Catégorie: journal

Retrouver la montagne

Quelle incroyable joie que de retourner dans notre petite montagne ce week end, et de pouvoir y travailler de nouveau. J’ai vraiment merdé je l’avoue lorsqu’en mars après une courte visite qui s’est soldée par dix sangsues dans chacune de mes bottes  j’avais décidé de ne retourner dans la montagne qu’en automne !

D’ailleurs il y a des produits chimiques qui repulsent les sangsues et la vieille recette qui consiste à enfiler autour des bottes des tissus imbibés de sel. Si je peux contrôler le problème des sangsues, il ne restera que celui des frelons … ca doit être gérable ! Franchement !

En tout cas maintenant que nous sommes en novembre c’est reparti pour un grand tour.

A ma surprise la nature n’a pas recouvert toute la terrasse de la montagne d’un épais réseau de bambous. Tout est bloqué par la végétation certes … mais bon c’est pas du bambou. Plutôt une bonne nouvelle donc.

Les cages en métal que j’avais arrangées pour les 6 arbres plantes l’année dernière tiennent encore debout. Le métal est recouvert de rouille.

Dans les cages, les arbres ont bien poussé je pense. Le grenadier, particulièrement, ce qui est une vraie surprise. La végétation à l’intérieur des cages a énormement poussé, ce qui a pu gêner éventuellement le développement des arbres. Il faudra que je recouvre le sol de carton pour limiter cela. On voit que les chevreuils ont mangé de ce qui a poussé en dehors des cages … Merci les chevreuils.

Cette année je vais nettoyer plus en profondeur. Il reste des dizaines troncs d’arbres écroulés il y a dix ans. Je vais dégager tout cela. Trop lourds si trop longs, il faut les découper en morceaux de un à deux mètres avant de pouvoir les tirer avec le tobi et les porter et les ranger en jolis tas.

Il faut veiller à protéger la chaine de la tronçonneuse qui ne résiste pas au sable ou aux petits cailloux qui se retrouveraient sur les troncs d’arbres tombés à terre.

D’ailleurs c’est très bien de couper les troncs à la hache, plutôt qu’à la tronço, un merveilleux exercice que j’apprécie beaucoup. La tronçonneuse …  Si on pouvait, on ferait tout a la hache !

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Le plein d’énergie avec le poissonnier ambulant

C’était l’occasion d’aller nous promener au fond de la vallée.

Nous nous promenons dans les ruelles du hameau à moitié abandonné, il n’y reste qu’une vingtaine d’habitants, et l’on entend une musique délirante qui perce le silence des montagnes et les chants réguliers des insectes. D’où peut donc venir cette musique ?

Nous découvrons le camion du poissonnier ambulant! Et faisons ainsi la connaissance de Monsieur I.

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Un personnage au grand sourire et qui déborde d’énergie. On commence tout de suite à parler de tout, sur tout. Qu’est-ce-qu’un Français fait là. Où est -ce que j’habite. Quel est mon job. Et lui où il habite, comment il a arrangé son camion etc; si, sur la musique du camion, c’est sa femme qui chante ? ….

Il vit dans la ville voisine et depuis plus de 30 ans fait le tour des villages alentours avec son camion et vend des poissons et des friandises. (côté gauche, poissons, côté droit, friandises).

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Au détour de la conversion on apprend qu’il apprend l’anglais et qu’il se lève tous les matins à 3 heures pour aller se fournir en poissons au marché de Himeji à 30 kilomètres.

Il n’a pas de magasin et ne fait que de la vente ambulante. Ce qui me semble un bon business, car les frais et les soucis sont bien moindres ainsi, et tous les jours il sort et voit du pays.

Il a de beaux saba (サバ 、maquereaux) et on cède aussitôt à l’envie d’en acheter.

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Pour finir Monsieur I. sort son ocarina et nous joue un truc très chouette et nous projette directement dans le monde de Totoro.

Bien en tout cas c’est décidé désormais nous nous fournirons en poisson auprès de Monsieur I ! Et ce sera aussi l’occasion de bien blaguer !

