Catégorie: bricolage
Transformer la matière
Oui, ici à la campagne au Japon, nous sommes un peu loin du monde, presque loin de tout. Nous produisons nos propres distractions. Grâce à l’absence d’interférences nous pouvons rester concentrés sur nos projets et creuser nos petits sillons.
Une des choses passionnantes avec le bois c’est comment on peut le transformer. Tant que l’on reste dans le sens de la fibre… le bois se laisse transformer à l’image de nos idées.
J’ai commencé à scier dans la longueur le premier demi tronc d’arbre descendu de la montagne.
J’aime bien ces projets longs qui s’étalent sur des mois. On avance pas à pas, mètre à mètre. On sait jamais quand on aura fini…
Les cinq planchettes obtenues serviront à construire la barrière …..
En fait le résultat n’est pas super top, il faut que je trouve une meilleure façon de faire … pour la prochaine fois …
Les outils tradis pour faire les mesures … la règle sashigané 差し金 le vieux sumitsubo et le sumisashi 墨差しen bambou

墨壺 すみつぼ sumitsubo pour tracer les lignes … (version moderne)

A la scie circulaire….

Finis à la scie tout court … ma scie circulaire étant trop petite …


Et voila. Faudra un petit coup de rabot. C’est pas vraiment top le résultat… Faut que je trouve un moyen à mieux faire …

Je suis quand même content .. C’est intéressant de voir comment on peut transformer la matière avec de simples outils …

Moitié moitié
Pour la barrière je coupe dans sa longueur un tronc de 2.3 mètres. A la tronçonneuse. J’en ferai ensuite des petites planches. Je le fends en deux car sinon il serait trop lourd pour le porter et le descendre de la montagne; jusqu’à la maison.
Je suis assez satisfait du résultat.

Encoches à la hache le long du mètre

A la tronçonneuse suivre les pointillés.


Puis continuer, sur toute la profondeur.



Une barrière contre les chevreuils (1)
Nous sommes las des chevreuils qui chaque nuit viennent brouter dans notre jardin. Il n’ont qu’à traverser la route et la rivière lorsqu’ils descendent de la montagne pour venir faire ripaille dans notre jardin, et tout y passe même les fleurs.
L’été dernier j’avais posé des filets mais j’ai bien vu comment les chevreuils les traversent en forçant un peu, et déchirent tout.
Il faut donc un truc de solide, un truc prêt a stopper ces envahisseurs, une ligne Maginot.
J’utilise les arbres coupés l’année dernière dans notre montagne. Depuis plusieurs mois j’ai préparé les futurs piliers de la barrière.
Pour que le bois dure le plus longtemps possible je le pose hors sol. J’enfile chaque pilier sur une barre de fer fixée sur un socle de ciment. Nouvelle technique pour ce projet; c’est toujours bien d’essayer des choses nouvelles.
Pour mouler le ciment j’utilise un pneu découpé.
C’est un gros projet de bourrin, avec ces piliers de 15 cm de côté, ,mais il faut que ce soit du solide et durable. Et puis je compte n’utiliser que du bois provenant de notre montagne.
Pneu -> moule



Les piliers vont s’enfoncer dans la barre de métal. Je pose une rondelle de metal entre le socle de béton et le pilier (pas sur la photo), pour éviter que le pilier, en bois, ne soit en contact avec l’eau.
Piliers descendus de la montagne

finition au rabot électrique. Je perce un trou, 25cm de profondeur.

Pose de la première partie de la barrière




Pour les planches utilise des planches tirées des arbres de notre montagne. Je coupe dans la longueur. Et les passe au rabot à main.





Un peu d’ibérico?
Vous prendrez bien un peu de ce délicieux jambon espagnol, l’ibérico ?
Mmmmm, comme ça a l’air bon.

Nous vivons tellement proches du bois. Notre maison bien sur en bois. Et les tas de bois pour le chauffage (calcifer). Et tous les meubles à la maison … bois …. bois … bois … Des fois je me dis que du bois, on en mangerait!
C’est une des plus grandes joies que nous avons dans notre vie quotidienne; ce contact permanent avec le bois.
Dans une vie future, je serai sans doute termite …

Il pleut légèrement mais je continue à travailler dans la montagne aujourd’hui. J’écoute Harumi Hosono et son groupe Happi End .. (Hosono … un des fondateurs du yellow magic orchestra)… Leurs chansons sont si belles, on ne sent pas la pluie.

