Catégorie: bricolage
Le cosplay du charpentier
Depuis presque trois mois je passe mes week end dans l’atelier de S. S. est charpentier et il m’enseigne ses techniques.
Ce petit apprentissage c’est un peu une immersion. Il faut observer, ecouter. Il faut imitier les gestes et copier.
Il faut utiliser les memes outils. Pour marquer les poutres etc je utilise un sumitsubo et un sumisashi au lieu d’un crayon de papier. Un premier pas pour moi etait d’apprendre a utiliser les unites de mesure traditionnelles. Il faut aussi parler la meme langue et adopter un nouveau vocabulaire.
Depuis peu je vais un peu plus loin dans le mimetisme: je range mes outils dans une ancienne caisse a outils de charpentier, et je porte desormais des chaussures de charpentier.
Ca fait certes un peu cosplay (costume play), cosplay du charpentier …. mais cela fait partie du jeu.
Les chaussures quand a elles sont epatantes. Legeres. Offrent un bon contact avec le sol et une bonne securite avec une coquille d’acier.
yeah !
Les six colonnes sont faites
L’abri que nous allons construire dans le jardin (technology transfer) aura six colonnes (hashira 柱).
J’ai fini les colonnes hier.
Je travaille dans l’atelier de S. Il me prête ses grosses machines. Il m’a fallu dompter cette machine infernale assez impressionnante au départ, qui avec quatre scies circulaires découpe des tenons en deux coups. Il faut rester concentré. Les Saoudiens pourraient utiliser cette même machine pour couper les mains des voleurs de poule, comme il est d’usage chez eux.
Le tenon découpé, il faut percer le trou pour la cheville.
Cheville komisen 込栓
Pour celà on utilise une perceuse spéciale qui fait des trous carrés, de la taille de la future cheville. (la cheville fait 5 buns de côté soit la moitié d’un sun, et cela correspond à la largeur de la sashigané … comme par hasard ….) ….
Ensuite on fait une petite entaille à 45 degrés sur le côté supérieur du trou carré avec le ciseau à bois. Cela permettra à la cheville de pénétrer plus facilement. (photo ci dessous avant de faire l’entaille).
Ensuite il y aura des hiuchi, ou arbalétrier c’est ça ? qui vont connecter la colonne aux poutres à 45 degrés. On prévoit des entailles dans les colonnes pour y accueillir (et soutenir) les hiuchi.
Pour ce faire on utilise ici aussi le ciseau à bois, j’en utilise un qui fait 1 sun et 4 buns de largeur. Très bien aiguisé il découpe le bois comme si c’était du beurre.
S. revient d’une partie de pêche et me montre au début comment se positionner par rapport au bois et aux outils etc … ici démonstration clope-au-bec avec un tsukinomi, ciseau à bois à manche long, que l’on utilise sans marteau.
Pour préparer ces six colonnes il y a donc toute une série d’opérations et de gestes à faire, une séquence précise à suivre. Et voyez vous tout celà est comme une danse, à la manière de bouger, de se positionner, et d’utiliser les divers outils. Il y a grand plaisir à faire tout cela.
Les plans du projet et vocabulaire de base
On va construire un petit abri dans le jardin, pour pouvoir faire des petites fêtes dehors même quand il pleut. Avec le bois de notre montagne que nous avons épluché et ensuite découpé en poutres. C’est le projet de technology transfer avec l’ami S., charpentier. Car il m’apprend les (grosses) ficelles de son métier.
L’abri sera carré et fera quatre mètres de côté.
Il y a deux mois maintenant, j’ai commencé par faire un plan à l’ordinateur. J’en ai fait plusieurs versions allant à chaque fois vers un truc plus simple.
J’imprime et hop je vais voir S. dans son atelier.
S. me montre comment lui il dresse le plan des maisons qu’il construit.
La vue verticale; il la dessine sur une planche de bois. Un plan sur une planche de bois c’est bien pratique. C’est difficile à perdre, et ça ne craint pas l’eau. On appelle le plan de la construction; dessiné sur une planche de bois: 図板 ずいた (libéralement plan – planche).
C’est un quadrillage avec les lignes référencées par des chiffres 一、二、三 (1 2 3) et les colonnes représentées par des syllabes イ、ロ、ハ (i ro ha, équivalent de l’ancien A B C).

