Catégorie: japon

Tara no me

Wikipédia nous renseigne un peu sur l’angélique du Japon. Ou taranoki en Japonais.

Aralia elata; Angélique du Japon, aralie japonaise

C’est un arbuste pouvant atteindre 4-5m de haut, voire 10m dans certaines régions, au feuillage caduc, aux feuilles composées (1m de long), aux petites fleurs blanches en longs panicules, aux grosses épines sur les tiges. Il a tendance à se multiplier en drageonnant et forme des touffes, ce qui lui vaut le surnom de l’arbre qui marche.

La floraison se produit en fin d’été et les feuilles se colorent en jaune-orangé et rouge en automne. Il fait des petites drupes noires en grappes qui sont excellentes pour les oiseaux.
Wiki ne nous dit pas c’est que les pousses de cet arbuste, que l’on nomme  taranome タラの芽, sont un mets recherché ici au Japon.

On les sert surtout en tempura.
Notre voisin d’en face est un fin gourmet et il cultive une centaine de taranoki dans son jardin. Il nous a offerts quelques pousses.
On note que l’écorce des taranoki est utilsée dans la pharmacopée traditionnelle, pour fortifier l’estomac et soigne le diabète.
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Les pousses de bambou

C’est la saison. Des pousses de bambou. Jusqu’à mai. C’est beau, il suffit de demander la permission aux voisins et d’aller se servir. Les chevreuils ne demandent la permission de personne, eux, et mordent les parties affleurantes.

On dégage la terre autour de la pousse de bambou et ensuite un coup de pioche bien placé.
Les pousses de bambou ont un aspect assez intriguant. Elles sont lourdes. Et couvertes d’un duvet noir qui leur donne un aspect animal. Quand j’en tiens dans mes mains j’ai l’impression de tenir une patte d’ours. Impression renforcée par les feuilles vertes qui émergent du bout de la pousse et qui évoquent des griffes.
De toute façon il y a quelque chose de magique. Car ce que l’on va faire bouillir, avec du son de riz (こめぬか) et un (鷹の爪 -griffe d’aigle ou piment rouge) et va devenir un délicieux ingrédient à la texture unique aurait pû continuer à pousser et jusqu’à trois quatre mètres de haut.
Vocabulaire
たけ 竹 Bambou
タケノコ 筍 Pousse de bambou
たかのつめ 鷹の爪 litéralement la griffe d’aigle, désigne une espèce de petit piment rouge courant en Chine; Corée et Japon; Capsicum annuum
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Le coup de pioche bien placé
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Voilà …
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On les fait bouillir, mélangées à du komenuka (son de riz) et des piments. Etape nécessaire pour les rendre comestibles.

Sous le engawa

Un voisin très sympathique, une belle personnalité, revient dans le village. L’hiver il préfère rester en ville les week end. Le printemps revenu, il passe au village les dimanches.

On discute.
Il s’y connait très bien en architecture; et a une connaissance étendue de la nature, des plantes, et des maisons japonaises anciennes.
Je lui montre ce qui me perturbait un peu depuis quelque temps. Un trou béant dans la ‘fondation’ de la maison, sous le engawa. effectivement; la fondation; c’est de la terre mélangée à des pierres qui soutient un tronc d’arbre couché…
Mais il y a un trou énorme. Les serpents et autres bébêtes vont y faire leur nid c’est sûr, comme le renard qui jadis a vécu sous la chambre de notre fils.
Mais non j’ai tout faux. Le voisin m’explique que le trou est là exprès; pour assurer un courant d’air sous les fondations et empêcher l’humidité de s’accumuler sous les planchers, car ce serait là inviter les termites à venir s’installer et faire un carnage.
Pour preuve il me montre le même trou, l’autre côté de la maison, au méme emplacement, sous le engawa.
Le voisin explique aussi qu’autrefois, il y a 40 ans, les poules du fermier passaient la nuit sous les engawa. C’était autrefois une pratique courante.
sous le engawa

Notre maison

Je me rends compte que j’écris beaucoup sur la maison et certaines de ses caractéristiques, mais ne l’ai pas encore montrée dans son entier.

