Catégorie: japon

Un petit tour

Nous sommes allés faire un petit tour, une trentaine de kilomètres à l’est. Dans la région de Nakaharima. Kanzakigun, Kamikawa, Asagoshi. Toujours la campagne; des paysages qui se ressemblent. Beaucoup de verdure partout, les montagnes et les petites routes.

Et des découvertes.
Une boulangerie artisanale installée dans une ancienne maison. On peut s’y arrêter et prendre un café ou un thé. En discutant, on apprend que l’artisan boulanger a retapé lui même la maison centenaire. Il a construit un four à pain dans l’ancienne cuisine. Cuisson au bois. Caractéristique; le nom de la boulangerie écrit en caractères géants sur le toit de la maison.
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Dans un village environnant, de vieilles roues à aube qui permettent d’alimenter en eau les rizières.
La roue entrainée par le cours d’eau remonte l’eau chargée dans des petits godets sur un mètre  puis la verse dans la rizière. Système ingénieux et économique.
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Un peu plus loin vers le nord nous visitons une ville qui valut sa prosperité à l’exploitation d’une mine d’argent. Au 19e siècle des ingénieurs français y ont officié et introduit les dernières techniques de l’époque. La mine a fermé il y a 30 40 ans. Les mineurs dit-on étaient très bien payés. On nous dit aussi … que les mineurs ne faisaient pas de vieux os, beaucoup s’éteignaient, malades, dès la trentaine, dit-on.
Des prisonniers de guerre anglais y ont été employés. Des soldats de la Royal Air Force dont le navire a été coulé par un sous marin de la marine impériale au large de Singapour en 1942. Travaux forcés. On imagine les conditions très difficiles. (article)
Tout celà est à peine murmuré par un guide que nous rencontrons. La compagnie minière, Mitsubishi, est depuis partie creuser ailleurs.
Les anciens logements des employés de la mine ont été restaurés et on peut les visiter. Beau travail. La baignoire de l’époque. Jolie collection d’objets quotidiens de la période showa. Très bien fait.
On apprend que le grand acteur Shimura Takashi, qui a joué dans de nombreux films de Kurosawa,Vivre et Les Sept Samourais pour ne citer qu’eux est né là, dans ce logement de la mine. http://fr.wikipedia.org/wiki/Takashi_Shimura
On continue et prenons une petite route qui serpente dans la montagnes et nous rapproche de la maison.
Nous découvrons une autre mine; désaffectée. Au pied de la mine l’ancien gymnase de l’école, fermée, tient encore debout.
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L’endroit est désert. On se demande ce qu’en disent la montagne et les animaux qui l’habitent. Justement, la montagne dit-on, est tombée malade suite aux rejets de l’exploitation minière souterraine, et à un moment tous les arbres qui la recouvraient sont morts.
Un peu plus bas après le gymnase désaffecté il y a un joli pont; un superbe arbre ginkgo au pied duquel somnolent des jizos.
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Et partout les beaux paysages. Les paysans ont déjà planté les plants de riz dans les rizières. La nature n’est pas rancunière.
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Voyage

Nous partons à 30 kilomètres du village; vers l’ouest. La région est un peu plus sauvage et préservée. Les autoroutes et les grandes surfaces sont loins.

Ca n’est pas l’Amérique avec les paysages gigantesques qui emplissent l’horizon. Au Japon, tout reste compact, les petits villages avec les maisons recroquevillées les unes les autres et les montagnes qui cachent le ciel.
Le Japon a horreur du vide, et lorsqu’il n’y a rien, la végétation prend le relais et déploie ses verts..
 Partout plein de choses à regarder jusque dans les moindre détails.
Les villages que nous traversons vivent essentiellement de l’agriculture. Beaucoup de personnes âgées. Je ne vois qu’un enfant. Le vieillissement de la population est palpable; et beaucoup plus accentué ici. Dans vingt ans les centenaires auront cent vingt ans et les villages seront vides.
Ces paysages simples et riches, je ne sais pas si le touriste, occupe a decouvrir les merveilles de Kyoto et la vie sans fin de Tokyo, a l’occasion de les visiter.
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Immobilier et achat de maison au Japon

Nous avons reçu l’avis des taxes foncières avec la liste des bâtiments qui occupent notre terrain et leur valeur.