On tracera les colonnes de la construction aux intersections qui correspondent. Le quadrillage permet ainsi de référencer les colonnes et les poutres. (A 1 ou い一).
Ensuite, à partir du plan, on prend une longue planche de bois sur laquelle on marque l’emplacement des colonnes. On fait ça à l’échelle 1. On appelle cette planche de bois; yokoken.
On prépare une autre planche sur laquelle on marque les différentes hauteurs de la construction. tateken. (A l’échelle 1 également). Ces deux planches permettront de marquer sur chaque poutre l’emplacement des mortaises (hozo ほぞ) et autres.
La construction pour ce projet est très simple. Une forme carrée, six colonnes. Mais avec le vocabulaire technique de S., et malgré ses efforts visibles pour m’expliquer en des termes simples je me suis senti vite largué.
D’où l’idée de faire une petite maquette de la construction. Pour compléter le zu-ita.
Ca me permet d’apprendre plus facilement les termes techniques des différents éléments.
hashira 柱 colonne
hari 梁
dobuchi Liteau
taruki 垂木 Arbalétrier
keta 桁
hiuchi 火打 Contre-fiche
moya 母屋

Photos du dimanche
Un dimanche tranquille marqué par des pluies puissantes l’après midi. Quelques photos en vrac….
Idéal pour s’occuper des vieux outils trouvés la semaine dernière.
Ai remis en état le vieux sumitsubo.

ainsi que quelques ciseaux à bois.

Notre petit atelier est un vrai bazard. Y ajoute trois etagères pour compacter le bordel qui commence à recouvrir le sol. Etagères testées et approuvées aussitôt par Minou.



Dans le jardin les artichauts sont en fleur. Nos trois artichauts qui se battent en duel sont le sujet de conversation favori des voisins, curieux de cette plante exotique. Nous leurs sommes reconnaissants d’ajouter du mauve à notre palette de couleurs.

Le plein d’outils
Un peu par hasard, je récupère les outils d’un charpentier d’une ville voisine qui a cessé ses activités et fermé son atelier. Les gens voulaient se débarrasser.
Y en a un sacré paquet. Ca remplit presque le camion.

Certains sont exceptionnels (au moins pour moi)
De vieilles équerres sashigané. さしがね 差金 A noter qu’elles ne portent pas d’indication chiffrée.

Un ancien sumitsubo en bois. (sumitubo) すみつぼ 墨つぼ 墨壺

et avec une boite de coton spécial pour l’encre.

Une grande quantité de rabots (kanna) かんな 鉋


Un très bel ensemble de ciseaux à bois. (nomi) のみ 鑿

Un ciseau à bois au manche long, pour travailler les poutres.

Cette trouvaille arrive à un moment intéressant car je passe désormais tous mes week ends dans l’atelier de S le charpentier, où il m’enseigne les rudiments de son beau métier.
Un petit coup de pouce venu de dessus les nuages ?
Husqvarna ! ! !
S. m’apprend les bases pour débiter un tronc en planches et poutres. Ici on dit seizai 製材 … Tout le bois descendu de notre montagne … et patiemment épluché …. il faut le débiter pour notre projet de technology transfer ….
1 orienter le tronc d’arbre. Pour cela il faut voir l’orientation du tronc et sa courbure. On l’oriente la partie courbe vers le haut. Distinguer le ventre (腹)du dos (背)de l’arbre. Opération délicate.
2 Marquer le centre – ligne rouge verticale, sur les deux extrémités du tronc.
3 A partir du centre, tracer deux traits verticaux qui seront les démarcations des poutres ou planches.
Il y a des formats standards pour les poutres. On utilise les sun. (équivalent du pouce).
3 sun de côté
3.5 sun
4 sun
5 sun
On opte pour 5 sun…. comme on ne paye pas pour le bois le coût est seulement une question de temps .. donc autant faire dans le costaud n’est-ce-pas. C’est toujours ça que les Boches n’auront pas comme disait souvent mon prof d’électronique, monsieur Pasquier. Donc les traits sont chacun à 2.5 sun du centre. Je pense que ça a été mon meilleur prof, car il aimait ce qu’il faisait.

Ensuite on porte le tronc sur le sawmill ou la scierie mobile … un modèle Husqvarna … Husqvarna … nom d’une ville suédoise … ils faisaient des mousquets au début … les tronçonneuses sont venues beaucoup plus tard … ce nom mystérieux de huqsvarna résonne particulierement dans notre petit village japonais … c’est exotique la Scandinavie !
4 Positionner le tronc sur les rails … faut mettre à niveau de sorte que lorsque la tronçonneuse glisse sur ses rails on coupe dans le bois selon un axe aligné au centre de celui-ci. Encore une opération délicate que cette mise à niveau …
Oui, il fallait se donner la peine d’éplucher tous les troncs. Sinon la moindre pierre fichée dans l’écorce aurait raison de la chaine de la tronçonneuse … kaputt ….

5 et on coupe …. coupe … coupe ….. Tres intéressant de voir ces différentes choses comme lorsque le bois se met à courber dans un sens ou un autre … lorsqu’on finit de couper une planche, pchitt on voit qu’elle se redresse tout d’un coup.
Je me rends compte que cette opération de seizai est fort compliquée, et requiert une attention constante.

