se regroupent. On est en habits de travail. Tout le monde porte à sa ceinture une serpe kama 鎌, ou bien une hachette nata 鉈, ou encore une scie noko 鋸.
Le chef du village aura décidé des petits groupes qui vont se répartir le travail à différents endroits le long de la rivière. Puis on va couper les bambous ou encore retirer les poubelles ou les branches de bois mort qui encombrent le lit de la rivière. Tout le monde est très bien organisé. Il y a ceux qui descendent dans la rivière pour couper et tronçonner, il y a ceux armés de leur petits camions keitora dans lesquels ils vont charger toutes les coupes pour les emmener ailleurs, là où on ira faire le tondo plus tard en janvier.
Cette année notre équipe était chargée de couper et débiter un vieux marronnier dont le tronc courbe venait freiner le débit de la rivière pendant les grandes pluies. Je suis triste de voir couper ce bel arbre. Je voulais nettoyer la rivière, pas vraiment voir couper d’arbres. Mais bon, cet arbre, un typhon aurait pu l’arracher, et il aurait pu alors se ficher sous un pont et qui sait alors si le pont aurait pu résister à la puissance décuplée de l’eau. Le malheureux marronnier, finira d’ailleurs dans notre tas de bois pour être jeté dans le ventre de calcifer.
Après deux bonnes heures de travail on se retrouve tous au foyer du village, les hommes s’asseyent d’un côté et les femmes de l’autre. La bière, le saké, le shochu. Des bouts de cochon, une soupe, une salade de pattes mmm quel régal. Les gens sont de bonne humeur. C’est une petite fête.
Quel bon moment en bonne société!
Typhon numéro 11
Ah donc ce serait le onzième typhon cette année ? Celui-ci passe dans la région, traverse le Japon dans un axe sud nord, à hauteur de Shikoku.
De fait il pleut énormément. Toute la nuit.

Au matin la rivière qui traverse le hameau et longe notre jardin est déchainée. D’habitude un si calme cours d’eau que Minou traverse pour aller se promener en forêt. Et transformé en torrent d’eau et de terre. C’est très impressionnant. La force des éléments !
Heureusement dans le village pas de dégât.
Minou et la couleuvre
Ce soir Minou débusque une couleuvre qui sommeillait sous les pierres dans le jardin. C’est là que l’on peut trouver plein de grenouilles et l’on comprend pourquoi la couleuvre a choisi cet endroit.
La couleuvre se sauve vers la rivière et Minou la suit.
S’ensuit une confrontation silencieuse entre les deux.
Pas de bagarre chez nous donc je descends dans la rivière pour séparer les deux protagonistes.
Il suffit, Minou, de passer le pont
Ces pierres disposées au travers du cours d’eau sont là pour permettre à Minou de traverser la rivière; lorsqu’elle revient de la montagne.
Il suffit, Minou, de passer le pont
C’est tout de suite l’aventure! ….
J’t’emmèn’ visiter la nature! …..
Il suffit de trois petits bonds ….
O bon
Il y a plein de monde dans le village. Tout le monde revient dans le village pour quelques jours. On revient dans les maisons familiales . Les autoroutes sont pleins. Dans tout le Japon. C’est le ‘O bon’. お盆 Certains viennent de très loin. De Tokyo, de Sendai au nord à 1000 kilomètres d’ici. Le O bon c’est les 13, 14, 15 août.
S’ensuit ce dialogue avec ma femme. J’ai vécu plus de 15 ans au Japon mais c’est la première fois que je me pose des questions sur le O bon. Je pense que, comme on vit à la campagne, ces choses là sont plus visibles et ont plus de sens. En ville, je m’en battais un peu les coudes, de ces histoires. Mais ici, elles ont un sens et sont palpables.
Au cours du dialogue je me dis que cette coutume de O bon, c’est une histoire un peu folle. Les âmes des ancêtres qui reviennent de l’au delà … passer quelques jours en famille … et on fait la fête avec eux.
« – C’est quoi ? ‘O bon’ ? »
« – Les âmes des ancêtres reviennent dans la maison de la famille 本家 »
« – Jusqu’à combien de générations passées reviennent les âmes …. Toutes les générations passées ? »
« – Dans des certaines régions c’est seulement les âmes des derniers parents décédés. »
« – Ce sont les âmes des ancêtres ou bien leur fantômes qui reviennent ? »
« – Les âmes. On parle pas de fantômes. »
« – Elles viennent d’où ? De l’enfer ? du paradis ? »
« – On ne parle pas de ça. On dit simplement qu’elles viennent de l’au delà. »
« – Qu est ce que font les âmes, une fois revenues de l’au delà ? »
« – Ben on passe quelques jours en famille ensemble avec les âmes des ancêtres. Pour montrer aux âmes que nous sommes heureux. C’est pour ça que l’on danse. Pour dire aussi aux âmes que l’on apprécie la vie … Pour rassurer les âmes des ancêtres en quelque sorte.
Avant le O bon aussi on nettoie les tombes familiales.
Ca dépend des regions, mais à certains endroits on met des lanternes des papier blanc devant les maisons ou dans la maison, pour inviter les ancêtres.
Pour appeler les âmes chez soi, ont fait un cheval en plantant 4 baguettes dans un concombre et une vache en plantant 4 baguettes dans une aubergine.
Pour venir rapidement; les âmes monteront sur le cheval. Mais pour retourner dans l’au delà le plus tard possible elles monteront sur la vache. »
« – Si je fait ça, ma mémé qui a vécu et est décédée en France, va-t-elle venir ici ? »
« -Je ne sais pas. C’est pas prévu. »
« – Ca marche aussi pour les chrétiens au Japon ? »
« – Je pense pas ! »
« – Dans certaines régions on fait un feu pour appeler les âmes des ancêtres. »
« – Ca a un rapport avec le bouddhisme ? »
« – Non. Dans le bouddhisme on ne considère pas que les âmes des ancêtres reviennent à chaque année.
Une rivière sépare le monde réel de l’au delà. Donc on dit souvent qu’il ne fait pas jouer dans l’eau pendant le O bon. Parfois les âmes emportent avec elles ceux qui jouent dans une rivière ou la mer pendant le O bon (il y a un accident et ils meurent). «
Les chants de l’eau (2)
Les chants de l’eau, c’est l’un des premiers articles de ce blog.
Finalement hier j’ai enregistré le chant de la rivière qui court au bout du jardin. C’est très reposant.
Le nettoyage de la rivière
Aujourd’hui dimanche, de 13:30 à 15:30 avait lieu le nettoyage de la rivière.












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