A gauche, le hanaré. C’est là que l’on s’occupait des vers à soie jadis. Et au centre, la maison où nous vivons. Dans le courrant de l’année nous allons faire des travaux et retapper le hanaré afin de pouvoir en profiter.

En ce moment nous travaillons dans le jardin. Nous allons faire un passage avec des traverses en bois qu’un voisin nous a données.

Et oui c’est le printemps et c’est très agréable de passer du temps dehors.

notre maison, une ferme japonaise traditionnelle

notre maison, une ferme japonaise traditionnelle

L’entrée des artistes

Le printemps, et les artistes entrent en scène.

Dans l’ordre d’apparition:
  • Les oiseaux. On voit aussi les aigles haut dans le ciel porter des branches.
  • Les insectes. Des multitudes, d’araignées dans le jardin et les champs. A marcher dehors on sent sa tête passer dans des fils d’araignées tendus la nuit passée.
  • Une tortue vue dans la rivière
  • La nuit à partir de onze heures; le chant d’amour d’une chouette
  • et pour finir la dernière à sortir de sa tanière, c’est la femme du bonze, aperçue hier dans le village et que l’on n’avait pas vue de tout l’hiver.

Balade (temple sekizou-ji)

Dimanche. Promenade en voiture. Villes de Sasayama et Tanba, à 80 km à l’ouest de Osaka.

Découverte d’un temple magnifique au nord de Tanba. Le Sekizou-ji. 石像寺
C’est beau comme à Kyoto, mais sans la foule.
En fait, il n’y a personne. Nous visitons les lieux impressionnants accompagnés du chant des oiseaux et du silence des pierres.
Oui, surtout, les jardins de pierres. Un bâtiment d’ailleurs est dédié à la méditation zen.
L’absence de touristes et la gratuité du lieu apportent un sens de l’authentique rarement gouté.
Le silence et la beauté du lieu nous prennent par la main et nous réconcilient  avec le monde et ses hommes.
Si vous êtes de passage et en voiture, n’hésitez pas car ça vaut le détour.
Sekizo-ji 石像寺
Adresse
Japon〒669-4302 兵庫県丹波市市島町中竹田1003−1
temple sekizo ji
temple sekizo ji jardin de pierres
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Le hanaré

Le hanaré; nous en avons déjà un peu parlé, c’est une petite bâtisse de deux engawas entourant deux pièces de huit tatamis.
Il tient encore droit dans ses bottes. Malgré le plancher de tatamis qui s’enfonce sous les pas; et les volets, battus par des décennies de pluie.
Pour nous faire une idée des possibilités de travaux d’amélioration, j’ai dessiné le hanaré sur sketch up. En voici trois vues.
derriere travers face travers interieur

Le Doma

Ma pièce préférée de la maison, c’est le doma.

Doma s’écrit 土間:
Le premier caractère 土 signifie ‘terre’, le second 間 ‘espace’. Traditionnellement le sol du doma est en effet de terre battue; par opposition aux pièces dont le sol est en plancher ou en tatamis.

Le doma est l’entrée de la maison japonaise traditionnelle.

Chez nous le doma est carré.

Une face du carré est fixe, c’est une cloison, qui avant les travaux donnait sur un débarras. Autrefois ça donnait sur l’étable et la vache Marguerite.

Les trois autres faces du carré sont des cloisons coulissantes.

  • Une vers l’extérieur.
  • Une vers le salon cuisine
  • Une vers le bureau bibliothèque.

Ce que j’aime avec le doma; c’est la transition douce qu’il assure entre l’intérieur et l’extérieur. C’est le sas de décompression entre privé public, entre confort et nature.

Il permet aussi d’accéder directement au bureau ou à la cuisine.
Il est spacieux et l’on peut s’asseoir sur un banc et mettre ses bottes sans se presser.

J’y ai fait d’ailleurs une boite à chaussures qui fonctionne aussi comme un banc. Nous avons mis un autre banc; histoire de prendre ses aises et que tout le monde aie assez de place.

Dans les maisons japonaises contemporaines le doma est remplacé par le genkan; un espace réduit où se chausser et se déchausser est, à cause du manque d’espace, trop souvent un exercice d’équilibre.