Travailler le bois. C’est comme travailler la terre. L’arbre est un intermédiaire entre la terre et nous. Travailler le bois c’est un peu comme se reconnecter à la terre.
Aujourd’hui je termine trois piliers pour la barrière. Je fume une cigarette pendant la pause. Les allumettes sont récalcitrantes sous la pluie.

Après Hosono et ses compères je mets une cantate de Bach. La pluie s’arrête … Le soleil tout à coup nous inonde … on est vraiment bien !
Prendre le temps
J’écris pas mal d’articles sur mes petits projets bricolages mais …
Mais le message, en fait c’est, plutôt que le bricolage en soi, le plaisir à prendre le temps, et le plaisir de faire les choses soi même.
Passque des bricoleurs plus adroits et plus appliqués que moi, il y en a des millions.

Au pied de notre petite montagne.

Il reste ce grand tas de bois. Des arbres que nous avons coupés l’année dernière. et les avons laissés là…

Les outils sont made in Japan sauf le draw knife qui est made in England.





Oh regardez moi ce petit bébé ! Il mange la partie extérieure des troncs, qui est plus tendre et plus riche. Ca doit correspondre à l’aubier.
Je découpe les troncs, coupés à 1.7 mètres pour en faire des pieux carrés pour faire une barrière. On voit que l’aubier est trempé d’eau et parfois donc habité d’insectes.
L’aubier est trempé pour les arbres que nous avons coupés en avril l’année dernière. Ceux que nous avions coupés plus tôt pendant l’hiver en février, eux sont secs.
Ce travail permet de retirer une grande partie de l’aubier . (donc je vire les insectes; les parties mouillées qui vont pourrir, j’allège le tout, et donne un aspect uniforme à tous les piliers).

Pendant ce temps j’entends au loin les aboiements d’un chien. Un chien de chasse qui s’est égaré dans les montagnes. Les chasseurs dans leurs petits camions keitora passent en boucle dans le village en bas et klaxonnent pour récupérer le chien qu’ils finissent par retrouver.
Tous ces chasseurs sont très âgés. Petits; nerveux. Il chassent pour l’argent; la prime de huit mille yens par tête de chevreuil. Ils ne semblent pas chasser pour le plaisir ou l’art de le faire … Ca se lit sur leur visage … leur âme s’est éteinte … la lumière dans leur regard est opaque … Ils sont dans le côté obscur de la force …
La présence de ces chasseurs m’inquiète un peu. Ils sont tous à moitié aveugle … je descends les voir et leur indique d’où les aboiements du chien perdu semblent parvenir. Ils retrouvent leur toutou.
Pour éviter un accident je vais chercher des hauts parleurs et je mets de vieilles chansons de David Bowie qui viennent emplir le silence de la montagne. Histoire que les chasseurs ne me tirent pas dessus par erreur… sachant que les chevreuils n’écoutent pas David Bowie.
C’est le problème quand on travaille avec des outils à main … si j’avais bossé avec la tronçonneuse j’aurais pas eu besoin de David Bowie pour faire s’éloigner les chasseurs …
Mais j’aurai pas eu autant de plaisir à travailler…

Les pieux feront 5 suns (pouces) sur 5 soit 15 centimètres de côté… Ca va être du solide …