La maison principale fait 84 mètres carrés. Elle aurait été construite en Meiji 7 soit 1874. Sa valeur actuelle est estimée à 140,181 Yens soit 999 Euros.
Notre maison vaut donc autant que quatre ipads. Question taxe foncière; nous devrons dépenser 1971 Yens soit 14 Euros cette année.
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notre maison, une ferme japonaise traditionnelle

notre maison, une ferme japonaise traditionnelle. photo prise il y a un an, avant la construction du nouvel hanaré

Au Japon, la valeur des maisons en bois s’amortit sur 22 ans.
Donc; au bout de 22 ans une maison en bois ne vaut théoriquement plus rien.
Au Japon, acheter une maison neuve, d’un point de vue purement économique n’a donc aucun sens. Si on fait construire une nouvelle maison et débourse par exemple 22 millions de Yens pour la construction, les 22 millions seront dépréciés sur 22 ans et c’est équivalent à payer 1 million de Yens chaque année soit 7400 Euros en amortissement. On pourrait dire … autant louer, n’est-ce-pas.
Il est plus avantageux d’acheter une maison ancienne qui ne vaut plus rien dès le départ.
Nous avons acheté notre maison et le jardin pour la valeur du terrain. La maison était gratuite. Comme le gadget dans Pif gadget.
Comme on considère que les maisons ne durent pas, les gens doivent travailler et économiser plus; car il faut faire construire à nouveau, à intervalles réguliers.
Comme on ne pense pas que les maisons durent dans le temps, souvent on n’en prend pas soin et les maisons sont mal entretenues. Ce qui fait que .. oui, les maisons ne durent pas.
Les secteurs du bâtiment et de l’immobilier sont les grands bénéficiaires de cette logique.
Ca donne du travail à tout le monde.
Qui en paie le prix ? les acheteurs de maisons nouvelles et les forêts.

 

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Les plantes de la rivière

Les Apiculteurs

Le promeneur remarquera sur les ruches disposées ça et là au bord de la route du village, des signes rouges.

On y a dessiné un coeur, une abeille, des marguerites.
Les voisins apiculteurs expliquent que les signes sont pour inviter les essaims à venir d’installer dans les ruches.
Je leur demande si c’est vraiment efficace, si les signes rouges à l’entrée des ruches augmentent les chances d’y acceuillir les essaims, et là ils répondent … qu’ils n’en sont pas certains. En tout cas, ça fait joli ….
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Petit tour en forêt

Je suis parti encore en forêt aujourd’hui pour ramener un peu plus de bois mort, pour mon essai de culture sur butte.

Voici quelques photos.

 

Un chevreuil à la sortie du village.

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Les forêts ne sont plus entretenues. L’économie du bois s’étant effrontée avec la hausse du coût de la main d’oeuvre et les importations massives.

 

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Superbes mousses. On se croirait au pays de Totoro.

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Le jardin, samedi matin

Ce samedi matin je me lève de bonne heure; 6 heures. Je commence la journée en offrant deux petits poissons à Minou le chat; et en faisant le feu dans le ventre de Calcifer. Toute la famille dort encore dans les futons bien chauds; mais lorsque tout le monde sera réveillé il fera moins froid dans la cuisine. Faut dire, nous n’avons d’autre moyen de chauffage que Calcifer notre poêle à bois.

Puis je vais derrière la maison dans le jardin, où je m’affaire avec grand plaisir. Cette année je veux apprendre le plus possible en terme de jardinage. L’année dernière c’était le chaos total dans le jardin; si bien que je ne me souvenais plus de ce que j’avais planté, ni quand ni où.

Cette année je m’organise, je prends des notes et je veux une démarche plus structurée, car sinon je n’apprendrai jamais. J’ai redéployé le jardin en petites sections distinctes; et mieux délimitées. J’ai même acheté deux bouquins français et le soir après le travail je révise mes légumes .

Ce matin donc je plante des pois et de la roquette. Des gestes simples et très agréables. Quel plaisir que de travailler la terre. C’est une très belle journée qui commence. Le soleil se lève. On sent que le printemps arrive. Il y a déjà quelques jours, j’avais remarqué le chant plus riche des oiseaux. Ecoutez.

Merci

Merci à toutes et à tous de suivre notre blog et nos petites aventures de tous les jours. Vos visites et vos commentaires sont pour nous les meilleurs encouragements pour continuer.

Excellente année 2014.

Ci-dessous, le petit sanctuaire shinto du village, avec les décorations traditionnelles du nouvel an.