Mais à chaque coupe réalisée, on voit le bois se transformer. La surface lisse, qui révèle les motifs uniques. Le bois quitte sa qualité d’arbre et devient … du bois … il fait alors partie du monde des hommes. C’est assez frappant.

La petite grenouille … dans l’atelier … je me demande ce qu’elle en pense.

Vous en reprendrez bien encore un peu (épluchage)
Aujourd’hui dimanche, encore épluché des troncs d’arbres descendus de notre montagne; 7 troncs de 5 à 6 mètres de long, disons quarante mètres en tout … ça m’a pris 4 heures … donc du dix mètres de l’heure.
En tout cas c’en est fini pour l’épluchage; j’ai épluché tout ce qu’on pouvait éplucher.
Etape suivante; on va passer les troncs à la scierie pour notre projet de technology transfer. Là on est dans l’atelier de S.
Après cette belle journée, les cacahouètes accompagnent la bibine avec perfection. En plus il y avait de la Carlsberg au supermarché. Ca change un peu des bières locales.
Pendant ce temps là le riz pousse dans les rizières en face.
Les chevreaux poussent aussi …
Les chèvres se marrent
Le récit de l’épluchage massif des cryptomères serait incomplet si je ne parlais pas des chèvres qui gambadent dans le champ juste à côté.
L’épluchage et mes lunettes vertes les amusent énormement et elles ne cessent de rigoler dans mon dos.
Epluchage massif de cryptomères
Tout le bois descendu de la montagne doit être épluché. Sinon les insectes vont se fourrer dans l’écorce et commencer à le béqueter.
Donc, épluchage massif des troncs d’arbres, pendant le week end. A la pogne. Ampoules garanties. Grosses suées.
Mais quel plaisir de travailler dans l’atelier de S. ! D’ailleurs à tout instant un paysan qui prépare sa rizière à côté ou un voisin qui promène son chien vient nous voir et prendre des nouvelles.
On s’étonne au début de m’y voir; gros étranger en salopette orange et lunettes vertes; m’esquinter à éplucher tout cela.
Et puis de l’atelier on a vue sur les montagnes. Une palette infinie des verdures.
L’équerre du menuisier
Nous avons descendu le bois de notre montagne et commençons un nouveau projet, pharaonique: construire un nouvel abri dans le jardin, pour y étendre le linge, pour offrir à Minou un endroit agréable pour surveiller les alentours en toute sécurité, et faire des petites party avec les zamis, même sous la pluie.
Nous utiliserons le bois de notre montagne. Je ferai ce projet avec l’aide de S., menuisier charpentier, qui va m’apprendre ses techniques de base. C’est donc un transfer de technologie… technology transfer ….
Durant la phase de préparation j’observe l’équerre de S. et suis tout de suite intéressé par cet outil traditionnel et aux fonctionnalités étonnantes.
Cette équerre traditionnelle, utilisée depuis le 7è siècle s’appelle sashigane. 差し金
Celle-ci est graduée en sun et en shaku, les mesures traditionnelles, mais il y a des versions modernisées en système métrique.
sun すん 寸 (env. 3 cm)
shaku しゃく 尺 ( env. 30 cm)
L’outil à priori simplissime a quelques secrets que je voudrais vous presenter ici ….
des marques en idéogrammes chinois
Je crois comprendre qu’ils correspondent à une ancienne version du shaku; utilisée autrefois en Chine avant le 7è siècle.
Chaque signe a son sens, et indique à l’artisan les endroits propices (ou au contraire néfastes) à l’emplacement d’une porte ou d’une colonne par exemple. Je pense que ce concept est proche du Feng Shui.
財(ざい)Un excellent emplacement pour positionner une colonne ou une poutre. Garantie de bonne fortune
病(びょう) Maladie. Mauvais karma. A éviter.
離(り、りう、はなるともいう)Séparation des enfants ou des conjoints. A éviter.
義(ぎという)Bonne chance. Bon emplacement pour les coffre forts ou les choses de valeur.
管(かん)Longévité.
劫(ごう)Bad !
害(がい)Malheur, décès.
吉 (きち) Lucky Strike !!!!
des graduations augmentées d’un facteur de 1.41
1.41….. c’est la racine carrée de 2.
La graduation permet de calculer la longueur de l’hypoténuse d’un triangle isocèle rectangle… Ses deux côtés sont de longueur égale, disons A. Pythagore nous dit que l’hypoténuse sera égale à la racine carrée de 2 fois A au carré, soit la racine carrée de 2, multipliée par A.
des graduations augmentées d’un facteur de 3.14
Mesurer avec ces graduations le diamètre d’un cercle, la mesure affiche la valeur du diamètre multipliee par PI, soit le périmètre du cercle.
un petit lapin !
alors là on peut se poser la question … pourquoi le petit lapin … mais il doit y avoir une raison n’est-ce-pas ….
Tout cela est super intéressant, tant d’ingéniosité !

























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