Le doma est vraiment adapté à la vie à la campagne.
On peut y poser des légumes fraichement cueillis du jardin, venir avec ses bottes pleines de terre, sans se soucier de salir l’intérieur de la maison.
Idem, le doma se prête à poser le stock de bois de chauffe de la journée. C’est peut-être d’ailleurs un bon équivalent de la cave, car il n’y fait ni trop chaud ni trop froid.

Le doma c’est un art de vivre ancien dont nous sommes bien heureux de pouvoir profiter !

DOMA

Promenade de fin d’après-midi

Janvier.
Fin d’après-midi. On part faire un tour dehors.
chous chinois
Les chou chinois dans les potagers fatiguent. Malgré l’apparente décrépitude ils n’en conservent pas moins toute leur fraicheur; sous les couches superposées de feuilles.
On finit par se déplacer dans le temps.
Les derniers rayons du soleil caressent le chat roux et noir qui somnole sur un tas de fagots. Il est tranquille. Je ne le dérange pas.
chat
Je continue; la route longe la rivière, les maisons se font rares; il n’ya que des potagers, et le chantier d’un voisin qui coupe des cryptomères dans la montagne, pour se construire un chalet. Ce gars là est un pro; il a tout ce qu’il faut et le chantier est très bien organisé.
Un cours d’eau vient d’une autre vallée à gauche et rejoins la rivière. J’entre dans la vallée; plus escarpée; d’emblée plus sauvage. Il y a des maisons. Quelques maisons neuves.
Mais il y a aussi cette épave; une ancienne belle demeure, qui est abandonnée.
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Elle tombe en ruine; tient encre debout comme par miracle. La voiture du proprio, où est-il, attend encore dans le garage qui s’effondre sur elle. C’est un obake yashiki お化け屋敷; une maison hantée. On a soudain l’impression que le temps ici s’est arrêté; car il semble que tout dans la maison soit resté intact.
C’est impressionnant.
Je reviens en arrière et le pont me fait traverser la rivière et rejoindre l’autre rive. La plaine est large, il y a beaucoup de terre, des rizières. Autrefois; ce fut un endroit riche. C’est ce que confirme une ferme magnifique; édifiée au pied de la montagne. L’entrée de la ferme est majestueuse. On pense à un château médiéval japonais. Remarquez la petite porte, à gauche.
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Une bâtisse haute blanche et rectangulaire; faite de terre battue; c’est le kura 倉 conçu pour résister au feu. On y stockait les récoltes du riz. La taille du kura donne une idée de la prospérité passée de la ferme.
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Le corps de ferme est impressionnant. On distingue à gauche un jardin japonais traditionnel, dissimulé derrière de vieux murs de pierres.
Le tout doit avoir 200 à 300 ans. La grande époque. Il n’y a personne. Les habitants doivent être dans leurs champs. Sinon on aurait fait connaissance. On aimerait bien regarder à l’intérieur; voir comment c’est.
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Il fait de plus en plus sombre; le temps de rentrer à la maison et de vérifier les e-mails.
Sur les petites routes le capharnaüm des campagnes, universel.
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L’économie de la montagne

Je discute avec un voisin. Il parle très vite et assez peu distinctement, j’essaie de bien le comprendre.

Il explique qu’il revient de sa montagne où il a coupé du bois.

Une bonne conversation s’ensuit.

Le village est entouré de montagnes.

Jusque dans les années 70 le bois des forêts avoisinantes a assuré une certaine prospérité au village. C’est récent, celà date de la guerre après laquelle on a dû tout reconstruire, et le boom économique qui a suivi.

Toutes les forêts consistent en du cryptomère. Lequel pousse droit et vite et convient parfaitement à la construction des maisons. Il y a donc peu d’essences différentes. Pour cette raison d’ailleurs; les chevreuils n’ont pas grand graine à se mettre sous la dent, et ils viennent jusque dans les villages et les potagers pour s’alimenter.

L’ouverture du marché, et l’apparition de bois importé de Sibérie, du Canada ou de l’Asie du Sud Est a tout chamboulé. Le bois Japonais, trop cher ne se vend plus. Et les montagnes ne rapportent plus rien. Leur valeur a baissé d’autant.

Vous avez une idée de combien coûte une montagne en France ? Je pense déjà à mon cadeau d’anniversaire …