Au sujet des vendeurs ambulants, il y en avait autrefois beaucoup ! De nos jours tout le monde a une voiture, et Monsieur I et son sourire sont parmi les derniers rescapés. Autrefois il y avait ainsi un marchand de glaces qui faisait le bonheur des enfants. On dit que le vendeur de glaces faisait aussi du kami shibai. Pour les enfants.

Ça devait être pareil en France. Quand j’avais 5 ou 6 ans nous habitions en région parisienne et je me souviens de Pedro le marchand de glaces qui passait dans sa fourgonnette Citroën avec ses petites boules sucrées.

Par contre Pedro ne jouait pas d’ocarina.

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Le portrait du camion

Un autre truc chouette à l’école: Sumo!

L’école et le club des personnes âgées du village ont organisé un tournoi de Sumo.

Le club des personnes âgées? Ici on appelle ce club le roujin kai (老人会) ou club des vieux. Voici un terme assez direct. 🙂 Sans connotation péjorative bien sur.

 

Il y a un dojo (dohyou) de sumo dans la cour de l’école.

Les garçons se mettent à poil et s’enroulent dans un fundoshi. Les filles elles mettent le fundoshi au dessus de leur uniforme.

Je ne sais pas si le sumo au départ avait vocation de mixité. Probablement pas.

Autour du dojo ils ont aligné des chaises et des tentes, pour que les parents et les vieux puissent assister au tournoi.

L’association des personnes âgées a aussi préparé de l’amazaké.

Les enfants ont l’air de bien s’amuser. C’est comme une petite fête.

On peut trouver intéressante cette collaboration entre le club des vieux et l’école. Lesquels sont les piliers de la communauté du village.

sumo a l ecole

 

Récolte de kakis

Calcifer se régénère (ôde)

Calcifer, notre poêle a bois.

Calcifer, c’est le cœur de la maison

dessin de calcifer

Calcifer c’est le réacteur de la maison_sous_marin_nucléaire

Calcifer hiverne l’été et se réveille quand il fait froid

Calcifer l’hiver nous propulse vers les tropiques

Calcifer est un volcan sympathique mais gourmand de bûches

Calcifer nous fait voir les étoiles, en nous transportant jusqu’au centre de la Terre.

Avec Calcifer Minou le chat devient Tigre du Bengale

Aujourd’hui, Calcifer se refait une beauté

Grace aux hommes à poêles,

On lui purge les tuyaux, lui frotte les boyaux

on le démonte, on le désosse

on le brosse on le nettoie

on le décrasse jusqu’à la dernière vis

on l’aspire et on lui vide le ventre de ses cendres froides.

Calcifer, on le sait: il nous enterrera tous.

Fermeture de l’épicerie du village et le début de la fin

Bon allez ! Un bon petit coup de déprime.

On parle dans un article précédent de la démographie de la vallée où nous vivons. La population qui diminue et prend de l’âge. Natalité faible et exode rural.

Dans le village il y a une charmante petite épicerie. … Il y avait !

Les anciens content qu’autrefois il y avait deux boutiques, il y a 40 ou 50 ans, dans chaque quartier. C’est dire les changements qui se sont opérés….

Et aujourd’hui est le temps de nouveaux changements: avec la fermeture définitive de la dernière épicerie de la vallée. Les coins de campagne au Japon je crois sont tous confrontés à cette situation d’une économie qui se contracte et fond comme neige au soleil.

Heureusement que la nature est la pour nous inonder de sa gloire… et nous fait oublier la misère des hommes.

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La fermeture de l’épicerie est un évènement triste. Avec un peu d’effort et d’imagination je pense que le management de l’épicerie -qui était gérée par une société- aurait pu essayer de diversifier le business en faisant café et débit de boissons alcoolisées. Cela aurait attiré un peu plus de business, avec un cout additionnel négligeable.

J’ai l’impression que la boite voulait de toute façon fermer et se désengager du village.

En plus d’un simple magasin c’était le lieu où les habitants se retrouvaient parfois. Il y avait un vieux canapé rouge avec une table et un cendrier. Que demander de plus ! Le coin idéal pour les enfants de l’école de se retrouver après les cours, de manger quelques friandises en faisant de la nintendo en toute sécurité. Et pour les plus vieux de prendre un café en fumant une clope. C’était le bonheur à l’état brut quoi.