 

 

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Chez le tourneur

Le bois ici fait partie intégrante de notre vie. La maison de bois, les bûches pour le poêle et les forêts qui entourent le village.
L’étape suivante, logique, est l’ustensile en bois pour la cuisine et prendre les repas. C’est peut-être aussi le souhait d’un retour en arrière, utiliser des objets plus primitifs, simples. A titre d’essai; tout est expérience. Car sinon nous sommes des inconditionnels de la céramique japonaise.
De fil en aiguille nous faisons connaissance avec un couple qui vit à une trentaine de km d’ici. Le mari est tourneur sur bois. Nous allons les voir. Ils ont construit leur maison atelier eux-mêmes sur le flanc d’une montagne versant sud avec une superbe vue sur la vallée qu’ils dominent. Histoire sans doute de repérer tout mouvement de police suspect. Le toit de la maison, en demi géode, est remarquable.
L’atelier est caché dans une brume de sciure de bois. L’homme et la femme semblent en émerger et leur visages sont recouverts d’une fine couche blanche. La conversation nait naturellement, comme si nous nous connaissions déjà. Ils sont surpris quand même un peu de nous voir arriver, et moi donc l’étranger. Qu’est-ce-qu’on est venus faire ? Je dois clarifier que je travaille dans l’IT, et que je ne tourne pas le bois. Soulagement, nous ne sommes pas venus observer leurs secrets de fabrication. Notre histoire aussi: une famille avec un mari français qui a quitté Tokyo et est venue s’installer dans la région dans une vieille maison que tout le monde ici aurait bulldozée sans hésitation les surprend, et nous rapproche.
L’atelier est pro, et il y a aussi un côté sauvage dans le chaos qui règne.
Le couple me donne l’impression d’artistes ou d’artisans qui vivent à fond dans leur art. Ils ne s’arrêtent jamais. Ils vivent également avec la nature. Le contact avec le bois. Les panneaux solaires sur le toît. Le système de chauffage à la sciure de bois. La maison qu’ils ont construits eux mêmes. Les légumes et les fruits qu’ils produisent. Il y a eu un choix délibéré de prendre ses distances avec la ville et le système et de se réfugier dans les montagnes et l’art de tourner et travailler le bois. Outre la maîtrise de leur art on sent dans chaque propos leur assurance teintée de modestie, assurance dans le fait que leurs choix sont les bons et dans tout ce qu’ils ont réalisé par eux même sans emprunter la force de l’argent.
On fait le tour de l’atelier, la femme nous explique les fonctions de chaque machine, tandis que l’homme s’affaire à son tour sur un kataguchi.
On protège les plats et ustensiles en bois avec de la laque. Urushi. L’homme part dans les montagnes couper des laquier, pour en extraire la résine. La laque protège le bois de l’eau et permet à l’objet de durer quasi indéfiniment. Mais j’ai en tête un objet en bois crû. Une écuelle en bois. Bien sûr, ils ne font  pas du tout ça. Alors je dessine sur un bout de papier l’objet en question. Dimensions, épaisseur (tu veux un truc épais comme ça?) et les anses. La vidéo de Robin Wood; le tourneur traditionnel anglais qui reproduit des objets du XVIIe siècle m’a  frappé. Mais son site web est trop loin d’ici. Je ne veux pas faire venir d’Angleterre un tel objet. Aussi beau soit-il.
Je parle au tourneur et à sa femme de Robin Wood, comment il tourne selon les méthodes d’antan, avec un tour activé par le mouvement de la jambe. Et l’homme s’en va tout d’un coup dans son bureau, d’où il ressort une vieille revue anglaise ..; et où il y a justement un article sur ce même Robin Wood, plus jeune de 20 ans. Quelle coincidence . La boucle est bouclée.
Finalement je fais la commande d’une écuelle. On convient du prix et de l’essence (ceriser). Ce sera la copie d’une copie.
Trois semaines plus tard. On revient les voir. Il a fait trois écuelles. Je lui demande s’il a pris du plaisir à les faire. Il acquièce et sourit. Les écuelles sont encore plus belles que je n’avais pensé. J’achète les trois. On discute. La femme part dans la cuisine et revient avec un pot de ragout de chevreuil qu’elle a préparé et qu’elle nous offre. Elle l’a préparé comme on prépare la viande de baleine, explique-t-elle.
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