Il faudra une vingtaine de pieux en tout … C’est bien de pouvoir prendre le temps…
Une allée dans le jardin avec France Culture
Nous avons décidé de faire des petites allées dans le jardin; entre la maison et la route, pour briser la monotonie et aussi relier la maison à la route et au hanaré. Projet assez facile et qui n’a pris que quelques jours. Le travail était un peu fastidieux, répétitif mais permettait d’écouter la radio en même temps.
France CUL diffusait ce jour une conférence de 1953 sur la géographie politique de l’Amérique du Sud, par André Siegfried.
https://www.franceculture.fr/player/export-reecouter?content=f0d67765-9a61-4dcf-b18e-6d62782163a9
C’était formidable de faire mes trous et de poser les briques tout en écoutant cette voix un peu chevrotante d’autrefois, et un si beau texte lu avec tant d’intelligence.
Les villageois de passage étaient surpris à me voir travailler ainsi dehors avec la radio en français, qui leur sonnait comme de l’araméen, et à tue tête.
Choisir l’agencement des briques au départ était finalement la partie la plus délicate. Pour donner de l’équilibre, de la stabilité à ce projet il fallait une symbolique.
J’ai commencé par faire trois cercles alignés, chaque cercle représentant chacun de nous (ma femme, notre fils et moi-même). Le cercle au milieu est constitué par l’ancienne pierre d’un mortier (石臼), et représente notre fils.
Le fils est au centre des préoccupations; trois chemins convergent vers lui et se connectent à lui chacun avec un bloc de trois briques. Trois, répété trois fois.
A la fin du projet j’ai ajouté une croix dans le sol. Pour ne pas oublier le message du Christ et que, dans ce petit village perdu au milieu du Japon, je suis encerclé par les Bouddhistes 🙂
Un système ingénieux pour laver les tubercules
J’interpèle le voisin qui transporte dans son camion kei-truck un truc qui ressemble à une petite roue à aubes.
C’est un système très ingénieux pour laver les tubercules de Taro (satoimo ici au Japon). Il place les tubercules dans le petit tambour au milieu de la roue et place le tout dans la rivière. Cela fonctionne comme une roue à aubes et au bout d’une heure les tubercules sont lavés de toute la terre; la peau externe est même partie; et ils peuvent être préparés dans la foulée.
Bricolage: un banc d’un arbre
Il reste un tronc de cryptomere dans le jardin et on va en faire un banc.
Projet assez ludique.
Le banc: simplement deux morceaux du tronc sur lequel on posera une belle planche.
Je vais débiter le tronc à la tronçonneuse.
Puis passe le rabot électrique
Comment appelle t on cet outil déjà ?
Et voila !
La planche est simplement posée sur les deux bouts de tronc. Pas besoin de la fixer. Comme ça on voit bien que le tout vient du même arbre. Toujours quel plaisir de travailler le bois.
Technology Transfer : le projet est terminé
Technology Transfer: c’est parti pour la construction
Le point culminant de ce gros projet. Les fondations (six pierres) sont prêtes.
Et nous allons construire l’azumaya (kiosque, charréterie, pergola). Dernieres préparations on écourte les colonnes en fonction de la hauteur relative de chaque pierre.
Et on finit aussi les chevilles.
S. est là et est aux commandes. Les pièces de bois sont très lourdes, et il faut bien sa pelleteuse pour les lever et les positionner.
J’ai bien merdé: je voulais poser une caméra et nous filmer toute la journée, mais dans le feu de l’action j’ai complètement oublié. Je dois dire que j’étais assez tendu, car je craignais que les pièces de bois que j’ai travaillées ne s’emboitent pas comme il faut. Finalement il n’y a eu aucun problème.
Le processus pour la construction est le même que si nous construisions une maison. Il y a simplement moins de pièces et en particulier pas de plancher. Mais le principe et la séquence d’action sont identiques.
Voici l’algorithme:
On assemble un côté (enfonce deux colonnes dans une poutre keta). On le lève et le pose sur les pierres.
On assemble le côté opposé, (enfonce deux colonnes dans une poutre kéta). On le lève et le pose sur les pierres.
On positionne la colonne du milieu (pour le côté où il y a trois colonnes). Puis on pose le 3e kéta (3e poutre). lequel vient se ficher dans deux poutres avec l’assemblage des ari (fourmi) ou queue d’aronde.
Ici intervient S. qui se transforme en chat tant il grimpe sur les échelles et marche sur les poutres avec agilité et souplesse malgré ses 62 balais. Avec de gros maillets nous frappons la poutre qui petit a petit s’emboite dans ses deux frangines.
C’est très impressionnant.

On recommence pour le quatrième côté.
Ensuite on pose la poutre centrale, hari, qui va elle aussi se fixer dans les deux kétas avec des queues d’aronde. Cette poutre centrale est très lourde, elle a la forme d’une baleine. Dans notre montagne, cet arbre était sur le flanc de la montagne et sa souche etait courbe.
On remet a niveau, quelques ajustements et ensuite on place les chevilles.
Il faut continuer ensuite en posant les tsuka et les moya qui forment l’ossature du toit.
On est en septembre mais il fait encore très chaud. Mais tout prend forme et c’est un vrai bonheur de voir comment les choses se mettent en place. Nous avons passé trois mois à éplucher, découper et tailler ces pièces de bois et tout se joue à la fois, en une journée.
Puis on pose les hi-uchi, pièces en diagonale qui vont solidifier l’ensemble.
Voila c’est presque fini, une journée bien remplie. Reste à finir le toit mais le plus dur a été fait.



































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