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Anyway, c’était l’occasion de prendre quelques photos de l’épicerie, pour le souvenir, et de saluer le staff toujours très sympathique.

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On peut admirer aussi la bonne humeur et les sourires du staff malgré la nature de l’évènement. Personne ne se plaint .. tout le monde a compris … c’est l’histoire qui bouge … Et on garde le sourire …

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Une cabane en forêt

A en croire les vieux du village cette jolie cabane plantée au beau milieu de la forêt (ici on dirait plutôt au beau milieu des  montagnes !) a une histoire particulière.

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Moi j’imaginais qu’il s’agissait d’une cabane pour les forestiers, les forestiers iraient y faire une pause pendant la journée de travail. Remarquez le porche joliment fait qui se fait asseoir deux personnes à l’abri des éléments.

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Mais en réalité on nous dit que cette cabane permettait autrefois aux villageois qui se rendaient à travers les bois jusqu’à la vallée voisine, de s’y reposer.

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Les gens allaient donc faire leurs courses à pied jusqu’à la vallée voisine. A vol d’oiseau ça n’est pas si loin et Google Maps confirme en effet que la cabane est bien située à mi chemin entre deux vallées. C’est fantastique, non?

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Cuisiner Dehors

J’aime bien faire des currys, lesquels se ratent très difficilement.

Par contre depuis ces derniers mois je cuisine dehors. Dans le jardin. C’est un bon moyen de profiter de la fin de la journée, ces instants magiques après 5 heures de l’après midi où l’on sent que tout aspire au repos. C’est plus agréable que dans la cuisine. On est toujours mieux dehors que dedans.

J’emporte donc la marmite dans le jardin et la pose sur un camping gaz.

Et on laisse mijoter tranquillement, accompagné des chants des grillons.

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Et avec Minou bien sûr !

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Energie Solaire et bois de chauffe

La recherche d’opportunités pour trouver du bois de chauffe est constante. Car, en hiver, Calcifer notre poêle à bois a très faim.

Cette fois-ci c’était assez spécial: nous avons reçu l’appel d’une connaissance nous informant d’une gigantesque installation de panneaux photovoltaïques  à 30 kilomètres du village.

Pour ce faire une entière foret a été rasée. Et il est possible d’y aller chercher du bois.C’est un gros chantier avec des pelleteuses et plusieurs dizaines de personnes. Les branches des arbres ont été broyées, et il reste les troncs d’arbres, coupés et rangés en tas réguliers.

L’installation photovoltaïque est impressionnante. La capacité prévue est de 2 Mégawatts. 2 Mégawatts … c’est vingt mille panneaux solaires …

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Pour nous c’est une affaire en or, car il suffit de charger le camion et de prendre tout le bois possible.

Cela pose la question tout de même de l’énergie solaire déployée ainsi à échelle industrielle. L’énergie solaire c’est l’avenir absolument … mais raser des forêts pour poser des milliers de photovoltaïques ? On peut être dubitatif. Est-on condamné à toujours détruire la nature ? Encore la démesure, l’hubris ?

Voir le sol de la forêt, dénudé, écrasé et tassé par les engins est une vision attristante. La vie est partie et la terre meurt.

OK l’énergie solaire est nécessaire pour pouvoir se désengager du nucléaire et du pétrole, ces grands cancers qui dévorent l’avenir du monde; donc cette installation, c’est donc un moindre mal. Mais si quelqu’un venait à me demander mon avis je dirais que je préfère l’installation solaire modeste sur le toit de la maison autonome et pas raccordée au réseau … voila le rêve.

On note le développement exceptionnel du solaire au Japon grâce à une tarification avantageuse et garantie pour 10 ans …. les photovoltaiques poussent partout comme des champignons.

Mais bon pendant ce temps, on a chargé le camion de notre ami. Les essences sont de qualité. Beaucoup de chêne. Le bois coupé au mois de mai a séché pendant l’été. Reste à le couper, le fendre et à le ranger avec amour …. Y a du boulot !

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